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Patrimoine religieux - Page 64

  • Que dire de l’Instrumentum laboris de la XVIe Assemblée générale ordinaire du Synode des évêques « pour une Église synodale » ?

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    Selon Cyril Farret d’Astiès, dont le point de vue est publié sans ménagement par le site web du Salon Beige, « probablement rien »: un peu court ?

    « Cette bouillie pour les chats et pour les chiens était inéluctable. Le « processus » était bien trop prévisible. Ne nous épuisons pas à critiquer ce gloubi-boulga. Si nous sommes bien disposés, tant de bêtise prétentieuse, de charabia managérial peut même nous faire rire un peu ; il suffit de lire quelques lignes au hasard.

    Que l’Instrumentum laboris du Synode sur la synodalité (tiens, il reste du latin) nous conforte cependant dans notre intime conviction que l’Église, mère et maîtresse de Vie et de Vérité, sortira de cette crise inouïe par une réforme profonde qui ne fera l’économie ni d’une restauration liturgique, ni d’une renaissance des séminaires (Pour une formation traditionnelle de prêtres diocésains – Res Novae – Perspectives romaines), ni d’une résurrection de l’enseignement des vérités à contempler, ni d’une régénérescence de la morale qui en découle, ni d’une rénovation du droit canon. Les demi-mesures ne servent à rien, les jérémiades non plus.

    Bien sûr, l’Église sainte mais non sans pécheurs est aujourd’hui un peu plus salie, obscurcie, voilée par cette littérature du wokistan chrétien et par cette clique de fadas en phase terminale. Mais ne nous frappons pas, tout cela n’est pas le catholicisme, ce n’est rien. Tournons bien le dos à tous ces mabouls, relisons notre missel, nos maîtres spirituels, les saintes écritures… Prions beaucoup, offrons des sacrifices, usons des sacrements, soutenons nos prêtres. Espérons que nos frères catholiques qui se cachent parfois derrière une compréhension erronée de l’obéissance et se tiennent volontairement en marge de nos réflexions et de nos combats comprennent enfin combien notre posture anti-mondaine et farouchement traditionnelle est cohérente, saine, salvatrice.

    Chers évêques encore catholiques, chers prêtres diocésains zélés, prêtres dévoués de la communauté Saint-Martin ou de l’Emmanuel, pieuses religieuses des Carmels ou des Visitations, fidèles déboussolés du bout du banc… prenez le temps cet été de méditer, si vous en avez le loisir, d’où vient cette crise, quelle en est la source, mais surtout quel est le remède le plus efficace, le plus accessible, le plus sanctifié. Vous comprendrez alors pourquoi « notre attachement à la messe de toujours et à la doctrine immuable de l’Église est total et il est radical parce que c’est le meilleur service, le plus grand signe d’AMOUR que nous pouvons rendre au monde et à l’Église ! » comme l’a si bien dit l’abbé Raffray aux pèlerins de Chartres.

    Sursum corda ! »

    Ref. Que dire de l’Instrumentum laboris de la XVIe Assemblée générale ordinaire du Synode des évêques « pour une Église synodale » ?

  • Don Marmion bientôt vénéré sur les autels ?

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    D'Yves Thibaut de Maisières sur RCF :

    Dom Marmion, un abbé de Maredsous bientôt saint ?

    20/06/2023

    Intéressons-nous à une figure de l'Église qui fut abbé de la communauté de Maredsous, le bienheureux Dom Columba Marmion. Monseigneur Murphy, chef du protocole du Saint-Siège, est postulateur pour le processus de canonisation de celui-ci. Il nous fait découvrir ce bienheureux dont saint Jean-Paul II disait "qu'il était un directeur spirituel hors pair !".

    ©Wikipedia
    ©Wikipedia

    Un Irlandais venu vivre sa vocation en Belgique

    Né à Dublin en 1858, Joseph Marmion a une mère française. Découvrant sa vocation de prêtre dès son plus jeune âge, c'est dans son pays d'origine, après ses études en théologie à Rome, qu'il est ordonné en vue du sacerdoce. Une rencontre va alors boulversé son parcours : lors d’un séjour dans la ville éternelle, il croise la route d'un religieux belge. Celui-ci lui propose de venir rencontrer la communauté de ce dernier à Maredsous. Il arrive donc dans la vallée de la Molignée à l’âge de 28 ans. Là, dans cette communauté bénédictine, il trouve l’accomplissement de sa vocation de prêtre et de religieux. Malgré tout, le jeune novice rencontre des difficultés à s’adapter à ce pays et à cette nouvelle vie. Très vite, il est remarqué et les supérieurs décident de lui confier de grandes responsabilités dans la prédication. 

    Ce qui le caractérise, c'est son enracinement dans la grande tradition vivante de l'Eglise.

    Il faut penser la spiritualité de Dom Marmion comme un héritage de l’enseignement de Saint Paul. Autrement dit, il insiste sur la filiation adoptive du Père qui nous aime. Le regard du père envers nous est celui qu’Il a envers son propre fils unique Jésus-Christ. Tout l'héritage spirituel de cet homme réside donc dans cette réalité de filiation qu'il nous invite à redécouvrir quel que soit notre cheminement dans la Foi ou encore notre vocation. Ses écrits sont emprunts de cette intuition, à tel point qu'ils susciteront le succès chez les pères du Concile initié par Saint Jean XXIII. 

    Les œuvres de Dom Marmion ont eu un grand succès. Pratiquement tous les pères du Concile Vatican II avaient lu ses écrits. D’une certaine manière, on peut dire que le 3e père abbé de Maredsous a grandement contribué à ce concile.

    La bonté et la douceur

    De caractère jovial, l’homme est un spirituel sérieux, se donnant tout entier dans son charisme de prédication et d’accompagnement spirituel. Une correspondance abondante permet de saisir la profondeur de son âme généreuse.

    Ce n’est pas par la discussion mais par la bonté qu’on gagne ou qu’on ramène les âmes.

    Ce qui rend le personnage innovant à sa façon, c'est sa conscience de la place du charisme féminin dans la complémentarité des rôles de la vie ecclésiale. Il n’hésitera pas à demander conseil aux bénédictines de Maredret pour prêcher les retraites. “Il avait l’intuition de tout ce à quoi pouvait contribuer une femme religieuse dans la vie de l’Eglise”, souligne Monseigneur Joseph Murphy. 

    "Plutôt servir que dominer", un précurseur de la synodalité

    Cette devise qu'il choisit lorsqu’il devient le 3e père abbé de la communauté de Maredsous en 1909 n’est en rien dûe au hasard. Le jeune moine a une excellente connaissance de la règle du fondateur de l’ordre, celle-ci préconisant de favoriser la discussion avant de prendre les décisions et en accordant une attention particulière aux plus jeunes frères. Les décisions prises par Dom Marmion seront empruntes de cette volonté de partager les points de vue, même divergents, avant d'exercer l’autorité et la prise de décision. 

    Béatifié depuis l’an 2000, la cause de canonisation du religieux est toujours en cours à Rome. Selon les exigences de l'Eglise catholique romaine, il est nécessaire d'avoir un second miracle à l'origine de l'intercession du bienheureux. Pour que sa notoriété se développe, Monseigneur Murphy espère voir grandir la renommée d'intercession de Dom Marmion. 

    En savoir plus sur Dom Marmion ? Vous désirez faire parvenir un témoignage ? Vous pouvez consulter ce site internet : https://www.marmion.be/index.html

    Site de la communauté bénédictine de Maredsous : https://www.maredsous.com

  • Gestes et attitudes anti-chrétiens se multiplient en Terre Sainte

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    De TerreSainte.net (Cécile Lemoine) :

    Jérusalem, Haïfa: des lieux saints chrétiens ciblés par des juifs orthodoxes

    19 juin 2023
    Jérusalem, Haïfa: des lieux saints chrétiens ciblés par des juifs orthodoxes
    Des juif de la communauté hassidique de Bratslav en prière dans la grotte de l'église Stella Maris à Haïfa, le 16 juin 2023 ©Capture d'écran d'une vidéo diffusée sur le compte twitter du journaliste Yoav Etiel

    Vitrail brisé au Cénacle à Jérusalem, visites provocatrices dans la grotte de l'église Stella Maris à Haïfa... Les actes de provocations et d'intimidations à l'égard des communautés et des sites chrétiens se multiplient ces dernières semaines.


    Le vitrail brisé par des jets de pierre dans la salle du Cénacle, à Jérusalem ©Gadi Dahan

    Le vitrail bleu turquoise calligraphié en arabe est béant. Jeudi 15 juin dans la soirée, un juif israélien a brisé une des fenêtres de la salle du Cénacle, sur le mont Sion à Jérusalem, où la tradition chrétienne célèbre la dernière Cène et la Pentecôte. Selon les médias israéliens, le coupable, un trentenaire visiblement alcoolisé, était connu de la police, qui a procédé à son arrestation après que l’individu a été maîtrisé par le gardien du lieu saint.

    Présenté devant un juge du tribunal de première instance le lendemain, l’homme a été libéré à la condition qu’il reste à l’écart de la vieille ville de Jérusalem pendant 30 jours.

    Graffitis, dégradations, profanations, crachats… Les lieux saints chrétiens du Mont Sion sont depuis longtemps -et régulièrement- la cible de jeunes juifs radicaux, qui étudient dans les yeshivot (écoles religieuses) voisines, ou qui se rendent au tombeau de David, situé sous la salle du Cénacle.

    Lire aussi >> Sur le mont Sion, faire retomber la tension anti-chrétienne

    Depuis le début de l’année, on assiste cependant à une augmentation exponentielle de ce genre d’actes. Une temporalité qui correspond à l’arrivée au pouvoir du gouvernement le plus radical et religieux de l’histoire d’Israël. L’une des attaques les plus récentes a visé un groupe d’évangéliques américains venus prier sur l’escalier sud de l’ancien temple de Jérusalem.

    Visites provocatrices à l’église Stella Maris de Haïfa

    Ces gestes et attitudes anti-chrétiens ont récemment gagné Haïfa, ville portuaire pourtant connue pour la qualité de son dialogue inter-religieux. Depuis deux semaines, les Carmes en charge du monastère Stella Maris font face à une situation inhabituelle : l’intrusion de juifs ultra-orthodoxes issus de la communauté hassidique de Bratslav, dans la grotte de l’église. Pas de violence ou de dégradation : ils viennent y prier.

    « Selon un des rabbins de leur communauté, c’est le lieu où aurait été enterré le prophète Elisée, disciple du prophète Eli, explique un des carmes à terresainte.net. La rumeur s’est répandue et des juifs orthodoxes ont commencé à venir prier régulièrement devant la porte de l’église, avant de s’infiltrer dans la grotte. » Certains courants du judaïsme proscrivent pourtant à leurs adeptes d’entrer dans les églises.

    Des vidéos de ces prières ont circulé sur les réseaux sociaux, illustrant la difficulté de la communication entre les religieux catholiques et juifs. « Les ultra-orthodoxes n’expliquent pas pourquoi ils sont là, ne communiquent pas avec les moines apeurés, qui pour la plupart ne parlent pas l’hébreu. L’essentiel est d’attirer l’attention et de déranger », souligne sur Twitter le journaliste israélien Yoav Etiel.

    Vendredi 16 juin, un résident chrétien arabe de la ville a été arrêté après avoir été filmé en train de repousser violemment deux juifs ultra-orthodoxes venus prier près de l’église. Âgé d’une cinquantaine d’année, l’homme a été relâché et visité par le député arabe Ayman Odeh, en signe de soutien.

    « Préoccupés et alertés »

    Dimanche 18 juin, des centaines de personnes (chrétiens, musulmans et juifs) se sont réunies devant l’église Stella Maris en soutien aux Carmes. « Élisée est important pour les chrétiens aussi et si nous trouvions sa tombe, nous lui donnerions tout le respect qu’il mérite, expliquait Wadie Abu Nassar, consultant auprès de l’Église catholique, à l’occasion de ce rassemblement. Il y a eu toutes sortes de fouilles archéologiques ici et rien n’a été trouvé. »

    Rassemblement au monastère Stella Maris de Haïfa, au nord d’Israël, suite à des visites de juifs ultra-orthodoxes qui affirment que l’église se trouve sur la tombe du prophète Elisée, le 18 juin 2023 ©Flash90

    « Nous sommes là depuis le XIIe siècle, mais c’est seulement maintenant qu’ils se réveillent avec cette tradition qui remonterait à l’époque médiévale, poursuit le religieux carme interrogé par terresainte.net. C’est une forme d’entrisme : ils mettent le pied dans la porte. Il faut désamorcer tout ça maintenant, pour ne pas se faire marcher dessus. » Des discussions sont en cours avec la mairie et la police de Haïfa pour mettre un terme au phénomène.

    Face à cette accumulation, les associations israéliennes qui militent pour le dialogue inter-religieux se disent « préoccupées et alertées par la détérioration des attitudes à l’égard des communautés, sites et visiteurs chrétiens », selon les mots du Centre de Jérusalem pour les relations judéo-chrétiennes, qui appelle « les autorités à traiter de manière décisive les différents problèmes », dans un post publié sur Facebook. Les coupables, s’ils sont arrêtés par la police, ne sont quasiment jamais sanctionnés.

  • Pour survivre, l’Église, doit-elle s’adapter et moderniser sa doctrine ?

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    D'Etienne Montero sur didoc.be :

    Faire évoluer la doctrine chrétienne ?

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    L’Eglise doit adapter sa doctrine à la société moderne, entend-on souvent aujourd’hui. Mais comment distinguer un vrai développement d’une corruption ? L’auteur esquisse une réponse en convoquant Newman.

    Un changement d’époque

    Le pape François dit volontiers que « nous ne vivons pas une époque de changements, mais un changement d’époque ». Quelques mots suffisent pour prendre la mesure des changements : internet, IA, biomédecine, sécularisation, mondialisation, crise climatique, migrations massives… La représentation de l’homme s’est modifiée, au gré des nouvelles mœurs et idées : révolution sexuelle, maîtrise de la fécondité, reproductions artificielles, mères porteuses, déclin du mariage, théories du genre, antispécisme, transhumanisme, wokisme… Nous sommes confrontés à une modification anthropologique sans précédent, dit-on, non sans raison.

    Dans ce contexte de profonds et rapides changements, beaucoup pensent que l’Église, pour survivre, doit s’adapter et moderniser sa doctrine.

    Vrai développement ou corruption de la doctrine ?

    Le ruisseau est plus limpide près de sa source. Ainsi pensaient les humanistes de la Renaissance, animés du grand projet de « revenir aux sources ». Cette image, estime Newman, ne s’applique pas à l’histoire d’une philosophie ou d’une croyance. Celle-ci devient au contraire plus pure, plus forte quand elle s’est creusé un lit profond, large et plein.

    Le temps est nécessaire pour atteindre la pleine intelligence des grandes idées. Comme toute pensée, la doctrine chrétienne évolue nécessairement au fil du temps, à mesure qu’elle entre en relation avec d’autres doctrines, affronte des questions nouvelles, fait un sort aux critiques, réfléchit sur elle-même, mûrit intérieurement… Une grande idée ne peut se développer et rayonner sans être « engagée », sans rejeter, corriger ou assimiler les modes de pensée ou d’action. Elle doit courir le risque des contacts avec le monde, et se grandir dans l’épreuve, s’enrichir et s’affiner en ferraillant avec ses détracteurs.

    On peut toutefois se demander : qu’est-ce qui fait qu’une doctrine reste vivante et intacte au long de l’histoire, se développe sans se corrompre, évolue tout en restant elle-même ? Chaque changement interroge : sommes-nous en présence d’un vrai développement ou d’une corruption de la doctrine originelle ?

    Sept critères d’un vrai développement

    Dans son brillant Essai sur le développement de la doctrine chrétienne (1845, éd. Ad Solem, 2007), saint J.H. Newman suggère sept notes ou critères garantissant qu’une doctrine ou une institution se développe en demeurant fidèle à elle-même. On les présente brièvement, tour à tour.

    La première note d’un vrai développement est ce que Newman appelle la préservation du type. Il s’agit qu’en dépit des changements externes, le sujet soit capable de conserver son identité, c’est-à-dire saisir et défendre ce qui le définit et le caractérise de manière essentielle. On peut faire une analogie avec la croissance physique, où les parties et les proportions de la forme développée, bien qu’ayant changé, correspondent à celles de son état rudimentaire. L’adulte a la même structure qu’à sa naissance (les jeunes oiseaux ne deviennent pas des poissons…).

    Deuxième note : la continuité des principes. Les doctrines se développent, s’approfondissent et s’élargissent, mais leurs principes demeurent inchangés, à l’instar des axiomes ou postulats des mathématiques. Un développement qui contrarie les propres principes de la doctrine ne serait qu’une corruption.

    Troisième note : la capacité d’assimilation. Toute vie se caractérise par la croissance au point que ne croître d’aucune manière, c’est cesser de vivre. L’être vivant croît en assimilant — c’est-à-dire en transformant en sa propre substance — des matériaux extérieurs. Face aux nouveautés de l’histoire, une doctrine ou une institution ne doit pas se fermer, mais tâcher d’assimiler les éléments extérieurs jusqu’à ce qu’ils entrent dans son unité. Comme le fait un organisme vivant qui assimile ce qui le rend plus fort et rejette les corps étrangers.

    Quatrième note : la conséquence logique. La nouveauté, une fois assimilée, doit augmenter la cohérence logique d’ensemble de la doctrine. Autrement dit, un développement a toutes les chances d’être fidèle, et non une corruption, s’il peut être regardé comme l’aboutissement logique de la forme originelle. Il aide à mieux comprendre ce que l’on possède déjà. Ce n’est pas à dire qu’un développement est le fruit d’une opération logique. Un cheminement s’effectue en silence, spontanément, dans l’esprit ; ce n’est que plus tard qu’il vient à la lumière : on en prend conscience et on lui donne une expression logique, puis une articulation scientifique. Après coup, cependant, le caractère logique de l’ensemble apparaît comme une garantie que le travail n’a pas été une corruption, mais un vrai développement.

    Cinquième note : l'anticipation du futur. Une autre preuve de la fidélité d’un développement ultérieur est qu’il était déjà implicite dès le commencement ; autrement dit, les changements ne représentent aucune violence, mais une explicitation de ce qui était déjà possédé.

    Sixième note : la conservation active du passé. Un vrai développement s’inscrit dans la ligne des développements antérieurs, en même temps qu’il apporte quelque nouveauté. C’est une addition qui n’embrouille pas, ne rompt pas avec le passé, mais qui illumine d’une lumière nouvelle le corps de pensée dont elle procède.

    Septième note : la vigueur durable. Enfin, les vrais développements tiennent sur la longueur ; ils rendent le sujet plus vigoureux, plus stable et sain.

    Si elle incorpore et assimile les nouveautés de l’histoire suivant ces critères, une doctrine se maintient et se développe de façon homogène ; à défaut, elle se corrompt, entre en décadence et périt, comme il est arrivé à tant de doctrines au cours de l’histoire. Newman observe, exemples à l’appui, que le christianisme s’est développé précisément en accord avec ces critères, et c’est pourquoi il a résisté au long des siècles comme aucune autre institution, en dépit des grands changements d’époque.

    Passer les adaptations au crible

    A l’heure où de nombreuses voix s’élèvent pour réclamer des modifications de la doctrine chrétienne afin qu’elle soit plus en phase avec les « valeurs du temps », les notes d’un vrai développement proposées par Newman peuvent servir de guide.

    Voici donc un exercice exigeant, mais indispensable : passer les modifications souhaitées au crible des sept critères succinctement exposés. On est loin évidemment d’adaptations au gré des sondages d’opinion ou modes du temps, ou selon l’agenda des lobbies. Car, enfin, à quoi bon l’Eglise, si elle n’avait le souci de continuer d’enseigner ce que le Christ et les apôtres eux-mêmes ont enseigné ? A quoi bon, en d’autres termes, si l’on fait fi de la tradition apostolique et de la règle de la foi ? Si l’on fait fi du témoignage des Pères, des enseignements des grands conciles, des lumières et charismes des saints ?

    Dans la superbe biographie qu’il a consacrée à Newman (éd. du Cerf, 2012), Louis Bouyer rapporte combien les mots de Thomas Scott : Holiness rather than peace (la sainteté plutôt que la paix) avaient frappé Newman. Ils se trompent, pensait-il, ceux qui prêchent une religion qui console d’emblée, plutôt qu’une religion qui d’abord inquiète. C’est une grande leçon du converti d’Oxford : la vraie Église est celle qui exige et produit la sainteté. Un christianisme accommodé au monde, ayant fait sa paix avec ce monde, renonçant à sa vocation d’instance critique et de « lumière » pour le monde, n’est qu’un christianisme de décadence.

    Etienne Montero est prêtre, docteur en droit et en théologie, et Professeur à l’Université de Namur.

  • Les évangiles ont très probablement été écrits en araméen

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    D'Olivier Bonnassies sur La Sélection du Jour :

    Les Évangiles n’ont certainement pas été écrits en grec mais en araméen, la langue du Christ

    Photo : le papyrus P 52 de Rylands, daté de la première moitié du IIème siècle, est un des plus anciens manuscrits grecs de l'Evangile de Jean, mais l'original était sans doute araméen

    Contrairement à l’opinion qui a dominé pendant des années, il est aujourd’hui très probable que l’Évangile vienne d’une source unique, fixée en araméen. Au temps du Christ, l'hébreu était presque uniquement une langue liturgique (un peu comme le latin pour nous) et le grec une des langues internationales (comme l'anglais aujourd'hui), mais Jésus, les Apôtres, et les premiers chrétiens parlaient tous araméen, la langue des juifs de l'époque, dominante dans tout l'Orient jusqu'en Inde. Or, cette culture orale est redécouverte actuellement par les chercheurs qui constatent que les manuscrits de la Pshytta (texte canonique des Églises de langue araméenne syriaques de Chaldée) et de la Peschitto (texte identique d’un dialecte proche de Syrie) sont exactement les mêmes, au détail et au mot près, alors que les versions grecques différent en revanche beaucoup de l’une à l’autre.

    Jusqu’ici, on avait peu porté d’attention à l’araméen, parce que le plus ancien manuscrit connu de la Pshytta (le Vaticanus 12) était daté du IVème siècle, alors qu’il y a de nombreux fragments grecs du IIème siècle. On a ainsi été longtemps enclin à penser que les Evangiles ont été écrits en grec, comme le sous-entendait Eusèbe de Césarée lui-même, le premier grand historien de l’Eglise, qui voulait faire reconnaître le Christianisme à Rome et qui disposait de la bibliothèque grecque d’Origène à Césarée, la grande ville de Terre Sainte de l’époque. Son objectif étant de convaincre l’Empereur Constantin de la fiabilité de la foi chrétienne, Eusèbe a valorisé l’idée que l’Évangile avait été écrit en grec, « la belle langue » et non pas dans ce dialecte de seconde zone que constituait l’araméen, utilisé par l'ennemi Parthe.

    Le fait décisif qui conduit à changer de point de vue est que le texte de la Pshytta est toujours stable. Il y a une et une seule Pshytta, copiée mot à mot dans toutes les copies, sans aucune variante. Le Père Frédéric Guigain a pu vérifier cette réalité étonnante en comparant dans le détail le Vaticanus 12, qui correspond à un dialecte du IIIème ou IVème siècle, et le codex Khabouris, retrouvé récemment, qui date de l’an 1000, mais qui correspond à une langue du IIème siècle : les mots sont exactement les mêmes, et la copie est d’une exactitude exceptionnelle, comme toutes les copies de la Pshytta qui reproduisent absolument tous les mots et même la pagination de l’original dont ils prétendent être la copie !

    A l'inverse, l’instabilité de nombreuses variantes textuelles des manuscrits grecs est flagrante sur d’innombrables exemples. Dans la péricope de la guérison de l’homme à la main sèche, par exemple, le texte parle de la « connaissance » (Luc 6,8) que le Christ a des raisonnements de ses opposants. Or, le mot est traduit de deux manières dans les manuscrits grecs qui choisissent soit « edei » soit « gignoscoi ». S’il s’agissait d’une copie d’un original unique, pourquoi choisir des mots différents ? Quel copiste oserait prendre une telle initiative ? Plus loin, le Christ promène sur eux un regard de « colère » (Luc 6,10) qui est là aussi traduit de deux manières différentes. Et les cas sont tellement nombreux qu’il est impossible d’imaginer autre chose qu’une traduction.

    L’idée d’une traduction de l’araméen explique aussi quantité de passages peu compréhensibles en grec. Par exemple, en Ac 6,1-7, le texte grec parle de « veuves » de langue grecque qui ont un problème avec le « service des tables » et on dérange les Apôtres qui vont alors ordonner 7 diacres pour s’occuper de cela. Le récit est assez obscur : ceux qui été si solennellement institués (pourquoi ?) dans le but de s’occuper d’un service ménager (quel intérêt d'en parler ?) font immédiatement tout autre chose et partent évangéliser (cf. Étienne en Ac 6,8-10). Mais selon l'araméen, il s’agit en fait de « consacrées » de langue grecque (pas de veuves) qui ne comprennent pas les prières à l’autel (pas aux tables) et qui demandent des traducteurs (pas des diacres). Voilà pourquoi, de manière cohérente, les apôtres missionnent 7 grecs pour traduire leurs prières, comme on l’avait fait pour la traduction de la Septante, à Alexandrie, en 270 avant Jésus-Christ. 

    La Doxa classique affirmait jusqu'ici que la Pshytta était la traduction araméenne au IVème siècle d’une version grecque précoce, mais cette interprétation est devenue très difficile. La Pshytta ne comporte ni les dernières lettres de Pierre, ni l’Apocalypse, et aucun ajout n’a été osé par la suite, les copistes s’interdisant tout changement. Comment expliquer cela sinon par le fait qu'elle a été fixée à un moment où la plupart des Apôtres encore en vie et capables de donner à ces récits une autorité que personne ne pourrait plus leur contester ? Les études récentes de Pierre Perrier (cf. Marie mère de mémoire, Montrouge, 2019 ou La mémoire en damiers, Paris, 2023) et beaucoup d'éléments concourent à établir que la Pshytta est certainement la copie d’une source araméenne écrite ou orale fixée très tôt, au Ier siècle, dans le cadre de cette culture orale très riche, à redécouvrir. 

    Pour aller plus loin :

    Primauté de l’araméen sur le grec : indices cumulés

    >>> Lire sur Eecho (Enjeux de l'Etude du Christianisme des Origines

  • Solennité du Corps du Christ : "Je T'adore, ô Dieu caché"

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    Divinité de Jésus-Christ, en ce pain caché,
    devant toi je me prosterne, tout mon être t'adore.
    O divinité de Jésus-Christ, divinité du Père et de l'Esprit
    que nul en ce corps ne peut voir sans mourir et ressusciter,
    je t'adore et m'abîme en toi.
    La vue, le goût, le toucher, Ici n'ont plus sens,
    mais ma foi est entière, attentive à ta Parole : 
    je crois au Fils de Dieu, la vérité par excellence.
    Je ne vois pas tes plaies, Thomas les voyait !
    Mais je reconnais mon seul vrai Dieu en sa parfaite offrande.
    Augmente ma foi !
    Avive mon espérance !
    Comble mon coeur de ton amour !
    Sur la croix Dieu se cache, en l'Eucharistie l'homme aussi !
    Je crois et confesse l'Un et l'Autre en ta Personne unis.
    Mienne soit la prière du larron repentant qui parfaitement t'innocente.
    Toi qui fais toujours nouvelle,
    toi qui fais toujours actuelle la Passion de Jésus-Christ,
    sa mort et sa résurrection,
    O Eucharistie !
    Vivant mémorial de ton offrande,
    Pain de vie qui donnes la Vie aux hommes,
    donne-moi, je t'en prie, que de toi je vive !
    Qu'en toi seulement mon espérance, et tout mon amour !
    Qu'en éternité, en douceur et suavité, j'ai goût de toi !
    que maintenant,que désormais, 
    qu'en éternité, ma vie soit vivante ,
    toute pleine de toi! 
    fais,je t'en prie!
    apaise ma soif!
    qu'enfin je voie
    sans aucun voile
    et sois comblé
    en éternité!
     
    Amen.                                                  

    Saint Thomas d'Aquin, Adoro Te

  • Qui est Henri, ce jeune qui a fait fuir l'assaillant à Annecy et sauvé des vies?

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    "Catholique, croyant, pratiquant, ancien chef scout, pèlerin pédestre marchant de cathédrale en cathédrale, passionné par le patrimoine religieux de notre pays, ce jeune homme, qui semble sorti tout droit d'un livre de Péguy, coagule l'ensemble des traits anthropologiques détestés par l'idéologie dominante. Représentant ordinaire du catholicisme français, il figure le type humain que la galaxie progressiste veut enfermer…" (Robert Redeker sur le Figaro)

    Du site de Var Matin :

    Il faisait un "tour de France des cathédrales": qui est Henri, ce jeune qui a fait fuir l'assaillant à Annecy et sauvé des vies?

    Armé de deux énormes sacs à dos qu'il transporte avec lui lors d'un "tour de France des cathédrales" de neuf mois, cet étudiant de 24 ans a pris Abdalmasih H. en chasse à Annecy, où a eu lieu le drame de ce jeudi 8 juin. Deux enfants sont encore en "urgence vitale".

    09/06/2023 

    Il s’appelle Henri d'Anselme. Ce jeudi 8 juin, cet ancien chef scout de 24 ans est devenu le héros de toute une nation en s’interposant entre l’assaillant d’Annecy et de potentielles jeunes victimes.

    Étudiant diplômé en philosophie et en management international, il a évité que le bilan soit pire que ce qu'il actuellement. L’homme au couteau avait en effet déjà fait six blessés, dont quatre enfants de 22 mois à 3 ans, dans un parc de la ville, semant l’effroi.

    Mais Henri, armé de deux énormes sacs à dos, a pris Abdalmasih H. en chasse près des Jardins de l’Europe, où a eu lieu le drame.

    Ces drôles de sacs, il les avait sur le dos car ce catholique revendiqué effectue depuis un peu plus de deux mois un "tour de France des cathédrales", qu’il documente quotidiennement sur les réseaux sociaux.

    Il a débuté son périple de neuf mois dans l’abbaye du Barroux.

    Chasse à l'homme dans Annecy

    Son acte de bravoure, lui aussi, a fini sur les réseaux: des milliers de personnes ont salué le courage de ce jeune homme, prêt à courir après un homme armé, tandis que de nombreux passants n’ont rien pu, su ou voulu faire.

    Le député des Alpes-Maritimes Eric Ciotti, entre autres personnalités politiques et publiques, lui a rendu hommage.

    Lunettes de soleil, pantalon et t-shirt noir, on y voit Henri, très calme, d’abord marcher, puis se délester d’un des sacs pour courir vers l’homme, qui s’est revendiqué "chrétien de Syrie" lors de son interpellation, et aurait dit agir "au nom de Jésus".

    Deux conceptions de la religion diamétralement opposées pour les deux protagonistes de cette histoire horrible.

    Grâce à cette intervention, l'agresseur, qui avait déjà fait des victimes et cherchait à en faire d’autres, a quitté l'aire de jeux, avant d’être interpellé par la police.

    "J'ai été poussé intérieurement à agir"

    Ce vendredi matin sur la chaîne CNews, Henri a estimé qu’il ne se trouvait pas là par hasard. Il parle d’une poussée mystique, qui l’aurait mené sur place à Annecy.

    "Sur mon chemin des cathédrales, j’ai croisé le sentier du Sang, et j’ai été poussé intérieurement à agir, à défendre le pur innocent, l’enfant qui se fait attaquer", a-t-il dit. Tout en estimant que "ce que j’ai fait, tout le monde aurait pu le faire, tout Français devrait le faire."

    "J’invite tout un chacun à se recentrer sur l’essentiel pour garder à l’esprit ce qu’il y a de plus beau, de plus grand", a-t-il conclu au micro de Pascal Praud. 

    Ce passionné de marche et amoureux du patrimoine religieux de la France a fait passer son "chant des cathédrales" en prime-time, dans une France qui avait besoin de héros, malgré l’horreur. 

    Dans ses dernières stories Instagram, jeudi soir, il disait se trouver "à la préfecture pour les dépositions de témoins""Priez pour les enfants, moi je vais bien", écrit-il. Avant de poster une prière et de promettre de continuer à marcher.

    Voir aussi (sur RCF) : https://www.rcf.fr/articles/actualite/attaque-au-couteau-a-annecy-henri-le-heros-au-sac-a-dos?

  • Liturgie : du Concile de Trente à saint Pie V

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    De Denis Crouan :

    DU CONCILE DE TRENTE À SAINT PIE V

    La Constitution apostolique « Quo primum tempore » qui oblige à utiliser le Missel restauré et approuvé par saint Pie V, est promulguée le 13 juillet 1570. Elle entre en vigueur dans la limite de délais partant de la date de la première édition du « Missale Romanum », soit un mois pour les prêtres en résidence à Rome, trois mois pour ceux qui sont en Italie et six mois pour les autres qui sont « au-delà des monts ».

    Le Concile de Trente avait pris conscience du désir d’unité liturgique manifesté par le peuple dans son ensemble. De nombreux orateurs du Concile avaient relevé comment les « réformés » qui avaient suivi Martin Luther s’étaient emparés de cette volonté d’unité pour justifier une simplification des rites qu’ils présentaient comme un « retour aux sources ». Les Pères du Concile de Trente comprennent qu’il est urgent de faire aussi quelque chose : il n’est pas question de laisser l’initiative aux seuls « réformés ». Cependant, les Pères conciliaires manquent d’arguments pour avancer des propositions précises ; parmi eux se trouvent des théologiens mais très peu de liturgistes. Ils se contenteront donc de faire des recommandations et de formuler des « vœux pieux ».

    Les années passent ; les papes se succèdent (quatre en 16 ans !) ; les « réformés » consolident leurs positions ; les travaux de la Curie pontificale se font attendre ; de nombreux évêques inquiets des vœux du Concile prennent l’initiative de maintenir les anciens usages liturgiques de leurs diocèses respectifs.

    Paul IV (1555-1559) prescrit les premiers travaux : rassembler les documents de la bibliothèque vaticane afin de pouvoir les étudier. On s’aperçoit immédiatement des difficultés : les documents dont on dispose sont nombreux et riches, surtout ceux de source orientale. On ne trouve pas moins de 89 formules de consécration en usage !

    Rassembler les documents ne suffit donc pas. Pie V (1559-1565) crée une commission de travail qui constate la stérilité des efforts tentés dans le passé pour assurer l’unité de la liturgie : ni Innocent Ier en 416, ni Vigile en 538 ne sont parvenus à imposer leurs vues. Saint Grégoire le Grand (590-604) sera plus heureux sans pour autant réussir à imposer un texte liturgique unique ; son travail ne consistera qu’à simplifier les rites et à réduire le nombre des formules. Travail identique à celui que fera Vatican II, des siècles plus tard.

    La Commission se trouve devant un choix à faire : quel rite adopter pour l’ensemble de l’Église occidentale dite « romaine » ? Le choix est vaste : le gélasien ? l’ambrosien (en usage à Milan) ? le gallican ? le gothique ? le mozarabe ? Tous peuvent être considérés comme vénérables ; tous célèbrent une même foi. Faut-il reprendre certaines anaphores orientales très riches du point de vue doctrinal  ? La Commission se décide à prendre pour base de travail l’ « Ordo Missae » qu’elle connaît le mieux : celui qui en usage au sein de la Curie romaine depuis de VIIe siècle.

    Beaucoup de diocèses étant attachés à leurs particularismes liturgiques, la Constitution « Quo primum tempore » de Saint Pie V n’est pas partout accueillie dans l’allégresse. Et comme Saint Pie V a précisé que certains Ordres religieux ainsi que les diocèses pouvant se prévaloir de rites deux fois centenaires ne seront pas obligés d’adopter le nouvel « Ordo Missae », beaucoup d’évêques s’emploieront à contourner l’obligation faite par le pape d’adopter le nouveau « Missel romain ». Il n’est pas inutile de rappeler ici que jusqu’au milieu du XIXe siècle, de nombreux diocèses conserveront leurs rites particuliers. Le maintien de ces particularismes étant surtout dû à la manifestation d’un attachement souvent passionnel aux vieilles habitudes ajouté à une connaissance insuffisante de la liturgie.

    Le « Missel romain » promulgué par Saint Pie V ne sera véritablement découvert et mis progressivement en application qu’à partir de la seconde moitié du XIXe siècle, à la suite des travaux de Dom Guéranger qui fera de l’étude de la liturgie une véritable science ; découverte qui viendra en complément des injonctions du pape Saint Pie X qui entendra débarrasser les célébrations liturgiques d’habitudes ne convenant pas au culte dû à la Majesté divine et au droit inaliénable du peuple de Dieu de « prier sur de la beauté ».

  • Liège : clôture solennelle de la Fête-Dieu par l’évêque de Liège le samedi 10 juin à 18h00 en l’église du Saint-Sacrement (Bd d’Avroy, 132) :

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    Le samedi 10 juin 2023 à 18h00, Mgr Jean-Pierre Delville, célébrera en l'église du Saint-Sacrement une messe grégorienne solennelle pour clôturer la semaine de festivités liée à la Fête-Dieu.

    Cette année, la messe sera interprété par la Schola Gregoriana de l'Université de Varsovie et par l'Ensemble polyphonique liégeois "Praeludium".

    Dès 16h30 aussi, une audition concertante de chants médiévaux interprétés par les choristes de la Schola de l’Université Cardinal Wyszynski (dir. Michal Slawecki) sera offerte au public (entrée libre).

    Toutes les informations via ce lien : https://miniurl.be/r-4kwu

  • Christophe Geffroy (La Nef) : « Militons pour une véritable paix liturgique »

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    Une tribune de Christophe Geffroy, Directeur de La Nef, sur le site du journal La Croix :

    Polémique autour du pèlerinage de Chartres : « Militons pour une véritable paix liturgique »

    Christophe Geffroy, directeur de la revue La Nef, revient sur la polémique autour du pèlerinage de Chartres, après une tribune du père Benoist de Sinety. Pour lui, une « véritable paix liturgique » doit s’appuyer sur un respect des différentes sensibilités, en particulier « l’acceptation de la pleine légitimité de la liturgie d’à côté ».

    Pour Christophe Geffroy, directeur de la revue La Nef, le pèlerinage de Chartres peut être vu comme la preuve que les mesures autoritaires de Rome sont un échec en ce qu’elles confortent le mouvement qu’elles voudraient réduire.

    Cette année, le pèlerinage de Chartres, organisé par Notre-Dame de Chrétienté à la Pentecôte, a connu un succès tout particulier. Pour la première fois de son histoire, les organisateurs ont dû fermer les inscriptions une semaine avant le départ : au-delà de 16 000 inscrits, la logistique ne pouvait plus suivre ! Beau succès, assurément, alors même qu’il y a une volonté appuyée de Rome de limiter drastiquement l’extension de la « messe traditionnelle » depuis la publication du motu proprioTraditionis custodes à l’été 2021.

    Réponse du berger à la bergère ? Probable, en effet. Il est certain que ce texte, qui est perçu comme profondément injuste par la plupart des « tradis », a eu pour conséquence de mobiliser une base militante active et d’attirer un plus nombre de chrétiens, pas spécialement « tradis » mais sympathisants de leurs frères inutilement brimés, ou tout simplement désireux de marcher pour prier Notre-Dame. Bref, le pèlerinage de Chartres peut être vu comme la preuve que les mesures autoritaires de Rome sont un échec en ce qu’elles confortent le mouvement qu’elles voudraient réduire.

    De vives réactions

    Dans ce contexte, le père Benoist de Sinety, curé de la paroisse Saint-Eubert de Lille, ancien responsable des aumôneries étudiantes d’Île-de-France et ancien vicaire général du diocèse de Paris, a publié sur le site d’Aleteia une tribune sur le pèlerinage de Chartres qui a déclenché de vives réactions dans le monde « tradi ».

    Que lui reproche-t-on ? De regretter qu’un prêtre ne puisse y venir et y célébrer la messe dite de Paul VI qui est celle du pape et de la quasi-totalité des prêtres du rite romain. Son texte aurait pu d’ailleurs gagner en clarté s’il avait précisé qu’il parlait de la messe privée et sans public que tous les prêtres qui marchent célèbrent seuls dans une tente à 5 heures du matin, puisque les trois messes publiques solennelles ne sont pas concélébrées. Sa demande est-elle scandaleuse ou même juste exorbitante ?

    Une messe privée nécessairement en « forme extraordinaire »

    Imaginons un grand pèlerinage où les messes publiques seraient dans la « forme ordinaire » et où seraient invités à marcher pour accompagner les pèlerins des prêtres des instituts traditionalistes ; et imaginons maintenant qu’on leur impose de célébrer leur messe privée quotidienne en « forme ordinaire » : la plupart refuseraient et on pourrait les comprendre. C’est exactement la même chose au pèlerinage de Chartres : depuis l’origine, les prêtres qui accompagnent les marcheurs sont tenus de célébrer leur messe privée dans la « forme extraordinaire ».

    Pourquoi imposer cette contrainte qui ne concerne en rien les pèlerins ? Autant on comprend que les organisateurs soient inflexibles pour les trois messes publiques des samedi, dimanche et lundi, puisque la « messe traditionnelle » fait partie intégrante du charisme de ce pèlerinage de chrétienté, autant on ne comprend pas l’interdiction de messes privées de Paul VI, ce qui conduit au reste des prêtres, comme le père de Sinety, à renoncer à venir au pèlerinage alors que les organisateurs se plaignent chaque année du manque de prêtres pour assurer les confessions de tant de pèlerins ! C’est absurde.

    Une nouveauté notoire

    Cette année, cependant, une nouveauté notoire et fondatrice est intervenue : il semblerait que, en raison de la pression exercée par le diocèse de Paris, Notre-Dame de Chrétienté a accepté sur les routes de Chartres un prêtre célébrant sa messe privée dans la « forme ordinaire ». C’est peut-être un précédent qui portera du fruit et permettrait de faire évoluer les esprits, tant ce blocage sur le refus de la messe de Paul VI n’a pas de sens – sauf, bien sûr, à la considérer comme « déficiente » et donc non digne d’être célébrée !

    Le contexte actuel avec le motu proprio Traditionis custodes est difficile, et l’on comprend la souffrance des « tradis » qui se sentent rejetés par ceux qui devraient être leurs pères. Mais leurs affaires n’avanceront pas s’ils se raidissent et finissent par donner raison au pape François quand il reproche à l’ensemble du monde « tradi » de rejeter la messe de Paul VI et le concile Vatican II.

    Certes, on peut dire que c’est la réforme du Paul VI et le Concile qui ont vidé les églises : qu’il y ait du vrai dans ces assertions, c’est évident ; que l’on puisse en débattre, c’est juste et nécessaire ; mais la principale raison de l’effondrement du christianisme en France et en Europe tient à des causes beaucoup plus vastes liées à l’évolution de nos sociétés, sinon pourquoi toutes les autres confessions chrétiennes qui n’ont connu ni réforme liturgique ni concile subissent un reflux plus important encore (excepté les évangéliques) ?

    Le respect à l’autre

    Cela fait plus de trente ans qu’à La Nef nous militons pour une véritable paix liturgique : alors que le nombre de fidèles ne cesse de décroître, est-il vraiment nécessaire de se diviser toujours plus ? « Il y a des demeures nombreuses dans la maison de mon Père » (Jn 14, 2) est la phrase de l’Évangile qui illustre depuis l’origine l’esprit de La Nef : « Personne n’est de trop dans l’Église », affirmait Benoît XVI.

    Mais une véritable paix passe forcément par le respect de l’autre, à savoir l’acceptation de la pleine légitimité de la liturgie « d’à côté » : reconnaître le droit de cité de la « forme extraordinaire » comme Benoît XVI l’avait fait et, à l’inverse, reconnaître la « valeur » et la « sainteté » (Benoît XVI) du nouveau rite. Tant que le combat pour la messe dite de saint Pie V se justifiera par la critique acerbe de celle de Paul VI, aucune paix liturgique ne sera possible. C’est en acceptant pleinement cette dernière (ce qui n’empêche pas certaines critiques comme le faisait le cardinal Ratzinger, critiques aussi possibles sur le missel de saint Pie V qui mériterait des évolutions) que l’on pourra défendre efficacement la raison d’être de la messe de saint Pie V.

    Lire également : 

  • LITURGIE : entre modernisme et traditionalisme

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    De Denis Crouan  :

    LITURGIE : entre modernisme et traditionalisme

    À la suite d’un article de Mgr de Sinety, ancien vicaire général de Paris, qui revient sur la question liturgique liée au récent pèlerinage de la Pentecôte à Chartres, M. Jean-Pierre Maugendre, président de « Renaissance catholique » et pèlerin depuis la recréation de ce pèlerinage, pose quatre questions : 

    https://renaissancecatholique.fr/blog/reponse-a-mgr-de-sinety-et-quelques-autres-a-propos-du-pelerinage-de-chartres/ 

    1. Pourquoi cet ostracisme [il s’agit ici de celui de Mgr de Sinety] contre la liturgie romaine traditionnelle ? 
    1. Pourquoi ce refus de voir la réalité qui est l’engouement d’un public de plus en plus large et jeune pour la messe traditionnelle ?
    1. Pourquoi cette impossibilité de dresser un bilan, objectif et serein, de la réforme liturgique loin des incantations et des arguments d’autorité ?
    1. Pourquoi est-il impossible de débattre de la continuité, ou de la rupture, entre la réforme liturgique bugninienne de 1969 et la constitution conciliaire sur la liturgie Sacrosanctum Concilium ?

    Avant d’aborder la question de fond, il convient de répondre à M. Maugendre qui - ce n’est lui faire insulte que de le dire - ne semble pas avoir de grande connaissance en liturgie. 

    Répondons à la première question de M. Maugendre par une autre question : qu’appelle-t-il « liturgie romaine traditionnelle » ? Ou, si l’on préfère, qu’est-ce qui peut faire qu’une liturgie romaine n’est pas « traditionnelle » ? Au cours de ses vingt siècles d’existence, la liturgie romaine a été célébrée de différentes manières sans que se pose la question de sa « traditionalité ». La liturgie romaine que M. Maugendre - et d’autres avec lui - qualifie de « traditionnelle » n’a été célébrée comme on la voit aujourd’hui que durant un temps relativement court : grosso modo, un siècle ; depuis sa redécouverte par Dom Guéranger (XIX° s) - avec les défauts qu’y trouvaient aussi bien le restaurateur de la vie bénédictine en France que le pape saint Pie X - jusqu’à Vatican II. Quant au chant grégorien qui est le « chant propre de la liturgie romaine », nous dit Vatican II, il ne fut rétabli que progressivement à partir de la fin du XIXe siècle : saint Pie V lui-même l’ignorait... 

    La deuxième question que pose M. Maugendre se rapporte à l’engouement des jeunes pour la messe « traditionnelle ». On peut dire sans risque de se tromper que M. Maugendre fait une erreur d’appréciation : l’engouement des jeunes porte sur une façon « traditionnelle » de célébrer la liturgie. En fait, ce dont les jeunes ne veulent plus, ce sont les célébrations bricolées qui faisaient les délices de leurs parents et grands-parents. Mais la liturgie restaurée à la suite de Vatican II attire tout autant les jeunes, dès lors qu’elle est célébrée de façon « traditionnelle », c’est-à-dire avec la dignité, l’application, le respect des rites, la place donnée au chant grégorien, l’orientation de la prière... Bref, avec tout ce que le clergé soixante-huitard a supprimé au nom, disait-il, de Vatican II. Partout où la liturgie dite « conciliaire » est célébrée de façon « traditionnelle », les églises attirent des jeunes et les vocations refleurissent : tous les prêtres qui font l’expérience de célébrer ainsi la liturgie - c’est-à-dire comme le demande le Concile - peuvent en témoigner. Et dans ces églises, les demandes de fidèles pour la messe « anté-conciliaire » se raréfient jusqu’à disparaître. 

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  • Quel est le problème avec la messe de Paul VI  ?

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    Du blogue d'Emmanuel Di Rossetti :

    Quel est le problème avec la messe de Paul VI  ?

    Il y a maintenant plus de cinquante ans, l’Église catholique se dotait d’une nouvelle messe qui rompait d’une manière encore jamais vue avec la tradition de l’Ėglise. Les réformateurs n’avaient cependant pas prévu que la messe traditionnelle leur perdure. Ils étaient même persuadés du contraire. Et ils utilisèrent tous les moyens en leur possession pour arriver à leurs fins : la suppression de la messe romaine traditionnelle. Pourtant, force est de constater que cette messe continue d’attirer de nombreux fidèles, et parmi eux, des jeunes gens qui s’engagent, comme priants, comme séminaristes, à célébrer et à faire vivre cette forme du rite romain. Ces derniers sont souvent accusés d’être des fauteurs de trouble, des nostalgiques, des identitaires, et surtout, crime de lèse-majesté, d’être contre le Concile Vatican II, que l’on ne sépare plus de son propre esprit ; cet esprit du concile dont on se repaît sans jamais vraiment le qualifier, comme pour à peu près toutes les choses importantes. Dans l’Église comme ailleurs, les progressistes agissent en essentialisant leurs contradicteurs afin de les discréditer. La liturgie est le sommet et la source de la vie de l’Église comme le rappelle le dernier concile, et la liturgie est tradition. Pour dénouer la crise de la liturgie qu’elle porte en son sein, l’Église devra retisser les fils de la tradition abimée et blessée, même et surtout, si l’époque la presse de n’en rien faire.

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