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International - Page 143

  • Réduire la croissance démographique pour améliorer le climat ?

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    De Sophie Devillers* sur le site de La Libre (via didoc.be) :

    Faut-il réduire la croissance démographique pour améliorer le climat ?

    La démographe et chercheuse à la VUB Soumaya Majdoub vient de publier l’essai “Consumeren als konijnen” (« Consommer comme des lapins ») qui aborde la question de la croissance démographique et du dérèglement climatique. Elle y pulvérise nombre de clichés, en s’appuyant sur les données.

    Quid de l’expression bombe démographique que l’on entend parfois ? La croissance démographique est-elle exponentielle ?

    C’est drôle qu’on se pose encore cette question, car entre scientifiques, on est tombé d’accord il y a longtemps sur le fait qu’il n’y a pas de croissance exponentielle de la démographie. Cependant, le mythe de la surcroissance a pu être instrumentalisé par un certain nombre d’organisations, de groupements, qui y trouvent une sorte de narratif qui leur permet de s’attaquer à des minorités, des groupes spécifiques, car il y aurait cette base « scientifique ». Et ce n’est pas le cas. En ce qui concerne la bombe démographique, je n’aime pas du tout ce terme, d’ailleurs. Et les mots ne sont pas innocents. Une bombe ne peut exposer qu’une seule fois. Si on fait croire à la population qu’il y aura une explosion, cela veut dire qu’il y aura des conséquences dont on ne pourra plus se relever. Ce genre d’image est voulue car elle fait peur. En fait, selon les projections de l’ONU, la population mondiale devrait augmenter de 2 milliards de personnes au cours des trente prochaines années, passant de 7,7 milliards actuellement à 9,7 milliards en 2050. Elle pourrait atteindre un nombre proche de 11 milliards d’individus vers l’an 2100. Il n’est absolument pas question d’une croissance exponentielle. La croissance démographique ralentira au cours des prochaines décennies pour aplanir la courbe d’ici la fin du siècle.

    Ce qui est important à souligner, c’est qu’au cours de cette période, le nombre de personnes âgées de plus de 65 ans devrait être supérieur à celui des enfants de moins de 5 ans. Actuellement, dans le monde, les personnes âgées (65 ans et plus) constituent le groupe d’âge qui enregistre la croissance la plus rapide. En 2018, pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, le nombre de personnes âgées dans le monde a dépassé celui des enfants âgés de moins de 5 ans et, d’ici à 2050, il dépassera celui des adolescents et des jeunes (15-24 ans). Ceci vaut pour nos régions et l’Asie, surtout de l’Est. On sait que la Chine a voulu faire du « population engineering » et se trouve à présent face à un mur. Ces régions rencontrent déjà des difficultés considérables en matière d’assistance et de soins aux populations âgées.

    Que veut dire cette « première », concrètement en termes démographiques ? Si les personnes vivent plus longtemps, il y a forcément davantage de personnes en même temps sur la planète ?

    C’est quelque chose que le public, souvent, ne comprend pas. Cette croissance démographique supposée n’est en effet pas uniquement due à une augmentation des taux de natalité. Une part importante est due à la baisse de la mortalité et à l’augmentation de l’espérance de vie. Comme le montre tout graphique démographique, la soi-disant explosion démographique a commencé dès le 18e siècle, sextuplant en deux siècles. Des progrès ont été réalisés dans plusieurs domaines. La façon dont nous recueillons les informations et communiquons, combinée aux percées scientifiques et médicales et à une augmentation de la productivité, a certes entraîné une hausse des taux de natalité. Mais notre progrès technologique médical a fait en sorte que l’on arrive facilement à atteindre un âge que l’on n’atteignait pas auparavant. Au début du 19e siècle, atteindre l’âge de 30 ans était une victoire. En 1993, les gens atteignaient facilement 65 ans. En un espace relativement court, l’espérance de vie a augmenté de 80 %. Voilà votre « bombe démographique » ! Ce n’est pas comme si tous, nous avions décidé d’agrandir notre famille, avec 5, 6 ou 7 enfants, ce n’est pas cela !

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  • Le projet de loi sur l'avortement le plus radical de l'histoire des États-Unis a été recalé au Sénat

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    La perspective du vote d'une loi abortiste radicale a été évoquée sur belgicatho il y a quelques jours. De Katie Yoder sur le National Catholic Register :

    La loi pro-avortement sur la protection de la santé des femmes échoue au Sénat américain

    Il s'agit de supprimer toute protection pour chaque enfant dans l'utérus dans n'importe quel État du pays", a déclaré le sénateur Lankford en exprimant son inquiétude à l'égard de cette législation.

    1er mars 2022

    WASHINGTON - Le Sénat américain n'a pas réussi à faire avancer la Loi sur la protection de la santé des femmes (WHPA) lundi, annulant ce que certains groupes pro-vie considèrent comme le projet de loi sur l'avortement le plus radical de l'histoire des États-Unis.

    La WHPA "consacrerait dans la loi fédérale l'avortement sur demande jusqu'au moment de la naissance, et annulerait les lois des États - nouvelles et existantes - qui protègent les enfants à naître et leurs mères", a averti Jeanne Mancini, présidente de March for Life, avant le vote.

    Le vote de blocage du 28 février, avec 46 pour (dont 13 sénateurs "catholiques" !) et 48 contre l'AMPS, nécessitait 60 voix pour se poursuivre. Il s'est déroulé en grande partie selon les lignes du parti, un seul démocrate (le sénateur Joe Manchin de Virginie occidentale) ayant voté contre la poursuite du projet de loi qui passerait outre les lois pro-vie des États et supprimerait les restrictions sur l'avortement jusqu'au moment de la naissance dans certains cas. Aucun républicain n'a voté en faveur de l'AMPS.

    Pourquoi le Sénat se prononce-t-il maintenant sur l'AMPS ?

    Bien que la loi n'ait pas été adoptée, le vote lui-même a été historique. 

    Avant le vote de lundi, le leader de la majorité au Sénat, Chuck Schumer, D-NY, a déclaré au Sénat : "Ce sera la première fois que le Sénat votera sur un projet de loi autonome visant à codifier Roe de manière proactive."

    Le vote du Sénat intervient alors que la Cour suprême se prépare à rendre une décision dans le courant de l'année dans l'affaire Dobbs v. Jackson Women's Health Organization, une affaire qui menace Roe v. Wade, qui a légalisé l'avortement dans tout le pays en 1973. L'affaire Dobbs est centrée sur la question de savoir "si toutes les interdictions d'avortement facultatif avant la viabilité sont inconstitutionnelles", ou si les États peuvent interdire l'avortement avant qu'un fœtus puisse survivre en dehors de l'utérus, ce qui, selon la Cour, se situe entre 24 et 28 semaines de grossesse.

    Le danger de ce projet de loi a été vivement dénoncé par le président-directeur général d'EWTN, Michael Warsaw. "Il s'agit du projet de loi sur l'avortement le plus extrême jamais voté par le Sénat américain", a-t-il écrit dans le Register.

    Si la Cour suprême ne confirme pas l'arrêt Roe dans l'affaire Dobbs, l'avortement pourrait être laissé à la discrétion des États. L'AMPS menace ces lois d'État.

    "Malheureusement, il semble que la Cour suprême soit disposée à limiter sévèrement le droit à l'avortement dans les mois à venir", a déclaré Schumer lundi. "C'est pourquoi ce projet de loi est essentiel".

    Lors d'une conférence de presse organisée par les sénateurs Steve Daines, fondateur et président du Caucus pro-vie du Sénat, et James Lankford, président de la Values Action Team, les sénateurs républicains ont critiqué le moment du vote pendant l'invasion de l'Ukraine et ont qualifié l'AMPS de plus extrême que Roe.

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  • Sainte-Sophie de Kiev serait menacée d'une attaque aérienne

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    D'Anita Bourdin sur zenit.org :

    « Sauver Sainte-Sophie », par l’archevêque Shevchuk

    « Prier pour le sanctuaire spirituel des peuples slaves »

    La cathédrale Sainte Sophie de Kiev - Ukraine

    Cette information que Sainte-Sophie serait menacée, par définition ne peut pas se vérifier, elle attire en tous cas l’attention sur un patrimoine de l’humanité et invite à prier pour sa conservation.

    Sainte-Sophie est un monument de la « Rus’ de Kiev », situé au sein de la réserve nationale Sophie de Kiev. Il s’agit aujourd’hui de l’un des monuments les plus connus d’Ukraine, ainsi que du premier site inscrit sur la liste du patrimoine mondial par l’UNESCO dans ce pays. Il fait partie des édifices de l’époque pré-mongole de la Rus’.

    La « Rus’ de Kiev » est une principauté slave orientale qui a existé du milieu du IXe au milieu du XIIIe siècle, se désagrégeant en une multitude de principautés avant de disparaître formellement du fait de l’invasion mongole, qui commença en 1223 et entraîna la disparition de la principauté en 1240. La Rusʹ est la plus ancienne entité politique commune à l’histoire des trois États slaves orientaux modernes : Biélorussie, Russie et Ukraine. C’est pourquoi la destruction de Sainte-Sophie paraissait impensable jusqu’ici.

    Appel de l’archevêque majeur des Ukrainiens,

    Mgr Sviatoslav Shevchuk

    « Des informations sont parvenues selon lesquelles les troupes russes préparent une attaque aérienne contre le sanctuaire le plus important du peuple ukrainien depuis les temps de la Rus’ de Kiev : la cathédrale Sainte-Sophie de Kiev.

    Sa Béatitude Sviatoslav, chef et père de l’Église gréco-catholique ukrainienne, invite tous les chrétiens à prier pour le sanctuaire spirituel des peuples slaves et exhorte l’agresseur à s’abstenir de cet horrible acte de vandalisme.

    « Que Sainte-Sophie – Sagesse divine – rappelle ceux qui ont décidé de commettre ce crime », – a déclaré Sa Béatitude Sviatoslav.

  • Des crimes contre l'humanité

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    De KathNet.News :

    "Le monde n'a pas vu ça depuis la Seconde Guerre mondiale."

    1er mars 2022

    "La Russie mène des frappes aériennes sur des maisons, des jardins d'enfants, des écoles, des hôpitaux. Les voies d'évacuation des civils sont attaquées" - Un économiste de l'archidiocèse de Kiev accuse la Russie de "crimes contre l'humanité"

    Munster/Kiev (pbm/sk). "Il n'y a rien de pire que d'être réveillé par des raids aériens." C'est ainsi que l'archiprêtre Vitaliy Herasymiv, économiste de l'archidiocèse de Kiev, commence sa description de la situation dans la capitale ukrainienne. Dans le rapport qu'il envoie maintenant à l'évêque auxiliaire Dr. Stefan Zekorn, représentant épiscopal de l'Église universelle dans le diocèse de Münster, souligne : « L'Ukraine et ses soldats ne défendent pas seulement l'indépendance de l'Ukraine, mais toute l'Europe et le monde.

    Le prêtre accuse la Russie de "crimes contre l'humanité" : "La Russie mène des frappes aériennes sur des maisons, des jardins d'enfants, des écoles, des hôpitaux. Les voies d'évacuation des civils sont attaquées. Le monde n'a pas vu cela depuis la Seconde Guerre mondiale.

    L'archiprêtre écrit que les prêtres de l'Église gréco-catholique ukrainienne continuent d'exercer leur ministère, de la célébration de l'Eucharistie dans les sous-sols à la mise en place d'abris et d'abris temporaires pour les réfugiés et à la collecte de nourriture. Il cite un étudiant décrivant la vie dans un abri anti-aérien comme suit : « Il n'y a pas de terre mais du sable qui s'élève facilement dans l'air et se dépose sur les voies respiratoires. Y compris beaucoup d'ordures et de seringues usagées. Nous dormons sur des portes en bois trouvées dans le même sous-sol. Il y a assez de nourriture et d'eau, mais il fait froid la nuit. Il n'y a pas de ventilation, ça pue et il y a des rats. Au total, il y a environ 50 personnes au sous-sol, dont une quinzaine d'enfants. Nous n'avons pas accès à l'église, alors nous prions la liturgie au sous-sol,

    Dans le même temps, le rapport de l'archiprêtre indique clairement que le peuple ukrainien est déterminé à repousser les envahisseurs russes avec l'aide d'autres pays : "Si nous nous unissons, nous pourrons donner à l'agresseur d'aujourd'hui une digne répulsion." , Archiprêtre Herasymiv cite un prêtre nouvellement ordonné.

    Poutine fait bombarder massivement la deuxième plus grande ville d'Ukraine - de nombreux morts et blessés !

    Photo: (c) Jardin d'enfants dans l'abri anti-aérien de Kiev

  • Près de 38 % de la population mondiale vit dans des pays ‘non libres’

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    Du site des Missions Etrangères de Paris :

    Aucun pays de l’Asean n’est classé comme « libre » selon un rapport sur les droits politiques et les libertés individuelles

    01/03/2022

    Selon le nouveau rapport sur les droits politiques et les libertés individuelles publié par l’organisation américaine Freedom House, « un total de 60 pays ont subi des déclins au cours des dernières années, et seuls 25 autres se sont améliorés ». L’Indice 2022 de l’ONG classe notamment le Cambodge comme « non libre » aux côtés de la Birmanie, du Laos, du Vietnam, de Brunei et de la Thaïlande. Seul le Timor Leste, qui n’est pas membre de l’Asean (Association des nations de l’Asie du Sud-Est), a été classé comme « libre » en Asie du Sud-Est.

    Aucun des dix pays membres de l’Asean (Association des nations de l’Asie du Sud-Est) n’a été classé comme « libre » par l’Indice annuel 2022 sur les droits politiques et les libertés individuelles, publié par l’ONG Freedom House, basée aux États-Unis. Le Timor leste, qui a déposé sa candidature comme membre de l’Asean, est le seul pays d’Asie du Sud-Est à être classé comme « libre », tandis que Singapour, la Malaisie, les Philippines et l’Indonésie font partie des pays seulement considérés comme « partiellement libres ».

    Sur les autres pays membres classés comme « non libres », le Cambodge est mieux classé que la Birmanie, le Laos et le Vietnam, mais moins bien que Brunei et la Thaïlande – ce qui a suscité de vives réactions de la part de Phnom Penh, responsable de la présidence de l’Asean pour cette année. « Leur rapport s’oppose ouvertement à nous avec l’intention de frapper le gouvernement. Il a pour but de proposer au peuple cambodgien de haïr le gouvernement cambodgien. C’est un rapport qui correspond seulement à leurs intérêts politiques », a déclaré Chin Malin, porte-parole du ministère de la Justice du Cambodge.

    Selon une dépêche du média pro-gouvernement Khmer Times, Chin Malin s’est également étonné que tous les rapports annuels publiés par les autres ONG, en matière de liberté d’expression, de démocratie et d’État de droit au Cambodge, soient toujours similaires. « Selon les principes internationaux, un pays ne peut pas être classé selon la démocratie, l’État de droit et la liberté d’expression par rapport à un autre pays, parce qu’il n’y a aucun pays qui a la meilleure démocratie ou la meilleure liberté d’expression », a ajouté Chin Malin.

    « Près de 38 % de la population mondiale vit dans des pays ‘non libres’ »

    Toutefois, Freedom House a rappelé que le parti d’opposition CNRP (Parti du sauvetage national du Cambodge) a été dissous par le pouvoir il y a deux ans, et que ses principaux responsables ont été emprisonnés ou exilés, sans compter que des médias indépendants et des ONG ont été réprimés. Lors des dernières élections nationales, le parti au pouvoir, le CPP (Parti du peuple cambodgien), a ainsi remporté « tous les sièges de la Chambre basse pour la première fois depuis la fin de la Guerre civile cambodgienne, ainsi que tous les sièges élus dans la Chambre haute par des élections indirectes », a insisté Freedom House.

    Le rapport 2022 de l’organisation a également remarqué que les régimes autoritaires sont devenus plus répressifs dans leur manière de manipuler ou contourner des normes et institutions prévues pour soutenir les libertés individuelles, tout en défendant ceux qui souhaitent agir de même. « Un total de 60 pays ont subi des déclins au cours des dernières années, et seuls 25 autres se sont améliorés. À l’heure actuelle, près de 38 % de la population mondiale vit dans des pays considérés comme ‘non libres’, soit la plus forte proportion depuis 1997. Seule environ 20 % de la population mondiale vit dans des pays ‘libres’ », selon l’organisation.

    « Les pays plus libres ont vu leurs normes en vigueur défiées et fracturées »

    Freedom House précise dans son rapport que la Birmanie est le pays qui a subi le plus fort déclin en matière de libertés individuelles, en raison du coup d’État du 1er février 2021. « Des dirigeants civils ont été arrêtés en masse, plus de 1 000 personnes ont été tuées par les forces de l’ordre dans le cadre des répressions contre les manifestants pro-démocratie, et plusieurs milliers d’autres ont été jetés en prison ou torturés », rappelle le rapport, tout en évoquant une demande populaire qui reste forte en faveur de la démocratie à travers le monde.

    « Du Soudan à la Birmanie, des gens continuent de risquer leur vie pour la liberté dans leur pays », insiste l’organisation, en expliquant que des pays comme la Russie et la Chine affaiblissent des puissances moyennes au système démocratique. « Aujourd’hui, il est impossible d’ignorer les dommages causés aux fondements et à l’image même de la démocratie. Les régimes chinois, russes et d’autres pays autoritaires ont acquis d’énormes pouvoirs dans le système international, et les pays plus libres ont vu leurs normes en vigueur défiées et fracturées. »

    (Avec Ucanews)

  • Guerre et paix : le moment de se replonger dans l'étude de la Doctrine Sociale de l'Eglise

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    De cet excellent site consacré à l'évangélisation et à l'action politique (https://www.moralesociale.net/)

    Vouloir la paix

  • Tirer correctement les leçons de l’invasion de l’Ukraine (Chantal Delsol)

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    Du site du Figaro () via artofuss.blog :

    Chantal Delsol: «Les grands mots ronflants sur la paix universelle n’ont jamais rien produit»

    28 février 2022

    CHRONIQUE – Même si les Occidentaux n’ont aucune velléité belliqueuse, ils doivent tirer les leçons de l’invasion de l’Ukraine et s’armer pour préparer les guerres futures, explique la philosophe. «Nous allons devoir comprendre que notre pacifisme ne s’est pas étendu à la terre entière», argumente-t-elle.

    Il est très extraordinaire de constater depuis des années la complaisance, voire le soutien, d’une partie de la droite française à l’égard de Poutine. La raison en est d’abord l’antiaméricanisme de ce courant, capable de valoriser n’importe quel adversaire de l’Amérique. Et puis la droite a parfois tendance à croire que Poutine est un conservateur, parce qu’il pourchasse les Pussy Riot et révère les patriarches orthodoxes – ce qui est une profonde méprise, Poutine est juste un gangster et un autocrate pragmatique. Son discours contre «la décadence de l’Occident» peut plaire à ceux qui, ici, déplorent le crépuscule de nos croyances – et pourtant il n’y a guère plus décadent que Poutine et ses oligarques, nés dans le chaudron communiste où il n’y eut jamais ni principes, ni valeurs, ni conscience morale.

    Pourtant, les menées de ce personnage inquiétant peuvent nous inciter à un certain retour au réel.

    Nous sommes les héritiers des utopies multiples. Le marxisme et aussi le nazisme étaient des utopies. Nous ne nous sommes pas encore débarrassés de cette forme de pensée. Aussitôt après la chute du communisme ont émergé les théories de la «fin de l’histoire», qui reprenaient l’une des croyances chères au marxisme: celle du paradis sur terre, à gagner bientôt par quelques sacrifices présents. Depuis la fin de la guerre froide et la chute du mur de Berlin, l’Occident se trouve encore ancré dans l’illusion de l’anéantissement des guerres, du commerce qui remplace la force (vieille idée qui n’est pas fausse mais ne peut pas être aussi radicale), du gouvernement mondial, de la morale qui remplace la politique.

    C’était à nous d’apporter la démocratie au monde, ce que nous avons tenté de faire en soutenant partout les révolutions de couleurs et en aidant à faire tomber les dictateurs. Les révolutions de couleurs, qui se sont avérées surtout le fait d’une élite occidentalisée, ont été partout réprimées, et quand la chute d’un dictateur nous permettait d’aider à établir la démocratie, le vote conférait souvent le pouvoir à d’autres dictatures. Nous sommes néanmoins encore volontiers convaincus que nous allons abolir la force et la violence, la guerre, la conquête et les frontières, grâce à la modernité, à la consommation et au «doux commerce». Il suffit de regarder les documents européens pour apercevoir cette utopie en toutes lettres. Pendant que Poutine (comme d’ailleurs l’ensemble des peuples non occidentaux) se trouve «encore» dans la mentalité de la force et de l’identité nationale et culturelle, ce qui nous paraît d’un esprit obsolète.

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  • L'archevêque Shevchuk d'Ukraine : "Nous sommes debout, nous prions"

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    De l'archevêque majeur de l'Église gréco-catholique d'Ukraine dans sa lettre quotidienne à la communauté dispersée dans le monde entier (source) :

    L'archevêque Shevchuk d'Ukraine : "Nous sommes debout, nous prions".

    "Aujourd'hui, c'est le cinquième jour d'une guerre sanglante, inhumaine et brutale. Ces jours-ci, nous avons vu l'héroïsme de nos soldats".

    L'archevêque principal de l'Église gréco-catholique d'Ukraine a prié Dieu pour que "le dialogue et la diplomatie permettent de gagner la guerre" et d'envoyer la paix dans le cœur des nations.

    Mgr Shevchuk a de nouveau donné des détails sur la situation dans le pays à la suite de l'invasion de l'armée russe et a remercié le pape François pour avoir, ce dimanche encore, "condamné fermement la guerre".

    Le patriarche ukrainien a prié Dieu pour que "le dialogue et la diplomatie permettent de gagner la guerre" et s'est écrié : "Que le Seigneur Dieu envoie la paix dans le cœur des nations ! Qu'il arrête la guerre ! Qu'il nous aide à voir une Ukraine pacifique".

    28.02.2022

    (AICA) - L'archevêque majeur de l'Église gréco-catholique d'Ukraine a prié Dieu pour que "le dialogue et la diplomatie gagnent la guerre" et envoient la paix au cœur des nations.

    Dans sa lettre quotidienne à la communauté ukrainienne dispersée dans le monde, l'archevêque majeur de l'Église gréco-catholique d'Ukraine, Sa Béatitude Sviatoslav Shevchuk, a de nouveau donné des détails sur la situation dans le pays à la suite de l'invasion de l'armée russe et a remercié le pape François pour avoir, ce dimanche encore, "condamné fermement la guerre".

    Le patriarche ukrainien a prié Dieu pour que "le dialogue et la diplomatie permettent de gagner la guerre" et s'est écrié : "Que le Seigneur Dieu envoie la paix dans le cœur des nations ! Qu'il arrête la guerre ! Qu'il nous aide à voir une Ukraine pacifique".

    Texte de la lettre quotidienne

    Chers frères et sœurs en Christ !

    Nous sommes le lundi 28 février et je vous envoie des paroles de bénédiction depuis notre première capitale, depuis la capitale de l'Ukraine, depuis notre Kiev ukrainienne. Aujourd'hui est le cinquième jour d'une guerre sanglante, inhumaine et brutale. Ces jours-ci, nous avons vu l'héroïsme de nos soldats. Nous avons vu le courage de notre peuple. Nous avons vu même des personnes âgées se coucher sous les chars pour les empêcher d'entrer dans leur village ou leur ville. Comment des gens sont sortis de chaque village pour fermer la voie aux chars qui avançaient sur l'Ukraine avec leurs poitrines.

    Mais nous avons aussi vu les atrocités et l'inhumanité de ceux qui nous tuent. Ceux qui mettent des enfants et des femmes dans les chars et s'en couvrent comme d'un bouclier humain pour apporter la mort et la destruction encore plus loin au cœur de l'Ukraine.

    Mais nous sommes debout. Nous sommes en prière. Pour notre armée. Pour notre patrie. Pour notre peuple ukrainien qui souffre depuis longtemps, où aujourd'hui, selon l'ONU, nous voyons près de quatre cent mille réfugiés, en moins de cinq jours. Mais nous sommes debout. Nous sommes en prière.

    Aujourd'hui est le premier jour du grand jeûne dans beaucoup de nos communautés, selon le calendrier grégorien. Je vous assure que ce Carême sera très spécial pour vous, car ensemble nous sommes sur le chemin de Pâques. Et Pâques viendra, car notre Pâques est notre Seigneur Jésus-Christ ressuscité.

    Je suis reconnaissant au Saint-Père qui, hier encore, est sorti du Palais apostolique et a fermement condamné la guerre en Ukraine. Il a fermement condamné ceux qui, en déclenchant une guerre contre d'autres nations, se battent contre leur propre peuple. Je suis reconnaissant au Saint-Père de nous soutenir, de prier pour nous et de vouloir faire tout ce qui est possible pour arrêter cette guerre.

    Je remercie tout particulièrement tous ceux qui ont exprimé leur désir d'aider l'Ukraine et qui organisent des aides diverses.

    Je voudrais demander aujourd'hui en particulier : faisons tout ce qui est possible pour arrêter cette agression, pour arrêter la guerre. Même si cela semble impossible, même si les diplomates, les juristes et les chefs d'État disent que c'est très difficile, prions pour que le Dieu de la paix nous donne la sagesse d'arrêter l'agression par le dialogue. Car nous savons que la diplomatie et le dialogue sont une alternative à la guerre. Et c'est toujours à la fin de la guerre que nous devons nous asseoir à la table des négociations. Que le dialogue et la diplomatie gagnent la guerre !

    Je veux soutenir l'initiative que nos volontaires ont lancée sous le nom de "Come back alive from Ukraine". Il s'agit d'une ligne d'assistance ukrainienne pour les proches des militaires russes qui sont entrés sur notre territoire en tant qu'ennemis. Si quelqu'un en Russie a perdu le contact avec ses fils, des hommes qui ont été envoyés pour tuer en Ukraine, appelez ce numéro. Nous voulons vous aider à retrouver les corps de vos fils morts, ou ceux qui sont peut-être encore en vie. Et à les ramener en Russie.

    Que le Seigneur Dieu envoie la paix dans le cœur des nations ! Qu'il arrête la guerre ! Qu'il nous aide à voir une Ukraine en paix.

  • De Suez (1956) à Kiev (2022) : l’Europe entre le marteau et l’enclume

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    De Ludovic Lavaucelle sur la Sélection du jour :

    De Suez en 1956 à Kiev en 2022 : l’Europe entre le marteau et l’enclume

    Le baril de pétrole a franchi les 100 $, une première depuis 2014 (année de la prise de contrôle de la Crimée par les Russes) et un nouveau choc pétrolier majeur s’annonce. La Russie est le deuxième plus gros exportateur de pétrole, fournissant presque 5 millions des 100 millions de barils consommés chaque jour dans le monde. Plus de la moitié de ces exportations abreuvent l’Europe de l’Ouest en traversant l’Ukraine et la Biélorussie par des pipelines. Dans le contexte du conflit actuel, il n’y a pas de bonne perspective pour les Européens, entre la fermeture du robinet et continuer à remplir les caisses du Kremlin. Les chocs pétroliers ont la dangereuse habitude de provoquer de graves crises économiques. C’est ce que nous rappelle Peter Franklin pour Unherd (voir son article en lien).

    En juillet 2008, le prix de pétrole atteignait un record avec $147 le baril déclenchant une crise financière mondiale. Le coût de l’essence a provoqué l’écroulement de la confiance dans les programmes immobiliers éloignés des centres-villes, et, par ricochets, la chute des marchés des hypothèques à risque. Pendant ce temps, les Russes attaquaient la Géorgie.

    Les chocs pétroliers des années 70 plongèrent l’Occident dans une dépression longue d’une décennie. Les Américains démoralisés furent humiliés par les Vietnamiens puis traumatisés par l’arrivée du régime des ayatollahs en Iran. L’URSS envahit l’Afghanistan…

    La crise du canal de Suez en 1956 fut aussi trempée dans le pétrole. 70% des importations d’or noir atteignaient l’Europe de l’Ouest par ce passage stratégique. Alors, quand Nasser décida de nationaliser le canal, la panique frappa les Britanniques et les Français. Ils montèrent une opération militaire pour prendre le contrôle de l’artère vitale. Le Président américain Eisenhower, furieux de cette initiative, décida de punir ses alliés rebelles : il refusa de leur faire profiter de ses réserves d’urgence. Alors qu’ils étaient vainqueurs sur le terrain, les alliés européens humiliés étaient forcés de se retirer. A la même époque, les Russes intervenaient en Hongrie pour écraser l’insurrection anti-communiste. L’attitude de Washington a eu un impact majeur : la fin de l’illusion que l’Oncle Sam serait toujours là pour ouvrir le robinet énergétique d’urgence.

    Cet événement a contribué à pousser la France à construire un partenariat rapproché avec l’Allemagne et poser les fondations de l’Union Européenne. Adenauer dit au gouvernement français : « l’Europe sera votre revanche ». Et les pays d’Europe de l’Ouest conclurent un accord avec Khrouchtchev pour avoir accès au pétrole russe. Des pipelines est-ouest furent construits transformant l’URSS en exportateur majeur d’or noir. Ce qui nous ramène à aujourd’hui…

    Le Président Biden pourrait être tenté de restreindre ses exportations de pétrole et de gaz pour ménager le portefeuille des citoyens américains. Une telle décision rendrait les Européens encore plus vulnérables face au chantage exercé par Vladimir Poutine – tout particulièrement les pays frontaliers de la Russie. L’Europe se retrouve prise en étau, dépendante des Américains et des Russes pour son énergie. Cette situation inconfortable démontre la folie de la politique allemande d’abandon du nucléaire et réclame un revirement total de Berlin. La priorité à court-terme est de sécuriser l’approvisionnement énergétique en étant pragmatique : par exemple conclure dès que possible les discussions engagées avec Téhéran. Côté britannique, il faut oublier le programme préconisant d’abandonner de nouvelles recherches en Mer du Nord au nom de la lutte contre le « réchauffement climatique ».

    En fait, la crise internationale rapproche les agendas sécuritaire et environnemental. La dépendance en carburants fossiles est une menace pour la sécurité et la souveraineté des pays européens. Il y a urgence d’échapper au chantage énergétique russe tout en ne dépendant pas du bon vouloir de Washington qui n’hésite pas à utiliser l’Europe pour mieux servir ses intérêts. Une approche pragmatique avec une vision stratégique à long-terme enjoint de favoriser le nucléaire, garantie d’indépendance et moins pollueur. Elle demande aussi de négocier avec d’autres dictatures, en Iran et au Moyen-Orient, pour multiplier nos fournisseurs à court-terme. Les pays de l’Union Européenne, membres de l’OTAN, sont entre le marteau russe et l’enclume américaine sur le terrain énergétique. On a vu, avec les conséquences de l’épidémie du Covid dévoilant les ravages de la désindustrialisation, qu’ils étaient aussi entre le marteau américain et l’enclume chinoise sur le terrain du commerce international… Les puissances européennes, la France en premier lieu, doivent trouver leur voie pour leur propre survie et pour jouer un rôle d’équilibre entre les géants ennemis.

    Ludovic Lavaucelle

    Lire : The Ukraine crisis started with Suez

  • Russie-Ukraine: l'échec de "notre maison commune"

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    Faut-il ajouter encore une contribution au déluge de paroles et d'écrits que suscite le drame russo-ukrainien ? Je m'en abstiendrais si nos médias, en tout cas les plus dominants, ne faisaient pas l'impasse sur des faits et des considérations majeurs, ou ne les traitaient pas comme quantités négligeables. Je ne prétends pas venir avec un propos d'expert. Seulement celui d'un observateur qui connaît l'histoire et sait deux ou trois choses sur ces pays où sa carrière professionnelle lui a permis de se rendre à l'occasion et de nouer des contacts. Deux pays dont l'Europe sécularisée ne pourrait se couper sans perdre un des pôles demeurés les plus vivants de son héritage chrétien et culturel.

       Si tous les internautes qui se répandent sur les réseaux sociaux en imprécations contre l'agresseur abandonnaient leurs claviers, tablettes ou smartphones pour s'engager comme volontaires dans l'armée ukrainienne… Si les politiciens, les journalistes, les intellectuels, les artistes qui ne voient que le mal d'un côté et le bien de l'autre faisaient de même… C'est trop peu dire que le président Zelenskyï se sentirait moins seul. L'armée russe aurait tôt fait de reculer sous le poids du nombre!

       Evidemment, cela n'arrivera pas. Et quant à nos Etats, ils se contentent d'annoncer des sanctions financières, dont les populations souffriront et qui, politiquement, pourraient bien n'avoir d'autre effet que celui de rapprocher encore un peu plus Moscou de Pékin, malgré leurs nombreuses divergences. Il est aussi question de livrer aux Ukrainiens des armes qui, dans le contexte chaotique actuel, ont toutes les chances de tomber finalement entre les mains des forces russes ou dans celles des groupements paramilitaires sévissant un peu partout pour l'une ou l'autre cause. J'allais oublier: la Russie sera aussi exclue de certaines compétitions sportives internationales ainsi que… du Concours Eurovision de la chanson. Si ces heures n'étaient pas désolantes, il y aurait de quoi rire.

       Le moins grave, dans ce maelström d'aboiements sans mordre, de condamnations par les mots et d'inaction dans les faits, est qu'il avait été annoncé, il y a des semaines déjà, depuis la Maison blanche. Joe Biden, qui a amplement démontré que les habits de président sont trop grands pour lui, fit en effet savoir qu'il n'y aurait pas d'envoi de troupes américaines – et donc de l'Otan – en Ukraine en cas d'invasion. A en croire certains géostratèges, cette déclaration aurait convaincu Vladimir Poutine de passer à l'action, une telle fenêtre d'opportunité risquant de ne pas se présenter deux fois.

       Si, lors de la crise des missiles de Cuba, en 1962, John Kennedy fit reculer les Soviétiques, c'est parce qu'il avait su les persuader qu'il était résolu à répliquer, fût-ce au prix d'une troisième guerre mondiale. On peut certes estimer que dans le conflit actuel et pour en éviter l'élargissement, il vaut mieux que les Occidentaux ne s'impliquent pas directement. Mais encore fallait-il avoir l'intelligence de ne pas le dire. 

    LES "NAZIS" D'UN CÔTÉ, LES "DÉMONS" DE L'AUTRE

       Avant d'aller plus loin, et pour qu'on ne se méprenne pas sur l'intention qui sous-tend cet article, une mise au point s'impose. Comme tout le monde, j'ai espéré jusqu'au dernier moment que l'option d'une intervention armée serait écartée, au moins hors des oblasts séparatistes de Donetsk et de Louhansk. De la décision de Poutine, dont il portera la lourde responsabilité devant l'histoire, nous voyons les conséquences humaines, même s'il faut tenir compte du règne des "infox", de part et d'autre, inéluctable en cas de guerre. Je m'en voudrais d'opposer ici la froide raison à l'émotion bien compréhensible.

       L'intervention télévisée du Président de la Fédération de Russie, le 24 février dernier, contient deux ou trois passages qui ont été amplement cités et constituent, de fait, des outrances rhétoriques: "défendre les gens qui depuis huit ans sont soumis à des brimades et à un génocide de la part du régime de Kiev"; "parvenir à la démilitarisation et à la dénazification de l'Ukraine" [1]. Peu ou prou, les dirigeants ukrainiens, depuis l'indépendance, ont cédé de fait à la tentation d'ériger l'Etat sur la base d'une homogénéisation culturelle, un travers constant depuis le XIXè siècle, "siècle des nationalités". Une loi promulguée en 2017 a prévu d'imposer la langue ukrainienne dans tous les collèges et lycées, y compris là où le russe est la langue usuelle des professeurs et des élèves. Les fonctionnaires qui, dans le cadre de leur travail, s'expriment dans une autre langue que l'ukrainien, peuvent être sanctionnés. Plus grave encore est l'action de bandes ultranationalistes, néonazies pour certaines, qui s'en prennent aux russophones. Mais de là à parler d'un "génocide" et d'un pays "nazifié", il y a tout l'écart qui sépare la réalité d'un abus de langage. Ce qui s'entend parfois en face ne vaut certes guère mieux. Quand l'Eglise orthodoxe d'Ukraine autocéphale déclara son indépendance à l'égard du patriarcat de Moscou en 2019, le Président ukrainien Petro Porochenko présenta l'événement comme une grande victoire "sur les démons de Moscou, une victoire du bien sur le mal, de la lumière sur les ténèbres".

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  • Guerre en Ukraine : "le seul qui en profite, c'est le diable"

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    Une dépêche de l'Agence Fides :

    EUROPE/UKRAINE - La guerre en Ukraine et la douleur des Eglises orientales : "le seul qui en profite, c'est le diable"

    26 février 2022

    Kiev (Agence Fides) - "Les guerres sont une défaite pour toutes les parties impliquées. Le seul qui s'en amuse est le diable, qui danse déjà sur la tête des cadavres, et joue avec la douleur des veuves, des orphelins et des mères en deuil". Par ces mots, Anba Raphael, Évêque copte orthodoxe à la tête du diocèse qui comprend la partie centrale du Caire, a exprimé avec une image forte et évocatrice le trouble qui traverse les dirigeants et des communautés entières des Églises orientales face au conflit en cours en Ukraine. Ces dernières années, le président russe Vladimir Poutine avait cherché à accréditer son image au Moyen-Orient en tant que défenseur des communautés chrétiennes locales. C'est l'une des raisons de la consternation unanime exprimée par les patriarches et les représentants autorisés des Eglises orientales face au conflit en Ukraine, face à une campagne militaire impliquant des peuples frères dont l'identité est intimement marquée par le christianisme de tradition byzantine orientale.

    Ces dernières années, les plus graves dissensions au sein du christianisme orthodoxe ont eu leur épicentre en Ukraine. L'affrontement qui a conduit à la scission entre le Patriarcat de Constantinople et le Patriarcat de Moscou avait dès le départ montré son lien avec les conflits fomentés par des sentiments nationalistes et des visées de domination géopolitique. Le conflit entre l'Église de Constantinople et l'Église de Moscou avait pris des formes et des tons de plus en plus graves après que le Patriarcat œcuménique de Constantinople ait accordé le 6 janvier 2018 le soi-disant " Tome d'autocéphalie " à l'Église orthodoxe ukrainienne, légitimant du point de vue canonique l'émergence d'une structure ecclésiale ukrainienne totalement soustraite à toute contrainte de subordination hiérarchique au Patriarcat de Moscou. Aujourd'hui, face à la campagne militaire lancée par la Russie sur le territoire ukrainien et aux scénarios tragiques et imprévisibles de la guerre, les paroles et les appels exprimés par les patriarches et les représentants officiels des différentes Églises orthodoxes cherchent également à guider les communautés aux prises avec une inévitable et douloureuse désorientation spirituelle.

    Le Patriarche Ilya II, Primat de l'Église orthodoxe autocéphale de Géorgie, prie pour le peuple ukrainien. "Nous savons, sur la base de l'expérience amère de la Géorgie, combien l'intégrité territoriale de chaque pays est importante", a ajouté le patriarche de la nation où, en 2008, les forces armées russes sont intervenues au motif de protéger les prérogatives d'autonomie des régions d'Ossétie et d'Abkhazie.

    Le Patriarche Daniel, Primat de l'Église orthodoxe de Roumanie, a déclaré dans des déclarations relayées par les médias qu'il avait "pris note" de la campagne militaire menée par la Russie contre "un État indépendant et souverain", et qu'il espérait que les diplomates du monde entier réactiveraient rapidement les canaux de dialogue afin de bannir le spectre de la guerre de l'Ukraine et de toute l'Europe.

    Le Patriarche œcuménique de Constantinople Bartholomée Ier, "primus inter pares" parmi les primats des Églises orthodoxes, a exprimé dans un message publié jeudi 24 février sa "profonde tristesse" pour ce qu'il a décrit comme une violation flagrante de toute notion de légitimité internationale. Bartholomée a également exprimé son soutien au peuple ukrainien et à son intention de défendre l'intégrité de sa patrie. "Nous devons prier", a ajouté le patriarche de Constantinople, "pour que notre Dieu, le Dieu d'amour et de paix, éclaire les dirigeants de la Fédération de Russie afin qu'ils comprennent les conséquences tragiques de leurs décisions et de leurs actions, qui pourraient même déclencher une guerre mondiale". L'Archevêque Ieronymos d'Athènes, chef de l'Église orthodoxe de Grèce, a exprimé des sentiments similaires de proximité spirituelle avec le peuple ukrainien.

    Le métropolite Onofry lui-même, Chef de l'Église orthodoxe ukrainienne, qui reste liée au Patriarcat de Moscou, a publié un premier message condamnant ce qu'il a appelé la campagne militaire "d'invasion" de la Russie sur le territoire ukrainien (le message a maintenant été retiré du site officiel de l'Église).

    Pour sa part, le Patriarche de Moscou et de toute la Russie, Kirill, a jusqu'à présent émis un message, publié le 24 février, dans lequel il déclare assumer la responsabilité "avec une profonde et sincère tristesse" des souffrances causées par les "événements en cours". Dans son message, le chef de l'Église orthodoxe russe ne s'étend pas sur les raisons et les responsabilités du conflit. Kirill s'exprime en tant que primat "d'une Église dont le troupeau se trouve en Russie, en Ukraine et dans d'autres pays, exprimant sa proximité avec "tous ceux qui ont été touchés par cette tragédie".

    Le Patriarche russe a appelé toutes les parties au conflit à faire "tout leur possible pour éviter les pertes civiles" et a rappelé que les peuples russe et ukrainien ont une histoire commune séculaire qui remonte au baptême de Rus' par le prince Saint Vladimir. "Je crois que cette affinité donnée par Dieu aidera à surmonter les divisions et les désaccords qui ont conduit au conflit actuel", a ajouté le Primat de l'Église orthodoxe russe, appelant chacun à apporter toute l'aide possible aux personnes qui subiront le conflit dans la chair de leur vie. (GV) (Agence Fides 26/2/2022)

  • Crise ukrainienne, quelques repères :

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    De Riccardo Cascioli sur la Nuova Bussola Quotidiana :

    Crise ukrainienne, quelques repères :

    25-02-2022

    Avec le début de l'invasion russe de l'Ukraine, l'affrontement entre "supporters" a commencé ponctuellement : pro- ou anti-Poutine, pro-russe ou pro-ukrainien. Il s'agit là d'une manière réductrice et déformée d'appréhender la réalité. Nous proposons donc un certain nombre de lignes directrices pour juger ce qui se passe, en partant de l'inquiétude pour les personnes impliquées malgré elles et qui paient cher la guerre par la mort et la souffrance.

    Avec le début de l'invasion russe en Ukraine, l'affrontement entre les "supporters" a ponctuellement commencé : pour ou contre Poutine, pro-russe ou pro-ukrainien, il n'y a pas de place pour des positions plus articulées, pour des raisonnements qui vont au-delà de "Poutine est le nouvel Hitler" ou "Poutine, envahit l'Europe". Et évidemment, la Nuova Bussola Quotidiana est aussi mesurée par beaucoup à cette aune, anti-Poutine ou pro-Poutine selon les articles. Mais, comme dans le cas de la pandémie, nous ne sommes pas intéressés à nous rallier à une faction quelconque ; nous essayons plutôt d'aller au fond des événements en utilisant les critères que l'Église nous enseigne, combinés à la connaissance de ce qui se passe sur le terrain.

    Essayons donc d'expliquer une fois de plus quelques points clés qui nous guident dans notre jugement et qui, dans une large mesure, dépassent également la crise ukrainienne.

    1. La guerre est un mal. Il peut parfois être nécessaire de se défendre, mais le recours à la guerre pour résoudre des différends les aggrave toujours. Il suffit de regarder ce qui s'est passé dans le monde au cours des dernières décennies pour s'en faire une idée. Il y a deux jours, nous avons rappelé l'affirmation du Pape Pie XII "rien n'est perdu avec la paix, tout peut être perdu avec la guerre", ainsi que la belle lettre du Métropolite Antonij qui décrit bien la profondeur avec laquelle un chrétien est appelé à juger la guerre, ou l'injustice, et comment donc l'arme que nous sommes tous appelés à utiliser est cette "prière qui ne nous permet plus de vivre sur le néant et la futilité". C'est dire que la paix dépend avant tout de notre conversion. Il est bon de relire la lettre du métropolite Antonij dans son intégralité ; elle nous aide certainement à comprendre ce que signifie regarder la réalité avec les yeux de Dieu.

    Parfois, en lisant de nombreux commentaires, on a l'impression que nous regardons la crise ukrainienne, l'affrontement entre la Russie et l'Occident, comme si nous jouions à un jeu de Risk, et que cela ne concerne pas les personnes de chair et de sang, qui meurent et souffrent dans la guerre, comme dans toute guerre. Nous devrions écouter davantage les cris de ces personnes avant de faire des déclarations irréfléchies. Et les chefs des nations portent toute la responsabilité de déclencher les guerres, de les provoquer par des choix politiques hasardeux, de ne pas déployer toutes les armes diplomatiques pour les éviter.

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