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Actualité - Page 9

  • Missionnaires et agents pastoraux tués en 2025

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    Une dépêche de l'Agence Fides :

    Missionnaires et agents pastoraux tués en 2025

    30 décembre 2025
     

    Rome (Agence Fides)- Même l'espérance des missionnaires et des agents pastoraux catholiques qui meurent assassinés est « une espérance pleine d'immortalité, car leur témoignage reste comme une prophétie de la victoire du bien sur le mal ».

    C'est l'une des phrases du Pape Léon XIV choisies pour introduire le rapport habituel publié à la fin de l'année par l'Agence Fides sur les missionnaires et les agents pastoraux catholiques tués dans le monde. Elle suggère de manière simple la source même de l'espérance chrétienne, gage d'une vie qui ne meurt pas.

    Les informations, souvent succinctes, sur les biographies et les circonstances de leur mort montrent cette année encore que les missionnaires tués n'étaient pas sous les feux de la rampe pour des exploits spectaculaires. Ils rendaient témoignage au Christ dans leurs occupations quotidiennes, même lorsqu'ils travaillaient dans des contextes marqués par la violence et les conflits.

    Quelques données

    Selon les informations recueillies par l'Agence Fides, 17 missionnaires ont été tués dans le monde en 2025 : prêtres, religieuses, séminaristes, laïcs.

    La répartition continentale montre que, l'année dernière, le nombre le plus élevé de pasteurs tués a été enregistré en Afrique, où 10 missionnaires (6 prêtres, 2 séminaristes, 2 catéchistes) ont été assassinés. Sur le continent américain, 4 missionnaires (2 prêtres, 2 religieuses) ont été tués, en Asie 2 (un prêtre et un laïc). En Europe, un prêtre a été tué.

    Ces dernières années, l'Afrique et l'Amérique se sont alternées à la première place de ce classement tragique.

    Plus précisément, parmi les 10 pasteurs tués en Afrique, 5 ont perdu la vie au Nigeria, 2 au Burkina Faso, 1 en Sierra Leone, 1 au Kenya et 1 au Soudan.
    Parmi les 4 missionnaires tués en Amérique, deux religieuses ont été assassinées en Haïti, un prêtre a été tué au Mexique et un autre prêtre d'origine indienne a été tué aux États-Unis.

    Des deux prêtres tués en Asie, l'un a été brutalement assassiné au Myanmar, l'autre a été tué aux Philippines.
    Le seul prêtre tué en Europe a perdu la vie en Pologne.

    Parmi les pasteurs assassinés en 2025 figure également le très jeune séminariste nigérian Emmanuel Alabi, mort lors de la marche forcée imposée par ses ravisseurs, qui avaient attaqué le petit séminaire d'Ivianokpodi et, après l'avoir blessé, l'avaient enlevé avec deux de ses compagnons ; il y a sœur Evanette Onezaire et sœur Jeanne Voltaire, assassinées par des membres d'un des gangs armés qui tiennent Haïti en otage ; il y a aussi Donald Martin, premier prêtre catholique birman tué dans le conflit civil qui ensanglante le Myanmar, dont le corps sans vie, horriblement mutilé, a été retrouvé par des paroissiens dans l'enceinte de la paroisse.

    Entre 2000 et 2025, 626 missionnaires ont été tués dans le monde entier.

    « Ces frères et sœurs peuvent sembler être des ratés, mais aujourd'hui, nous voyons que ce n'est pas le cas. Aujourd'hui comme alors, en effet, la graine de leurs sacrifices, qui semble mourir, germe, porte du fruit, car Dieu, à travers eux, continue à accomplir des prodiges, à changer les cœurs et à sauver les hommes » (Pape François, 26 décembre 2023, fête liturgique de saint Étienne, premier martyr).

    (Agence Fides 30/12/2025)

  • Soutenons la NEF

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    2025, une année où La Nef a continué à soigner ses articles et à nourrir le débat de fond. Florilège ci-dessous. 

    Nous avons besoin de votre soutien pour prolonger ce travail en 2026 !

    Chers amis,

    Vous trouverez ci-dessous quelques articles de cette année écoulée. 

    Chaque mois, La Nef prend part au débat, et s’efforce de remplir ses pages de beaux articles, en tenant une ligne d’exigence intellectuelle pour appréhender au mieux les réalités naturelles et surnaturelles, en restant fidèle au Magistère de l’Église et en cultivant l'amour des choses de l’esprit. 

    Nous sommes convaincus que tout ce travail est capital, qu’il participe fortement à former les catholiques et à faire entendre une voix catholique au-delà des frontières de l'Église.

    C’est pourquoi il est si important que La Nef continue d’exister et d'exercer sa mission ! Or, pour cela, elle a grandement besoin de votre soutien : aidez-nous, participez à notre campagne de dons !

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    Christophe et Élisabeth Geffroy 

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  • Le cardinal Ambongo alerte sur la persécution des chrétiens en Afrique : « Si l'on n'agit pas, la violence s'aggravera »

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    D'InfoVaticana :

    Le cardinal Ambongo alerte sur la persécution des chrétiens en Afrique : « Si l'on n'agit pas, la violence s'aggravera »

    Le cardinal Ambongo alerte sur la persécution des chrétiens en Afrique : « Si l'on n'agit pas, la violence s'aggravera »

    Le cardinal Fridolin Ambongo, archevêque de Kinshasa et président du Symposium des Conférences épiscopales d’Afrique et de Madagascar (SECAM), a mis en garde contre l’aggravation de la persécution des chrétiens dans divers pays africains, dans un contexte marqué par la violence armée, l’avancée du djihadisme islamiste et la faiblesse des structures politiques. Il l’a déclaré dans une longue interview accordée à Vatican News à l’occasion de la clôture du Jubilé de 2025.

    Chrétiens, cible croissante de la violence djihadiste

    Ambongo a exprimé sa profonde préoccupation face aux enlèvements et aux assassinats de chrétiens dans des pays comme le Nigeria, la République démocratique du Congo et le Cameroun. Bien qu’il ait reconnu que la violence touche aussi les musulmans, il a souligné qu’il existe une tendance de plus en plus claire à cibler spécifiquement les chrétiens.

    Le cardinal a cité le cas du diocèse de Bunia, dans l’est du Congo, où des groupes djihadistes ont assassiné des fidèles chrétiens alors qu’ils étaient en prière. Des situations similaires —a-t-il signalé— se répètent fréquemment au Nigeria, l’un des pays les plus touchés par cette forme de persécution religieuse.

    Un risque pour la coexistence religieuse

    Face à cette violence « gratuite et impitoyable », Ambongo a averti du risque que l’insécurité pousse les chrétiens vers des positions extrêmes, détériorant la coexistence avec les communautés musulmanes qui, a-t-il rappelé, souffrent également des conséquences du terrorisme. Par conséquent, il a fait appel à la conscience du monde entier pour que ce phénomène soit combattu « à la racine » et non par des mesures superficielles.

    La paix comme responsabilité morale et chrétienne

    Dans le cadre du Jubilé de 2025, le cardinal a situé la persécution des chrétiens dans une crise morale plus large. En commentant le message de Noël du pape Léon XIV, centré sur la paix, Ambongo a souligné que la paix ne se construit pas avec des armes, mais par la conversion personnelle, le dialogue et la solidarité avec les plus faibles et les opprimés.

    Selon le prélat, l’appel du Pape interpelle directement la conscience chrétienne, en rappelant que l’indifférence et l’égoïsme des puissants alimentent les conflits et laissent sans défense les communautés les plus vulnérables, parmi lesquelles les chrétiennes.

    Violence, pouvoir injuste et effondrement démocratique

    Ambongo a lié la persécution religieuse à la détérioration politique de nombreux pays africains. Le recul de la démocratie, la concentration du pouvoir entre les mains d’élites et l’absence d’une redistribution juste de la richesse créent un terreau fertile pour la violence, les coups d’État et l’expansion des groupes armés.

    Dans ce contexte, il a signalé que l’exercice du pouvoir détaché du bien commun non seulement appauvrit les populations, mais laisse des communautés entières —y compris les chrétiennes— sans protection effective face à la violence.

    Le pillage de l’Afrique et ses conséquences humaines

    Le cardinal a également dénoncé le pillage systématique des ressources naturelles africaines par des puissances étrangères, souvent avec la complicité de dirigeants locaux. Ce saccage —a-t-il averti— perpétue la pauvreté, alimente les conflits et affaiblit les États, facilitant l’expansion du terrorisme et la persécution religieuse.

    Ambongo a appelé les Africains à assumer la défense des biens que Dieu a confiés au continent et à exiger de leurs dirigeants un exercice du pouvoir compris comme un service et non comme un instrument d’enrichissement personnel.

    « La paix et la libération de l’Afrique sont entre nos mains »

    En concluant sa réflexion, le président du SECAM a insisté sur le fait que l’avenir de l’Afrique dépend des Africains eux-mêmes. Malgré la violence et la persécution que subissent les chrétiens, Ambongo a exhorté à ne pas sombrer dans le désespoir et à persévérer dans l’espérance.

    « La paix et la libération de l’Afrique sont entre nos mains », a-t-il affirmé, en soulignant que seule la justice, la conversion morale et l’engagement pour la coexistence permettront de freiner la violence et de garantir un avenir digne pour tous.

  • Aujourd'hui, au lieu de dix commandements, il n'y en a plus qu'un : tu ne jugeras point

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    De sur Crisis :

    Les chrétiens sont-ils appelés à être plus critiques ?

    L'idée souvent exprimée par « qui suis-je pour juger ? » est tellement répandue dans notre culture qu'elle ne surprend même pas un catholique lorsqu'elle est exprimée dans le contexte de la morale chrétienne.

    29 décembre 2025

    Lorsque nous laissons la peur occulter notre responsabilité de dénoncer les fautes graves et d'encourager la vertu plutôt que le vice, nous négligeons des devoirs essentiels au christianisme. Instruire les ignorants et reprendre les pécheurs sont des œuvres de miséricorde spirituelles que nous semblons avoir abandonnées, victimes de l'idée fausse qu'elles nuisent à notre prochain au lieu de lui être bénéfiques.

    S’il est vrai, comme le soutient Alice von Hildebrand, que  le jugement peut devenir un péché  et que les attitudes puritaines ont historiquement conduit à une survalorisation de la honte, la solution n’est pas de nier purement et simplement la réalité du péché. La vertu se situe au juste milieu entre deux extrêmes. En tant que chrétiens, il est de notre devoir de veiller à la santé spirituelle de notre société en dénonçant les pratiques qui bafouent la dignité humaine. Même – ou peut-être surtout – lorsque notre prochain ne reconnaît pas qu’un acte ou un comportement porte atteinte à sa dignité, notre devoir de le dénoncer demeure.

    Donner sa place au jugement moral

    Le jugement moral n'était pas autrefois une faute de goût, mais une vertu. On l'appelait prudence : l'art de la sagesse pratique. Lorsque nous nous détachons des réalités de la vérité et du bien objectifs, il ne reste que la volonté subjective de chacun. Une telle société n'a ni utilité ni place pour le discours moral. Il ne reste plus à une communauté qu'à s'abstenir d'imposer sa volonté à autrui. 

    En adoptant une attitude de désengagement face aux dilemmes moraux de notre époque, nous nous déchargeons de notre responsabilité les uns envers les autres. Nous assistons impuissants à l'asphyxie spirituelle de ceux qui nous entourent, comme s'ils avaient simplement choisi un plat différent au buffet. « Chacun ses goûts », aime à dire mon enfant de quatre ans – et à la maternelle, où les enfants se disputent pour savoir s'ils vont jouer dans le bac à riz ou coller des Cheerios sur du papier cartonné, c'est une attitude qu'il est bon de cultiver. 

    Lorsque nous entrons dans le domaine des choix qui déterminent le destin de notre âme, les enjeux sont bien plus importants. Il ne s'agit plus de choisir entre des repas dont le goût ou la valeur nutritive diffèrent ; la différence réside entre les aliments qui nous nourrissent et ceux qui, non seulement ne nous satisfont pas, mais peuvent aussi nous empoisonner, à des degrés divers. 

    La réaction attendue n'est pas de lever les yeux de cet article et de se mettre aussitôt à donner des ordres. Qu'il s'agisse d'un tout-petit difficile ou d'un adolescent rebelle, le moyen le plus sûr de les faire taire ou de les contrôler est de tenter de les forcer. Au contraire, nous sommes appelés à témoigner et à inviter. Cela peut être frustrant, voire déchirant. Il est difficile de s'y retrouver, et nous risquons de perdre des amitiés malgré tous nos efforts pour exprimer notre souhait que chacun fasse des choix respectueux de la vie et de la dignité. Il y aura des moments où la prière sera notre seul recours. 

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  • Le pape Léon et le patriarche Bartholomée : leur « unité de foi » est-elle possible ?

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    De sur The European Conservative :

    Le pape Léon et le patriarche Bartholomée : leur « unité de foi » est-elle possible ?

    L’unité fondée sur le plus petit dénominateur commun n’est pas ce que souhaite l’Épouse du Christ et doit donc être soigneusement évitée.

    La « voie du dialogue » saluée conjointement par le pape Léon XIV et le patriarche Bartholomée Ier de Constantinople produira-t-elle réellement des résultats et l’« unité de foi » souhaitée, ou est-elle vouée à affaiblir l’Église catholique ?  

    Plusieurs semaines après le premier voyage papal de Léon XIV en Turquie et au Liban, ce déplacement est naturellement devenu l'un des moments les plus marquants de son jeune pontificat. Au Liban, le pape américain est apparu comme un symbole d'espoir pour le pays et la région, dans un contexte de violence. En Turquie, son action a été résolument œcuménique, puisqu'il s'est consacré à une priorité qu'il avait définie dès les premiers jours de son règne.  

    Organisé pour commémorer le 1700e anniversaire du concile de Nicée, le voyage du pape en Turquie a constitué à bien des égards l'un des actes d'œcuménisme les plus marquants de ces dernières années. Une prière œcuménique commune sur le site historique du concile a réuni à nouveau les responsables chrétiens, 1700 ans après l'événement originel, tandis que la signature d'une déclaration par Léon XIV et le patriarche Bartholomée a souligné la fraternité spirituelle et le dialogue instauré entre l'Orient et l'Occident.  

    Pour Léon XIV, on peut affirmer sans exagérer que promouvoir l’unité et la pleine communion entre tous les chrétiens est sans doute sa priorité absolue. Accueillant les délégués œcuméniques au Vatican le 19 mai, au lendemain de sa messe d’investiture, Léon XIV a mis en lumière cet aspect de sa mission : 

    Mon élection a eu lieu l'année du 1700e anniversaire du premier concile œcuménique de Nicée. Ce concile représente une étape importante dans l'élaboration du Credo partagé par toutes les Églises et communautés ecclésiales. Dans notre cheminement vers le rétablissement de la pleine communion entre tous les chrétiens, nous reconnaissons que cette unité ne peut être qu'une unité dans la foi. 

    En tant qu'évêque de Rome, je considère que l'une de mes priorités est de rechercher le rétablissement d'une communion pleine et visible entre tous ceux qui professent la même foi en Dieu le Père, le Fils et le Saint-Esprit. 

    « L’unité, a-t-il déclaré, a toujours été une préoccupation constante pour moi, comme en témoigne la devise que j’ai choisie pour mon ministère épiscopal. » 

    Le nouveau pape n'a pas hésité à le démontrer. Il a reçu le patriarche Bartholomée Ier à deux reprises au cours des trois premières semaines de son pontificat. Le voyage à Nicée, initialement prévu pour le mois de mai, a été rapidement organisé, avec le pape François comme invité d'honneur.  

    Une fois arrivés en Turquie, le pape et le patriarche ont été de proches compagnons lors de la plupart des événements publics du voyage papal. Ils ont offert une démonstration éclatante d'unité entre les « Églises sœurs », comme ils l'ont eux-mêmes écrit dans une déclaration commune. 

    La déclaration elle-même était, à bien des égards, conforme aux attentes. Les vaticanistes sont habitués à la signature de documents entre un pape et un chef religieux, dans un climat de grande pompe et de cérémonie, mais qui tombent ensuite dans l'oubli, sauf lorsqu'ils sont mis en avant par les médias officiels du Vatican. Le contenu est souvent chaleureux et fraternel, exhortant le monde à un avenir meilleur et promettant la collaboration des deux parties pour atteindre cet objectif, mais sans apporter de précisions.  

    Dans une certaine mesure, Léon et Bartholomée ont emboîté le pas en exprimant par écrit leur souhait que les religions soient au service de la paix et de la prospérité mondiales. Toutefois, il ne s'agissait là que d'une remarque marginale, éclipsée par leur objectif d'unité ecclésiale. 

    « Nous continuons à avancer avec une ferme détermination sur la voie du dialogue, dans l’amour et la vérité, vers le rétablissement espéré de la pleine communion entre nos Églises sœurs », indique la Déclaration. Le texte, signé à l’église patriarcale Saint-Georges d’Istanbul, se poursuit ainsi :  

    Conscients que l’unité chrétienne n’est pas seulement le fruit d’efforts humains, mais un don d’en haut, nous invitons tous les membres de nos Églises — clergé, moines, personnes consacrées et fidèles laïcs — à rechercher ardemment l’accomplissement de la prière que Jésus-Christ a adressée au Père : « afin que tous soient un, comme toi, Père, tu es en moi, et moi en toi… afin que le monde croie. » 

    Faisant référence à la défense des vérités christologiques par le concile de Nicée comme à un « événement providentiel d’unité », la déclaration de Léon et Bartholomée saluait sa commémoration comme « un moment extraordinaire de grâce ». 

    Le couple a également fait part de sa ferme conviction que « la commémoration de cet anniversaire important peut inspirer de nouvelles initiatives courageuses sur la voie de l'unité ». 

    C'est une affirmation audacieuse, mais est-elle plausible ? En effet, au-delà de la belle prose, la déclaration commune, bien qu'exprimant le profond désir d'unité, ne semble proposer aucune solution nouvelle pour y parvenir.  

    Prenons l'exemple de la date de Pâques, qui coïncidait cette année à Rome et à Constantinople. La déclaration exprime le souhait que cela se produise « chaque année », mais, en réalité, ce ne sera possible que si l'une des parties rejette son calendrier au profit de l'autre. Puisque l'usage orthodoxe du calendrier julien pour déterminer la date de Pâques est pratiquement le seul cas où ce système est utilisé dans le monde, la solution logique serait que les orthodoxes adoptent le calendrier grégorien utilisé par Rome – et par la majeure partie du monde.

    On retrouve la même réponse concernant, par exemple, la question de la primauté papale. Puisque le Saint-Siège ne peut modifier sa doctrine à ce sujet, l'Église orthodoxe doit soit se soumettre à son rejet actuel de la primauté du Siège de Rome, soit ne pas le faire. Cette décision difficile devra être prise tôt ou tard si les espoirs d'unité exprimés dans la déclaration commune sont réellement sincères.  

    Dans son homélie prononcée à l'occasion de la fête patronale de saint André, le patriarche Bartholomée a reconnu ces questions théologiques et hiérarchiques. « Nous ne pouvons qu'espérer que des questions telles que le Filioque et l'infaillibilité, actuellement examinées par la Commission, seront résolues de sorte que leur interprétation ne constitue plus un obstacle à la communion de nos Églises », a-t-il déclaré.  

    Les différences ne sont pas insurmontables, mais elles sont indéniables et exigent des réponses définitives.  

    Peut-être Léon pourrait-il chercher à employer le processus en vogue de la synodalité afin de présenter l'Église catholique comme plus attrayante pour ceux qui sont fidèles au patriarche de Constantinople. 

    Lors de son discours aux délégués œcuméniques en mai, Léon XIV a laissé entendre qu'il mettrait la synodalité au service de l'œcuménisme, la première étant considérée comme intimement liée à la seconde. « Conscient, par ailleurs, du lien étroit qui unit la synodalité et l'œcuménisme, je tiens à vous assurer de mon intention de poursuivre l'engagement du pape François en faveur de la promotion du caractère synodal de l'Église catholique et du développement de formes nouvelles et concrètes pour une synodalité toujours plus forte dans les relations œcuméniques », a-t-il déclaré.  

    Mais cette politique est à double tranchant. Le patriarche Bartholomée s'est félicité que l'étude de la primauté papale à travers le prisme de la synodalité soit « une source d'inspiration et de renouveau non seulement pour nos Églises sœurs, mais aussi pour le reste du monde chrétien ». Il s'agit assurément d'une allusion au document de juin 2024, qui a placé la papauté au service de la synodalité et de l'œcuménisme, et a ainsi suscité la controverse parmi les catholiques traditionalistes, car ce document fragilise la position du pape.  

    Si Léon XIV s'engageait dans une voie qui minimiserait le prestige, l'honneur et l'autorité de la papauté afin de rallier les orthodoxes à sa cause, l'Église catholique risquerait d'être affaiblie dans son enseignement et son identité hiérarchique. L'unité fondée sur le plus petit dénominateur commun n'est pas souhaitable pour l'Église, l'Épouse du Christ, et doit donc être soigneusement évitée.  

    Le processus visant à déterminer si l'unité peut être atteinte sera vraisemblablement déterminé par les théologiens de la Commission de dialogue entre l'Église catholique et l'Église orthodoxe, qui a reçu un soutien renouvelé de Léon et Barthélemy dans leur déclaration commune.  

    Le voyage de Léon en Turquie a permis de renforcer considérablement les liens de confiance entre les deux parties. Cependant, malgré leur « fraternité spirituelle », Léon et Bartholomée n'ont pas encore concrétisé l'unité tant désirée. Cela tient peut-être en partie au fait que l'Église catholique ne doit ni ne peut modifier son enseignement et son identité, tandis que les orthodoxes ne souhaitent pas remettre en question leur doctrine sur les points litigieux.  

    Le temps qui passe et les travaux de la Commission de dialogue détermineront l'efficacité et la conviction que les deux parties apportent à leurs arguments, et si le fruit de l'unité est mûr et prêt à être cueilli. 

    Michael Haynes est un journaliste anglais indépendant et membre du corps de presse du Saint-Siège. Vous pouvez le suivre sur X à @MLJHaynes ou sur son site web Per Mariam.
  • L'Église : une ONG spirituelle au service de l'État libéral ?

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    De sur le CWR :

    Le visage souriant de l'effacement 

    Dès l'instant où une Église admet que le bien suprême est « l'inclusion » plutôt que la « sainteté », ou « l'autonomie » plutôt que « l'obéissance », elle cesse d'être une Église et devient une ONG spirituelle au service de l'État libéral.

    J'ai récemment été interviewé sur CTV, la chaîne de télévision nationale canadienne, au sujet des débuts du pontificat de Léon XIV. L'intervieweur m'a posé une question qui m'a été posée dans d'innombrables interviews concernant le pontificat de Léon XIV ou de François : « Parviendra-t-il enfin à moderniser l'Église ? »

    Lorsque les recruteurs posent cette question, ils ne cherchent pas à savoir si l'Église utilisera les derniers smartphones, l'intelligence artificielle ou TikTok pour l'évangélisation. Ils n'entendent pas par là une modernisation technologique, ni une modernisation organisationnelle, ni l'adoption des dernières idées en matière de leadership ou d'efficacité managériale.

    Non, ce qu'ils veulent dire, et ce qu'ils ont toujours voulu dire lorsqu'ils ont évoqué la modernisation depuis plus de 150 ans, c'est simplement ceci : « L'Église va-t-elle commencer à nous ressembler davantage, à adopter nos valeurs et nos principes ? »

    Le mot « nous » est ici essentiel. Car ceux qui posent cette question – qu’il s’agisse de représentants de la presse, d’universitaires ou de journalistes – sont attachés à des valeurs et des principes fondamentaux qu’ils partagent. Ce sont, selon eux, les valeurs fondamentales de l’Occident moderne. L’inclusion est une bonne chose ; l’exclusion, une mauvaise. Le passé est suspect car il a exclu des groupes, et ces groupes, qu’il s’agisse de femmes ou de personnes homosexuelles, doivent désormais être inclus. La tradition, dès lors, est suspecte car elle n’est qu’un vestige poussiéreux de cette époque répressive. La démocratie, comme le savent tous les gens sensés, est une bonne chose ; et le fait que tous les catholiques de nom ne votent pas pour leurs dirigeants est antidémocratique, et donc mauvais.

    Je pourrais m'étendre sur le sujet, mais nous connaissons tous ces valeurs. Elles sont omniprésentes dans les cours universitaires, les films de série Z, les séries télévisées, la publicité et les articles de presse. Ce sont les valeurs du libéralisme, pour être précis, ou tout simplement de « bonnes valeurs » si l'on est tellement imprégné de culture occidentale qu'on ignore leur caractère simpliste et discutable. Elles ne sont pas présentées comme une option parmi d'autres, mais comme le aboutissement neutre et inévitable de l'histoire.

    Ainsi, la question de la « modernisation » de l’Église, au XIXe siècle comme aujourd’hui, est une question d’absorption de l’Église par la « modernité » ou le libéralisme. Lorsque le pape Pie IX fut pressé de se réconcilier avec le « progrès, le libéralisme et la civilisation moderne » dans les années 1860, on lui demandait précisément de faire ce que les experts exigent du pape aujourd’hui. Cette exigence est constante car le projet de modernité est totalisant.

    L'histoire de l'Occident moderne est celle d'institutions et de groupes qui, les uns après les autres, fusionnent avec cette idéologie. Des monarchies aux gouvernements, des nations aux instances sportives, des universités aux médias, des entreprises à l'ensemble de la population, la modernité est un processus d'effacement des différences et des spécificités au nom du « progrès ». C'est un processus inexorable où tous sont convertis à ces principes. Les médias et les universités font office d'évangélistes et de prêtres ; ils sont les missionnaires de première ligne.

    Surtout, ils ne se considèrent pas comme des colonisateurs ; ils croient simplement œuvrer pour le progrès, la justice ou le bien commun. Ce sont des religieux fervents, dénués de tout doute. Ils cherchent à effacer l'identité d'autrui au nom de la justice, du progrès, et même pour le bien de ceux qu'ils tentent de convertir. Il ne s'agit pas de l'impérialisme violent des canonnières, mais de l'impérialisme insidieux des services des ressources humaines, des comités d'attribution des subventions et des normes de radiodiffusion. Il conquiert non pas en détruisant le corps, mais en réécrivant l'âme.

    Quand on m’interroge sur la modernisation de l’Église, on me demande en réalité si elle est prête à être colonisée. Est-elle prête à accepter la réalité et à se soumettre à l’idéologie dominante, ou à persévérer dans le combat, telle une soldate japonaise fanatique sur une île du Pacifique, ignorant que la guerre est terminée depuis longtemps ?

    Bien que ce discours de colonisation et de combat puisse paraître rhétorique, il est important de comprendre que les groupes qui se « modernisent » ne sont pas de simples groupes qui se relookent. Ils ne se contentent pas d'adopter l'apparence d'appartenir à la même « marque » que le libéralisme moderne tout en conservant leur nature et leur identité. Certes, les instances sportives continuent de se consacrer au sport tout en se faisant les porte-parole de l'idéologie dominante, arborant des drapeaux arc-en-ciel et portant des lacets multicolores. Apple peut toujours vendre des iPhones et Disney peut toujours produire des films tout en diffusant des idées à travers ses fonds d'écran ou ses contenus.

    Lorsqu'elles se modernisent, elles peuvent conserver en grande partie leur mission principale. De même que les pays colonisés pouvaient garder la quasi-totalité de leurs revenus, ne versant qu'une faible part d'impôts à l'Empire, ils pouvaient mener leurs propres conflits la plupart du temps et n'avaient besoin d'envoyer leurs soldats en renfort au pays colonisateur que ponctuellement. La colonisation n'entraîne pas toujours la disparition complète d'une fonction ; souvent, elle se traduit simplement par un réalignement des allégeances.

    Mais l'Église se concentre sur la pensée et l'action, la foi et les œuvres. Elle s'attache à définir comment vivre, ce qu'il faut croire et les biens et vérités auxquels nous devons nous rattacher pour nous conformer à ce bien et à cette vérité. Que ce soit dans les médias, les entreprises ou le monde universitaire, l'idéologie moderne qui les unit porte également sur ce qu'il faut croire (concernant l'inclusion et l'exclusion), sur les biens et vérités auxquels adhérer (concernant la liberté et l'émancipation) et sur la manière de vivre (jusqu'aux conceptions de la sexualité).

    Par conséquent, pour l'Église, la colonisation par l'idéologie de l'Occident moderne ne serait pas partielle, mais totale. L'Église ne vend pas un produit que l'on pourrait emballer dans un drapeau arc-en-ciel ; l'Église  est un mode de vie qui exige une allégeance absolue. Si un comptable musulman peut se convertir au christianisme et continuer d'exercer sa profession, un imam musulman ne peut se convertir tout en restant imam. Microsoft peut continuer à vendre des logiciels, tant que les utilisateurs peuvent choisir des thèmes de couleurs « pride » dans Outlook, tout en adhérant à la vérité de l'Occident moderne. Mais les Églises, elles, ne le peuvent pas.

    Dès l'instant où une Église admet que le bien suprême est « l'inclusion » plutôt que la « sainteté », ou « l'autonomie » plutôt que « l'obéissance », elle cesse d'être une Église et devient une ONG spirituelle au service de l'État libéral.

    Les Églises qui s'y essaient deviennent rapidement l'avant-garde évangélique des valeurs libérales modernes. Elles cessent d'annoncer l'Évangile et se transforment en prédicateurs de ces mêmes valeurs. On le constate chez les principales dénominations protestantes qui ont embrassé tous les préceptes de la révolution sexuelle ; leurs bancs sont vides, mais leurs communiqués de presse sont d'une orthodoxie irréprochable, selon les critères du New York Times . Elles prêchent avec ferveur religieuse les valeurs qui nous définissent, nous autres Occidentaux laïcs modernes.

    Il y a ici une psychologie particulière à l'œuvre. Si Paul n'avait été qu'un fabricant de tentes, il aurait pu se convertir du judaïsme au christianisme et continuer à fabriquer des tentes. Mais Paul, le prédicateur zélé, était un prédicateur zélé du christianisme. Les Églises qui se « modernisent » deviennent des évangélistes zélés du libéralisme. Souvent, le converti est plus fanatique que celui qui est né dans la foi. Le chrétien « modernisé » est souvent plus désireux de prouver sa loyauté au nouveau régime que le laïc qui la considère comme allant de soi. Ils deviennent les inquisiteurs du nouvel ordre, traquant les éléments « rétrogrades » de leur propre tradition pour les offrir en sacrifice aux nouveaux dieux du progrès.

    Nous avons déjà vu ce processus. Le paganisme qui a jadis prospéré dans le monde antique s'est modernisé sous l'effet du christianisme. Des chercheurs attentifs peuvent encore en déceler des vestiges dans certaines pratiques chrétiennes actuelles, mais il n'en reste plus grand-chose. Il en va de même avec l'essor de l'islam. Les chrétiens d'Afrique du Nord et de la Méditerranée orientale se sont modernisés sur plusieurs siècles, adoptant souvent une synthèse entre leur foi chrétienne et la nouvelle foi qui commençait à être appelée islam. En quelques siècles, ils ont complètement disparu. Certains esprits extrémistes, comme Jean Damascène, théologien et moine de la fin du VIIe et du début du VIIIe siècle, les qualifiaient encore d'hérétiques chrétiens, mais les vestiges de leur christianisme étaient de plus en plus difficiles à déceler sous la nouvelle idéologie qu'ils avaient adoptée. Ils pensaient s'adapter pour survivre ; en réalité, ils s'adaptaient pour disparaître.

    L'intervieweur qui m'a posé cette question, comme ceux qui m'avaient posé des questions similaires auparavant, était un homme sympathique. Il est peut-être même chrétien, ou plus probablement, ses parents ou grands-parents l'étaient. Et je comprends pourquoi il a posé cette question. Il représente une idéologie mondiale dominante et souhaite que l'Église catholique s'y rallie et devienne partie intégrante de son mouvement ; qu'elle cesse d'être cette institution à part depuis 2 000 ans et qu'elle se fonde, au contraire, dans le monde glorieux où il vit.

    Il ne pose pas cette question par malice. Il la pose par perplexité face à notre choix de rester à l'écart du consensus. Mais ce n'est qu'en comprenant, nous autres catholiques, que cette question relève de la colonisation, de l'anéantissement par une idéologie dominante, que nous pourrons saisir pleinement les enjeux. C'est le sourire de l'effacement, porteur de l'espoir de notre disparition.

    David Deane est professeur agrégé de théologie à l'Atlantic School of Theology. Il est l'auteur de plusieurs ouvrages, dont *Nietzsche and Theology* et *The Tyranny of the Banal: On the Renewal of Catholic Moral Theology* . On peut le retrouver en ligne sur le site Good Theology .

  • "Il existe un « vide immense » dans le cœur de l'Europe, causé par des siècles de sécularisme"

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    De George Weigel sur le NCR :

    Laïcité, sécurité et « effacement civilisationnel »

    COMMENTAIRE : Tant qu'une masse critique d'Européens ne s'attaquera pas à son malaise culturel, le continent continuera de se débattre à la recherche d'un avenir viable.

    Il y a vingt ans, j'ai publié un petit livre, Le Cube et la Cathédrale : Europe, Amérique et politique sans Dieu. Il a connu un succès honorable, a été traduit en français, espagnol, polonais, italien, portugais et hongrois, et a figuré sur la liste des meilleures ventes de la revue Foreign Affairs .  

    J’y soutenais que l’Europe traversait une crise de « moralité civilisationnelle », manifeste par des bureaucraties gouvernementales sclérosées, un refus de contribuer comme il se doit à la défense de l’Occident, diverses formes de ce que nous appelons aujourd’hui le wokisme, et un effondrement des taux de natalité : un refus délibéré de créer l’avenir de l’humanité au sens le plus élémentaire, en créant des générations futures.  

    Je n'étais pas le seul à constater ces problèmes à l'époque.  

    Dans son exhortation apostolique de 2003, Ecclesia in Europa (L'Église en Europe), le pape Jean-Paul II a soulevé des préoccupations similaires, parmi lesquelles il a noté en Europe « … [Une] peur de l'avenir… [Un] vide intérieur qui s'empare de nombreuses personnes… Une fragmentation existentielle généralisée [dans laquelle] un sentiment de solitude est répandu… Un affaiblissement du concept même de famille… Un égoïsme qui replie les groupes et les individus sur eux-mêmes… Un manque croissant de considération pour l'éthique et une préoccupation obsessionnelle pour les intérêts et les privilèges personnels [conduisant à] la diminution du nombre de naissances. »  

    Ni les propos du Pape ni les miens n'étaient empreints de colère, et encore moins de mépris. Il était Européen ; je croyais alors, comme aujourd'hui, que l'Amérique est une Europe transplantée. Nous avons tous deux écrit par affection et par souci du bien-être des autres. 

    C’est peut-être là la différence cruciale entre ce que j’ai écrit dans Le Cube et la Cathédrale, ce que Jean-Paul II a écrit dans Ecclesia in Europa, et l’affirmation, dans la Stratégie de sécurité nationale (NSS) récemment publiée par les États-Unis, selon laquelle l’Europe est confrontée à la perspective d’une « effacement civilisationnel ».  

    Certes, la situation démographique en Europe s'est encore compliquée depuis que le pape et moi avons écrit, avec l'arrivée massive d'immigrants venus d'une autre sphère civilisationnelle – dont beaucoup méprisent l'Occident tout en cherchant refuge loin de leurs propres États en faillite – qui comblent le vide laissé par l'infertilité de masse dont l'Europe est elle-même victime. Aussi sévère que soit le discours, l'affirmation de la NSS selon laquelle « si les tendances actuelles se poursuivent, l'Europe sera méconnaissable d'ici 20 ans, voire moins, n'est pas totalement exagérée ».  

    Certaines régions d'Europe le sont, maintenant. 

    Ce que je reproche de fond à la NSS , plutôt que de simple question de ton, c'est son incapacité à creuser suffisamment profondément les racines du malaise européen du XXIe siècle, et son apparente insouciance face au néo-impérialisme brutal de la Russie de Vladimir Poutine. 

    Pour reprendre les mots de Leon Kass, il existe un « vide immense » dans le cœur de l'Europe, causé par des siècles de sécularisme — et, il faut bien l'admettre, par l'incapacité d'une grande partie du catholicisme européen à embrasser la Nouvelle Évangélisation et à entreprendre la reconversion (ou, dans de nombreux cas, la conversion) à la foi chrétienne du cœur historique du christianisme.  

    Le catholicisme édulcoré, qui imite l'esprit du temps laïc, sa culture décadente et sa politique woke, ne peut être la réponse à la crise morale civilisationnelle et à l'autodestruction démographique de l'Europe.  

    Tant qu'une masse critique d'Européens n'aura pas reconnu que le sécularisme progressiste ne peut constituer un fondement culturel solide ni pour les États autonomes ni pour l'Union européenne, l'Europe continuera de tâtonner à la recherche d'un avenir viable. Contribuer à la formation de cette masse critique est la mission première de l'Église en Europe aujourd'hui : non pas en s'engageant dans la politique partisane, mais en proclamant Jésus-Christ comme la réponse à la question existentielle de chaque être humain.  

    Il est grand temps, donc, que l'Europe cesse de se soumettre à la laïcité française et à ses effets néfastes sur les individus, la culture et la vie publique. En se libérant de cette habitude indigne, l'Europe pourra bâtir un avenir digne de son héritage civilisationnel.  

    Quant à la Russie, il est difficile de comprendre ce que le NSS entend par rétablissement de la « stabilité stratégique » avec un pays sous l'emprise du tsar Poutine. À l'aube du quatrième anniversaire de l'invasion barbare par la Russie d'un État européen souverain – une guerre de conquête menée en violation de toutes les normes internationales imaginables de comportement civilisé – comment une personne sérieuse peut-elle concevoir la possibilité d'une « stabilité stratégique » avec une Russie dirigée par un homme qui a clairement fait savoir qu'il ne s'intéresse pas à la « stabilité », mais précisément à son contraire : le renversement du verdict de l'histoire dans la Guerre froide et le rétablissement des empires intérieur et extérieur de Staline ?   

    Enfin, l'absence de toute mention de la défense et de la promotion des droits de l'homme parmi les préoccupations de la politique étrangère américaine rend la nouvelle Stratégie de sécurité nationale peu convaincante comme un appel à un regain de responsabilité morale et de détermination en Occident. Elle constitue également un échec quant à la capacité de notre pays à exercer un leadership moral sur la scène internationale.  

    Mais c'est ce qui a tendance à se produire lorsque la stratégie est confondue avec «l'opportunité commerciale». 

  • Léon XIV : Fins et commencements

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    D'Andrea Gagliarducci sur Monday Vatican :

    Léon XIV : Fins et commencements

    La messe de la veille de Noël en la basilique Saint-Pierre a été marquée par une série de symboles, illustrant tous comment le pape Léon XIV s'oriente à grands pas vers une transition définitive, qui devrait débuter véritablement dès la fin du Jubilé.

    Il y a notamment trois petits signes à prendre en compte.

    La première : Léon XIV souhaitait saluer personnellement la foule sur la place avant les festivités du soir et la remercier.

    C'est un geste qu'il affectionne particulièrement et qu'il a souvent accompli depuis son accession au pontificat. Cependant, pour la première fois, le pape portait l'écharpe blanche ornée des armoiries épiscopales. Jusqu'alors, ces armoiries n'avaient pas été portées, et beaucoup avaient interprété cette apparition comme un signe concret de continuité avec le pontificat de François, et plus précisément avec la déconstruction des symboles intervenue sous son pontificat.

    L'apparition de l'écharpe ornée des armoiries brodées contredit cependant ce récit.

    Le fait que cette écharpe soit apparue la nuit de Noël, au début de la fin de l'Année sainte ouverte par le pape François, est également révélateur.

    Le deuxième signe se trouve dans les paroles de Léon XIV .

    Son homélie de la veille de Noël présentait deux particularités : elle citait la dernière homélie de Noël de Benoît XVI en tant que pape et la dernière homélie de Noël du pape François.

    En substance, Léon XIV s'appuyait sur l'héritage de ses deux prédécesseurs, retenant le meilleur de chacun et cherchant à les harmoniser. Mais ce faisant, il affirmait aussi sa singularité en tant que pontife, un pontife qui ne renierait pas les aspects positifs du passé, mais qui tracerait également sa propre voie.

    Il s'agit d'un pontificat différent.

    Le troisième signe est en réalité apparu quelques jours plus tôt, dans les vœux de Noël de Léon à la Curie romaine le 22 décembre.

    Les discours du pape François devant la Curie romaine étaient très attendus, car il en a profité pour s'en prendre violemment à cette dernière. Nul n'a oublié son allocution sur les quinze maux qui affligent la Curie, suivie de celle consacrée aux remèdes à ces maux.

    Cependant, Léon XIV a démontré dès le départ qu'il n'avait ni l'intention ni l'envie d'attaquer ceux qui travaillaient au Vatican.

    En effet, il a déclaré d'emblée que « les papes vont et viennent, la Curie demeure », témoignant ainsi de sa reconnaissance pour le travail accompli dans l'ombre par nombre d'entre eux. Le ton de son discours n'était donc pas accusateur.

    Léon XIV a plutôt mis l'accent sur un thème : la communion. Il a conclu en demandant que l'amitié existe également au sein de la Curie romaine et qu'on ne se laisse pas aller à l'inimitié.

    Léon XIV devait gérer un héritage complexe laissé par le pape François. La fin de son pontificat, en particulier, avait alimenté l'amertume au sein de la Curie. Parallèlement, certaines intuitions cruciales du pape argentin avaient été oubliées. Ce n'était pas inhabituel dans un pontificat qui avait néanmoins duré douze années riches en événements. Léon se trouvait donc confronté à la tâche difficile de redécouvrir ces intuitions tout en évitant les écueils, ou plutôt, de panser les plaies sans condamner ni renier en bloc l'œuvre de son prédécesseur.

    Il a agi avec prudence, prenant certaines décisions gouvernementales qui ont annulé celles de François et, parallèlement, publiant les « documents suspendus » laissés à la fin du pontificat de ce dernier. Par cette prudence, le pape voulait faire passer un message : il respecte l’héritage du passé et n’a aucune intention d’instaurer un système de favoritisme si tous œuvrent de concert.

    La décision de Léon XIV de poursuivre les discussions sur la synodalité est également un signal fort à cet égard : Léon affirme clairement qu’il sera à l’écoute de tous et que chacun aura la possibilité de s’exprimer. Et, en définitive, c’est précisément l’objectif du consistoire des 7 et 8 janvier.

    Le 12 décembre, Léon XIV adressa une lettre à tous les cardinaux expliquant l'objet du consistoire . Le pape y énuméra quatre points en particulier :

    • une relecture de l’exhortation apostolique Evangelii Gaudium ;
    • une étude de la constitution apostolique Praedicate Evangelium, axée sur l’Église universelle et l’Église particulière ;
    • le synode et la synodalité comme instruments de collaboration avec le pontife ;
    • une « réflexion théologique, historique et pastorale approfondie » sur la liturgie, « pour préserver la saine tradition tout en ouvrant la voie à un progrès légitime », pour reprendre les termes de la constitution Sacrosanctum Concilium du Concile Vatican II sur la liturgie sacrée, comme le faisait Léon dans sa lettre.

    Ces quatre thèmes sont particulièrement révélateurs de la trajectoire de Léon XIV.

    Les deux premiers points concernent le texte programmatique du pape François et la constitution apostolique qui a conduit à la réforme de la Curie. D'une part, Léon XIV ne souhaite pas perdre l'élan missionnaire insufflé par le pape François, même si l'expression « Église tournée vers l'extérieur » n'a jamais été employée par lui. Le thème de la mission demeure néanmoins central.

    Il est nécessaire d'harmoniser les réformes de l'ère François, car la structure de l'Église ne peut être uniquement missionnaire. Un centre est nécessaire, et cela est compris par ceux qui, comme le Pape, ont été supérieurs d'une communauté religieuse possédant des maisons dans le monde entier.

    En outre, Léon XIV reformule l'idée de synodalité, la définissant comme une forme de collaboration avec le Pape, plaçant au centre l'idéal de communion qu'il a instauré au début de son pontificat.

    Cette communion se réalise aussi par une paix théologique sur des questions telles que la liturgie. C’était l’objectif de Benoît XVI, qui avait libéralisé l’usage du rite ancien dans le but précis de favoriser la communion et d’éliminer les courants extrémistes, notamment ceux qui considéraient la liturgie comme un instrument de contestation de l’ensemble du concile Vatican II.

    Léon XIV revient au Concile, mais il semble pleinement engagé à réaliser la pax theologica, ce qui n'intéressait pas le pape François, qui avait restreint l'usage de l'ancien rite, qualifiant de rétrogrades tous ceux qui s'en approchaient.

    L'approche de Léon XIV sera probablement modérée.

    Pas à pas, il a recentré tous les symboles de son pontificat, sans jamais renier François ; bien au contraire, il l'a cité plus que quiconque dans ses discours, allocutions et homélies. Il est peu probable que la réforme de la Curie souhaitée par le pape François subisse des revirements majeurs : ce serait complexe. Mais Léon XIV a déjà manifesté sa volonté d'apporter des ajustements et compte sur les cardinaux pour aborder la réforme dans son ensemble.

    Le fait qu'il s'appuie sur les cardinaux témoigne également de son approche synodale. Le pape François avait placé l'Église dans un état de synode permanent, mais un petit conseil de cardinaux a ensuite été convoqué pour gouverner avec lui ; cet organe, jamais institutionnalisé, servait de lieu de consultation et dépassait le cadre du collège des cardinaux.

    Le pape François a également apprécié les occasions spéciales, comme les rencontres avec les jésuites dans chaque pays qu'il a visité. Il ne s'agissait pas pour lui de favoritisme envers certains groupes religieux. Tous étaient égaux, mais certains l'étaient plus que d'autres.

    Invoquant la synodalité, Léon XIV appelle également à une plus grande participation de tous. Il le fait selon un concept de responsabilité partagée, que le pape a défini comme le « chemin de la paix » dans son homélie du matin de Noël.

    Les portes saintes commencent à se fermer ; l’Année sainte proclamée par le pape François touche à sa fin. Mais elles s’ouvrent sur un nouveau pontificat, dont les contours restent à définir : celui de Léon XIV.

  • Thomas Becket : un témoin qui nous encourage à prendre position pour ce qui est juste

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    De K.V. Turley  sur le National Catholic Register :

    Saint Thomas Becket - Un saint pour cette saison ?

    L'archevêque martyr de Canterbury a beaucoup à nous apprendre sur les relations entre l'Église et l'État aujourd'hui.

    Thomas Becket forbids Robert de Beaumont, 2nd Earl of Leicester, and Reginald de Dunstanville, 1st Earl of Cornwall, to pass sentence on him.
    Thomas Becket interdit à Robert de Beaumont, 2e comte de Leicester, et à Reginald de Dunstanville, 1er comte de Cornouailles, de prononcer une sentence à son encontre. (photo : James William Edmund Doyle / Domaine public)

    Le 29 décembre 2021

    Le 29 décembre est la fête de saint Thomas Becket. Cet évêque martyr du 12e siècle est connu pour son opposition à l'excès de pouvoir de l'État en la personne du roi d'Angleterre Henri II. 

    Dans le monde d'aujourd'hui, on assiste à un nouvel affrontement entre l'Église et les autorités étatiques. Ce saint médiéval a-t-il donc quelque chose de pertinent à dire aux catholiques contemporains ? 

    Son biographe, le père John Hogan, le pense. Prêtre du diocèse de Meath (Irlande), il travaille dans le ministère paroissial et l'enseignement depuis son ordination. En outre, il a fondé la Fraternité Saint Genesius comme moyen de prière pour les personnes travaillant dans les arts et les médias, et a co-animé la série EWTN : Forgotten Heritage. Il a récemment publié Thomas Becket : Defender of the Church (Our Sunday Visitor) est un rappel opportun de ce que les catholiques en général et les évêques en particulier sont appelés à témoigner à toute époque. 

    Book cover OSV
    Couverture du livre "Thomas Becket : Defender of the Church".

    The Register s'est entretenu avec le Père Hogan le 17 décembre 2021. 

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  • Plus de cent millions de vies innocentes fauchées chaque année : des chiffres que le monde préfère ignorer

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    D'InfoVaticana :

    Plus de cent millions de vies innocentes fauchées chaque année : des chiffres que le monde préfère ignorer

    Le 28 décembre, jour de la fête des Saints Innocents, l'Église commémore les enfants assassinés par Hérode, victimes de la crainte de la naissance d'un roi. Deux mille ans plus tard, la violence contre les innocents prend d'autres formes : plus cliniques, plus techniques, plus invisibles, mais non moins réelles. Aujourd'hui, des millions de vies humaines sont délibérément interrompues avant la naissance, que ce soit par l'avortement, par des mécanismes pharmacologiques empêchant le maintien d'une grossesse précoce, ou par l'élimination silencieuse d'embryons humains créés en laboratoire.

    Ce texte n'a pas pour vocation de susciter la polémique, mais de donner des chiffres et de situer ce drame non pas comme une simple pièce d'un ensemble cohérent, mais comme le centre du débat anthropologique contemporain.

    Espagne : plus de cent mille avortements légaux par an

    En 2024, selon les données officielles du ministère de la Santé, 106 172 avortements légaux ont été pratiqués en Espagne . Cela représente en moyenne plus de 290 vies humaines interrompues chaque jour . Ce chiffre n'est ni exceptionnel ni isolé : depuis des années, l'Espagne enregistre environ 100 000 avortements par an, avec une tendance à la hausse.

    L'Europe et le monde : des millions d'avortements chaque année

    Si l'on élargit notre perspective, l'ampleur du phénomène devient difficile à appréhender. À travers l'Europe, les estimations démographiques situent le nombre d'avortements à environ 3,3 millions par an . L'Espagne n'est pas une exception, mais s'inscrit plutôt dans une tendance continentale à normaliser l'avortement comme une solution courante.

    À l'échelle mondiale, le chiffre est encore plus alarmant. L'Organisation mondiale de la santé et divers instituts de démographie s'accordent à dire qu'environ 73 millions d'avortements provoqués ont lieu chaque année dans le monde . Cela représente plus de 200 000 vies humaines fauchées chaque jour, année après année.

    Nous sommes confrontés à une réalité sans précédent historique : aucune guerre, aucun régime totalitaire, aucune catastrophe naturelle n'a éliminé autant de vies humaines de manière aussi continue et silencieuse.

    La pilule du lendemain : le maillon le moins visible

    Parallèlement à l’avortement chirurgical ou pharmacologique, il existe un phénomène beaucoup moins débattu mais extrêmement répandu : l’utilisation de la pilule du lendemain .

    En Espagne, des centaines de milliers d'unités sont délivrées chaque année (les estimations courantes situent ce chiffre entre 700 000 et 800 000), et il s'agit d'un médicament largement normalisé, vendu sans ordonnance et socialement perçu comme une « contraception d'urgence ».

    D'un point de vue médical, la pilule du lendemain agit principalement en inhibant ou en retardant l'ovulation. Cependant, la littérature scientifique indique que, lorsque l'ovulation a déjà eu lieu, elle empêche ou entrave la nidation de l'embryon.

    Il n'existe pas de chiffre définitif ni de consensus absolu, mais des estimations prudentes évaluent cet effet potentiel à environ 5 % (selon le stade du cycle et le médicament utilisé). Appliqué à des volumes de consommation très élevés, même un faible pourcentage pourrait se traduire par des milliers d'embryons qui ne s'implantent pas chaque année.

    Il s'agit d'une perte statistiquement invisible, mais moralement importante.

    Reproduction assistée : des embryons humains sans avenir

    Le troisième grand axe de ce drame est la fécondation in vitro .

    En Espagne seulement, plus de 167 000 cycles de fécondation in vitro (FIV) sont pratiqués chaque année (selon des données récentes). Chaque procédure consiste à créer plusieurs embryons humains, dont un seul, parfois deux, est transféré dans l’utérus. Les autres sont congelés, éliminés pour des raisons techniques ou conservés pendant des années dans un réfrigérateur industriel.

    Il n'existe pas de statistiques officielles consolidées indiquant le nombre d'embryons détruits chaque année en Espagne. Cependant, les données relatives à l'activité et à la pratique clinique permettent d'aboutir à une conclusion sans équivoque : des dizaines de milliers d'embryons humains ne sont jamais transférés chaque année , et une proportion importante finit par être éliminée, abandonnée ou détruite.

    En Europe, plus d'un million de traitements de procréation médicalement assistée sont pratiqués chaque année. À l'échelle mondiale, ce chiffre se chiffre en millions. Il en résulte inévitablement l'existence de centaines de milliers, voire de millions, d'embryons humains dont le développement est interrompu ou interrompu.

    La grande blessure de notre temps

    L’avortement, la pilule et l’interruption de grossesse ne sont pas des phénomènes isolés ou marginaux. Ils ne constituent pas non plus un simple élément parmi d’autres débats moraux. Ensemble, ils représentent la grande plaie anthropologique de notre époque.

    Jamais auparavant l'humanité n'a créé et détruit autant de vies humaines dans leur période la plus vulnérable. Jamais auparavant il n'a été aussi facile de nier l'humanité d'autrui précisément au moment où il dépend le plus de notre protection.

    Mais la Journée des Saints Innocents n'est pas seulement un jour de dénonciation. C'est aussi un jour d'espoir. L'espoir que la vérité, exprimée clairement et sans agressivité, retrouve sa place centrale dans le débat. L'espoir que la science et la technologie soient mises au service de la vie, et non l'inverse. L'espoir qu'une culture qui aujourd'hui rejette ses innocents puisse à nouveau les reconnaître, les accueillir et les défendre.

    Car une civilisation ne se mesure pas à sa puissance ni à son progrès, mais à la façon dont elle traite ceux qui ne peuvent se défendre . Et c’est là, précisément, que réside l’avenir moral de notre époque.

  • Interview : Le cardinal Pizzaballa s'exprime sur les chrétiens en Terre sainte et explique pourquoi le chemin synodal allemand est sans importance

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    Du Catholic Herald (Regina Einig) :

     
    27 décembre 2025

    Interview : Le cardinal Pizzaballa s'exprime sur les chrétiens en Terre sainte et explique pourquoi le chemin synodal allemand est sans importance.

    Éminence, la situation des chrétiens en Terre sainte s'est-elle améliorée depuis le cessez-le-feu d'octobre ? 

    Les conditions de vie des chrétiens et de beaucoup d'autres ne se sont pas améliorées de façon significative. La principale différence réside dans la guerre elle-même. Il n'y a plus de combats aussi intenses qu'au cours des derniers mois, mais les conditions de vie restent exactement les mêmes. Peut-être que la situation est différente dans la région de Bethléem grâce à Noël. Nous avons décidé de célébrer Noël de façon normale et festive, avec des lumières et de la musique, afin d'offrir un peu de répit aux gens. Ils ont besoin de lumière dans leurs vies. Mais notamment à Gaza et en Cisjordanie, les conditions de vie demeurent très difficiles, sur les plans social, économique et politique. L'avenir du prochain gouvernement reste incertain.

    Vous avez récemment assisté à la visite du pape au Liban. Qu'est-ce qui vous a particulièrement marqué ?

    Ce qui m'a d'abord impressionné, c'est l'enthousiasme du peuple libanais, sans exception, catholiques ou non. Pendant de longues années, les gens se sont sentis oubliés, même après la guerre du Liban, surtout dans le sud. Les blessures y sont encore vives. La visite du Pape a insufflé un nouvel élan à la communauté, et cela s'est ressenti partout. La rencontre avec les jeunes, à laquelle j'ai assisté, a également été un grand cadeau. Ces jeunes étaient non seulement heureux, mais aussi pleins d'espoir. Le Pape Léon a particulièrement insisté sur ce point. L'espoir et la paix étaient les thèmes récurrents de ses discours. L'atmosphère générale était très positive.

    Durant son voyage apostolique, le Saint-Père a lancé un vibrant appel à l'unité des chrétiens. Quelle pourrait être la prochaine étape pour les chrétiens sur leur chemin commun ?

    Il est important que nous poursuivions sur cette voie. Nous savons que le chemin est encore long. Ne soyons pas naïfs et ne pensons pas que cela puisse se faire rapidement. Tout d'abord, reconnaissons ce que nous avons déjà en commun, notamment au Moyen-Orient, où des chrétiens de différentes confessions vivent déjà ensemble. Les familles sont mixtes et les chrétiens collaborent dans les écoles et bien d'autres lieux. Il est essentiel de reconnaître et de renforcer cette solidarité pastorale. Nous devons également trouver une voix commune sur les questions internationales et universelles telles que la paix, la justice et la dignité humaine. Ces valeurs nous unissent, quelles que soient nos différences et nos confessions. Nous devons continuer à œuvrer en ce sens et améliorer progressivement nos relations pastorales quotidiennes au sein de nos communautés. Peut-être aurons-nous un jour un calendrier commun. Prenons notre temps. L'important pour moi est que, dans l'intervalle, nous n'oublions pas les petits pas, afin de réaliser de plus grandes choses.

    Quelles sont les relations œcuméniques entre catholiques et orthodoxes en Terre sainte ?

    Nos relations au niveau institutionnel sont très bonnes, et au niveau local, elles fonctionnent également bien. J'admets volontiers que, des deux côtés, certains prêtres ont tendance à faire preuve d'une rigueur excessive, mais fondamentalement, les relations sont bonnes. Je tiens à souligner à nouveau que 90 % des familles chrétiennes parmi nous sont mixtes sur le plan confessionnel. Les catholiques et les chrétiens orthodoxes se marient entre eux. Les relations entre les Églises sont pour nous une question pastorale, et non théologique.

    Comment l'œuvre de paix du Saint-Père affecte-t-elle la Terre Sainte, notamment en ce qui concerne les chefs religieux ?

    L'œuvre de paix du Saint-Père est très importante. En particulier en cette période de guerre, avec toutes les dévastations humaines qu'elle entraîne, alors que nous nous sentons parfois perdus, nous avons besoin de repères, de quelqu'un qui nous aide à voir au-delà de nos propres horizons et qui nous donne une orientation. En ce sens, le pape, en tant que leader reconnu, peut nous aider par ses paroles à façonner notre récit chrétien dans cet environnement très complexe.

    Vous avez récemment déclaré dans une interview au National Catholic Register que le chemin synodal allemand n'avait aucune pertinence pour la vie des chrétiens en Terre Sainte. Quelles discussions théologiques considérez-vous personnellement comme importantes pour la réforme de l'Église ?

    Les questions soulevées par le Chemin synodal en Allemagne, ainsi que de nombreux autres sujets abordés dans les pays occidentaux, ne trouvent pas particulièrement d'écho au Moyen-Orient. Nous vivons dans une réalité complètement différente. Ce n'est pas un jugement, c'est simplement un fait. C'est la réalité. La théologie n'est pas vécue ici de manière aussi dramatique. Nos Églises sont traditionnelles, et nous vivons dans et à travers la communauté de l'Église. Pour nous, le renforcement des relations entre les Églises est ce qui importe le plus. Pour les chrétiens d'ici, la coexistence harmonieuse entre les Églises est la priorité.

    Pouvez-vous donner des exemples de projets ou d'institutions communes que vous considérez comme des exemples positifs de ces efforts ?

    Il existe de nombreux exemples. Je commencerai par le contexte le plus dramatique à l'heure actuelle, Gaza. Les paroisses orthodoxes et catholiques travaillent ensemble partout, non seulement dans le domaine de l'aide humanitaire, mais aussi dans les écoles et les activités pastorales. Elles coordonnent également leurs activités liturgiques afin qu'elles ne se gênent pas mutuellement. Ce n'était pas le cas il y a quelques années. Dans les villages où il y a des écoles catholiques et orthodoxes, nous essayons de coopérer. Comme nous avons malheureusement moins d'élèves chrétiens, nous organisons les choses de manière à ce qu'une Église gère l'école primaire et l'autre l'école secondaire, ou vice versa. De cette façon, nous offrons la même éducation. Les écoles orthodoxes et catholiques utilisent les mêmes livres de catéchisme, que nous élaborons ensemble. Il existe de nombreux autres exemples.

    Dans ces écoles, comment les classes sont-elles composées ?

    Cela dépend de l'école, mais en général, environ la moitié des élèves sont chrétiens. Dans certaines écoles, les musulmans constituent la majorité des élèves, selon l'endroit. Dans toutes nos écoles, la présence de non-chrétiens est très importante, non seulement en termes de nombre, mais aussi en termes de mission.

    Qu'espérez-vous pour votre troupeau en Terre Sainte ?

    J'espère de meilleures conditions de vie politiques et sociales pour nous. J'espère que la communauté préservera son unité, son engagement envers la vie et sa résilience dans cette situation compliquée. Mais cela demande plus de patience. Il ne faut pas confondre espoir et solution politique.

  • Le président élu du Chili revient sur la décision qui a changé sa vie à jamais

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    De Julieta Villar sue ACI Prensa via CNA :

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    Dans une interview exclusive accordée en 2024 à Goya Producciones pour le documentaire « Valientes » (Les Courageux), le président élu du Chili, José Antonio Kast, a abordé des sujets tels que la défense de la vie, son histoire familiale et le problème de l'imposition idéologique de gauche sur la société.

    Évoquant son parcours personnel et sa carrière politique, Kast a affirmé que les jeunes « ont le pouvoir d’apporter le changement » et de mettre fin aux sociétés individualistes qui mènent à la solitude.

    La décision qui lui a permis de naître

    Fervent défenseur de la vie dès la conception, Kast — le benjamin d'une fratrie de dix enfants — a partagé une histoire personnelle « très importante » qui a façonné l'avenir de sa famille : « Lorsque ma mère a eu son deuxième enfant, elle a souffert d'éclampsie [une grave complication de grossesse], et on a évoqué la possibilité qu'elle ne puisse plus avoir d'enfants », a-t-il raconté.

    Son père estimait que ce n'était pas juste et, malgré le danger pour la vie de sa femme, il lui dit : « Je crois que Dieu ne veut pas cela pour nous. » Cette détermination leur permit d'avoir huit autres enfants, dont Kast. Sans cette décision, « je ne serais pas né », a-t-il souligné.

    « Mes parents sont des immigrants allemands, et nous avons une famille nombreuse de près de 200 personnes. Les deux premiers enfants de ma mère sont décédés. Par conséquent, rien de tout cela n'aurait été possible, et cela marque profondément dès le plus jeune âge », a-t-il souligné.

    « Grâce à cette décision, je suis là aujourd'hui ; grâce à cette décision, j'ai rencontré ma femme. Grâce à cette décision, nous avons pu avoir neuf enfants. Grâce à elle, nous attendons aujourd'hui notre troisième petit-enfant », a-t-il commenté.

    « C’est incroyable de voir comment une seule décision peut affecter la vie de tant de personnes », a-t-il réfléchi.

    Avec son épouse, María Pía Adriasola, il a neuf enfants, nés de la conviction d’« être ouvert à la vie ». « Dieu nous a accompagnés dans cette décision, et aujourd'hui nous sommes les heureux parents de neuf enfants », a-t-il déclaré, « et nous ne pourrions imaginer la vie sans aucun d'eux. »

    trajectoire politique

    À ses débuts en politique, se souvient-il, il n'était pas « un grand communicateur », mais grâce à un travail acharné, il est devenu membre du Congrès, chef de parti et candidat à la présidence, « toujours très clair sur les choses, sans jamais tromper les gens, sans jamais falsifier ma position », et dans le but de « gagner le cœur des gens, quel que soit le résultat ».

    Son engagement continu en politique était une décision familiale qu'il avait discutée avec sa femme et ses enfants, fondée sur le principe que « celui qui a une mission doit l'accomplir ».

    En analysant le paysage sociopolitique chilien de l'époque (avant les élections de 2025), Kast a souligné que « l'idéologie de gauche gagnait une influence croissante au sein des gouvernements, promouvant des lois qui vont à l'encontre de la vie et de la famille telle que constituée par un homme et une femme ».

    Il a mis en garde contre l'imposition d'un programme qui, dans le cas du Chili, a légalisé l'avortement pour trois motifs et « vise à modifier la constitution » en dépénalisant l'avortement jusqu'au neuvième mois, en se fondant sur une interprétation erronée du concept d'autonomie de la femme sur son propre corps. « Elle n'est pas propriétaire du corps d'un autre être qui se trouve en elle », a expliqué Kast.

    « D’une manière générale, je n’utilise pas d’arguments religieux pour défendre la position pro-vie, car il existe de nombreuses preuves tirées de la nature humaine, de la science et du fait que la vie commence dès la conception », a-t-il déclaré, exprimant l’espoir que « l’avenir dépend de nous » car « la nature humaine est de notre côté ».

    Dans ce contexte, Kast a été confronté à la violence, à l'intolérance et à la censure de la part de ceux qui pensent différemment. « Au début de ma carrière politique, j'étais surtout victime de violence verbale de la part de ceux qui pensaient différemment », se souvient-il.

    « Certains ont fait des confusions en disant : “Non, vous parlez d’un point de vue religieux.” Et je leur répondais : “Je ne parle pas d’un point de vue religieux ; je parle d’un point de vue scientifique, de la nature humaine, car dès votre conception, à cet instant précis, les caractéristiques que vous présentez aujourd’hui à la société étaient déjà présentes.” » Il se souvient que cela « a suscité une vive polémique au Parlement. »

    « Par la suite, ils ont commencé à étendre leur influence à d’autres milieux. Et à certaines occasions, j’ai subi de graves violences physiques », a-t-il raconté, détaillant des situations où il a eu des fractures et a dû être placé sous protection policière. « On a toujours peur, mais je n’ai jamais eu l’intention de céder. »

    Kast déplorait que les jeunes qui commettent ces actes d'agression « soient des instruments entre les mains d'un idéologue ». Par conséquent, disait-il, « je ne ressens ni ressentiment, ni haine ; je ressens parfois de la frustration de ne pas pouvoir être avec ces personnes individuellement pour leur expliquer la joie que l'on éprouve à se donner pour sauver autrui, et qu'elles ressentiraient la même chose si elles avaient l'occasion de faire l'expérience de la richesse qui existe dans la nature humaine. »

    Reconnaître la lutte entre le bien et le mal

    Kast a ensuite dénoncé « une sorte d’empire qui commence à dominer les actions de la société », coordonné avec de vastes ressources financières, de sorte que « la violence est utilisée pour créer un nouveau type d’être humain ».

    Bien qu’il ait constaté un « totalitarisme idéologique » visant à anéantir l’individu, Kast a fait remarquer que l’idéologie « ne pourra jamais vaincre la nature de l’être humain, qui aspire à la liberté, à la transcendance, à la préservation de la vie et à l’amour entre les personnes ».

    « Nous n’avons pas les ressources, mais nous avons une voix, nous avons du cœur… et cette force est plus puissante que l’argent », a-t-il souligné, souhaitant ardemment que les gens se réveillent et « réalisent que nous devons occuper tous les espaces où nous pouvons agir, qu’avec la puissance de l’Esprit, on peut vaincre l’esprit du mal, car en fin de compte, il s’agit d’une lutte entre le bien et le mal. »

    Les preuves sont bien plus convaincantes que l'idéologie.

    « Il n’existe aucune valeur louable qui prône la mort d’autrui. Il n’existe aucune valeur louable qui prône la désintégration de la famille, noyau fondamental de la société », a souligné Kast. « Deux femmes peuvent s’aimer. Deux femmes peuvent vivre ensemble. Deux femmes peuvent travailler ensemble. Mais deux femmes seules ne peuvent procréer. Il en va de même pour deux hommes », a-t-il expliqué.

    « Ce que je propose et que j’essaie de promouvoir, c’est que les gens prennent en compte les preuves. Et ces preuves sont bien plus convaincantes que l’idéologie », a-t-il indiqué.

    La gauche a été « très habile » pour s'approprier des causes.

    Kast a reconnu que la gauche avait fait preuve d'une grande habileté en s'appropriant des causes comme l'environnement, les droits des femmes et la santé, et en les utilisant à son avantage. Il a toutefois demandé : « Qui se soucie le plus de l'environnement ? L'idéologie de gauche ou ceux d'entre nous qui croient en la vie ? Nous. »

    « Qui défend le mieux les personnes handicapées ? Qui se soucie vraiment d'elles ? Ceux d'entre nous qui croient en la vie. Les autres instrumentalisent leurs souffrances pour dire : "Ils sont victimes de discrimination" », a-t-il déclaré.

    « La cause autochtone est instrumentalisée par la gauche idéologique pour prétendre avoir été opprimée et réprimée, ce qui était peut-être vrai il y a 100, 200 ou 300 ans, mais aujourd'hui, nous appartenons tous à la même nation. Nous avons tous la même valeur. Aujourd'hui, il y a plus d'esclaves dans le monde qu'à l'époque où l'esclavage était légal. Qui lutte contre l'esclavage de ces enfants dont les droits sont bafoués ? Qui lutte contre l'esclavage des femmes victimes de la traite des êtres humains ? Nous, car nous croyons en la vie et en la liberté. »

    « N’attendez pas que quelqu’un d’autre fasse ce que vous pouvez faire. »

    À ceux qui, bien à l'abri chez eux, déclarent « Il faut bien que quelqu'un fasse quelque chose », le dirigeant chilien a répondu : « N'attendez pas que quelqu'un d'autre fasse ce que vous pouvez faire. Que faites-vous de vos enfants ? Leur consacrez-vous du temps, ou êtes-vous toujours occupés ? Car le fond du problème se trouve au sein de la famille », a-t-il souligné, exhortant chacun à réserver du temps exclusivement à son conjoint et à ses enfants.

    Dans ce contexte, il a mis en lumière une tradition chilienne appelée « rendez-vous amoureux du mardi », qu’il pratique lui-même avec sa femme chaque semaine, et qui consiste en « deux heures par semaine de conversation directe, face à face, en se regardant dans les yeux, sans personne d’autre autour ».

    Ainsi, « on construit des bases solides pour ce qui est au cœur de la famille : l’union du couple. Si le couple est épanoui, il est plus probable que les enfants et leur environnement le soient également », a-t-il résumé. « Et il est alors plus facile d’inspirer les autres, car on ne peut donner ce que l’on ne possède pas », a-t-il ajouté.

    « L’avortement, c’est assassiner une personne innocente. »

    « Au Chili, on voit bien que ce que je disais il y a 20 ans est toujours d'actualité », a déclaré Kast. « Je maintiens ce point de vue. Et c'est pourquoi je parviens plus facilement à convaincre les gens aujourd'hui. »

    « Dans les années à venir, combien de personnes réaliseront que l'avortement est un meurtre ? Combien, dans 20 ans, diront : « Qu'avons-nous fait à ces enfants en les confiant à l'adoption à des couples de même sexe ? » Ces enfants ont le droit de connaître leur identité. »

    « De même que la gauche radicale, par son idéologie, séduit souvent les jeunes, nous, sans chercher à les contrôler, mais en faisant appel à leur liberté, sommes convaincus qu’ils seront le moteur du changement. Car ces sociétés individualistes mènent à la solitude. Or, l’homme est un être social qui aspire au lien social, qui aspire à la joie », a souligné Kast.

    « Ce sont les jeunes qui se rebellent les premiers contre le totalitarisme d'État. Ce sont eux qui, les premiers, prennent conscience que les systèmes de protection sociale modernes, ces gouvernements qui s'emparent progressivement du pouvoir absolu, transforment leurs citoyens en esclaves de l'État-providence », a-t-il affirmé. Il a donc exprimé l'espoir « que ce soient les jeunes qui inverseront la situation actuelle ».

    Cet article a été initialement publié par ACI Prensa, partenaire hispanophone de CNA. Il a été traduit et adapté par CNA.