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Actualité - Page 9

  • Le cardinal Eijk a célébré la messe tridentine à la Grote Kerk d'Oss, aux Pays-Bas

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    De Stefano Chiappalone sur la NBQ :

    La première messe tridentine d'Eijk, un événement et un exemple

    Un dimanche  de Laetare très particulier pour les fidèles d'Oss, aux Pays-Bas, avec la messe pontificale solennelle célébrée selon l'ancien rite par le cardinal. Solennité, joie et convivialité font de cette journée historique un modèle à contre-courant dans l'ère post-Traditionis custodes, marquée par l'unité et la proximité mutuelle. 

    18/03/2026
    Photo de Ramon Mangold provenant du site officiel de l'archidiocèse d'Utrecht : https://www.aartsbisdom.nl/

    La joie qui caractérise le dimanche de Laetare  – un avant-goût de la joie pascale au cœur du Carême – a été ressentie avec une intensité particulière cette année à la Grote Kerk d'Oss, aux Pays-Bas. L'église accueille la messe selon l'ancien rite chaque dimanche, en plus des célébrations post-conciliaires. Il y a un mois, l'ordinaire du diocèse, Mgr Gerard de Korte, évêque de Bois-le-Duc (ville natale du peintre Jérôme Bosch, qui lui a emprunté son nom d'artiste), y a administré la confirmation et prononcé l'homélie. Mais le 15 mars, la joie inhérente au quatrième dimanche de Carême a été amplifiée par la messe pontificale solennelle célébrée par le cardinal Willem Jacobus Eijk, archevêque métropolitain d'Utrecht (dont Bois-le-Duc est un suffragant, comme tous les autres diocèses néerlandais), en présence de 700 fidèles. Parmi eux se trouvaient deux séminaristes de l'archidiocèse d'Utrecht, étudiants au séminaire de la Fraternité sacerdotale Saint-Pierre de Wigratzbad.

    L'archidiocèse d'Utrecht a publié un compte rendu de la célébration pontificale et le texte intégral de l'homélie d'Eijk. Homélie profonde et empreinte d'ironie, elle portait sur la multiplication des pains et des poissons (le passage de l'Évangile prévu dans la forme extraordinaire du rite romain, qui, contrairement à la forme ordinaire, a un cycle de lectures annuel et non triennal). Un miracle trop souvent démystifié, comme en témoigne l'exégèse libérale d'un prêtre des années 1950 qui considérait que le « vrai miracle » résidait non pas dans la multiplication, mais dans le « partage » du pain par amour. « Une trivialisation flagrante de la catéchèse », a commenté le cardinal, observant que « la foi de nombreux catholiques encore convaincus à l'époque a été habilement étouffée par la catéchèse et la prédication. Ceci, conjugué à divers changements culturels, est l'une des principales causes de la crise que traverse aujourd'hui l'Église. »

    Une exégèse libre, sans aucun fondement dans l'Évangile, où l'on lit pourtant que « Jésus a nourri une foule entière avec seulement cinq pains et deux poissons » et a donc « réellement accompli ce miracle ». Réduire la multiplication à un partage impossible revient à nier « le postulat de la foi chrétienne », a expliqué le cardinal, à savoir que « Dieu a créé l'univers à partir de rien. S'il a pu faire cela, il peut aussi multiplier miraculeusement le pain. » Un postulat perdu lorsque tout est attribué à notre propre initiative humaine, comme le paysan – protagoniste d'une autre anecdote citée par Eijk – qui a remercié non pas Dieu pour la récolte… mais pour l'engrais. « Oui, l’homme est créé à l’image et à la ressemblance de Dieu et est donc capable de certaines choses. Mais le point de départ, même pour les engrais artificiels, ce sont des éléments créés à l’origine par Dieu et non par nous. »

    La lecture pascale de cet événement est essentielle, car elle met en lumière un détail apparemment secondaire : « Il y avait beaucoup d’herbe à cet endroit. On pourrait se demander : “Qu’importe où la foule était assise, sur l’herbe, sur du gravier ou sur un sol dur et rocailleux ?” Cela signifie que l’herbe n’y pousse qu’au printemps, donc aux alentours de Pâques », ce qui « souligne davantage que la multiplication miraculeuse des pains est liée au Mystère pascal », tout comme le geste de Jésus rendant grâce au Père avant de les distribuer : cette même « action de grâce » que le prêtre mentionne peu avant la consécration et la même signification de la Sainte Messe : eucharistein, où « le Mystère pascal, sa mort sur la croix et sa résurrection, sont rendus présents ici dans le sacrement de l’Eucharistie de manière non sanglante. La multiplication miraculeuse des pains en est une préfiguration. »

    La célébration a été retransmise en direct sur Radio Maria Pays-Bas – et est toujours disponible sur YouTube   – dont le directeur, le père Pieter Zimmermann, a assisté le cardinal Eijk lors de la liturgie, collaborant avec la communauté d'Oss pour le rite et le déjeuner qui a suivi. Ce dernier a offert aux participants et au célébrant une occasion privilégiée de rencontre et de convivialité.

    Solennité, joie et unité sont les mots qui résument cette journée historique et accompagnent les images de la messe pontificale sur le site web de la paroisse Saint-Willibrord – qui abrite la Grote Kerk dédiée à l'Immaculée Conception – soulignant également la grande proximité pastorale du cardinal (qui, pour la première fois, a cherché à célébrer un rite plus ancien ) malgré les restrictions imposées à ce rite depuis le motu proprio Traditionis custodes de 2021. Une journée historique, donc, pour tous ceux qui sont attachés à ce rite, et pas seulement aux Pays-Bas. Mais aussi un exemple possible à suivre, lorsque cela est possible, de proximité mutuelle entre les évêques et les fidèles.

  • Les propositions du père abbé de Solesmes pour tenter de résoudre la querelle liturgique

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    D'Agnès Millot sur RCF :

    QUERELLE LITURGIQUE : ET SI CHACUN FAISAIT UN PAS VERS L’AUTRE ?

    16 mars 2026

    Dom Geoffroy Kemlin, père abbé bénédictin de Solesmes, a écrit une lettre au Pape Léon XIV. Il lui partage une réflexion visant à résoudre la querelle liturgique qui divise l’Eglise depuis Vatican II. Son idée : “retoucher le nouveau missel pour y intégrer le vetus ordo” et ainsi retrouver l’unité ecclésiale… 

    Dom Geoffroy Kemlin, Père Abbé de Solesmes ©RCF SartheDom Geoffroy Kemlin, Père Abbé de Solesmes ©RCF Sarthe

    L’antagonisme entre les catholiques attachés au rite ancien en latin et les partisans du nouveau missel de Vatican II remonte au début des années 1970... Pourquoi avez-vous écrit au Pape maintenant ?

    J’ai eu l’opportunité de concélébrer avec le Pape Léon à Sant’Anselmo, l’abbaye des bénédictins à Rome, en novembre. Le Père Abbé primat avait invité le Saint-Père pour les 125 ans de la dédicace de l’église. Et il a accepté ! A l’issue de la messe, j’ai été présenté au Pape comme étant le père abbé de Solesmes. Il s’est alors exclamé : “Ah !! Solesmes !!”, montrant qu’il nous connaissait. J’ai aussitôt eu envie de lui écrire pour lui partager certaines choses qui me tenaient à cœur depuis longtemps, sur la situation liturgique en France et au sein de l’Eglise universelle.

    Pourquoi la question de l’unité liturgique vous touche-t-elle autant ? 

    Dans notre Congrégation de Solesmes nous avons des monastères qui célèbrent selon les deux rites : l’ancien et le nouveau. J’ai vécu cela personnellement dans mon parcours…  Je suis entré à l’abbaye de Fontgombault à l’âge de 20 ans, où l’on célèbre selon l’ancien missel de Saint Pie V, avant d’arriver à Solesmes où les moines disent la messe (en latin) selon la réforme de Vatican II. J’ai vécu cette question très personnellement, très intimement.

    Alors quand je vois des divisions sur ce thème je souffre ! La liturgie est faite pour faire grandir l’unité dans l’Eglise, pas pour nous diviser ! C’est pour cela que j’ai voulu partager au Saint Père, modestement, une proposition pour essayer d’avancer sur le sujet… 

    Dans cette lettre (en bas de l'article) vous écrivez : “l’heure est venue d'œuvrer pour un véritable retour à l’unité”. Vous pensez que les désaccords sont allés trop loin ? 

    Tout antagonisme dans l’Eglise nous fait souffrir. Nous sommes les membres du Corps du Christ. C’est notre témoignage de montrer au monde que nous sommes unis. Pour autant, cette unité n’est pas uniformité ! Le Pape François l’a beaucoup souligné. 

    Concrètement, votre proposition consisterait à retoucher l'Ordo Missae  de Paul VI, c’est-à-dire l’ordinaire de la messe qui comprend l'ensemble des prières et parties invariables du rite romain. Pourquoi ? 

    Je crois qu’il faut que chacune des sensibilités catholiques accepte de faire un pas vers l’autre. On pourrait ainsi réduire les divisions et retrouver cette unité si importante. Ce que je propose, c’est une démarche inclusive : insérer le Vetus Ordo [ndlr : l’ordinaire de la messe du missel latin d’avant Vatican II] dans le missel romain actuel. Cela permettrait d’intégrer les différentes manières de célébrer en une seule… 

    Quels points précis de la messe pourraient être modifiés ? 

    Le prêtre pourrait tout simplement choisir d’intégrer des éléments de l’ancien missel qui ne figurent plus dans celui de Paul VI. Je pense par exemple aux prières au bas de l’autel, ou à l’ancien offertoire qui a été réformé.  

    Cela ne risque-t-il pas de rajouter de la confusion pour les fidèles ? 

    Il y aura certainement un cadre à poser. La liturgie appartient à l’Eglise, c’est donc au Saint-Siège de décider ce qu’il en est. Je crois néanmoins que cette solution est possible, car la réforme liturgique a conservé beaucoup d’éléments communs avec l’ancien missel. On rajouterait simplement certaines possibilités. 

    L’ancien missel de Saint Pie V, auquel les communautés traditionnelles sont restées attachées, serait donc un peu modifié lui aussi ? 

    Effectivement. Si le Vetus ordo était inséré dans le missel actuel, cela ouvrirait de nouvelles possibilités.  Par exemple : célébrer la messe selon l’ancien rite mais dans la langue du pays et plus seulement en latin. Cela permettrait aussi au prêtre d’utiliser les nouvelles prières eucharistiques et les nouvelles préfaces. Enfin, je pense au cycle des lectures : le lectionnaire actuel voulu par Vatican II est beaucoup plus riche que l’ancien. Il y aurait un vrai apport biblique pour les fidèles. Tout cela viendrait féconder le Vetus ordo. 

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  • Migrations de masse : de nouveaux propos sans fard du cardinal Müller

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    De Thomas Colsy sur The European Conservative :

    Un cardinal conservateur de haut rang dénonce l'immigration de masse et défend les droits des nations

    L'intégration est impossible si une large majorité d'immigrants ne se convertissent pas au christianisme, a déclaré le cardinal Müller.
     

    L'un des cardinaux conservateurs les plus influents a fustigé les migrations de masse, évoqué le risque de « guerres civiles » et plaidé pour une meilleure reconnaissance des droits des nations et des peuples, dans une interview exclusive accordée à europeanconservative.com. Face à des bouleversements démographiques sans précédent, cet ancien membre de la Curie insiste sur le fait qu'il est temps pour les responsables politiques et les citoyens des pays européens et occidentaux de prendre leurs responsabilités et de « décider s'ils veulent être marginalisés dans leur propre pays ».

    Le cardinal Gerhard Ludwig Müller est un homme imposant. Ancien préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi – initialement fondée comme l'Inquisition romaine – sous les papes Benoît XVI et François, il occupa jadis le poste sans doute le plus puissant et influent de l'Église catholique après la papauté. Grand et bien bâti, ce Rhénan parle lentement et avec précaution. Assis devant son impressionnante bibliothèque dans son salon, il se confia avec franchise, donnant des réponses réfléchies et argumentées.

    Le cardinal Müller s'irrite de voir que, suite aux sympathies progressistes du pape François, des observateurs, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur de l'Église, confondent ces positions avec l'authentique doctrine et la foi catholiques. Il a par ailleurs critiqué une conception exagérée de l'infaillibilité papale, souvent qualifiée d'« ultramontanisme », et un « culte de la personnalité » autour du pape François. Müller condamne cette erreur qui consiste à ériger toute pensée privée du pape en dogme ou en interprétation de la vérité révélée.

    Müller affirme explicitement que, si l'infaillibilité papale existe pour les catholiques dans des circonstances très spécifiques, rares et limitées, elle ne s'étend catégoriquement pas à « sa compréhension privée des migrants, etc. ».

    « Il doit défendre les droits humains de tous », a-t-il expliqué. « Mais la question de savoir si, dans dix ans, des millions de migrants musulmans devraient arriver, bouleversant totalement la culture et provoquant des guerres civiles, comme c'est le cas dans les pays à majorité musulmane, est tout autre. »

    Müller est allé plus loin : « L’intégration est impossible si une large majorité ne se convertit pas au christianisme. »

    « Dans presque tous les pays musulmans, les communautés chrétiennes sont opprimées », a-t-il poursuivi. « Quand j'interroge ChatGPT et l'IA, ils me disent que les musulmans sont tolérants. La question suivante que je pose est : pouvez-vous me citer un seul pays [à majorité musulmane] où les chrétiens ont les mêmes droits ? Et ils restent muets. »

    « Il n’y a pas de bonne réponse », a-t-il déclaré. « Sur cette question, il appartient aux responsables politiques et aux citoyens de chaque pays de décider s’ils veulent être marginalisés dans leur propre pays. »

    Müller a reconnu que cette tendance n'est bénéfique ni pour les Européens et les peuples occidentaux, ni pour l'Église. Il a observé que « partout », on constate une augmentation des « attaques contre les édifices religieux et contre les valeurs et les idées chrétiennes ». Les premières, les crimes de haine antichrétiens, ont connu une augmentation exponentielle et sont scrupuleusement documentées par l'Observatoire de l'intolérance et de la discrimination à l'égard des chrétiens, qui a contribué à interpeller formellement le Parlement européen en 2025 en raison de son inaction face à ce phénomène.

    « Mais c’est aussi notre faute », a réfléchi Müller, suggérant que les migrations de masse sont inextricablement liées aux crises non résolues de la natalité et de la fécondité. « Je me souviens, quand j’étais jeune, d’une politique très dure envers la famille, le mariage, les enfants. Cette catastrophe démographique est le fruit de l’homme. Comme en Chine avec leur stupide politique de l’enfant unique. »

    Bien qu'il estime que des conditions matérielles, sociales et politiques défavorables rendent difficile la formation de familles, Müller croit également que des forces idéologiques et spirituelles anti-familiales se déchaînent sur la population.

    « Avoir des enfants est un désir naturel lorsqu'on est marié », a-t-il déclaré. « Ne pas en avoir est contraire à la nature et à la grâce. »

    Müller estime que les États qui, « adoptant une attitude paternaliste », placent des obstacles à cela le font illégitimement et ont « toujours tort » d'agir ainsi.

    « L’État n’est là que pour le bien commun, pour les infrastructures », a-t-il précisé. « Mais il n’a pas le droit de s’immiscer dans le droit naturel et la vie morale… Les États se prennent [souvent] pour des dieux qui peuvent instrumentaliser la vie des gens au seul profit des puissants. »

    Interrogé sur la question de savoir si la philosophie catholique, qui a historiquement rejeté l'individualisme atomistique, et si l'Église a réagi avec autant de rapidité et de compétence aux erreurs de ce siècle – notamment en ce qui concerne les droits des peuples autochtones et des nations –, il convient que cela mérite une attention sérieuse.

    Il a déclaré que « nous devons désormais aussi défendre le droit des nations » à exister et à se maintenir.

    Expliquant sa position, Müller a indiqué que « les nations se sont développées en Occident après l’Empire romain » et l’arrivée de la foi chrétienne. Il a reconnu que le nationalisme, l’impérialisme et le colonialisme avaient connu des excès par le passé, dont certains aspects avaient été « terribles » et « absolument antichrétiens ». 

    Il ne considère néanmoins pas les nations ou les différences ethniques comme un mal à détruire, mais plutôt comme un élément qui structure les sociétés de manière saine et utile, sur le modèle de la famille élargie.

    « Parce que nous ne sommes pas des individus isolés, nous sommes des personnes », a-t-il déclaré. « Nous sommes des familles. Nous partageons la même langue, la même culture, les mêmes écoles, les mêmes légendes. Nous portons ici les prémices de certaines identités, de la littérature et des arts, et bien plus encore. »

    Il estime que c’est nécessaire pour appartenir à un groupe et former des liens durables, car « personne ne peut apprendre toutes les langues [ni] réaliser toutes les possibilités ».

    Müller reconnaît qu'il existe souvent nécessairement une composante ethnique et ancestrale aux nationalités, qui ont des formes et des schémas culturels, historiques et idéologiques réels, ce qui signifie que « nous pouvons dire 'Je suis un Anglais ou un Allemand typique' sans pour autant l'absolutiser. »

    « Jésus s’est incarné dans tous les contextes humains », a-t-il poursuivi. « Par conséquent, chaque nation a le droit de perpétuer sa culture propre sans que cela ne soit incompatible avec celle des autres. Il est parlant d’une image : nous formons une seule famille humaine. Mais nous appartenons à une famille européenne, et ainsi de suite. »

    Müller a évoqué le quatrième commandement, suggérant que l'appel naturel et divin au patriotisme et au service de ses propres parents sont étroitement liés – ce dernier commandement ayant été historiquement interprété par l'Église catholique comme s'étendant également à l'honneur raisonnable rendu à ses ancêtres et à son peuple.

    « Nous sommes contre la mondialisation. Nous sommes une Église universelle. Mais une Église universelle dans la maison de mon père », a précisé Müller. « Chacun a sa place. »

    Thomas Colsy est un journaliste catholique installé en Angleterre. Diplômé de l'université de Durham, il a travaillé pendant trois ans au sein de la rédaction du Catholic Herald, le plus important journal catholique du Royaume-Uni. Il continue d'écrire pour le Herald et collabore également à LifeSiteNews, Catholic Family News et Gregorius Magnus. Ses articles sont publiés dans UnHerd, Spiked et l'Irish Catholic Newspaper.  
  • Hong Kong : 2 500 baptêmes sont prévus à Pâques 2026

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    De kath.net/news :

    Le diocèse de Hong Kong se prépare : environ 2 500 baptêmes sont prévus à Pâques 2026, dont 1 600 adultes. Environ 2 500 baptêmes sont attendus, dont 1 600 d’adultes.

    17 mars 2026

    Un nombre remarquablement élevé de catéchumènes sont des jeunes. Ils découvrent la foi chrétienne, par exemple, dans les écoles et universités catholiques et/ou grâce aux témoignages personnels de chrétiens dans les paroisses ou dans la vie quotidienne.

    Hong Kong (kath.net/pl) Un sentiment d'optimisme règne dans le diocèse de Hong Kong. 2 500 personnes recevront le sacrement du baptême à Pâques 2026. Les préparatifs vont bon train. Parmi les baptisés, on compte 1 600 adultes et 900 enfants. Ces chiffres restent comparables à ceux de l'année dernière, selon l'Agence Fides, service d'information de la Mission pontificale.

    Lors de la cérémonie de réception du catéchuménat, le cardinal Stephen Chow Sau-yan a exhorté les futurs catholiques à être des « porteurs d’espérance ». Il a souligné que la foi ne se résume pas à mémoriser des notes de catéchisme ; elle repose plutôt sur une relation personnelle profonde avec le Christ et une communauté vivante au sein de l’Église.

    Un nombre remarquablement élevé de jeunes font partie des catéchumènes. Ils découvrent la foi chrétienne, par exemple, dans les écoles et universités catholiques et/ou grâce aux témoignages personnels de chrétiens dans les paroisses ou dans la vie quotidienne. Malgré les défis sociaux, la foi chrétienne est perçue à Hong Kong comme une force dynamique, fortifiée par la prière et la vie communautaire.

  • Habermas, un philosophe à la recherche d'un fondement pour l'éthique publique

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    Le nom du philosophe allemand, disparu le 14 mars dernier, est peut-être inconnu à beaucoup. Pour moi, il le serait sans doute aussi, si son nom ne restait associé à un débat demeuré célèbre, qui a eu lieu en janvier 2004, entre le « philosophe de la raison laïque » et le futur pape Benoît XVI. Circonstance qui a valu à ce dernier (du bout des lèvres, cependant) un brevet de bonne conduite de la part des médias (laïcistes, il est superflu de le préciser).

    Ratzinger est arrivé à ce débat avec un avantage que le temps n’a fait que confirmer : il voyait avec une extraordinaire lucidité qu’une raison enfermée sur elle-même, réduite à la technique, au calcul ou à la procédure, finit par devenir incapable de juger ses propres fins.

    Il avait déjà averti que le grand danger de l’Occident n’était pas un excès de foi, mais une mutilation de la raison. Lorsque celle-ci se sépare de la vérité et du bien, elle cesse d’être véritablement rationnelle et devient un instrument de pouvoir.

    Chez Ratzinger, on trouvait un diagnostic d’une grande profondeur : l’Europe ne pourrait survivre spirituellement si elle reniait les sources chrétiennes qui avaient formé sa conscience morale, son idée de la personne et sa notion de dignité inviolable.

     

    Décès de Jürgen Habermas, le philosophe de la raison laïque qui a fini par reconnaître la nécessité publique de la religion

    INFOVATICANA
    15 mars 2026

    La disparition de Jürgen Habermas marque la fin de l’une des parcours intellectuels les plus influents de l’Europe d’après-guerre. Décédé le 14 mars 2026 à Starnberg, à l’âge de 96 ans, le penseur allemand a été pendant des décennies l’un des grands architectes philosophiques de la modernité libérale européenne, un système qui a cherché à se reconstruire après les ruines du XXe siècle en faisant appel à la raison, au consensus et aux procédures démocratiques. Son nom est resté associé à la théorie de l’action communicative, à la défense de la sphère publique et à l’aspiration à fonder la coexistence sur un dialogue rationnel entre des citoyens affranchis de toute tutelle dogmatique.

    Habermas a incarné comme peu d’autres la confiance de la philosophie allemande d’après-guerre dans la capacité d’une société à se reconstruire moralement grâce à des structures procédurales et des consensus discursifs. Cet espoir, qui a exercé une influence considérable sur les universités, les institutions européennes et les élites culturelles, a également accompagné un long processus de vidage spirituel de l’Occident. Alors que la philosophie publique s’attachait à perfectionner les conditions du dialogue, l’Europe s’enfonçait dans une crise plus profonde : l’érosion de la vérité, la dissolution de l’autorité morale, la fragmentation communautaire et l’incapacité croissante à distinguer entre la liberté authentique et le simple déracinement.

    Habermas fut, en ce sens, l’un des penseurs les plus cohérents d’une civilisation qui a voulu préserver la dignité humaine après avoir coupé les racines métaphysiques et religieuses qui la soutenaient. Son effort a consisté à démontrer que la démocratie libérale pouvait se légitimer elle-même par le biais de la communication rationnelle. Le problème est que l’histoire récente de l’Europe a montré que les procédures ne suffisent pas lorsque la vérité sur l’homme s’affaiblit. La raison moderne, déconnectée de toute référence supérieure, ne produit pas de sociétés plus justes ou plus humaines ; elle a souvent servi à gérer efficacement une décadence morale présentée comme un progrès.

    C’est pourquoi l’un des moments les plus marquants de son parcours intellectuel revêt une importance particulière : le dialogue qu’il a eu en janvier 2004 à l’Académie catholique de Bavière, à Munich, avec le cardinal Joseph Ratzinger, futur Benoît XVI. Cette rencontre n’était pas une simple marque de courtoisie entre deux personnalités prestigieuses, mais une confrontation de fond entre deux façons d’appréhender le destin de l’Europe. D’un côté, le grand philosophe de la rationalité laïque. De l’autre, le théologien qui a peut-être compris avec le plus de profondeur la crise spirituelle de l’Occident.

    Ratzinger est arrivé à ce débat avec un avantage que le temps n’a fait que confirmer : il voyait avec une extraordinaire lucidité qu’une raison enfermée sur elle-même, réduite à la technique, au calcul ou à la procédure, finit par devenir incapable de juger ses propres fins. Il avait déjà averti que le grand danger de l’Occident n’était pas un excès de foi, mais une mutilation de la raison. Lorsque celle-ci se sépare de la vérité et du bien, elle cesse d’être véritablement rationnelle et devient un instrument de pouvoir. Chez Ratzinger, on trouvait un diagnostic d’une grande profondeur : l’Europe ne pourrait survivre spirituellement si elle reniait les sources chrétiennes qui avaient formé sa conscience morale, son idée de la personne et sa notion de dignité inviolable.

    Habermas, qui n’a jamais renoncé à son cadre laïc, a eu au moins l’honnêteté intellectuelle de reconnaître dans cet échange ce qu’une grande partie du progressisme européen refusait d’admettre : que la religion ne pouvait être bannie sans autre forme de procès de l’espace public comme s’il s’agissait d’un vestige irrationnel du passé. Il a reconnu que les traditions religieuses conservaient des contenus moraux et anthropologiques que la raison laïque n’avait pas su remplacer pleinement. Ce fut un aveu significatif, précisément parce qu’il venait de l’une des figures les plus emblématiques de la pensée laïque européenne.

    Ce débat, publié par la suite sous le titre Dialectique de la sécularisation, conserve tout son intérêt car il a marqué un tournant historique. Il ne s’est pas agi d’une victoire intellectuelle totale de Habermas, comme on a parfois voulu le présenter dans les milieux universitaires, mais plutôt de la constatation des limites d’un projet laïc autosuffisant. Le philosophe allemand a affiné et nuancé sa position, mais c’est Ratzinger qui a proposé le diagnostic le plus perspicace. Alors qu’Habermas cherchait des formules pour intégrer la religion dans un cadre discursif sécularisé, Ratzinger soulevait une question plus décisive : une civilisation qui rompt avec la vérité sur l’homme peut-elle réellement continuer à se qualifier de rationnelle?

    La mort de Habermas invite ainsi à un bilan moins complaisant. Ce fut un penseur de grande envergure, rigoureux, systématique et déterminant dans la configuration intellectuelle de l’Europe contemporaine. Mais il fut aussi, dans une large mesure, le philosophe d’un monde qui a voulu sauver les conséquences chrétiennes tout en rejetant leurs causes chrétiennes. Son œuvre a tenté de donner une base stable à la coexistence démocratique sans recourir à la vérité révélée ni à un fondement transcendant partagé. Cet effort mérite d’être connu, mais pas idéalisé. Car l’Europe qui a suivi cette voie n’est pas entrée dans un âge de plénitude morale, mais dans une visible intempérie spirituelle.

    Face à cet horizon, la figure de Joseph Ratzinger apparaît aujourd’hui sous un jour encore plus imposant. Non seulement en raison de sa finesse théologique ou de son immense culture, mais aussi parce qu’il a compris avant beaucoup d’autres que la crise de l’Occident était, au fond, une crise de la raison elle-même, une raison rabaissée par son refus de s’ouvrir à la vérité, à la nature humaine et à Dieu.

    Si le dialogue avec Habermas continue d’être lu, ce n’est pas seulement en raison du prestige des deux interlocuteurs, mais parce qu’il a consigné l’une des dernières tentatives sérieuses de l’Europe cultivée pour s’interroger sur ce qui fait réellement vivre une civilisation.

    Et face à cette question, au fil des ans, Ratzinger semble s’être montré plus solide que son illustre interlocuteur.

    Lire également : Habermas, à la recherche d'un fondement pour l'éthique publique

  • Léon XIV et les États-Unis; le pape change de cap sur l’Iran

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    De Sandro Magister sur Settimo Cielo (en français sur diakonos.be) :

    Léon et les États-Unis. Le pape change de cap sur l’Iran

    Le pape Léon vient de poser un acte majeur de sa première année de pontificat en nommant Mgr Gabriele Caccia nonce apostolique aux États-Unis.

    Âgé de 68 ans et originaire de Milan, Mgr Caccia a suivi un parcours parallèle à celui du cardinal secrétaire d’État Pietro Parolin. Tous deux sont les héritiers de cette « Ostpolitik » vaticane dont les cardinaux Agostino Casaroli et Achille Silvestrini furent les maîtres d'œuvre. Le 12 septembre 2009, Benoît XVI les a tous deux consacrés archevêques avant de les envoyer comme nonces, au Venezuela pour Parolin et au Liban pour Caccia. Cette démarche s’inscrivait alors dans la volonté du secrétaire d’État de l'époque, Tarcisio Bertone — qui leur était hostile —, de libérer les postes stratégiques qu’ils occupaient l’un et l’autre à Rome. Parolin était en effet sous-secrétaire pour les rapports avec les États et Caccia assesseur aux affaires générales.

    Si Parolin est rentré à Rome en tant que secrétaire d’État pour succéder à Bertone au début du pontificat du pape François, Caccia a quant à lui d’abord été envoyé deux ans comme nonce aux Philippines et ensuite, à partir de 2019, à New York en tant qu’observateur permanent du Saint-Siège aux Nations Unies. C'est là que ses interventions, systématiquement relayées par les médias officiels du Vatican, lui ont permis d'acquérir une connaissance pointue de l’Église catholique américaine et de ses relations tumultueuses avec les derniers présidents, et plus particulièrement avec Donald Trump.

    Sous l'administration Trump, les fractures au sein même de l’épiscopat américain se sont en effet aggravées. En envoyant Mgr Caccia à Washington, Léon a sans doute un objectif prioritaire en tête : celui de restaurer l’unité entre les évêques.

    Le nonce a parmi ses tâches essentielles celle de sélectionner les futurs évêques des États-Unis, dans la foulée de la désignation de Ronald A. Hicks pour l’archidiocèse de New York qui témoigne d’une volonté de recentrer l’épiscopat sur l’essentiel : la foi et la mission d’évangélisation chrétienne, au-delà des clivages politiques.

    L’évidence s'impose désormais : Léon se refuse à être le pape d'un seul clan. S'il a maintes fois donné des gages de sa confiance à des personnalités du camp « libéral », tels que Blase Cupich — l’archevêque de Chicago, sa ville natale — ou Robert McElroy à Washington, il ne ménage pas pour autant son soutien à l’aile conservatrice qui dirige toujours la conférence épiscopale.

    Et la nomination de Mgr Caccia, qui incarne cette « Ostpolitik » autrefois tant décriée aussi bien par Benoît XVI que par Jean-Paul II avant lui, s'inscrit précisément dans cette volonté de réconciliation portée par le pape Léon.

    Au début de son pontificat, Léon accepte lui aussi en effet de se prêter à une forme d’« Ostpolitik », dans une certaine mesure. Son silence assourdissant sur la Chine et le Nicaragua en témoigne. Face aux nominations d'évêques décidées unilatéralement par le régime communiste chinois au mépris de Rome, il encaisse en silence. Face aux questions des journalistes sur la condamnation injuste de Jimmy Lai, héros du catholicisme à Hong Kong, il a botté en touche : « Sans commentaire ». Une prudence qui fait écho à ses déclarations de l'été dernier : « À long terme, je ne prétends pas dire ce que je ferai ou ne ferai pas ».

    Même Jean-Paul II lui aussi, alors qu’il était l'antithèse vivante de l’Ostpolitik, avait choisi pour premier secrétaire d’État rien moins que le créateur de cette politique d’apaisement avec les gouvernements communistes, en la personne de Casaroli, dans le but de lui laisser assumer, quand cela s’avérait nécessaire, les compromis que le pape polonais se refusait à faire personnellement.

    Les partisans de cette ligne diplomatique parlaient alors du « martyre de la patience » pour qualifier cette « Ostpolitik » vaticane. C’est à cette même patience que Léon semble s'astreindre aujourd'hui.

    En effet, le désordre qui règne sous le ciel américain est immense, et l’Église catholique n’y échappe pas. Il faudra du temps pour reconstruire.

    Le 6 mars dernier, l’image de pasteurs évangéliques du Bureau de la foi de la Maison Blanche attroupés autour de Donald Trump pour le bénir, comme dans un rite liturgique, a marqué les esprits. Ce qui n'a d'ailleurs pas manqué de créer une protestation sévère du pape Léon à l'encontre de ceux "qui prétendent même impliquer le nom de Dieu dans ces choix de mort, mais Dieu ne peut être enrôlé par les ténèbres".

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  • Quand l'anglicanisme se fracture : est-ce un signe pour le catholicisme ?

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    Du Père David Gilbert, professeur à l'Institut catholique de Paris, sur le site de l'hebdomadaire La Vie :

    La fracture de l’anglicanisme : un signe pour le catholicisme ?

    [Tribune] Avant que la nouvelle archevêque de Canterbury Sarah Mullally soit intronisée, le 25 mars 2026, les responsables anglicans conservateurs se sont réunis à Abuja (Nigeria) pour réorganiser la Communion anglicane. « Un phénomène géo-ecclésiologique majeur », selon l’historien David Gilbert.

    10/03/2026

    Au milieu de la fureur des conflits qui ensanglantent notre monde, un événement d’une grande portée pour l’histoire du christianisme est passé presque inaperçu ces derniers jours.

    Du 3 au 6 mars 2026, près de 350 évêques anglicans, réunis à Abuja, au Nigeria, avec près de 130 responsables clercs et laïcs, ont procédé au réordonnancement (« reorder ») de la Communion anglicane à l’échelle du monde. Puisque l’on compte environ 900 évêques anglicans à travers le monde, on peut déduire que près de 40 % de l’épiscopat anglican était présent à Abuja.

    Manière d’interpréter les Écritures

    Cette rencontre était organisée par le mouvement Global Anglican Future Conference (Gafcon), né en juin 2008 à Jérusalem. À cette époque, la cohésion de la Communion anglicane était fragilisée par les violentes controverses que suscitait la diffusion, dans certaines Églises – essentiellement dans les Îles britanniques et en Amérique du Nord –, d’un discours et de pratiques plus compréhensifs envers l’homosexualité et les personnes homosexuelles. À cet égard, l’événement le plus marquant fut l’élection et l’ordination épiscopale, en 2003-2004, dans le New Hampshire, de Gene Robinson, premier ecclésiastique anglican ouvertement homosexuel à accéder à l’épiscopat.

    L’écrasante majorité des responsables anglicans d’Afrique et d’Asie virent dans cette acceptation croissante de l’homosexualité une contradiction flagrante de l’enseignement de la Bible. Plus encore que l’éthique sexuelle, c’est la manière d’interpréter les Écritures qui était – et qui reste aujourd’hui – au cœur du désaccord.

    En juin 2008 à Jérusalem, environ 1150 responsables anglicans, parmi lesquels près de 300 évêques, étaient réunis. Ils publièrent une déclaration en 14 points, tenant lieu de charte et même de confession de foi du mouvement Gafcon, qui veut incarner l’orthodoxie anglicane. On peut la résumer ainsi : gratuité du salut par la foi en Jésus-Christ, autorité divine des Saintes Écritures, normativité des quatre premiers conciles, des symboles de foi traditionnels et des Trente-Neuf Articles de l’Église d’Angleterre ; caractère expiatoire et rédempteur de la mort et de la résurrection de Jésus ; valeur de l’héritage spirituel anglican, vocation divine des évêques, des prêtres et des diacres, définition du mariage chrétien comme union d’un homme et d’une femme, mission évangélisatrice de l’Église, rejet de l’autorité des responsables ecclésiastiques qui ont renié la foi orthodoxe par leurs paroles et leurs actions.

    Depuis 2008, le fossé n’a cessé de s’élargir entre les anglicans du « Sud » et du « Nord » – ces deux désignations géographiques étant à comprendre dans un sens principalement symbolique, – le « Sud » ne considérant plus comme crédibles les « instruments de communion de Canterbury », à savoir l’archevêque de Canterbury, la conférence de Lambeth (assemblée décennale d’évêques), la réunion des primats (qui rassemble les responsables des 41 provinces de la Communion anglicane) et le conseil consultatif anglican (qui réunit environ tous les trois ans des évêques, des prêtres, des diacres et des laïcs).

    Cette situation est déjà dénoncée par le mouvement Gafcon à Jérusalem en 2008, puisque, dans le communiqué où est incluse la déclaration mentionnée ci-dessus, figure cette phrase significative et très offensive : « Nous sommes une communion globale avec une structure coloniale. »

    Véritable communion dans la foi

    Aussi l’œuvre de Gafcon se présente-t-elle comme une entreprise de décolonisation doctrinale et institutionnelle. Il serait cependant réducteur d’y voir un combat du « Sud » contre le « Nord », car Gafcon est aussi implanté en Europe et aux Amériques, même s’il y est très minoritaire. Gafcon entend plutôt prendre acte d’un basculement que l’on peut qualifier de géo-ecclésiologique, en lui donnant une visibilité institutionnelle et une capacité d’action à l’échelle mondiale.

    Le concept de géo-ecclésiologie a été développé par l’historien Philippe Blaudeau pour rendre compte du rapport spécifique des Églises patriarcales d’Alexandrie, d’Antioche, de Constantinople et de Rome aux territoires et aux populations, dans le contexte des grands débats doctrinaux des premiers siècles du christianisme. Le « réordonnancement » de la Communion anglicane auquel nous assistons actuellement apparaît bel et bien comme un phénomène géo-ecclésiologique majeur.

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  • Contre EVARS, un combat civilisationnel se poursuit dans toute l'Europe

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    De Philippe Oswald sur la Sélection du Jour :

    Contre EVARS, un combat civilisationnel

    16/03/2026

    Les EVARS sont des dispositifs éducatifs et de prévention qui visent à aborder les questions liées à la vie affective, relationnelle et sexuelle.

    Le programme d'éducation affective et sexuelle EVARS est appliqué de la maternelle au lycée dans les établissements publics et privés sous contrat. Il est contraire au droit naturel des parents à éduquer leurs enfants conformément à leurs convictions. Les recours qu'ils ont déposés devant le Conseil d'État puis l'Onu ont été rejetés. Mais ce combat civilisationnel se poursuit dans toute l'Europe.

    EVARS est appliqué depuis la rentrée de septembre 2025, de la maternelle au lycée, dans les établissements publics et privés sous contrat. À « l'éducation à la vie affective et relationnelle » (EVAR) en maternelle et en élémentaire, s'ajoute l'« éducation sexuelle » (EVARS) à partir du collège (cf. LSDJ n°n°2547).

    Ce programme obligatoire est un gage donné aux associations de défense des droits LGBT, au Planning familial et aux principaux syndicats d'enseignants. Il est contraire au droit naturel des parents à éduquer leurs enfants conformément à leurs convictions morales et religieuses. Comment pourraient-ils accepter, par exemple, qu'on demande à leurs enfants quels sont « les différents types de famille », après leur avoir expliqué que deux papas peuvent avoir un enfant ensemble ? « Ces cours, loin de se cantonner à la biologie et à la prévention des maladies sexuellement transmissibles, visent à inculquer des valeurs et à influencer les comportements des élèves avec une doctrine très claire : le genre n'est qu'une construction sociale, fais toutes les expériences sexuelles que tu veux, la seule limite c'est ton plaisir et le consentement de l'autre » relève le Centre européen pour le droit et la justice (ECLJ - European Centre for Law & Justice).

    En juin 2025, le Conseil d'État avait rejeté le recours déposé le 21 février 2025 contre Evars par trois cents parents d'élèves et sept associations défendant le droit fondamental des parents à éduquer leurs enfants, et dénonçant un endoctrinement des enfants par l'État. Le 10 décembre 2025, les parents déboutés par le Conseil d'État avaient fait appel à l'ONU. Leur requête avait été portée par l'ECLJ et Juristes pour l'enfance devant le Comité des droits économiques, sociaux et culturels des Nations unies. Pourquoi s'adresser à ce comité ? « L'article 13 du Pacte international des droits économiques, sociaux et culturels protège, précisément, le droit des parents d'être libres de choisir pour leurs enfants un type d'éducation et de faire assurer l'éducation religieuse et morale de leurs enfants conformément à leurs propres convictions. Or, nous estimons que sur ce point, la liberté des parents n'est pas respectée par la mise en œuvre du programme EVARS » explique Olivia Sarton, directrice juridique des Juristes pour l'enfance, interviewée par Boulevard Voltaire (10/12/2025).

    Néanmoins, le Comité des droits économiques, sociaux et culturels de l'ONU a rejeté ce recours le 17 décembre 2025 sous prétexte que « la communication ne révèle pas une violation prima facie [« de prime abord »] des droits garantis par le traité invoqué. » En clair, les membres de ce comité onusien refusent de voir une violation des droits des parents qui est pourtant manifeste. Le comité a réitéré ce rejet le 16 janvier 2026, suite à une réclamation de l'ECLJ et de Juristes pour l'enfance.

    Mais ces défenseurs des parents n'entendent pas lâcher prise : « Avec Juristes pour l'enfance, nous constatons qu'il nous faut attendre qu'un problème vraiment grave et concret survienne dans une école, comme par exemple un intervenant extérieur qui outrepasserait grossièrement le programme EVARS ou si un élève était vraiment choqué et d'une certaine manière traumatisé par les propos ou images du cours. Dans ce cas seulement, nous pourrons effectuer un nouveau recours devant les juridictions administratives françaises et, si elles ne condamnent pas les dérives d'application du programme, nous saisirons à nouveau ce Comité au nom de l'enfant victime » a indiqué l'ECLJ à notre rédaction.

    De leur côté, les promoteurs d'EVARS pressent le gouvernement de veiller à son application dans les établissements privés sous contrat. Dans un communiqué (2/12/2025), le Planning familial, agissant conjointement avec Sidaction et SOS homophobie, s'est félicité d'avoir obtenu la condamnation (à un euro symbolique) de l'État français pour manquement « à son obligation d'organiser les séances d'information et d'éducation à la sexualité prévues par la loi du 4 juillet 2001. » Ce coup de semonce, préparé quelques mois avant la mise en œuvre d'EVARS, est assorti d'un avertissement comminatoire sur l'exécution de ce programme par l'Éducation nationale avec, notamment, « la reconnaissance pleine et entière du rôle central des associations dans la mise en œuvre de l'EVARS ». Et de conclure : « Les associations restent et resteront pleinement mobilisées pour s'assurer que la loi soit réellement appliquée pour tous les élèves et sur tout le territoire ! »

    Le Planning familial ne limite pas son combat à la France. Dans un rapport publié le 23 février dernier, il accuse des partis politiques, des médias et des associations de mener une offensive « coordonnée et influente » dans toute l'Europe contre « l'éducation complète à la sexualité »(ECS) , telle qu'elle est définie par l'UNESCO et l'OMS, relève le site Aleteia (25/02/ 2026 -en lien ci-dessous). Le Planning familial accuse en particulier l'Église catholique d'être « au cœur du financement du mouvement anti-genre et anti-ECS français et européen », et dénonce la « diabolisation de l'idéologie du genre » par le Vatican.

    À retenir

    • Le programme d'éducation affective et sexuelle EVAR/EVARS est appliqué de la maternelle au lycée dans les établissements publics et privés sous contrat.  
    • Il est contraire au droit naturel des parents à éduquer leurs enfants conformément à leurs convictions morales et religieuses.  
    • Les recours et requêtes qu'ils ont déposés devant le Conseil d'État puis l'Onu ont été rejetés mais leur combat civilisationnel se poursuit en France et en Europe.  
    • Le Planning familial accuse des partis politiques, des médias, des associations et l'Église catholique de mener une offensive « coordonnée et influente » dans toute l'Europe contre « l'éducation complète à la sexualité ».
    La sélection
    Aleteia
  • Quand les églises deviennent des cibles

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    De Robert Royal sur The Catholic Thing :

    Une église n'est pas destinée à être brûlée

    Il n'est pas surprenant que les églises chrétiennes soient fréquemment la cible d'attaques dans les pays à majorité musulmane du Moyen-Orient, d'Afrique et d'Asie. Ces attaques durent depuis des années, avec une forte recrudescence depuis le 11 septembre et l'émergence de groupes islamistes radicaux, comme je l'ai documenté dans mon livre « Les Martyrs du nouveau millénaire » . De plus, ces attaques sont souvent ciblées lors de grandes fêtes chrétiennes comme Noël et Pâques, ce qui ajoute à l'injustice.

    Ce qui surprend, en revanche, c'est le peu d'attention que les médias occidentaux accordent aux violences en cours. Au Nigéria, le massacre de chrétiens – des milliers de victimes en 2025 –, les attaques contre les églises et les écoles chrétiennes, ainsi que les enlèvements et les demandes de rançon, ne pouvaient plus être ignorés par les médias et les gouvernements. Pourtant, le sort des chrétiens dans une douzaine d'autres pays ne suscite jamais d'attention sérieuse. Cet échec s'explique manifestement par deux raisons : la réticence des journalistes – dont les rédactions sont majoritairement progressistes – à contribuer à l'« islamophobie », et une forme latente de sectarisme anti-chrétien.

    Le politologue américain Samuel Huntington affirmait que l'islam a des « frontières sanglantes », comme en témoignent non seulement l'histoire récente, mais aussi les interactions de longue date entre l'islam et les chrétiens, les hindous, etc. Les analystes modernes tentent souvent de nier la dimension religieuse de ces conflits ; à l'ère du matérialisme, les causes politiques et économiques sont considérées comme les véritables causes, les motivations religieuses étant au mieux secondaires. Mais croire cela, c'est ignorer des siècles d'histoire – et le Coran lui-même.

    Il est néanmoins surprenant que ces mêmes médias passent rapidement sous silence, ou plus généralement ignorent, les actes ouvertement antichrétiens, même en Occident.

    Il n'est pas nécessaire de chercher bien loin pour trouver des exemples frappants. Plus tôt ce mois-ci, lors des « célébrations » de la Journée internationale des femmes, des églises au Mexique – au Mexique catholique ! – ont été littéralement prises pour cibles par des féministes extrémistes (voir la vidéo ici ). Mais ce n'est pas un cas isolé. Partout en Amérique latine, y compris en Argentine sous le pontificat du pape François, des incidents similaires se sont produits, alimentés par la colère féministe et des idéologies radicales de toutes sortes. Au Venezuela, au Nicaragua et à Cuba, nous assistons même à la persistance de la répression marxiste contre l'Église – un héritage des cauchemars totalitaires du siècle dernier. Et ces régimes sont soutenus par le communisme d'État traditionnel en Chine, qui est tristement célèbre pour sa persécution des religions.

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  • Vatican II : les rectifications du pape Léon XIV

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    Du P. Robert B. Imbelli sur le Catholic World Report

    Les rectifications du pape Léon

    La récente exégèse du pontife sur le chapitre II de *Lumen Gentium* contribue à dépoussiérer et à redonner tout son éclat à l’un des documents révolutionnaires du Concile.

    15 mars 2026

    Dans un récent essai publié ici même sur le CWR, j’ai commenté l’importance de la décision du pape Léon de consacrer ses audiences hebdomadaires, au cours de cette première année complète de son pontificat, au Concile Vatican II et à une relecture de ses documents. Sa décision découle de la conviction qu’il avait exprimée aux cardinaux réunis en consistoire en janvier : « Nous ne soulignerons jamais assez l’importance de poursuivre le cheminement qui a commencé avec le Concile… Et ce cheminement est un processus de vie, de conversion, de renouveau de toute l’Église. »

    J’ai également souligné le fait que le premier document qu’il a examiné était Dei Verbum, la « Constitution dogmatique sur la révélation divine ». Bien qu’il ne s’agisse pas du premier document promulgué par le Concile, il est clairement à la base de tous les autres. Car si Dieu ne s’est pas révélé de manière définitive dans le Seigneur Jésus-Christ ressuscité, alors nous devons reconnaître, avec saint Paul, que la prédication chrétienne est vaine et que la foi chrétienne est vaine.

    Après ses réflexions sur *Dei Verbum*, le pape Léon s’est maintenant tourné vers *Lumen Gentium*, la « Constitution dogmatique sur l’Église » du Concile. Une fois encore, il convient de souligner la perspicacité théologique de la démarche du pape. On ne peut parler de l’Église de manière significative que si on la considère à la lumière de la révélation divine en Christ. En effet, le titre même de la Constitution est résolument christologique : « Lumen gentium cum sit Christus » : « Puisque le Christ est la lumière des nations ».

    L’Église n’a ni sens ni fonction en l’absence du Christ. Sans le Christ, l’Église n’est qu’un corps sans tête, un collectif sans âme.

    De plus, la liturgie chrétienne n’assume sa pleine signification et sa pleine portée que lorsqu’elle s’inscrit dans la matrice de l’Église, à la fois l’Église sur terre et, bien que trop souvent négligée, tant sur le plan pastoral que théologique, l’assemblée céleste, qui est l’Église parvenue à sa pleine stature. Par conséquent, une liturgie véritablement catholique présuppose une ecclésiologie pleinement catholique.

    Ce qui précède peut servir d’introduction à la splendide réflexion du pape Léon lors de son audience du 10 mars. Il y a examiné le chapitre deux de Lumen Gentium : l’Église en tant que « Peuple de Dieu ». À mon avis, il s’agit d’une réalisation magistrale : brève et substantielle. De plus, d’une manière mesurée mais incisive, elle corrige aussi implicitement ce que j’ai constaté être trois lectures tronquées, voire des interprétations erronées intentionnelles, dans la réception de Lumen Gentium depuis le Concile.

    La première erreur d’interprétation consiste à ne pas rendre justice à l’identité propre de ce peuple : à savoir qu’il s’agit du peuple de Dieu. L’Église n’est pas une simple entreprise humaine, entièrement accessible aux études et aux analyses des sociologues. Elle est aussi, et plus fondamentalement, une réalité surnaturelle. L’unité ecclésiale se fonde sur une nouvelle identité et une nouvelle mission surnaturelles, rendues possibles par la foi en ce que Dieu a accompli en Jésus-Christ.

    Ainsi, le Pape écrit : « C’est un peuple désormais composé de membres de toutes les nations ; il est uni par la foi en Christ, par l’adhésion à Lui, par le fait de vivre la même vie que Lui, animé par l’Esprit du Ressuscité. »

    Cette citation du pape Léon introduit déjà la deuxième caractéristique de ce peuple qui a été indûment négligée — voire, pour certains, opposée à l’Église en tant que « peuple de Dieu ». À savoir que l’Église, le peuple de Dieu, est, dans son identité la plus profonde, le « corps du Christ ». Loin d’être opposées, les deux images de l’Église en tant que peuple de Dieu et corps du Christ sont toutes deux indispensables si nous voulons saisir quelque chose du mystère de l’Église (qui est, bien sûr, le sujet du premier chapitre de Lumen Gentium).

    Le pape Léon unit harmonieusement ces deux images lorsqu’il s’exclame : « Voici l’Église : le peuple de Dieu qui tire son existence du corps du Christ et qui est lui-même le corps du Christ. » Et il ajoute : « En effet, c’est le Christ qui, en donnant son Corps et son Sang, unit ce peuple en lui-même et de manière définitive. »

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  • « Magnifica humanitas » : la première encyclique du pape Léon XIV paraîtra après Pâques

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    De kath.net/news :

    La première encyclique du pape Léon XIV paraîtra après Pâques

    16 mars 2026

    Selon un article de la revue « Repubblica », l'encyclique s'intitule « Magnifica humanitas » et contient une mise en garde exhaustive concernant les conséquences négatives potentielles de l'intelligence artificielle.

    La première grande encyclique du pape Léon XIV est apparemment en phase finale de révision. Comme l'a rapporté le quotidien « La Repubblica » samedi, sa publication est prévue après Pâques. Son titre provisoire est « Magnifica humanitas » (Magnifique Humanité), et son thème principal est une mise en garde générale contre les conséquences négatives potentielles de l'intelligence artificielle (IA). Elle abordera notamment ses implications sur le marché du travail et les relations humaines.

    En octobre dernier, le site web « Silere non possum » avait spéculé sur le titre et le thème de cette première encyclique, se basant sur des hypothèses similaires. Cependant, les observateurs du Vatican anticipaient alors une publication plus rapide. Les encycliques sont des documents doctrinaux pontificaux contraignants pour l'ensemble de l'Église catholique, mais elles suscitent également un vif intérêt au-delà de ses frontières.

  • Léon XIV : un moment de grands changements ?

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    D'Andrea Gagliarducci sur Monday Vatican :

    Léon XIV, les premiers changements

    16 mars 2026

    L'emménagement de Léon XIV dans les appartements pontificaux a coïncidé cette semaine avec une nomination importante.

    Le cardinal Konrad Krajewski a été nommé archevêque de Łódź. Cette nomination met fin à plus de trente ans de collaboration avec le Vatican. Avant tout, il cède la direction du Bureau des œuvres de charité apostoliques.

    Pour le remplacer, Léon XIV a fait appel à un augustinien, Mgr Luis Marin de San Martín, qui se voit désormais attribuer le titre d’archevêque. Jusqu’à présent, Marin de San Martín était sous-secrétaire du Synode des évêques. Le pape lui confère le titre d’« archevêque », titre qui revient à un aumônier.

    Ce changement est important pour quatre raisons distinctes, chacune marquant un changement d’approche.

    La première raison concerne la manière dont le pape constitue son équipe. Un augustinien est nommé aumônier et chef du Dicastère de la Charité, renforçant ainsi la présence des augustins au sein de la famille pontificale. La sacristie de la basilique Saint-Pierre et la paroisse de Sant’Anna au Vatican sont également confiées aux augustins. Léon XIV ajoute un autre augustinien, donnant l’impression de former sa propre famille pontificale qui partage la même langue et les mêmes connaissances. Lors d’une future transition, le pape pourrait rétablir la charge d’aumônier en tant que fonction personnelle plutôt que comme dicastère de la Curie, revenant ainsi à l’ancienne tradition de la charité papale et la libérant de la bureaucratie.

    Lors des visites d'État, l'aumônier siège à la gauche du pape, tandis que le préfet de la Maison pontificale siège à sa droite. Ce poste était vacant sous le pape François, mais il pourrait bientôt être pourvu par l'archevêque Petar Rajić, nonce en Italie.

    Rajić, issu de la diplomatie papale, fera le lien avec la Secrétairerie d’État. Léon XIV trouve un équilibre entre la nomination d’un préfet lié à la Secrétairerie d’État et celle d’un aumônier en qui il a entièrement confiance. Marin est venu à Rome en tant que bibliothécaire des Augustins à la demande du père Robert Prevost, qui était alors prieur général.

    En bref, la famille papale est en train d’être reconstituée.

    Léon XIV semble très attentif à l'équilibre entre les deux. Tout d'abord, il a rééquilibré le groupe de ses collaborateurs en nommant un ancien garde suisse aux côtés d'un ancien gendarme. À présent, il reconstitue les rangs de l'ancienne Maison pontificale en plaçant un membre de son propre ordre aux côtés d'une personnalité de rang diplomatique.

    La deuxième raison est que Léon XIV commence à constituer sa propre équipe, et surtout, qu'il le fait en dehors du cercle qui entourait autrefois le pape François. Krajewski était très estimé en tant qu’aumônier. Son rôle d’aide et de soutien aux pauvres faisait de lui un excellent candidat à ce poste et le rendait cher au pape François. En conséquence, le pape a décidé de le nommer cardinal pour souligner que même la « charité » du pape devait avoir un chapeau rouge aux côtés de la « foi » — c’est-à-dire aux côtés du préfet du Dicastère pour la doctrine de la foi.

    Krajewski incarnait le pontificat du pape François. Il a mené des missions humanitaires très médiatisées et adressé des lettres de remerciement aux donateurs. Sa notoriété l’a même conduit à rétablir illégalement l’électricité pour un groupe occupant un immeuble à Rome. Après avoir côtoyé Jean-Paul II, servi sous Benoît XVI et être devenu le bras droit du pape François, Krajewski est retourné dans son pays natal. Pour la première fois, il est archevêque d’un diocèse.

    Il a été envoyé à Łódź, un archidiocèse complexe laissé vacant par le cardinal Ryszard Ryś, qui a été nommé archevêque de Cracovie.

    Il ne s’agissait pas d’un promoveatur ut amoveatur — littéralement « promouvoir pour écarter » — ne serait-ce que parce que Krajewski était déjà cardinal. On peut néanmoins se demander comment Léon XIV allait constituer son équipe. Il semble le faire sans heurts, en tirant parti des opportunités et en recherchant l’harmonie.

    La troisième raison montre la volonté du pape de rétablir un profil plus institutionnel et de s’entourer d’hommes adaptés à cette fin.

    Cette volonté était évidente dès le début de son pontificat, lorsqu’il a décidé de revêtir la mozzetta. Par exemple, Mgr Luis Marín a expliqué dans une interview que le pape François avait constitué une exception ; néanmoins, la tenue de chœur du pape reste blanche et rouge, reflétant, entre autres, une manière typiquement augustinienne.

    La nomination de l’archevêque Filippo Iannone au poste de préfet du Dicastère pour les évêques est une nomination institutionnelle. La nomination de Mgr Marin au poste d’aumônier est également une question institutionnelle. La nomination de quatre nouveaux évêques auxiliaires du diocèse de Rome, tous originaires de Rome, ainsi que la restructuration du secteur central, sont des questions institutionnelles. Prochainement, une nomination institutionnelle désignera un nouveau préfet de la Maison pontificale.

    Beaucoup plus de choses seront possibles lorsque Léon XIV choisira le remplaçant du sostituto, une figure clé de la Secrétairerie d’État et, en fait, le premier collaborateur du pape.

    La quatrième raison concerne l’avenir du Synode des évêques.

    Le cardinal Mario Grech, secrétaire général du Synode, a immédiatement insisté pour que le calendrier du processus synodal soit maintenu tel qu’il avait été conçu. Léon XIV a d’emblée évoqué la « synodalité » comme une marque distinctive de son pontificat. Le Secrétariat général du Synode a continué à publier des documents, à animer des groupes de travail et à avancer sur sa voie sans interruption.

    Mais la décision de démettre Marin revêt une importance considérable. Léon XIV retire un homme de confiance du Synode au moment même où celui-ci cherche un nouvel élan. Reste à voir qui le pape choisira pour succéder à Marin au poste de sous-secrétaire.

    Le départ de Marin laisse également entrevoir, avant tout, un démantèlement de la structure du Secrétariat du Synode. Quoi qu’il en soit, cette décision laisse entendre – à tort ou à raison – que le Pape n’a pas l’intention d’accorder au Secrétariat du Synode toute l’importance qu’il avait autrefois sous le pape François.

    Assistons-nous à une dynamique synodale nouvelle et différente ? Il est certain que quatre points d’intérêt accompagnent la nomination du nouvel aumônier et le départ de Krajewski. Ils donnent matière à réflexion. Pendant ce temps, le pape poursuit son parcours institutionnel et retourne vivre au Palais apostolique. Cela semble être un moment de grands changements.