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Actualité - Page 7

  • Le discours du Pape lors de la rencontre " Aux racines de l'Europe pour la paix et l'unité " à Metz

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    VOYAGE APOSTOLIQUE DU SAINT-PÈRE EN FRANCE
    ET VISITE AU SIÈGE DE L’ORGANISATION DES NATIONS UNIES
    POUR L’ÉDUCATION, LA SCIENCE ET LA CULTURE (UNESCO)

    25-28 SEPTEMBRE 2026

    RENCONTRE « AUX RACINES DE L’EUROPE POUR LA PAIX ET L’UNITÉ »

    DISCOURS DU PAPE LÉON XIV

    Centre des Congrès Robert Schuman de Metz
    Lundì, 28 settembre 2026

    ___________________________________

    Monsieur le Président,

    Monsieur le Cardinal,
    Distinguées Autorités civiles et religieuses,
    Mesdames et Messieurs,

    je suis très heureux de me trouver ici, dans cette ville historique, carrefour au cœur du continent, pour une rencontre au titre évocateur : Aux racines de l’Europe pour la paix et l’unité. Je vous remercie pour les aimables paroles qui viennent de m’être adressées.

    Le titre proposé s’inspire sans aucun doute de la figure du Vénérable Robert Schuman, auquel nous souhaitons aujourd’hui rendre un hommage particulier dans ce centre qui porte son nom, et surtout ici, en Moselle où il a longtemps vécu, où il repose et dont il a longtemps été le représentant à l’Assemblée Nationale. C’est de cette région avec ses tribulations, au XIXe et au XXe siècle, qu’il a puisé l’inspiration pour contribuer à façonner l’Europe d’aujourd’hui et de demain, à travers sa très célèbre Déclaration du 9 mai 1950. Celle-ci est à la fois point de départ et d’arrivée de son engagement pour la réconciliation et l’unité du continent européen, qui a marqué toute sa vie.

    Nous voulons entreprendre aujourd’hui, par la pensée, un voyage qui commence aux racines de l’Europe, pour aboutir à son présent, et se tourner vers l’avenir. Et nous nous demandons de quelle manière Robert Schuman a été façonné par l’histoire de cette terre, dont il était le fils, et comment il a fondamentalement contribué à façonner l’Europe moderne, au point d’en être considéré comme un “Père fondateur”.

    Il est toujours difficile de donner une définition de l’Europe, tant pour le présent que pour le passé. L’Europe a progressivement pris conscience d’elle-même dans les périodes historiques de la civilisation hellénistique, de l’Empire romain, puis de la diffusion du christianisme, en intégrant, au fil du temps, de nouvelles cultures telles que, entre autres, les cultures germaniques et slaves ; jusqu’à englober des régions de plus en plus vastes.

    L’Europe se comprend donc comme une réalité culturelle et historique avant même d’être une réalité géographique. Au fil des siècles, elle a pris de nouveaux contours et de nouvelles définitions, passant par des périodes de croissance, des crises profondes, et de nouvelles renaissances. Une constante, que l’on peut discerner dans son long et tumultueux parcours historique, réside dans le fait que l’Europe s’est épanouie et a progressé lorsqu’elle a su tirer parti des aspects positifs de son passé, et les re-proposer sous des formes nouvelles et créatives grâce à la rencontre avec l’autre. La civilisation européenne est, en effet, également le fruit de rencontres séculaires, même si celles-ci n’ont pas toujours été faciles. Il suffit de penser à la présence de la culture arabe dans la péninsule ibérique, ou à la projection du “Vieux Continent” dans le “Nouveau monde”, ce qui généra, parfois douloureusement, de nouvelles synthèses sur le continent américain.

    Mais pour comprendre cette longue histoire, on ne peut passer sous silence un autre Père de l’Europe : saint Benoît, que le saint  Pape Paul VI a proclamé son Patron en 1964 [mille neuf cent soixante quatre], le qualifiant de « messager de paix, artisan de l’union, maître de civilisation ». [1] L’aide aux pauvres, aux malades, aux personnes âgées ; l’éducation des enfants et les universités ; les hôpitaux et la médecine ; l’architecture et l’ingénierie ; le développement des sciences ; le droit et l’organisation des villes et des États eux-mêmes : tant de choses, en Europe, ont été profondément influencées par  saint Benoît et ses moines ! Sans ce terreau monastique, la civilisation européenne, telle que nous la connaissons, n’existerait pas. Ici, à Metz, grâce à l’œuvre, entre autres, de saint Chrodegang, se respira un esprit bénédictin de fraternité, de communion et de partage. C’est d’ici que le chant grégorien s’est répandu dans les territoires carolingiens, apportant harmonie et beauté à tout le continent.

    On ne peut donc pas parler de l’Europe sans évoquer le christianisme. Robert Schuman en était lui-même conscient lorsqu’il affirmait : « Le christianisme a enseigné l’égalité de nature de tous les hommes, fils d’un même Dieu, rachetés par le même Christ, sans distinction de race, de couleur, de classe ou de profession. Il a fait reconnaître la dignité du travail et l’obligation pour tous de s’y soumettre. Il a reconnu la primauté des valeurs intérieures qui, seules, ennoblissent l’homme. La loi universelle de l’amour et de la charité a fait de tout homme notre prochain, et c’est sur elle que reposent depuis lors les relations sociales dans le monde chrétien ». [2]

    Un autre Père fondateur de l’Europe contemporaine, Alcide De Gasperi, lui fait écho en mettant l’accent sur « l’héritage européen commun », [3] c’est-à-dire « cette morale unitaire qui exalte la figure et la responsabilité de la personne humaine, avec son élan de fraternité évangélique, son respect du droit hérité des anciens, son culte de la beauté affiné au fil des siècles, et sa volonté de vérité et de justice aiguisée par une expérience millénaire ». [4]

    Loin d’être un critère confessionnel exclusif, [5] la référence à la dette de la culture européenne envers le christianisme permet de mieux comprendre combien l’ouverture au transcendent est toujours une dimension constitutive de la personne humaine et une source vivante de civilisation.

    À cet égard, l’article 17 du Traité sur le fonctionnement de l’Union Européenne revêt une grande importance. Il encourage « un dialogue ouvert, transparent et régulier avec les églises », tout « en respectant et ne préjugeant pas du statut dont elles bénéficient » dans les États membres. La laïcité qui régit la vie des États n’implique pas seulement le caractère non confessionnel des institutions civiles, mais suppose une véritable collaboration entre les parties prenantes, ainsi que le respect, par les autorités étatiques et communautaires, de l’autonomie des Églises et la promotion de leur liberté d’organisation, d’expression et de culte.

    Il s’agit de remonter à la source des valeurs qui constituent le fondement de la coexistence civile, à savoir « les valeurs universelles que constituent les droits inviolables et inaliénables de la personne humaine, ainsi que la liberté, la démocratie, l’égalité et l’État de droit » (Traité sur l’Union Européenne, Préambule).

    Dans le contexte multiculturel d’aujourd’hui, l’affirmation de l’universalité de ces valeurs, essentielle pour sa survie, passe à la foi par une redécouverte de ses racines et par l’ouverture au dialogue avec l’autre.

    Il s’agit d’une nécessité sociale et politique pour redécouvrir la place centrale de la personne humaine et donner une consistance réelle à des mots tels que liberté, démocratie, paix et unité. À cette fin, se révèle précieuse l’invitation du  Pape François à apprécier la complexité de la réalité européenne dans toute la richesse de ses traditions et de ses sensibilités, en relevant « le défi d’une harmonie constructive, libérée d’hégémonies ». [6]

    Ce double mouvement, de ressourcement et de dialogue, permettra également de retrouver un juste équilibre entre les droits eux-mêmes, ainsi qu’entre les droits et les devoirs, car – comme le rappelait toujours le  Pape François – « au concept de droit, celui - aussi essentiel et complémentaire - de devoir, ne semble plus associé, de sorte qu’on finit par affirmer les droits individuels sans tenir compte que tout être humain est lié à un contexte social dans lequel ses droits et devoirs sont connexes à ceux des autres et au bien commun de la société elle-même ». [7]

    L’Europe contemporaine, en effet, se trouve face à une nouvelle étape de sa longue histoire de rencontres, avec l’arrivée sur le continent de nombre d’hommes et de femmes fuyants les théâtres de guerre et de persécution, ou en recherche d’une vie meilleure loin de la pauvreté et de la misère.

    Comme je l’ai dit lors de ma récente visite aux iles Canaries, en Espagne : « La dignité humaine exige des voies légales et sûres, le secours et l’assistance, la coopération réelle contre les trafiquants, la protection effective des victimes, des processus sérieux d’accueil et d’intégration, et des politiques qui permettent à chaque personne de vivre dignement sur sa propre terre » (Rencontre avec les structures d’accueil des migrants).

    Mais tout cela ne serait pas encore suffisant : accueillir une personne, c’est l’intégrer comme dans sa propre famille, en lui offrant la possibilité de développer ses talents, ses capacités et sa sensibilité, mais aussi d’entrer dans l’esprit de la maison. Il faut saisir la portée historique de ce qui est en train de se passer, c’est-à-dire une rencontre inédite entre peuples et cultures qui appelle à la redécouverte créative de nos racines et, en même temps, à une écoute attentive de l’autre. L’universalité des valeurs fondatrices de l’Europe nous assure que ce dialogue est possible, et qu’il pourra donner un fondement solide à nos sociétés, permettant d’œuvrer plus efficacement pour la paix et pour un monde réconcilié.

    C’est précisément cette lucidité qui inspira des hommes comme Schuman pour surmonter l’opposition entre identités culturelles et pour donner naissance aux institutions européennes, au terme de l’immense tragédie de la Seconde Guerre mondiale qui avait mis en évidence combien le mal commis par l’homme est grand lorsqu’il estime ne rencontrer aucun obstacle à l’exercice de son pouvoir.

    Robert Schuman, qui a connu des frontières en constante évolution, a contribué à jeter les bases d’une Europe consciente de l’urgence d’abattre les murs qui la déchiraient. Sa formation chrétienne lui a inculqué la valeur de l’égalité, sans distinction de race ou de classe sociale, et lui a enseigné la dignité du travail. La succession de différentes souverainetés nationales lui a inculqué l’importance du droit international et la valeur de la parole donnée. Ayant grandi dans un contexte où l’orgueil et l’esprit de revanche semblaient prévaloir, Schuman s’est engagé en faveur de la paix et de la fraternité entre les peuples qui, après s’être longtemps affrontés, reconnaissaient enfin qu’ils avaient besoin les uns des autres.

    Quels sont donc les enseignements de Robert Schuman à l’Europe et au monde d’aujourd’hui ? Tout d’abord, un profond désir de paix. Aujourd’hui, malheureusement, la guerre a refait surface, même en Europe : un nouveau « massacre inutile », [8] qui fait chaque jour d’innombrables victimes civiles. Et aujourd’hui encore, comme en 1950 [mille neuf cent cinquante], les paroles contenues dans la Déclaration Schuman restent d’actualité : « La contribution qu’une Europe organisée et vivante peut apporter à la civilisation est indispensable au maintien de relations pacifiques ». [9] Il est nécessaire de s’engager dans un dialogue patient, de faire preuve de courage dans la négociation et d’être prêt à sacrifier certaines positions pour le bien supérieur de la paix.

    Certes, la recherche de la paix en Europe, tout comme dans le monde entier, ne doit pas être confondue avec un irénisme naïf. Au contraire, les paroles de Schuman sont plus que jamais d’actualité : « La paix mondiale ne saurait être sauvegardée sans des efforts créateurs à la mesure des dangers qui la menacent ». [10] Il faut toutefois se garder de l’illusion du réarmement. « Ce n’est pas un hasard si les appels répétés à l’augmentation des dépenses militaires et les choix qui en découlent sont présentés par de nombreux gouvernants avec la justification du danger représenté par les autres » ( Message pour la 59e Journée Mondiale de la Paix, 1 er janvier 2026). Favoriser la paix est une œuvre active. Aujourd’hui, il faut se demander si nous déployons réellement des “efforts créatifs” pour favoriser la paix mondiale, ou si nous cherchons simplement à “endiguer l’hémorragie de la guerre” et à mieux nous préparer à celles que nous supposons devoir encore venir.

    L’Europe selon Schuman est un continent où l’on préfère dialoguer plutôt que s’affronter par les armes ; où l’on met en commun les ressources pour faire en sorte que « toute guerre […] devienne non seulement impensable, mais matériellement impossible ». [11]

    L’Europe selon Schuman repose sur le respect du droit international qui, contrairement aux droits nationaux, ne peut être imposé de force par un État, mais repose sur le principe universellement reconnu selon lequel pacta sunt servanda. Ce principe est précieusement conservé par la législation particulière de cette région, qui couvre aussi les relations entre l’État et l’Église catholique sur la base du Concordat de 1801 entre le Saint-Siège et la France, toujours en vigueur.

    Le droit international et le multilatéralisme soulignent l’égalité effective des États dans leurs relations mutuelles et constituent le meilleur antidote à la volonté de domination, qui est à l’origine de tout conflit. Aujourd’hui, les relations humaines, et entre les États, sont de plus en plus barbares. La valeur de la parole donnée est méprisée ; on se vante plutôt du mensonge et de la tromperie. L’Europe peut mettre fin à cette spirale grâce au respect de l’autre qu’elle a su cultiver et préserver, puisqu’elle a largement démontré au cours des quatre-vingts dernières années qu’il est possible de faire valoir des opinions, des revendications et des intérêts divergents, en se rencontrant plutôt qu’en s’affrontant.

    Schuman nous rappelle qu’il faut toujours faire preuve de réalisme et de courage : « L’Europe – affirmait-il – ne se fera pas d’un coup, ni dans une construction d’ensemble : elle se fera par des réalisations concrètes créant d’abord une solidarité de fait ». [12] Il ne faut jamais perdre confiance en notre capacité à progresser, même si les pas franchis sont parfois petits et presque imperceptibles. La prétention moderne d’“avoir tout, tout de suite” ne correspond pas à l’histoire et la culture européennes qui, au contraire, enseignent la valeur du temps et de la patience. C’est par de petits pas que l’on peut donner vie à cette solidarité effective qui implique que personne ne se sente abandonné ou oublié.

    En vous livrant ces réflexions, je pense avant tout aux jeunes, appelés à construire l’Europe d’aujourd’hui et de demain. Comme le faisait déjà remarquer Schuman : « Que cette idée d’une Europe réconciliée, unie et forte soit désormais le mot d’ordre pour les jeunes générations, désireuses de servir une humanité enfin affranchie de la haine et de la peur, qui réapprend, après de trop longs déchirements, la fraternité chrétienne ». [13]

    Aux jeunes, je dis : ayez le courage de vivre de manière responsable la mission de construire la paix, dans votre cœur, dans vos relations, au sein de votre famille, dans les écoles et les universités, dans la vie de vos villes, de vos pays et de toute l’Europe.

    Ne vous soumettez pas à la logique de la violence et de l’oppression.

    Aimez la vie à chaque instant, et n’ayez pas peur de l’avenir !

    N’ayez pas peur de fonder une famille, de mettre des enfants au monde, de défendre la dignité de toute personne, du premier instant dans le ventre de sa mère jusqu’à son dernier souffle.

    N’ayez pas peur de travailler sans relâche au service du bien de vos communautés, y compris par l’engagement politique.

    Soyez des bâtisseurs de communautés !

    Et avec vous, l’Europe, solidement enracinée, continuera à s’épanouir et à inspirer le monde entier.

    Que Dieu vous soutienne dans ces résolutions et qu’Il bénisse et protège l’Europe tout entière !

    ________________________________

    [1] St Paul VI, Lett. ap. Pacis nuntius, 24 octobre 1964 : AAS 56 (1964), p. 965.

    [2] R. Schuman, Pour l’Europe, Genève, 2010 5, pp. 57-58.

    [3] Cf. A. De Gasperi, La nostra patria Europa. Discorso alla Conferenza Parlamentare Europea, 21 aprile 1954, in: Alcide De Gasperi e la politica internazionale, Cinque Lune, Roma 1990, vol. III, pp. 437-440.

    [4] Ibid.

    [5] Ibid.

    [6] Discours au Conseil de l’Europe, 25 novembre 2014.

    [7] François, Discours au Parlement européen, 25 novembre 2014 : AAS 106 (2014), p. 997.

    [8] Benoît XV, Lettre aux chefs des peuples belligérants (1er août 1917), 1 er août 1917 : p. 423. AAS IX (1917), p.417-420.

    [9] Déclaration Schuman, Paris, 9 mai 1950.

    [10] Ibid.

    [11] Ibid.

    [12] Ibid.

    [13] R. Schuman, Pour l’Europe, op. cit., p. 46.

  • Prière à saint Michel en musique

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    Lu et entendu ce 29 septembre, en la fête de l’archange saint Michel, sur le site web « aleteia » : 

    Le Chœur St Michel à Paris, chœur de jeunes hommes chrétiens, a mis en musique la prière d’exorcisme à St Michel de Léon XIII, prière qu’ils chantent à chaque répétition : « saint Michel Archange, défendez-nous dans le combat, soyez notre secours contre la perfidie et les embûches du démon ; que Dieu étende sur lui son empire, nous le demandons en suppliant.
    Et vous, prince de la Milice céleste, refoulez en enfer, par la vertu divine, Satan et les autres esprits mauvais qui errent dans le monde pour la perte des âmes ».

    Prière composée par le pape Léon XIII (1878-1903), à la suite d’une extase durant laquelle il aurait entendu Satan demander à Jésus-Christ de lui laisser un siècle pour parvenir à détruire l’Église catholique romaine, ce que Jésus lui accorda. Elle a été récitée à la fin de chaque messe basse jusqu’à Vatican II, et demandée par le pape François en octobre 2018.

     Ref. Prière à saint Michel en musique

  • Léon XIV et une Europe à reconstruire : un discours très attendu

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    D'Andrea Gagliarducci sur Monday Vatican :

    28 septembre 2026

    Léon XIV et une Europe à reconstruire

    En juin dernier, interrogé lors d’une réunion privée sur les attentes et les idées de Léon XIV concernant l’Europe, le Pape a répondu : « Attendez mon discours à Metz. »

    Ce discours, qui sera prononcé le 28 septembre, a été peaufiné dans les moindres détails, étudié pendant des mois, et traduit une dernière fois la veille du voyage.

    Le discours de Metz est attendu avec impatience, et il le mérite.

    Léon XIV se rend chez le vénérable Robert Schuman, le père de l’Europe, et surtout le père d’une vision d’une Europe non bureaucratique et non bureaucratisée.

    Schuman voulait en effet rendre « la guerre impossible », et il y est parvenu en rassemblant d’anciens ennemis et en créant un réseau qui profiterait à tous, afin que personne n’ait à chercher une table de paix après avoir soulevé les vents de la guerre.

    Au début, l’Europe était avant tout une idée d’échange de charbon et d’acier, mais elle est progressivement devenue une réalité plus large, construite autour de nombreuses initiatives qui ont même traversé le Rideau de fer.

    Le Concile Vatican II a donné naissance à l’idée d’un Conseil des conférences épiscopales européennes, né de l’intuition de l’alors monseigneur Roger Etchegaray, qui, dans une simple note, a mis en évidence les nombreuses activités se développant sur le continent européen.

    Les célébrations du millénaire de la Pologne ont conduit l’épiscopat polonais à une initiative extraordinaire : l’envoi de lettres à toutes les conférences épiscopales nationales. Et, en particulier, la lettre aux évêques d’Allemagne, conçue par le cardinal Bolesław Kominek, archevêque de Wrocław, est restée dans l’histoire.

    La Pologne avait aussi été le théâtre de l’Holocauste, des plans d’extermination allemands horriblement mis en œuvre à Auschwitz, précisément sur le sol polonais. La Pologne avait été envahie par l’Allemagne, et la Pologne, tombée dans la sphère d’influence soviétique après la guerre, a été sacrifiée par l’Europe qu’elle aimait tant.

    Les évêques polonais sont allés au-delà de tout cela et ont écrit aux évêques allemands, avec une formule restée dans la mémoire collective : « Nous pardonnons et demandons pardon. »

    En bref, un monde européen a pris racine. La vision de Schuman a trouvé un terrain fertile pour grandir – et elle a grandi, malgré le Rideau de fer. Elle a même contribué à faire tomber le mur de Berlin, ravivant le grand rêve d’une Europe respirant avec ses deux poumons, l’Est et l’Ouest, selon les mots de Jean-Paul II.

    Léon XIV, cependant, a décidé de commencer non pas par l’Europe, mais par Schuman.

    Il s’est rendu en France, mais ne s’est pas arrêté à Strasbourg, où on l’attendait au Parlement européen avec une invitation ouverte et déjà acceptée. Léon n’a pas visité les institutions européennes, mais il a regardé l’Europe pour la première fois à travers les yeux de l’un des hommes vénérables de l’Europe.

    Il n’utilisera peut-être pas l’expression « racines chrétiennes », mais c’est certainement le sens de la présence du pape à Metz aujourd’hui.

    Le Pape arrive à Metz après avoir visité Paris et Lourdes. Le président français Emmanuel Macron a tout tenté pour exploiter le voyage du Pape pour une photo d’opportunité, un peu comme lors de la réouverture de Notre-Dame, où il s’était fait photographier avec tous les dirigeants rassemblés devant la cathédrale, reconstruite après l’incendie de 2019.

    Le Saint-Siège, cependant, est resté ferme. Pas de dîners ou de déjeuners d’honneur, pas de Légion d’honneur pour le Pape – en fait, le pape n’accepte jamais de distinctions individuelles –, pas même l’idée de Macron de pouvoir accompagner personnellement le Pape pendant dix minutes dans Notre-Dame restaurée.

    Cette demande, entre autres, semblait destinée à démontrer que la France possède encore la cathédrale.

    Si les églises françaises sont propriété de l’État, l’État ne peut pas non plus s’immiscer dans les questions religieuses, et Notre-Dame n’y fait pas exception.

    Macron n’a pas non plus assisté à la messe du Pape, comme l’avaient fait ses prédécesseurs. Bien sûr, Macron avait assisté à la messe du pape François à Marseille en 2023, mais c’était parce que c’était le seul moyen pour lui d’accueillir le Saint-Père.

    François a foulé le sol français trois fois en tant que pape, visitant Strasbourg, Marseille et la Corse, en soulignant toujours qu’il se rendait à des événements et des lieux spécifiques, et non en France.

    Léon XIV, cependant, a choisi la France comme quatrième étape d’un voyage européen qui a commencé à Monaco, s’est poursuivi en Espagne, a fait une brève halte à Saint-Marin, et a finalement atteint la fille aînée de l’Église.

    Deux micro-États et deux grandes nations, jusqu’ici parfaitement équilibrés, et un choix clair : Regarder vers ces lieux que le pape François considérait comme le centre de la foi, et que Léon XIV semble plutôt traiter comme les nouvelles périphéries existentielles.

    Monaco est en périphérie, là où le Prince refuse de signer la loi sur l’avortement, et d’où le Pape a lancé un appel extraordinaire en faveur du multilatéralisme.

    L’Espagne est en périphérie, ayant redécouvert son identité culturelle chrétienne avec la visite du Pape, mais devant encore lutter contre une sécularisation rampante.

    Saint-Marin est en périphérie, une minuscule nation que peu considèrent, pourtant extraordinairement active. Et la France est en périphérie, où, entre autres, une incroyable renaissance de la foi est en cours.

    C’est incroyable même pour les évêques, si l’on considère que les évêques de la région parisienne ont convoqué un conseil régional pour comprendre la raison du nombre énorme de baptêmes d’adultes qui ne cesse de croître ces dernières années (24 000 dans la nuit de Pâques 2026).

    La France est une périphérie de la foi parce que son gouvernement a mis de côté les grandes idées catholiques et accueille Léon XIV avec une loi sur l’euthanasie récemment approuvée, qui ne prévoit même pas la possibilité d’objection de conscience pour les infirmiers.

    Le pape rétablira l’équilibre dans le dialogue entre les dirigeants de l’Église et le peuple, mettra les points sur les i en matière de doctrine, et renforcera ainsi l’extraordinaire nombre de catholiques cachés en France.

    C’est un formidable défi.

     

    Lire également : Ce lundi, le pape Léon XIV rendra hommage à la figure de Robert Schuman: « Bien des facettes de sa personne peuvent nous inspirer comme chrétiens »

  • L'homélie du pape lors de la messe célébrée à Lourdes : la vie éternelle est une promesse solide

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    VOYAGE APOSTOLIQUE DU SAINT-PÈRE EN FRANCE
    ET VISITE AU SIÈGE DE L’ORGANISATION DES NATIONS UNIES
    POUR L’ÉDUCATION, LA SCIENCE ET LA CULTURE (UNESCO)

    25-28 SEPTEMBRE 2026

    HOMÉLIE DU PAPE LÉON XIV

    Prairie du sanctuaire de Notre-Dame de Lourdes
    Dimanche 27 septembre 2026

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    Frères et sœurs, pèlerins venus de France et du monde entier, en vous regardant ce matin, réunis dans la maison de notre Mère, je vois le visage universel de l’Église. Certains de vous ont traversé des continents, surmonté des fatigues, apporté vos joies et vos fardeaux jusqu’à cette Grotte sacrée. Quel bonheur d’être ensemble, un seul cœur, une seule famille ! Un solo corazón, una sola famiglia !

    Je tiens à saluer tout particulièrement les pèlerins venus de toutes les provinces et diocèses de France. Vous foulez aujourd’hui le sol de cette terre bénie qui a reçu tant de grâces. Que ce pèlerinage ravive la flamme de la foi dans vos foyers et dans vos paroisses. Portez le réconfort de Lourdes à vos voisins, à vos proches et à tout le peuple français.

    Les textes que la Liturgie nous propose en ce dimanche rejoignent un aspect central du message que la Vierge Marie est venue confier à sainte Bernadette : un appel, tendre et pressant, à la conversion. Jésus pose dans l’Évangile un regard de vérité et de profonde tristesse sur les cœurs fermés : « Vous ne vous êtes pas repentis ! » (Mt 21, 32). Pourquoi cette blessure dans le cœur du Christ ? Parce que Dieu ne veut pas la perte de ses enfants. Le prophète Ézéchiel nous le rappelle : « Tout homme qui commet le mal et meurt dans cet état, c’est à cause de son mal qu’il mourra » alors que s’il se convertit, s’il « ouvre les yeux et se détourne de ses crimes, c’est certain, il vivra, il ne mourra pas » (cf. Ez 18, 26.28). C’est pourquoi les appels à la pénitence résonnent sans cesse dans les Saintes Écritures, et traversent la prédication de l’Évangile au cours des siècles. Ils revêtent une gravité salutaire pour en manifester l’urgence et la nécessité : c’est aujourd’hui – pas demain – qu’il faut se convertir ; c’est aujourd’hui le moment favorable, le jour du salut (cf. 2 Co 6, 2). Oui, Dieu désire que l’homme vive, qu’il ouvre les yeux et retourne à Lui. Se convertir, c’est quitter les chemins de l’errance pour s’engager sur la voie de la vie, en ouvrant notre cœur à la seule joie qui ne passe pas.

    Jésus lui-même ne mâche pas ses mots lorsqu’Il exhorte à la pénitence, comme nous le rapporte, par exemple, saint Luc : « Si vous ne vous convertissez pas, vous périrez tous » (13, 5). Mais Il élargit l’horizon de la vie terrestre à celui de la vie éternelle. Alors que le bonheur ici-bas est une réalité éphémère, relative, parfois hélas inaccessible pour certains, le bonheur véritable est en revanche promis à tous, en espérance ; et il devrait faire l’objet principal de notre recherche, de nos efforts et de nos choix. La Vierge Marie n’a-t-elle pas dit à sainte Bernadette : « Je ne te promets pas d’être heureuse en ce monde mais dans l’autre » ? 

    Cette promesse, proclamée ici-même, résonne avec une force particulière en cette terre de France et bouscule nos mentalités contemporaines. Dans ce moment de l’histoire, au sein d’une société en quête de progrès et de bien-être matériel, mais parfois tentée d’oublier l’horizon de l’éternité, Marie vient nous rappeler la grandeur et l’ampleur de notre vocation à la vie, à la vie éternelle. Face aux courants actuels qui cherchent à redéfinir la valeur de la vie humaine devant la maladie, la souffrance ou la vieillesse, la Grotte de Massabielle se dresse comme un sanctuaire de l’espérance chrétienne. Ici, aucune fragilité n’est rejetée. Vos béquilles, vos fauteuils roulants, vos larmes cachées ne sont pas des obstacles : ils sont le lieu par excellence où vous êtes pleinement respectés, accueillis et transformés par l’amour infini de Dieu. Lourdes est le lieu béni d’une profession de foi en la beauté et la sacralité de la vie, car elle y est accueillie comme un don précieux de Dieu, appelé à s’épanouir pour l’éternité dans l’amour du Père.

    « Je te promets » ! Oui, la vie éternelle est une promesse solide, certaine, que le Seigneur nous fait. Il nous l’a déjà obtenue par sa mort sur la croix et sa résurrection, et il la réalise déjà chaque jour en nous par la grâce du baptême. Elle est à notre portée, mais il nous appartient de l’accueillir librement, de la saisir, de ne pas y faire obstacle ; or l’obstacle à la grâce et à la vie éternelle, le seul obstacle, c’est le péché, le repli sur soi, ce refus de Dieu qui nous enferme dans nos obscurités! Notre responsabilité personnelle est donc en jeu, et elle est grande ! Dieu nous a voulu libres, car la liberté est une condition de l’amour ; on ne peut pas aimer par contrainte. Cette liberté qui nous est donnée, nous devons l’engager dans un “oui” au Christ, avec le secours de sa grâce, et à la suite de Marie ; un “oui” sans cesse renouvelé, et cela jusqu’à notre dernier souffle : “maintenant et à l’heure de notre mort…” disons-nous dans le  “Je vous salue Marie”.

     On retrouve cet appel insistant à la conversion dans les paroles que Marie prononça ici-même : « Pénitence ! Pénitence ! Pénitence ! ». Elle répète le mot trois fois… ! et invite Bernadette à en accomplir certains gestes ! Pourquoi donc ? Serions-nous lents à comprendre ? Nous estimons-nous trop facilement sans péché ? Ne la pratiquons-nous pas assez ?  La Vierge nous demande de faire pénitence, non seulement pour nous-mêmes qui en avons besoin, mais aussi « pour les pécheurs », pour un monde qui va mal. Comment nos cœurs ne seraient-ils pas interpellés face aux conflits de plus en plus répandus, qui détruisent tant de vies innocentes. Or le mal que connaît notre époque vient du cœur de l’homme, Dieu n’en n’est pas responsable : « Ce n’est pas ma conduite qui n’est pas bonne – dit-il aux fils d’Israël –, c’est la vôtre » (Ez 18, 25). C’est donc le cœur des hommes qu’il faut changer, à commencer par le nôtre.

    La pénitence est une œuvre suscitée par l’amour en solidarité avec le genre humain : amour pour Dieu dont on veut réparer la blessure de son Cœur causée par nos péchés ; amour pour tous nos frères les hommes qui n’entendent pas cet appel à la conversion et que leurs fautes entraînent vers la mort. Cette exigence de conversion engage l’Église elle-même dans son pèlerinage terrestre. Elle doit avoir le courage de vivre cette conversion en premier lieu. Pour guérir des blessures profondes, des infidélités et des égarements douloureux commis en son sein, nous devons nous tenir humblement sous le regard purificateur du Seigneur. Reconnaître nos propres fautes est indispensable à notre progression spirituelle, comme l’écrivait Saint Augustin : « Que te déplaise toujours ce que tu es, si tu veux atteindre ce que tu n’es pas » (Disc. 169, 15.18)

    Le rappel de notre Mère à notre devoir de prière et de conversion nous remplit d’une grande espérance, car elle nous indique le moyen pour changer le cours des choses, moyen qui n’est autre que celui de nous associer à la passion du Christ. Chers malades qui connaissez la souffrance, si nombreux à Lourdes, il vous est possible de vivre vos peines et vos douleurs dans cet esprit d’offrande, pour entrer dans cette démarche rédemptrice dont le monde a tant besoin. En ce sens vous êtes vraiment au cœur de l’Église, et votre rôle est irremplaçable.

    Pèlerins, frères et sœurs, vous ne repartirez pas de Lourdes comme vous y êtes arrivés : vous repartirez en missionnaires de l’espérance ! Tel est le miracle de ce lieu : susciter la joie de l’espérance au cœur même de l’épreuve et de la peine. La Vierge Marie guérit nos regards et transfigure nos cœurs en leur donnant la paix. Devenez dans vos pays, vos diocèses et vos familles, les témoins actifs de cette force et de cette tendresse divines qui nous permettent de continuer la route et d’atteindre le but. Portés par la prière des malades et l’amour de notre Mère, marchez avec confiance vers l’avenir. Ne craignez pas les tempêtes du monde : la sainte Mère de Dieu veille sur notre marche, elle enveloppe l’Église de son manteau de tendresse ; Étoile radieuse du matin, elle guide nos pas pour nous enfanter, dans la joie, à la vie même de son Fils Jésus.

    Amen.

    Et aussi :

  • Voyage du pape : un bavardage médiatique assourdissant

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    Rarement un voyage pontifical aura suscité pareil bavardage médiatique. Plateaux de télévision, envoyés spéciaux, commentateurs, « experts », micro-trottoirs, duplex en direct, décryptage des gestes et des sourires : pendant plusieurs jours, Léon XIV a occupé une place considérable dans l'espace médiatique français. On a scruté ses déplacements, son style, ses rencontres, sa popularité supposée, la ferveur des foules, la présence des jeunes, jusqu'à ses expressions et à la manière dont il était accueilli par les Français.

    Tout cela a naturellement sa place dans la couverture d'un événement de cette ampleur. Mais à force de vouloir tout commenter, n'a-t-on pas parfois fini par commenter le commentaire plutôt que d'écouter le principal intéressé ?

    Car il y avait, dans cette visite, autre chose qu'un événement médiatique. Il y avait une parole. Et cette parole méritait qu'on s'y arrête.

    Que disait donc Léon XIV ? Que disait-il réellement à la France ? Sur la vie humaine, sur l'embryon, sur la fin de vie, sur la dignité de la personne vulnérable, sur la liberté de conscience, sur la place des croyants dans une société laïque ? Que disait-il aux jeunes qui étaient venus par dizaines de milliers l'écouter ? Que disait-il à une société française qui a profondément modifié son rapport à la famille, à la naissance, à la mort et à la religion ?

    Voilà les questions essentielles. Elles sont autrement plus importantes que de savoir si le pape a été « populaire », si son voyage fut une « réussite » médiatique ou si telle séquence a fait le tour des réseaux sociaux.

    Il y eut donc beaucoup d'images, beaucoup de commentaires et beaucoup d'exégèses. Mais il aurait fallu, par moments, un peu moins de bavardage et un peu plus de silence : le silence nécessaire pour laisser parler le pape.

    Car lorsqu'il affirme que « ce qui est légal n'est pas nécessairement moral », lorsqu'il rappelle qu'« il est impossible de considérer comme normal de donner la mort », ou lorsqu'il insiste sur la dignité inaliénable de toute personne humaine, Léon XIV ne se contente pas de prononcer quelques formules pieuses. Il intervient directement dans les grands débats qui traversent la France contemporaine.

    Ces paroles ne sont ni anecdotiques ni décoratives. Elles interrogent une société qui vient de franchir plusieurs étapes majeures dans l'évolution de sa législation sur la vie et la mort. Elles posent une question fondamentale : tout ce qu'une société démocratique est juridiquement capable de permettre est-il pour autant moralement juste ?

    C'est précisément à cet endroit que le bavardage médiatique devient insuffisant. Car il est relativement facile de commenter une foule, une messe, une rencontre avec des jeunes ou l'image sympathique d'un pape. Il est beaucoup plus exigeant de prendre au sérieux une parole qui oblige à réfléchir, qui dérange certaines évidences contemporaines et qui refuse de confondre la légalité avec la moralité.

    On a donc beaucoup parlé de Léon XIV. Il serait peut-être temps de parler davantage de ce que Léon XIV a dit.

    Et surtout de se demander pourquoi certaines de ses paroles, pourtant prononcées en France devant les plus hautes autorités de la République, ont parfois semblé passer presque inaperçues derrière le flot des commentaires.

    Le pape était sous les projecteurs. Mais son message, lui, était-il vraiment sous les projecteurs ?

  • Embryon, fin de vie, laïcité, le pape n'a pas mâché ses mots durant son voyage en France

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    Ce qui frappe dans le voyage de Léon XIV en France, du 25 au 28 septembre 2026, c’est qu’il n’a pas seulement délivré un message spirituel ou diplomatique. Sur des sujets particulièrement sensibles pour la société française — le commencement de la vie, la fin de vie, la dignité de la personne et la laïcité — il a employé des formules d’une remarquable netteté.

    « Personne n’a le droit […] de décider de la vie de tel embryon »

    À l’UNESCO, à Paris, le pape a placé la question anthropologique au cœur de son discours. Sa réflexion commence par une affirmation très simple : « Avant toute chose, la personne humaine est quelqu’un qui est conçu et qui naît. » Et il ajoute : « être humain signifie donc, tout d’abord, être un enfant. »

    Ce n'est pas une abstraction. Léon XIV poursuit en désignant explicitement ceux dont la dignité est la plus facilement relativisée :

    « Le critère qui permet d’évaluer notre engagement est le soin que nous apportons aux plus petits et aux pauvres : les enfants dans le sein de leur mère […] les personnes âgées, les migrants, les réfugiés, et tous ceux qui sont arrogamment exclus parce qu’improductifs. »

    Et il établit un lien direct avec les progrès scientifiques et technologiques : la dignité humaine ne peut dépendre de la performance, de l'autonomie ou de la productivité.

    À Lourdes, le lendemain, le propos devient encore plus frontal. Léon XIV reprend une formule prononcée en juin devant la Fondation Jérôme Lejeune :

    « Personne n’a le droit, jamais, sur la base d’algorithmes de laboratoire, de décider de la vie de tel embryon ou de telle personne âgée ! »

    Puis cette phrase, particulièrement forte :

    « Jamais la médecine ne pourra se faire la servante de la mort programmée ! »

    Le contexte est important : le pape met ainsi sur le même axe de réflexion l’embryon et la personne âgée, deux moments de l'existence où la personne risque d'être considérée selon des critères extérieurs à sa dignité propre.


    « Ce qui est légal n’est pas nécessairement moral »

    C’est probablement l'une des phrases les plus directement susceptibles de résonner dans le débat français sur la fin de vie.

    À Lourdes, devant les malades et les soignants, Léon XIV affirme :

    « Il est impossible de considérer comme normal de donner la mort. Ce qui est légal n’est pas nécessairement moral. »

    La formule est courte, mais elle touche à un principe fondamental : la loi civile n'épuise pas la question morale.

    Le pape ne s'est d'ailleurs pas contenté de condamner. Il a proposé une autre conception de la médecine :

    « Veiller sur la personne souffrante et non pas la supprimer. »

    Et il exhorte les soignants :

    « Soyez des serviteurs passionnés de la vie ! »

    Il demande parallèlement de « développer sans relâche les structures de soins palliatifs et de recherche » et d'accompagner les malades « avec tendresse ».

    Son raisonnement est donc assez précis : face à la souffrance, la réponse de la société doit être davantage de soin, d'accompagnement et de solidarité, et non la transformation de la mort provoquée en réponse médicale.


    Une phrase terrible sur la société de la performance

    À l'UNESCO, Léon XIV va plus loin encore. Il met en garde contre une société dans laquelle l'être humain serait implicitement évalué selon son utilité :

    « Nous risquons de ne plus reconnaître la dignité inaliénable des personnes humaines, dont la vie est jugée selon le critère de l’efficacité et qui, lorsqu’elles sont considérées comme n’étant plus productives, sont rejetées et mises au rebut. »

    C'est ici que son discours sur l'embryon et celui sur la fin de vie se rejoignent.

    Le même principe est posé aux deux extrémités de l'existence : la valeur d'une personne ne dépend ni de son autonomie, ni de ses capacités, ni de son utilité sociale.

    Et le pape le formule explicitement :

    « Notre dignité n’est pas détruite par la maladie ou la souffrance, et elle ne dépend pas de nos capacités. Elle appelle au contraire à des soins aimants à chaque étape de la vie. »


    Et sur la laïcité, Léon XIV n'a pas davantage mâché ses mots

    C'est peut-être l'un des passages les plus intéressants de son discours à l'Élysée.

    Le pape ne remet pas en cause la laïcité française. Mais il en donne une interprétation qui est loin d'une conception de la religion confinée à la sphère privée :

    « La véritable laïcité n’exclut pas la dimension religieuse, mais sait au contraire en tirer parti comme d’une ressource éducative. »

    Puis il ajoute :

    « Le chrétien impliqué dans la vie publique, et agissant selon la lumière de sa conscience éclairée par la foi, ne peut être considéré comme un prosélyte ou une menace à l’unité de la patrie. »

    Voilà qui est très clair : la foi d'un citoyen ne doit pas être considérée comme une anomalie ou une menace lorsqu'il participe à la vie publique.

    Et Léon XIV tire immédiatement une conséquence concrète :

    « C’est précisément la raison pour laquelle l’École catholique a toute sa place dans le paysage éducatif d’un pays comme la France. »

    Il va même jusqu'à définir positivement la laïcité :

    « Une juste laïcité ne consiste donc pas à exclure la religion de l’espace public ou de l’éducation, mais à travailler pour que l’État et les institutions religieuses dialoguent ensemble et unissent leurs forces au service du bien commun. »

    Un fil rouge : « que le monde ait la vie »

    Il y a finalement une remarquable cohérence entre les différents discours.

    À l'Élysée : défendre la vie et permettre aux religions de contribuer au bien commun.

    À l'UNESCO : protéger l'être humain contre une civilisation qui pourrait le réduire à son utilité.

    À Lourdes : refuser que la médecine devienne l'instrument d'une mort programmée et demander que les malades soient accompagnés jusqu'au bout.

    Le pape résume lui-même cette vision par une formule qui revient comme une sorte de refrain : « pour que le monde ait la vie ».

    Et c'est sans doute ce qui rend son voyage en France particulièrement significatif : Léon XIV n'a pas choisi l'affrontement politique, mais il n'a pas davantage édulcoré les points sur lesquels la vision chrétienne de l'homme entre en tension avec certaines évolutions législatives et culturelles contemporaines.

    Il a parlé de l'embryon, de l'enfant à naître, de la personne âgée, du malade, de la mort provoquée, de la place de la religion dans la cité et de la liberté de conscience — et, sur chacun de ces sujets, il a rappelé une même conviction : l'être humain possède une dignité qui ne lui est pas conférée par l'État, la médecine, la société ou ses propres capacités.

    Texte intégral du discours à l'Élysée — Vatican

    Texte intégral du discours à l'UNESCO — Vatican

    Texte intégral du discours de Lourdes — Vatican

    (avec l'IA)

  • De l'accueil familial à Lourdes : une jeune convertie quitte son emploi pour rencontrer le Pape et embrasser la vie monastique

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    De Solène Tadié sur le CWR :

    De l'accueil familial à Lourdes : une jeune convertie quitte son emploi pour rencontrer le pape et embrasser la vie monastique

    La grotte du sanctuaire Notre-Dame de Lourdes. | Crédit : Solene Tadie
    LOURDES, France — L'extraordinaire ferveur qui a marqué la visite du pape à Paris — première étape de son voyage apostolique en France du 25 au 28 septembre — ne devrait pas faiblir à Lourdes, où des dizaines de milliers de fidèles sont attendus autour de la célèbre grotte de Massabielle lorsque Léon XIV viendra y prier le soir du 26 septembre, avant une messe en plein air sur la prairie du sanctuaire et la traditionnelle procession aux flambeaux le lendemain.

    Parmi elles, une jeune femme de 27 ans participera à ce voyage aux côtés d'un groupe de religieuses cisterciennes, espérant que cette visite confirmera l'appel à la vie contemplative qu'elle ressent depuis son retour à la foi pendant la crise de la COVID-19.

    Ce n'est pas un hasard si Yohanna, interprète en langue des signes pour les personnes sourdes, a choisi Lourdes pour marquer ce nouveau départ après des années de bénévolat auprès de personnes en situation de handicap. C'est à quelques dizaines de kilomètres d'ici, à l'abbaye Sainte-Marie de Boulaur, haut lieu du renouveau monastique en France, que sa vocation a pris forme. Et c'est pour rejoindre cette communauté comme aspirante qu'elle a quitté son emploi à Paris, juste à temps pour assister à la visite du Saint-Père.

    Son histoire reflète un mouvement générationnel plus large en France, où les baptêmes d'adultes ont atteint un nouveau record cette année, principalement grâce aux jeunes adultes.

    Le sanctuaire Notre-Dame de Lourdes. | Crédit : Solene Tadie
    Le sanctuaire Notre-Dame de Lourdes. | Crédit : Solene Tadie

    « Je voulais tout donner à Dieu »

    Mais l'histoire de Yohanna est un témoignage singulier de la grâce divine. Placée en famille d'accueil à l'âge de 4 ans, elle a grandi loin de toute pratique religieuse, dans une vie marquée dès son plus jeune âge par le deuil et la solitude.

    Comme tant d'autres de sa génération, elle s'est d'abord tournée vers les mouvements spirituels proches du Nouvel Âge, très présents chez les jeunes Français, en quête de réponses – une exploration qui a laissé des traces, au sens propre comme au figuré, dans les tatouages ​​qu'elle arbore encore aujourd'hui. Elle évoque ces errances avec un sourire plutôt qu'avec regret, car c'est grâce à elles, croit-elle, qu'elle a finalement retrouvé le chemin de Dieu.

    Cette voie a ouvert ses portes au printemps 2020, dans une résidence universitaire vidée par le premier confinement lié à la COVID-19.

    « Tous les étudiants étaient partis, et j’avais l’impression que c’était la fin du monde », se souvient-elle. « Je n’avais plus rien, je n’avais plus personne. Et soudain, une pensée de Dieu m’a envahie. J’ai eu très envie d’en savoir plus sur lui. »

    Elle a commencé à apprendre à prier grâce à des ressources en ligne et a rapidement intégré la prière à son quotidien. Une fois le confinement levé, elle a pris l'habitude d'entrer dans chaque église qu'elle croisait pour prier seule, tout en évitant les messes, car elle n'en connaissait pas les coutumes. Le déclic s'est produit en 2023, lorsqu'elle a déménagé à Paris et est entrée dans une église un jour de semaine, au moment même où une messe commençait.

    « Je ne savais même pas qu'il y avait une consécration, alors qu'elle est au cœur de la messe catholique. J'ai passé toute la célébration à pleurer au fond de l'église », se souvient-elle. « Et à la fin, j'ai dit au Seigneur : "D'accord, j'ai compris. Maintenant, je veux tout te donner, vraiment tout, ma vie entière. Fais de moi ce que tu veux." Et à partir de ce moment-là, tout a changé. »

    Après s'être installée dans une paroisse du 10e arrondissement de Paris, elle entreprit une période de formation catéchétique et reçut le sacrement de confirmation.

    Chaque année en août, lors du pèlerinage national, elle sert d'interprète aux pèlerins sourds-aveugles – une expérience qui a transformé sa perception du sanctuaire. « Le véritable miracle de Lourdes », dit-elle, « c'est peut-être tout simplement que nous nous retrouvions tous ensemble. »

    Sa conversion fut suivie presque immédiatement par l'appel à la vie consacrée, mais elle était déterminée à ne pas précipiter sa décision, ayant été avertie que les nouveaux convertis « pouvaient être très enthousiastes et penser immédiatement à la vie consacrée, pour ensuite y renoncer rapidement ».

    La grotte du sanctuaire Notre-Dame de Lourdes. | Crédit : Solene Tadie
    La grotte du sanctuaire Notre-Dame de Lourdes. | Crédit : Solene Tadie

    Un appel inattendu

    Guidée par son curé et le service des vocations de l'archidiocèse de Paris, elle a entamé un discernement auprès des sœurs apostoliques, la vie cloîtrée étant la dernière chose à laquelle elle pensait. « Compte tenu de mon histoire personnelle, j'avais d'énormes clichés sur la vie monastique », a-t-elle déclaré. « J'imaginais toutes sortes de choses démodées. »

    C’est au beau milieu d’une année universitaire difficile, fin décembre 2024, qu’elle se rendit pour la première fois à l’abbaye cistercienne de Boulaur, tout simplement parce qu’elle « avait toujours entendu dire que les monastères étaient un bon endroit pour se reposer et prendre l’air ». Depuis, elle y retourne à chaque vacances. Lorsque les sœurs lui proposèrent de passer quelques jours dans l’enceinte, elle accepta, persuadée que cela ne ferait que confirmer ses préjugés.

    « Je pensais qu’entrer dans le cloître pour la première fois m’aiderait à comprendre que ce n’était pas du tout ma voie, et que cela réglerait la question », a-t-elle déclaré. « Mais lorsque j’ai découvert le cloître pour la première fois, c’était incroyable. Je me suis sentie pleinement à ma place. »

    « Le Seigneur nous connaît mieux que nous-mêmes », a-t-elle poursuivi. « Parfois, il nous conduit vers des choses qui, au premier abord, semblent absurdes, et après coup, on se rend compte que c’est parfaitement logique. »

    Lors du Jubilé de la jeunesse de 2025 à Rome, elle a découvert pour la première fois l'Église universelle parmi des milliers de jeunes « si différents les uns des autres, et tous réunis pour le Seigneur ». Cette expérience influence désormais ses attentes quant à la visite de Léon dans une France qui connaît un nombre record de baptêmes d'adultes.

    Évoquant la visite prochaine du pape à Lourdes, que Mgr Jean-Marc Micas, évêque de Tarbes et Lourdes, a décrite comme celle d’« un simple pèlerin », elle a déclaré : « Le pape Léon X sait ce qui se passe dans notre pays, et je suis certaine que ses paroles nous seront d’un grand réconfort. » Le programme officiel prévoit déjà une prière spéciale pour la France, demandant à la Vierge Marie le renouveau des familles chrétiennes et l’épanouissement des vocations, « en particulier sacerdotales et religieuses ».

    La vocation de Yohanna a d'abord inquiété ses parents adoptifs. Mais face à sa persévérance et à sa joie, ils ont accepté de la conduire eux-mêmes à Boulaur, ce qui leur a permis de rencontrer les sœurs et de découvrir la vie qu'elle s'apprête à embrasser. De là, ils se rendront ensemble à Lourdes pour la visite du pape.

    « Ce sera l’occasion pour eux de rencontrer les sœurs et de voir ce qu’est réellement un monastère, et pas seulement ce que les gens imaginent », a-t-elle déclaré. « C’est déjà un grand pas en avant. »

    Son aspiration, première étape du long chemin vers le noviciat, durera jusqu'en juin. Elle confie être « totalement ouverte » à ce que l'avenir lui réserve. « Si Dieu m'appelle, je serai si heureuse que je lui répondrai par un grand oui, de tout mon cœur. »
  • La France retourne, au moins pour deux jours, à son baptême. Et la suite ? (Rod Dreher)

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    Du substack de Rod Dreher :

    L’Espérance
    La France retourne, au moins pour deux jours, à son baptême. Quelle est la suite ?

    Le pape Léon XIV pleure et prie devant une image de la Madone et de son Enfant

    Vous, chers lecteurs fidèles, savez combien j'aime la France. Et vous savez probablement depuis combien d'années je prie pour que ce pays bien-aimé mais souffrant revienne à son baptême. Vous pouvez donc imaginer pourquoi je suis resté allongé ici, tôt le matin, dans mon lit d'hôtel à Chicago, ville natale du pape Léon XIV, à regarder encore et encore ces vidéos du pèlerinage du pape en France, en pleurant à chaudes larmes et en répétant sans cesse : « Merci, Seigneur, merci ! »

    Les vidéos ont été incroyables, tout simplement incroyables. Voici le pape américain parlant au nom de ce chrétien orthodoxe américain alors qu'il pleure devant une statue de la Madone et de son Enfant devant la cathédrale Notre-Dame, que l'Ennemi a tenté de brûler sans y parvenir…

    …chantant avec la foule rassemblée l'hymne catholique médiéval « Salve Regina », qui fut mis sur cet air à l'abbaye de Cluny au XIIe siècle.

    Ils chantaient en latin ; voici la traduction en français :

    Salut, reine, mère de la miséricorde.
    Vie, douceur, espérance des hommes salut !
    Enfants d’Ève, nous crions vers toi dans notre exil.
    Vers toi, nous soupirons parmi les cris et les pleurs de cette vallée de larmes
    Ô toi, notre avocate,
    tourne vers nous
    ton regard plein de bonté.
    Et montre-nous Jésus le fruit béni de tes entrailles,
    à l’issue de cet exil.
    Ô clémente ! Ô bonne ! Ô douce Vierge Marie.

    C'est dans cette cathédrale, le 10 novembre 1793, que les révolutionnaires blasphémateurs ont démonté l'autel et intronisé la « Déesse Raison ». Où est la Déesse Raison ? Où sont les révolutionnaires ? Morts, et morts. Aujourd'hui, l'autel a été restauré, Dieu y est adoré, et s'y dresse la Mère de Dieu, dorée et rayonnante de la gloire de son Fils, tandis que le pape en pleurs et la foule rassemblée chantent ses louanges et la supplient de les conduire à Jésus.

    Plus tard, au Stade de France, Léon a dirigé une veillée de prière réunissant 80 000 jeunes catholiques français. Les Français ont présenté un spectacle célébrant l'histoire de la foi en France, mettant en vedette ses saints et ses martyrs. (Comme j'aurais aimé qu'ils incluent le père Jacques Hamel, massacré par des islamistes alors qu'il célébrait la messe dans sa petite paroisse de campagne il y a quelques années ; j'ai dédié la version française de The Benedict Option à sa mémoire).

    Le point est : les Français sont un peuple, un peuple avec une histoire, et cette histoire comprend de grandes et saintes actions de chrétiens. L'histoire de la France est l'histoire de la foi chrétienne en France, et des hommes et femmes saints qui en ont fait partie. Quand j'ai vu les vidéos de cette veillée de prière, je n'ai pas pu m'empêcher de me souvenir d'avoir été l'année dernière avec les 20 000 jeunes pèlerins en route pour Chartres. De cette histoire :

    Devant Saint-Sulpice, je m'arrête pour discuter avec un groupe de jeunes femmes portant l'uniforme du mouvement scout de France, mouvement scout, qui a toujours été lié à l'Église catholique, contrairement à sa version plus laïque dans la sphère anglophone. J'en interroge une — Isa, 19 ans, originaire d'Orléans — sur sa présence ici.

    « Jésus », déclare-t-elle.

    Plus :

    Bien que la plupart des pèlerins ne s'expriment pas en termes philosophiques, tous sont préoccupés par la question du sens. Une fois la messe d'ouverture terminée, je rencontre Anna, une pèlerine viennoise, dans un café voisin.

    C'est la première marche de Chartres pour la jeune femme joyeuse de 24 ans. Elle a l'air d'une superfan à un concert de Taylor Swift. Pourquoi est-elle ici ?

    « La tradition est le seul avenir sûr que nous ayons », répond-elle. « Sur quoi allez-vous construire votre vie, sinon sur Dieu ? »

    Il y a aussi quelques pèlerins plus âgés. John Pepino, 57 ans, un professeur né en Angleterre au séminaire de Denton, Nebraska de la Fraternité sacerdotale Saint-Pierre — un ordre de messe en latin fidèle à Rome — participe à son troisième pèlerinage de Chartres, accompagné cette fois par sa fille de 17 ans, Margie.

    « Je me sens comme un grand-père ici », rit-il.

    Ce n'est pas censé arriver, dis-je à Pepino, en plaisantant. Les jeunes, en tant que progressistes naturels, ne sont pas censés vouloir récupérer ce que leurs aînés ont jeté à la poubelle ; ils sont censés vouloir se libérer du poids mort du passé catholique.

    « Je pense qu'il s'agit simplement de jeunes fervents qui ne se reconnaissent pas dans ce que les évêques leur proposent habituellement », dit-il.

    En discutant avec de jeunes pèlerins rassemblés devant Saint-Sulpice au début du pèlerinage, je leur ai demandé, en tant que journaliste, pourquoi ils étaient là. Encore et encore, j'ai reçu une variante de cette réponse :

    La génération de nos parents ne nous a rien donné. Nous sommes ici à la recherche de la tradition. Nous sommes à la recherche de sens. Nous sommes à la recherche d'un but. Nous sommes à la recherche d'une communauté. Nous sommes, en fin de compte, à la recherche de Dieu.

    Il y avait aussi quelques Américains lors de ce pèlerinage. Ce qu'ils ont vu de la foi catholique en France, ils l'ont pris à cœur, car l'expérience de la foi chrétienne est universelle :

    Un prêtre américain qui conduit un groupe de lycéens à Chartres me confie : « Quand ils viennent ici, l’une des choses qu’ils découvrent, c’est qu’une vie catholique joyeuse est possible, qu’une belle vie catholique est possible. Aux États-Unis, les gens se sentent très isolés de cela, parce que nous n’avons pas l’héritage culturel qui nous oriente dans cette direction. Alors, quand les garçons en font l’expérience, ils réalisent que ce n’est pas juste un conte de fées. »

    La plupart de ces garçons, poursuit le clerc, seront exposés à de la pornographie hardcore des années avant même de voir une belle église européenne, ou de rencontrer une beauté extraordinaire dans la nature. Son espoir est qu’ils rentreront chez eux en sachant qu’ils peuvent être sincèrement attirés par quelque chose de beau qui est aussi bon.

    « Voir l’expression sur le visage de ces garçons quand ils voient ce genre de beauté pour la première fois ! » dit le prêtre. « Nous étions à l'abbaye de Fontgombault, et nous étions debout à 4h15 du matin, à écouter les moines chanter les matines dans une église monastique du XIIe siècle — c’est tout simplement quelque chose qu’ils perçoivent immédiatement comme le genre de chose en laquelle ils ont été créés pour se réjouir. »

    Pèlerins en route vers Chartres, 2025

    Cette expérience m'a donné plus d'espoir que je n'en ai eu depuis des années. Avant de quitter Paris, j'ai dîné avec un vieil ami français, Roland, qui m'a dit : « Ces jeunes gens, cette génération nous sauvera. »

    Au moment où j'écris ces lignes, un million de catholiques sont rassemblés le long des Champs-Élysées et sur la place de la Concorde, à Paris, pour entendre le pape dire la messe en français. Regardez cette foule le long des Champs-Élysées, priant au cœur de l'un des pays les plus athées d'Europe :

    Miséricorde pour l’Humanité France 
    @MisericordeF
    Je suis triste quand je vois toute cette effervescence autour du catholicisme, je prédisais cela depuis des années et j'ai l'impression d'être un agent de la CIA qui assisterait impuissant au retour de l'Union Soviétique. Dans 45 ans la France redeviendra catholique et nous n'aurons plus que nos yeux pour pleurer. Je suis bon joueur néanmoins les catholiques sont beaucoup mieux organisés ainsi que plus déterminés que nous les musulmans et même que les sionistes, il faut savoir reconnaître la force de l'international catholique. Les catholiques américains vont maintenant inonder le monde de leur soft power au détriment à la fois de l'hégémonie spirituelle musulmane en Europe de l'Ouest et du lobby sioniste.

    Il est facile de laisser monter son espoir, pour finir déçu. En 1997, le pape Jean-Paul II a célébré la messe pour un million de personnes lors des Journées mondiales de la jeunesse à Paris. Pourtant, la foi a continué son déclin. Mais ces jeunes gens lors du pèlerinage de Chartres n'étaient pas encore nés. Pas plus qu'aucun des jeunes gens rassemblés pour prier avec le successeur de Jean-Paul, Léon, au Stade de France. Personne ne connaît l'avenir.

    Cela signifie énormément pour moi pour une autre raison. Dans deux heures, ici à Chicago lors de la conférence Touchstone, où des intervenants discutent de l'avenir de notre propre pays en difficulté, je donnerai la conférence de clôture. Je parlerai de « l'Amérique de Weimar » et des signes des temps. Mon discours n'est pas destiné à décourager les gens, mais à les éveiller à la tempête qui s'annonce, afin que nous puissions agir !

    Encore une fois : l'avenir n'est pas écrit ! Nous pouvons avoir l'avenir que nous voulons, mais seulement si nous agissons pour qu'il se réalise. Pas l'avenir de l'incroyance et du désespoir, pas l'avenir de la résignation et de l'islamisation, pas l'avenir de la gauche radicale ou de la droite radicale. Nous pouvons avoir l'avenir d'une foi ressuscitée dans le Seigneur ressuscité ! Ils peuvent l'avoir en France, et nous pouvons l'avoir en Amérique — mais nous devons le vouloir assez pour nous sacrifier pour lui, pour cette grande aventure romantique de la vie chrétienne.

    Cela peut être nôtre, mais cela ne se fera pas sans lutte — une lutte avant tout pour nous surpasser, pour vaincre notre faiblesse et notre complaisance, mais ce n'est pas la seule lutte. Que le lecteur comprenne. La semaine dernière en Suisse, un journaliste français expérimenté m'a dit : « On a le sentiment que la France est dans une situation prérévolutionnaire. »

    Le ciel s'assombrit, mais souvenez-vous : la Lumière est apparue dans les ténèbres, et les ténèbres ne l'ont ni comprise ni vaincue. Le Christ est ressuscité!

    Alors que je concluais mon Free Press article sur le pèlerinage de Chartres :

    « L'espérance est une mémoire qui désire, la mémoire est une mémoire qui a joui. » Telle est l'essence de l'espérance chrétienne que Chartres offre à ces jeunes idéalistes. L'homme qui a écrit ces mots était Honoré de Balzac. Un Français, naturellement.

    Mes lecteurs chrétiens, protestants et orthodoxes, célébrons aujourd'hui avec nos frères et sœurs catholiques, et puisons de l'espoir dans ce que le Seigneur accomplit là-bas, sur la terre de Saint Denis, Sainte Geneviève, Sainte Jeanne d'Arc, les Carmélites de Compiègne et tous les saints, ceux connus de l'histoire et ceux connus de Dieu seul. N'ayez pas peur : Dieu est vivant, et Il nous appelle — vous et moi — par notre nom.

    Les temps sont mauvais, mais la foi n'est pas encore finie dans les pays d'Occident. Voyez l'espoir dans les rues de Paris aujourd'hui, prenez-le à cœur, et allez faire des disciples dans le monde, en commençant par vous-même.

    Merci, Seigneur, je prie à travers des larmes de joie ce matin. Merci.

  • L'homélie du pape lors de la messe célébrée Place de la Concorde à Paris

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    VOYAGE APOSTOLIQUE DU SAINT-PÈRE EN FRANCE

    25-28 SEPTEMBRE 2026

    MESSE

    HOMÉLIE DU PAPE LÉON XIV

    Place de la Concorde (Paris)
    Samedi 26 septembre 2026

    ___________________________________

    Chers frères et sœurs,

    je remercie Dieu de la grâce qui m’est offerte de me trouver ici, sur cette place de la Concorde, pour célébrer l’Eucharistie. Oui, comme il est bon et doux pour des frères et sœurs de se retrouver ensemble (cf. Ps 132, 1), afin de magnifier la grandeur de Dieu. Puisse ma présence au milieu de vous confirmer votre foi, et vous encourager à sans cesse rayonner et transmettre la vie, la paix et l’amour de Notre Seigneur bien aimé Jésus-Christ.

     « Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi, et qu’il boive » (Jn 7, 37). Frères et sœurs, notre communauté assoiffée s’élance vers le Christ, source d’eau vive ; cette eau qui désaltère et fait fleurir la vie, cette eau de l’amour de Dieu « répandu dans nos cœurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné » (Rm 5, 5).

    Le désir de Dieu habite notre cœur au plus profond, et nous crions avec le Psalmiste : « Mon âme a soif de Dieu, le Dieu vivant » (Ps 41, 3) ! C’est le cri d’un homme, humble et passionné, dont la soif la plus intérieure et existentielle ne cesse de grandir. Or c’est Jésus-Christ, par son incarnation, qui rejoint tout homme dans son histoire et se révèle à lui comme la véritable source d’eau vive capable d’étancher sa soif. Il ne s’agit pas tant d’une soif matérielle que d’une soif de sens, de vérité et d’accomplissement qui habite le cœur de chacun. Jésus répond à ce désir profond de relation, de communion avec Dieu, en qui réside la plénitude de la vie pour toujours.

    Dans la première Lecture, le prophète Ézéchiel voyait l’eau jaillir du Temple et, se répandant dans le désert, purifier et fertiliser toute chose (cf. Ez 47, 1-2.8-9.12). Plus tard, saint Jean verra l’eau jaillir du côté transpercé de Jésus rendant l’Esprit (cf. Jn 19, 30-34). Tous peuvent alors s’abreuver à cette source afin de renaître et recevoir le don de l’Esprit pour devenir enfants de Dieu, des créatures nouvelles.

    Frères et sœurs, force est de constater qu’ici-bas, rien ne parvient à nous combler pleinement. Lorsque nous croyons enfin notre recherche achevée et nos efforts récompensés, bien souvent le vide intérieur resurgit, plus profond encore. Alors, pour le combler, il se peut que nous recherchions de nouveaux plaisirs, que nous voulions posséder de nouvelles choses, que nous fassions tout pour nous “divertir” afin de ne plus ressentir ce malaise intérieur !

    La Liturgie de la Parole de ce jour nous invite à sonder notre cœur : quelle est notre soif la plus profonde ? Que cherchons-nous vraiment dans la vie ? Nous aspirons tous au bonheur, à l’amour, à l’épanouissement. Mais à quelle source cherchons-nous à étancher notre soif ? Nous contentons-nous de biens matériels, de satisfactions immédiates, de petites idoles si nombreuses qui promettent monts et merveilles mais laissent notre cœur vide? Baptisés, nous avons reçu l’eau vive dont parle l’Évangile, mais avons-nous vraiment rencontré le Christ personnellement ? L’être humain est fondamentalement un être de désir et seul Dieu peut combler le vide intérieur. Oui, frères et sœurs, Jésus-Christ, le Bon Pasteur nous guide, comme le berger guide ses brebis, vers la source du bonheur et de la paix. Il connaît chacun et chacune de nous par son nom. Rien ne lui échappe de nos secrets, de nos intentions, de nos faiblesses. Il scrute les profondeurs de notre cœur. Il a donné sa vie pour nous et continue de la donner par les sacrements. Il porte sur ses épaules les brebis fatiguées ou blessées, et ramène avec délicatesse celles qui se sont égarées. Jésus révèle l’amour inconditionnel de Dieu pour nous. Pour Lui, aucun de nous n’est un numéro sur une carte d’identité, ni un matricule, mais une personne, une personne unique et irremplaçable.

    Vous voyant ici rassemblés, frères et sœurs, héritiers d’une longue et belle histoire sainte en France, je vous dis : abreuvez-vous, à votre tour, à cette source qu’est le Cœur de Jésus transpercé. Oui, vous avez soif de Dieu, de vie, de vérité, d’unité, de paix, de communion, de bonheur. Vous aspirez à redécouvrir un horizon lumineux, à bâtir une nation renouvelée à partir de ses racines irriguées par la foi. Ne gardez pas cette foi en Jésus-Christ pour vous-mêmes, mais laissez-la déborder pour abreuver et combler les personnes que vous rencontrez. Il vous revient d’apporter l’espérance là où règnent le découragement et la sécheresse spirituelle.

    C’est en acceptant de vivre en vérité sous le regard de Jésus que nous sommes authentiques, que nous pouvons regarder nos vies avec lucidité. Elles sont, certes, fragiles, vulnérables, vouées au passage de la mort, mais elles sont aussi merveilleuses, miraculeuses, capables de se renouveler dans leurs relations et de s’ouvrir au véritable amour.

    « Celui qui croit en moi, […] de son cœur couleront des fleuves d’eau vive » (Jn 7, 38). En nous abreuvant à la source qu’est le cœur du Christ, nous devenons nous-mêmes, comme l’a écrit Origène, des puits, des sources et des fleuves pour les autres (cf. Homélie 12, 1, 2-3). Le croyant qui y boit devient lui aussi source de vie par son lien existentiel avec le Christ et communique cette même vie au prochain.

    Chers frères et sœurs, l’eau vive de l’Esprit Saint s’est répandue en abondance et continue à porter ses fruits dans l’Église par les missionnaires et les témoins dans toutes les cultures et de tous les peuples. Elle féconde tout ce qui se laisse toucher, transformer par elle pour produire son fruit, c’est-à-dire la sainteté de ceux qui adorent le Dieu véritable et servent leurs frères et sœurs dans la charité avec générosité. Dans ce beau pays qu’est la France, beaucoup se sont abreuvés à cette eau vive au fil des siècles et ont totalement consacré leur vie au bien : les premiers martyrs tels Blandine, Pothin, Irénée ; les saints fondateurs et fondatrices d’Ordre religieux, les saints évêques comme Martin, François de Sales ; les hommes et les femmes au cœur sensible aux besoins de leurs prochains comme Vincent de Paul, Frédéric Ozanam, Jeanne Jugan, et tant d’autres. Encore aujourd’hui, ils sont nombreux dans notre société, nos paroisses, nos différentes activités, ceux qui continuent à s’engager en faveur de la vie, de la famille, de la vérité, de la paix, de la fraternité, de la justice.

    De cette belle ville de Paris, je prie avec ferveur pour que l’eau vive de l’Esprit Saint se répande sur toute la France. Je pense à vous, chères familles, qui, malgré les multiples difficultés que vous affrontez au quotidien, persévérez courageusement dans votre mission. Je vous remercie du fond du cœur pour tout le bien qui se réalise à travers vous : que Jésus soit toujours concrètement présent au milieu de vous. Je pense à vous chers jeunes, vous êtes l’Église d’aujourd’hui. Comme il est beau de voir votre enthousiasme, votre dynamisme, votre engagement et la joie au sein des communautés chrétiennes. Je pense également à vous, chers catéchumènes et néophytes qui entreprenez le chemin de la foi, de la conversion et de l’initiation chrétienne. Puissiez-vous témoigner à d’autres autour de vous du cheminement que vous vivez et les motiver à s’interroger à leur tour. Que le don de l’Esprit Saint fasse de vous des témoins vivants prêts à répandre autour de vous la civilisation de l’amour.

    Frères et sœurs, tournons-nous vers la Mère de Dieu, Source de Salut, celle qui guide nos vies vers son Fils, Auteur de toute grâce. Par son “oui” libre et confiant, elle est devenue l’écrin, humble et voulu par Dieu, où l’amour du Père s’est incarné pour se donner au monde.

    Invoquons-la avec confiance, afin que par son intercession, des sources d’eau vive jaillissent au sein du Peuple de Dieu et fassent partout fleurir en France des germes de foi, d’espérance et de charité.

    Amen !

  • Est-il miséricordieux de violer la dignité fondamentale de la personne humaine en mettant fin à sa vie ?

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    De Fionn Shiner sur Crux Now :

    L’euthanasie d’un enfant néerlandais de presque deux ans est un exemple de « miséricorde » utilisée pour justifier des actes contestables, déclare un cardinal à Crux Now.

    L’euthanasie récente d’un enfant de près de deux ans aux Pays-Bas montre que l’idée de miséricorde est « souvent utilisée de nos jours pour justifier des actions éthiquement discutables », a déclaré un cardinal néerlandais de haut rang.

    S'adressant à  Crux Now,  le cardinal Wim Eijk, président de la Conférence des évêques néerlandais et évêque de la Conférence chargé de l'éthique médicale, a expliqué que le cas de l'enfant handicapé euthanasié à la fin de l'année dernière montre que la miséricorde est mal comprise dans les cultures occidentales.

    « De nos jours, le mot « miséricordieux » est souvent utilisé pour justifier des actes moralement discutables. Mais est-il miséricordieux de violer la dignité fondamentale de la personne humaine en mettant fin à sa vie ? » a déclaré Eijk.

    « Ce qui relève véritablement de la miséricorde, c’est d’apporter des soins adéquats, en l’occurrence des soins palliatifs. Si les formes classiques de soins palliatifs s’avèrent insuffisantes pour réduire la souffrance à un niveau supportable, la sédation palliative peut constituer une solution », a-t-il ajouté.

    L'enfant est né prématurément à 26 semaines et a subi des lésions cérébrales ayant entraîné une paralysie cérébrale et une déficience visuelle. Il souffrait également de crises d'épilepsie, présentait une bronchiolite et souffrait d'insomnie.

    Ses parents et le médecin ont décidé de mettre fin à la vie de l'enfant, profitant d'une nouvelle législation néerlandaise autorisant l'euthanasie des mineurs, introduite en 2024. Le cas de cet enfant était le premier du genre.

    Plus tôt ce mois-ci, un comité d'examen néerlandais a conclu que l'affaire avait été « bien gérée », même si certains médecins impliqués n'étaient pas d'accord avec cette décision.

    Eijk a déclaré que cela montre que « beaucoup de gens dans la société occidentale préfèrent la mort à une vie avec un handicap ».

    « La société actuelle a plus de mal à accepter la souffrance et le handicap. Cela se manifeste notamment par la tendance, chez la plupart des gens, à considérer l'apparence parfaite comme l'idéal. Même en l'absence d'imperfections visibles, nombreux sont ceux qui ont recours à la chirurgie esthétique, alors qu'elle est en réalité inutile », a-t-il déclaré.

    Eijk a également déclaré qu'il existait d'autres moyens de soulager la souffrance et que, dans certains cas, il était licite de supprimer la conscience même si cela devait finalement entraîner la mort.

    « Si, malgré l’utilisation d’analgésiques et d’autres mesures visant à réduire les symptômes pénibles à un niveau tolérable, il peut être permis de supprimer la conscience en administrant des sédatifs, dans la mesure nécessaire pour rendre les symptômes supportables. Il peut parfois être nécessaire de supprimer complètement la conscience », a-t-il déclaré.

    « Dans ce cas, le patient ne s’alimentera ni ne s’hydratera, et finira par mourir. La mort n’est cependant pas l’intention première, mais un effet secondaire, justifiable faute d’autres traitements possibles », a expliqué Eijk. 

    L'intégralité de l'interview entre  Crux Now  et Eijk est disponible ci-dessous.

    Cet entretien a été raccourci.

    Question cruciale : Pourquoi pensez-vous que certaines personnes préfèrent la mort à une vie avec un handicap ?

    Eijk : Je pense que beaucoup de gens dans les sociétés occidentales préfèrent la mort à une vie handicapée. Jusque dans les années 1960, la plupart des gens étaient bien mieux armés pour faire face à la souffrance, à l’adversité, à la maladie et au handicap qu’aujourd’hui. La société actuelle est moins apte à gérer la souffrance et le handicap.

    Cela se manifeste très clairement dans la tendance actuelle de la plupart des gens à considérer l'apparence parfaite comme l'idéal. Même en l'absence d'imperfections visibles, nombreux sont ceux qui ont recours à la chirurgie esthétique, alors qu'elle est en réalité inutile. Dans ce contexte, il est extrêmement difficile d'accepter la maladie et le handicap, surtout lorsqu'aucun traitement n'est possible.

    De plus, le respect de la dignité inviolable de la vie humaine s'est érodé ces dernières décennies. Par conséquent, face à la maladie et au handicap, la décision de mettre fin à ses jours est souvent prise, car les personnes ne souhaitent plus être confrontées à de telles situations.

    Pourquoi les Pays-Bas font-ils partie des trois seuls pays à autoriser l'euthanasie pour les mineurs ?

    La loi néerlandaise sur l'euthanasie stipule que la vie des personnes souffrant de souffrances insupportables et désespérées peut être interrompue sous certaines conditions, à condition qu'elles le choisissent de leur plein gré. Cette loi s'applique donc dès l'âge de 12 ans.

    À partir de 18 ans, chacun peut décider lui-même si l'euthanasie doit être pratiquée sur lui. Entre 16 et 18 ans, la décision revient au jeune concerné, mais ses parents doivent être consultés.

    Entre 12 et 16 ans, ce sont les parents qui prennent la décision concernant l'euthanasie, mais le jeune concerné doit être consulté. 

    En outre, la législation néerlandaise autorise l'interruption tardive de grossesse, c'est-à-dire l'avortement à partir du moment où le fœtus est viable hors de l'utérus (ce qui est présumé être le cas à partir de la 24e semaine de gestation). Cette législation prévoit également l'interruption de grossesse chez les nouveau-nés jusqu'à l'âge d'un an.

    Il n'existait aucune législation encadrant l'euthanasie des enfants âgés de un à douze ans. Les pédiatres estimaient que, dans le cas de certains enfants souffrant de maladies graves et incurables, ils devraient pouvoir pratiquer l'euthanasie sans risquer de poursuites judiciaires. Ils ont donc exhorté les responsables politiques à légiférer en ce sens.

    En conséquence, une réglementation officielle concernant l'euthanasie des enfants âgés de un à douze ans a été introduite en 2024. Les enfants âgés de un à douze ans ne peuvent être considérés comme capables de décider de leur plein gré de mettre fin à leur vie.

    Dans leur cas, le médecin et les parents ont donc dû conclure qu'aucun traitement médical ne pouvait guérir la maladie ni soulager les souffrances, et que ces dernières n'étaient possibles qu'en mettant fin à la vie de l'enfant. Ils préfèrent, si possible, prendre cette décision en concertation avec lui.

    Toutefois, il est stipulé que les mesures mettant fin à la vie ne doivent pas être prises si l'enfant exprime le souhait de continuer à vivre.

    Que révèle un cas comme celui-ci sur la philosophie sous-jacente d'une culture ?

    Depuis les années 1960, époque où la prospérité a permis de vivre indépendamment des autres, la culture est devenue individualiste et, au fil des décennies, même hyper-individualiste. L'idéal éthique de cette culture est l'autonomie de l'individu.

    Au départ, cette autonomie signifiait qu'un individu ne devait pas être empêché d'agir à sa guise, sauf si cela nuisait à autrui. Progressivement, cet idéal a évolué, au point que l'autonomie en est venue à englober le fait d'être ce que l'on souhaitait être : homme, femme, personne non binaire, ou, par le biais de procédures de changement de sexe, appartenir aussi étroitement que possible au sexe opposé.

    Cette autonomie en est venue à signifier également que l'individu avait le droit, sous certaines conditions, de mettre fin à sa vie par euthanasie.

    De plus, une vision dualiste de l'humanité prévaut dans la culture actuelle. La conscience est considérée comme la véritable essence de l'être humain : le centre cérébral où résident la capacité de penser, l'aptitude à prendre des décisions autonomes et celle de nouer des relations humaines.

    Le corps, en quoi les êtres humains ne diffèrent pas du règne animal, est perçu comme secondaire, comme un moyen par lequel la personne humaine – c’est-à-dire la conscience – s’exprime. Si une personne acquiert la conviction que le corps, et donc la vie physique, a perdu toute valeur, elle peut choisir d’y renoncer et de mettre fin à ses jours.

    Objectivement parlant, l'être humain n'est ni seulement son corps, ni seulement son âme, mais bien l'âme et le corps. Le corps est une composante essentielle de la personne humaine. La suppression de son corps constitue donc une atteinte fondamentale à sa dignité inhérente.

    Les partisans de l'euthanasie diraient probablement que l'enfant souffrait atrocement et que, par conséquent, mettre fin à ses jours était un acte de miséricorde. Pourquoi l'Église enseigne-t-elle que ce raisonnement est dangereux ?

    Le mot « miséricordieux » est souvent employé de nos jours pour justifier des actes moralement discutables. Mais est-il miséricordieux de violer la dignité fondamentale de la personne humaine en mettant fin à sa vie ?

    Ce qui relève véritablement de la miséricorde, c'est d'apporter des soins adéquats, en l'occurrence des soins palliatifs. Si les formes classiques de soins palliatifs s'avèrent insuffisantes pour réduire la souffrance à un niveau supportable, la sédation palliative peut constituer une solution.

    Si, malgré l'utilisation d'analgésiques et d'autres mesures visant à réduire les symptômes pénibles à un niveau tolérable, il peut être permis de supprimer la conscience en administrant des sédatifs, dans la mesure nécessaire pour rendre les symptômes supportables. Il peut parfois être nécessaire de supprimer complètement la conscience.

    Dans ce cas, le patient cessera de s'alimenter et de s'hydrater, et finira par mourir. La mort n'est cependant pas l'intention première, mais un effet secondaire justifiable faute d'autres traitements.

    Quelles mesures concrètes l'Église peut-elle prendre pour enrayer la progression de l'euthanasie ?

    L’Église doit continuer de proclamer la dignité fondamentale de la vie à laquelle tout être humain, sans exception, a droit de la conception à la mort naturelle. Cela signifie que, selon la loi morale naturelle, la vie d’un être humain innocent est inviolable. Sur cette base, des actes tels que l’avortement, l’euthanasie et le suicide assisté sont, par essence, moralement répréhensibles.

    De plus, l’Église doit continuer à souligner l’importance de soins palliatifs adéquats. Les soins palliatifs, y compris la sédation palliative, rendent l’euthanasie inutile.

    Il est également important que l'Église continue de proclamer la spiritualité chrétienne de la souffrance, ce qui est généralement trop peu fait. Dans nos souffrances, comme le dit Jean-Paul II, nous pouvons découvrir un appel à suivre le Christ dans ses souffrances d'une manière particulière.

    Nous portons alors notre croix avec Jésus. Unis à lui dans sa souffrance et sur sa croix, nous pouvons puiser une grâce et une force particulières pour supporter nos propres souffrances. En réalité, c'est Jésus qui porte alors notre croix pour nous. 

    Pourquoi pensez-vous que l'Église a perdu le débat sur des questions telles que l'euthanasie et l'avortement dans le monde occidental ? Croyez-vous qu'il soit possible de reconquérir le terrain culturel ?

    Comme je l'ai dit en réponse à la deuxième question, depuis les années 1960, une culture hyper-individualiste a émergé, dont l'idéal éthique est l'autonomie de l'individu. Cette culture est réfractaire à une morale partagée par une communauté. L'Église est, par essence, une communauté de croyants, fondée par le Christ.

    Dans son message, l'Église défend une morale partagée par tous. L'hyper-individualiste, en revanche, n'est pas réceptif à une telle conviction morale commune.

    Une culture chrétienne peut-elle être rétablie, même en Occident ? Ces cinq ou six dernières années, nous avons constaté – notamment en France, mais aussi aux Pays-Bas et en Angleterre – une augmentation annuelle du nombre de jeunes souhaitant rejoindre l’Église.

    Il y a aussi de jeunes catholiques qui, bien que baptisés enfants, n'ont reçu aucune autre éducation religieuse et qui découvrent leur identité catholique. Ils décident ensuite de vivre en accord avec elle. Ils prennent conscience du vide de la culture actuelle.

    Cette culture ne propose aucun critère permettant de distinguer le vrai du faux, le bien du mal. C'est pourquoi ses habitants se mettent en quête de la vérité. Ils découvrent le Christ comme la vérité incarnée et son Église comme l'enseignante de cette vérité sur TikTok et autres réseaux sociaux.

    Ces jeunes croyants sont généralement enclins à adhérer pleinement à l'enseignement de l'Église, notamment en ce qui concerne le respect de la vie humaine. C'est un phénomène encourageant.

    Cela remet-il en cause la culture actuelle ? Non, mais cela sème les graines de ce que le pape Benoît XVI appelle une « minorité créative ». Un jour, lorsque la culture hyper-individualiste actuelle s’effondrera sous le poids de son propre vide, cette minorité pourra contribuer à l’émergence d’une nouvelle culture chrétienne. 

  • Léon XIV à Paris : une parole catholique qui ne s’excuse pas d’être catholique

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    Léon XIV à Paris : une parole catholique qui ne s’excuse pas d’être catholique

    Il y avait quelque chose d’assez inhabituel dans les paroles de Léon XIV à Paris : le pape n’a pas semblé éprouver le besoin de demander pardon au monde d’être catholique.

    Pas de christianisme réduit à quelques bons sentiments. Pas de foi transformée en simple supplément d’âme humanitaire. Pas de dilution du message chrétien dans le vocabulaire convenu du moment. Léon XIV a parlé au monde contemporain, mais il ne lui a pas abandonné, pour autant, les catégories propres de la foi catholique.

    C’est une distinction essentielle : dialoguer avec son époque ne signifie pas nécessairement lui donner raison sur tout. Écouter les interrogations du monde ne signifie pas que l’Église doive renoncer à ses propres réponses.

    Et c’est sans doute ce qui frappe le plus dans les paroles prononcées à Paris : sur plusieurs sujets décisifs — la vie humaine, la bioéthique, le droit international, la laïcité, l’éducation et la foi — Léon XIV a réaffirmé une vision de l’homme qui ne se confond pas avec les catégories dominantes de la culture contemporaine.

    La vie humaine : un droit qui précède tous les autres

    C’est probablement sur la question de la vie que le contraste apparaît avec le plus de netteté.

    Devant les autorités françaises, Léon XIV a déclaré que « la protection du droit à la vie constitue le fondement incontournable de tout autre droit humain ». Il a également appelé à « accueillir la vie sans condition », à « soutenir la fragilité avec tendresse » et à défendre « ceux qui n’ont pas de voix ».

    La formule est capitale. Le pape ne place pas la vie parmi une liste de droits concurrents : il la présente comme le fondement des autres droits.

    Il faut être précis : dans ce discours, Léon XIV ne prononce pas explicitement le mot « avortement ». Mais le principe qu’il pose est sans ambiguïté : la vie humaine doit être accueillie et protégée sans condition.

    Cette affirmation entre nécessairement en tension avec l’évolution récente du droit français. Depuis mars 2024, la Constitution garantit à la femme une liberté de recourir à l’interruption volontaire de grossesse.

    Il ne s’agit pas de prétendre que ces deux formulations répondent exactement à la même question juridique. Mais elles révèlent deux points de départ anthropologiques différents.

    D'un côté, la liberté de recourir à l'IVG est constitutionnellement garantie ; de l'autre, le pape rappelle que le droit à la vie constitue le fondement même de tous les autres droits.

    Derrière la controverse juridique se trouve donc une question beaucoup plus profonde : qu'est-ce qui doit être placé au premier plan lorsque la liberté d'une personne entre en tension avec la vie d'un autre être humain ?

    Léon XIV, lui, ne contourne pas la question.

    L’aide à mourir : quand la mort devient une réponse sociale

    Le contraste est encore plus direct concernant la fin de vie.

    La France a désormais institué un droit à l'aide à mourir dans certaines circonstances. Le dispositif permet, sous des conditions précises, le recours à une substance létale.

    Or, devant les autorités françaises, Léon XIV a dénoncé « l'offre d'une mort programmée ».

    La formule est particulièrement forte, précisément parce qu'elle intervient dans un pays qui vient de franchir une nouvelle étape législative sur cette question.

    Le pape pose ici une limite fondamentale : la souffrance humaine ne saurait transformer la mort provoquée en solution médicale ordinaire.

    Il ne s'agit pas simplement d'une divergence sur les garanties entourant l'aide à mourir. C'est une différence concernant la signification même du soin.

    La logique catholique consiste à accompagner la personne souffrante, à soulager sa douleur, à entourer sa fragilité et à ne jamais considérer que la dépendance ou la souffrance lui fait perdre sa dignité.

    Léon XIV parle précisément de « soutenir la fragilité avec tendresse ».

    La formule mérite d'être méditée dans une société où l'autonomie est devenue une valeur centrale. Car que devient la dignité lorsque l'homme n'est plus autonome ? Que vaut une vie lorsqu'elle est devenue entièrement dépendante des autres ?

    La réponse chrétienne est radicale : elle vaut toujours autant.

    La personne âgée, malade, handicapée ou mourante ne possède pas une dignité diminuée. Elle possède la même dignité humaine que lorsqu'elle était jeune, forte, autonome et productive.

    L’homme n’est pas une matière disponible

    Léon XIV élargit d'ailleurs son propos à d'autres questions bioéthiques : il évoque notamment « les manipulations génétiques, la gestation pour autrui, l'achat d'organes », auxquels il associe « l'offre d'une mort programmée ».

    Ce rapprochement révèle la cohérence de sa pensée.

    Dans tous ces domaines apparaît la même question : l'être humain peut-il devenir un objet disponible entre les mains de la technique, du marché ou de la volonté individuelle ?

    Ce qui est techniquement possible n'est pas nécessairement humainement souhaitable.

    La science donne à l'homme des possibilités extraordinaires. Mais elle ne lui fournit pas, à elle seule, le critère permettant de déterminer ce qu'il doit faire de ces possibilités.

    C'est précisément pourquoi Léon XIV rappelle la nécessité d'une conscience morale capable de discerner le bien.

    La liberté n’est pas l’unique mesure du bien

    On retrouve ici l'un des points fondamentaux du message pontifical.

    La culture contemporaine tend souvent à penser la dignité humaine à partir de l'autonomie : je suis libre, donc je dois pouvoir décider.

    Le christianisme part d'un autre principe : je suis une personne, donc ma dignité ne dépend pas de ma capacité à décider, à produire, à être autonome ou à exercer un contrôle sur ma propre existence.

    Cette différence explique une grande partie des tensions actuelles sur l'avortement, l'euthanasie, la procréation ou les manipulations génétiques.

    À Paris, Léon XIV n'a donc pas livré une simple critique circonstancielle de telle ou telle loi française. Il a placé devant la France une question beaucoup plus fondamentale :

    Jusqu'où une société peut-elle étendre le domaine de la liberté individuelle lorsqu'est en jeu la vie d'un autre être humain — l'enfant à naître — ou la vie de celui qui, devenu vulnérable, demande qu'on mette fin à ses souffrances ?

    Face à une culture qui tend à définir certains choix en termes de droits — droit à l'IVG, droit à l'aide à mourir — le pape rappelle un principe antérieur à ces droits : la vie humaine elle-même mérite protection, indépendamment de sa force, de son autonomie ou de son utilité.

    La laïcité n’est pas l’effacement du religieux

    Autre sujet particulièrement sensible en France : la laïcité.

    Léon XIV n'a évidemment pas réclamé un retour à une quelconque confusion entre l'Église et l'État. Mais il a rappelé devant les autorités françaises les « riches racines chrétiennes » de la France et la contribution du christianisme à son histoire intellectuelle, culturelle et spirituelle.

    Ce rappel est loin d'être anodin.

    La laïcité peut être comprise comme la neutralité de l'État à l'égard des religions et comme la garantie de la liberté de conscience. Elle ne devrait pas nécessairement signifier que les convictions religieuses doivent disparaître de l'espace public.

    La neutralité de l'État n'exige pas la neutralisation des croyants.

    Les catholiques sont des citoyens comme les autres. Ils ont donc le droit de participer au débat public à partir de leur foi, de leur conception de la personne humaine et de leur vision du bien commun.

    Léon XIV semble ainsi rappeler une distinction devenue essentielle : respecter la laïcité ne signifie pas renoncer à la vérité ; respecter la liberté de conscience ne signifie pas renoncer à annoncer l'Évangile.

    Une autre conception de l’éducation

    À l'UNESCO, le pape a prolongé cette réflexion sur le terrain de l'éducation.

    Face aux promesses de l'intelligence artificielle et du progrès technologique, il a rappelé que la machine peut établir des corrélations mais qu'elle ne peut répondre aux questions fondamentales concernant « le sens de la vie humaine ».

    Et cette formule particulièrement heureuse : « Le sens est l'oxygène de l'esprit. »

    Éduquer ne consiste donc pas seulement à transmettre des compétences, à préparer à un métier ou à apprendre à maîtriser les nouvelles technologies.

    Éduquer, c'est aussi apprendre à rechercher la vérité, à discerner le bien et à donner un sens à son existence.

    Léon XIV va jusqu'à affirmer que « la recherche de la vérité » est une question de « justice sociale ».

    Dans une époque où la vérité est souvent réduite à une opinion personnelle, cette affirmation n'est pas secondaire.

    Et surtout : annoncer le Christ

    Mais toutes ces questions — la vie, la dignité, la liberté, l'éducation, la paix, la société — ne constituent finalement que les conséquences d'une affirmation plus fondamentale.

    L'Église est là pour annoncer le Christ.

    Au Stade de France, devant des dizaines de milliers de jeunes, Léon XIV n'a pas présenté le christianisme comme une simple tradition culturelle française ou comme une source de valeurs humanistes parmi d'autres. Il leur a parlé de Jésus-Christ, de l'Esprit Saint, du salut, de l'espérance et de la vie éternelle.

    C'est peut-être là le véritable fil conducteur de son séjour parisien.

    À l'Élysée : la dignité de l'homme et le droit à la vie.

    À l'UNESCO : la vérité et le sens de l'existence.

    À Notre-Dame : la foi et l'espérance chrétiennes.

    Au Stade de France : le Christ et la vie éternelle.

    Tout se tient.

    Léon XIV semble rappeler que l'Église n'a pas seulement une histoire à conserver, des œuvres sociales à accomplir ou un patrimoine à défendre. Elle a une foi à transmettre et un Évangile à annoncer.

    Et c'est peut-être précisément ce qui donne à ses paroles leur tonalité particulière.

    Il ne s'agit pas d'une Église qui chercherait à être « moderne » en épousant les catégories du moment. Il s'agit d'une Église qui accepte de dialoguer avec le monde sans devenir le miroir du monde.

    Écouter sans se soumettre.
    Dialoguer sans se diluer.
    Respecter la laïcité sans accepter l'effacement du religieux.
    Défendre la liberté sans oublier les devoirs envers les plus vulnérables.
    Accompagner la souffrance sans faire de la mort une solution.
    Accueillir la modernité sans faire de la technique le critère ultime du bien.
    Et surtout, parler au monde du Christ sans avoir honte de parler comme l'Église.

    À Paris, Léon XIV n'a donc pas simplement commenté l'évolution de la société française.

    Il lui a proposé une autre conception de l'homme.

    Et c'est probablement là que se trouve la portée la plus profonde de son message : dans une société qui proclame de nouveaux droits, le pape rappelle qu'il existe quelque chose qui les précède tous — la dignité inviolable de la personne humaine et, avec elle, le droit à la vie.

    Une Église qui ne rougit pas de son message n'est pas nécessairement une Église fermée au monde.

    Elle peut être, au contraire, une Église qui a encore quelque chose à lui dire.

    (avec l'IA)

  • La veillée du pape avec les jeunes à Paris : un très beau moment

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    Oui, ce qui frappe dans cette veillée, au-delà de son ampleur exceptionnelle, c’est précisément la manière dont la joie et la profondeur spirituelle ont été articulées.

    Le Stade de France, rempli par quelque 80 000 jeunes de 17 à 35 ans, aurait pu devenir un immense spectacle. Il y eut effectivement des chants, des artistes et une atmosphère festive. Mais la soirée a progressivement conduit cette foule vers tout autre chose : la prière, le silence, la contemplation et la mémoire de la foi.

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    Une Église qui assume son histoire

    Un des éléments les plus significatifs est certainement la fresque consacrée aux saints de France : Thérèse de Lisieux, Charles de Foucauld, Louis et Zélie Martin, Frédéric Ozanam, Jean-Marie Vianney, Bernadette Soubirous, François de Sales, Vincent de Paul, Louise de Marillac, Jean-Baptiste de La Salle, Louis-Marie Grignion de Montfort, Bernard de Clairvaux et bien d'autres.

    Ce choix avait une portée particulière : il ne s'agissait pas de présenter aux jeunes une Église abstraite ou désincarnée, mais de leur montrer une histoire, une continuité, des visages et des vies offertes au Christ. Le diocèse de Paris avait d'ailleurs explicitement présenté cette évocation des saints comme une manière d'inscrire la jeunesse dans « une continuité du témoignage de la foi, de génération en génération ».

    Et la présence de la Sainte Tunique d'Argenteuil, suivie d'un véritable moment de silence et de recueillement dans le stade, a donné à cette soirée une dimension sacrée particulièrement forte.

    Puis le silence au milieu de 80 000 personnes

    C'est peut-être là le plus beau contraste : après les chants et l'enthousiasme, 80 000 jeunes ont été invités au silence et à la prière.

    Léon XIV ne leur a d'ailleurs pas proposé un message de circonstance. À partir de saint Paul, il les a invités à devenir des hommes et des femmes de Dieu et à avancer vers la sainteté. Il a résumé son exhortation autour de trois verbes : « évite, tends et combats » — éviter l'orgueil, la vanité, la violence et la cupidité ; tendre vers la justice, la foi, la charité, la patience et la douceur ; et mener le « combat de la foi », non contre les autres, mais contre ce qui éloigne de Dieu.

    La soirée s'est finalement achevée par les Complies, à 23 heures : ce détail est loin d'être anodin. Une foule immense réunie dans l'un des plus grands stades de France pour terminer non par un simple « show », mais par la prière liturgique de l'Église.

    Il y a donc effectivement quelque chose de très différent de certaines formes de célébrations où l'expression festive finit par prendre toute la place. Ici, la fête n'a pas remplacé le sacré : elle y a conduit.

    Et c'est peut-être le signe le plus intéressant de cette soirée : ces 80 000 jeunes n'ont manifestement pas eu besoin qu'on leur cache la dimension religieuse de leur rencontre. On leur a parlé de Dieu, du Christ, de l'Esprit Saint, de la sainteté, des saints, de la prière et de la vocation — et ils étaient là, nombreux.

    Ce n'est peut-être pas une Église qui cherche à paraître jeune ; c'est une Église qui parle aux jeunes de ce qui est au cœur de sa foi.

    De jeunes catholiques se joindront au pape Léon XIV au stade national de football, au nord de Paris, le 25 septembre 2026, pour prier et écouter son message pour l'Église. | Crédit : Vatican Media

    (Vatican Media)

    (avec l'IA)