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Ethique

  • « Homos et cathos » : quand l’Église est sommée de se soumettre au monde

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    De Philippe Marie sur Tribune Chrétienne :

    « Homos et cathos » ou l’Église sommée de se soumettre au monde

    Homos et cathos L'Eglise à l'épreuve du réel - broché - Jean-Paul Vesco,  Claire Bévierre, Florence Euverte - Achat Livre ou ebook | fnac
    Avec le livre "Homos et cathos. L’Église à l’épreuve du réel", préfacée par le cardinal Vesco, une partie du catholicisme occidental tente d’imposer une "révision "naturelle" de la doctrine de l’Église

    Publié le 13 mai 2026 aux éditions Desclée de Brouwer, Homos et cathos. L’Église à l’épreuve du réel est un ouvrage collectif dirigé par Claire Bévierre et Florence Euverte, en lien avec l’association Reconnaissance, fondée par des parents catholiques d’enfants homosexuels. Le livre rassemble des témoignages de familles, de croyants homosexuels ainsi que des contributions de théologiens, moralistes et exégètes plaidant pour une révision profonde du regard de l’Église catholique sur l’homosexualité. L’ouvrage bénéficiera probablement d’une forte visibilité chez certains médias dits  » catholiques », toujours favorables aux appels à la « réinvention » ou à la « déconstruction » de la doctrine de l’Eglise, mais plus réservés lorsqu’il s’agit de défendre avec la même vigueur le magistère.

    Cette exposition sera renforcée par la préface du cardinal Jean-Paul Vesco, dont les propos apparaissent comme un soutien à une évolution notable de la doctrine et de la pastorale catholiques concernant les relations homosexuelles. Présenté comme une réflexion pastorale fondée sur « l’expérience vécue », le livre s’inscrit en réalité dans un mouvement plus large de remise en cause de l’enseignement moral traditionnel de l’Église sur la sexualité, le mariage et l’anthropologie chrétienne.

    Le titre lui-même, L’Église à l’épreuve du réel, contient déjà un présupposé important : il suggère que le « réel » contemporain devrait devenir une sorte de tribunal devant lequel l’Église serait appelée à corriger sa doctrine. Or cette manière de poser le problème est déjà discutable. Qu’une réalité sociale existe ne signifie pas qu’elle doive devenir une norme morale ou théologique. Dans la pensée chrétienne, l’existence d’un désir, d’un comportement ou d’une pratique n’a jamais suffi à lui conférer une légitimité morale. Le christianisme n’a jamais enseigné que l’Église devait s’adapter à toutes les évolutions culturelles simplement parce qu’elles sont visibles ou socialement valorisées. Au contraire, l’Église affirme que la Révélation permet précisément de discerner, dans le réel humain, ce qui conduit au bien ou ce qui éloigne de l’ordre voulu par Dieu.

    Dès lors, parler de « l’épreuve du réel » revient à inverser subtilement les rapports : ce n’est plus le réel qui est jugé à la lumière de l’Évangile, mais l’Évangile qui semble devoir être réinterprété à partir du réel contemporain.

    Le projet porté par Homos et cathos se présente comme une démarche d’écoute et de compassion. Pourtant, derrière cette rhétorique pastorale apparaît une logique plus profonde : substituer progressivement l’expérience subjective à la Révélation, la sensibilité moderne à la doctrine et l’air du temps au dépôt de la foi.

    La présentation commerciale du livre révèle immédiatement cette orientation. On y lit que l’ouvrage donne la parole à des chrétiens homosexuels et à des parents refusant « le silence » ou la « marginalisation ». Le cadre rhétorique est ainsi posé dès le départ : la position traditionnelle de l’Église est implicitement associée à l’exclusion et à la souffrance. Le débat doctrinal se trouve alors déplacé vers le registre émotionnel, où la fidélité à l’enseignement classique apparaît d’emblée comme moralement suspecte. La remise en question de la doctrine elle-même n’est jamais réellement abordée. Le point de départ demeure l’expérience individuelle, le ressenti personnel, comme si la vérité devait s’adapter à l’homme plutôt que l’homme chercher à conformer sa vie à la vérité.

    Une autre formule résume bien cette logique : « entre la doctrine et le réel ». Comme si la doctrine appartenait à une abstraction froide tandis que les revendications contemporaines représenteraient seules la vie authentique. Pourtant, la doctrine chrétienne est précisément une lecture du réel humain à la lumière de la Révélation. Lorsque le livre évoque la nécessité de reconnaître chacun « comme il est », il sous-entend que l’identité profonde de la personne se confond avec ses désirs affectifs et sexuels. Or l’anthropologie chrétienne classique refuse cette réduction :

    La dignité humaine ne repose pas sur les désirs mais sur la création de l’homme à l’image de Dieu, tourné vers le Bien. Dans cette perspective, reconnaître pleinement une personne ne signifie pas nécessairement valider moralement toutes ses pratiques ou toutes ses aspirations.

    Le livre développe également l’idée d’une Église « enrichie par la diversité de ses enfants ». Cette formule traduit l’importation dans le langage ecclésial des catégories contemporaines de la diversité identitaire. Or, dans la tradition chrétienne, l’unité de l’Église repose d’abord sur une vérité commune reçue du Christ, et non sur la juxtaposition de subjectivités morales.

    Le véritable enjeu du livre apparaît alors clairement : l’expérience humaine peut-elle devenir un critère capable de corriger la loi morale révélée ?

    Toute l’argumentation repose implicitement sur cette inversion : puisque certains couples homosexuels apparaissent heureux, stables et sincères, la doctrine devrait être repensée. Pourtant, dans la pensée catholique, une relation peut être affectivement authentique tout en demeurant objectivement désordonnée au regard de la loi naturelle et de la Révélation. Contrairement à ce que suggère souvent la rhétorique contemporaine, la position catholique ne provient ni d’une obsession sexuelle ni d’un simple héritage culturel. Elle s’appuie sur une cohérence théologique et anthropologique ancienne.

    Dans la doctrine catholique, la sexualité possède une finalité intrinsèque : l’union de l’homme et de la femme ainsi que l’ouverture à la transmission de la vie. La différence sexuelle n’est donc pas perçue comme un simple construit culturel, mais comme un élément constitutif de l’ordre de la création. C’est pourquoi le Catéchisme de l’Église catholique parle d’actes « intrinsèquement désordonnés », non pour humilier des personnes, mais pour désigner un acte considéré comme objectivement non ordonné à sa finalité propre. L’Ancien et le Nouveau Testament condamnent explicitement les pratiques homosexuelles, et pendant deux mille ans la lecture chrétienne de ces textes n’a pas connu d’ambiguïté majeure.

    Le livre adopte cependant une stratégie devenue fréquente : il ne cherche plus directement à démontrer que la doctrine est fausse, mais à rendre moralement impossible sa défense en l’associant systématiquement à la souffrance, au rejet ou à la violence symbolique. Le débat quitte alors le terrain du vrai pour celui du ressenti et le mot magique  » d ‘inclusion » justifie tout et n’importe quoi. Pourtant, une doctrine n’est pas fausse parce qu’elle est difficile à vivre.

    Le christianisme repose précisément sur une logique de conversion, de combat intérieur et de renoncement.

    Ajoutons que le point le plus révélateur réside peut-être dans l’idée selon laquelle « l’expérience des familles » deviendrait un lieu de vérité théologique. Car si l’expérience vécue devient le critère ultime, alors toute norme stable disparaît. La théologie risque alors de se transformer en simple sociologie émotionnelle. Or le catholicisme affirme exactement l’inverse : la vérité révélée éclaire l’expérience humaine, elle n’est pas déterminée par elle.

    La préface du cardinal Jean-Paul Vesco illustre parfaitement ce déplacement du débat :

    « Qu’il est douloureux de reconnaître que face à une réalité humaine aussi complexe que l’homosexualité, nous peinions tant, en Église, à trouver les mots justes »

    Lorsqu’il évoque la difficulté pour l’Église de « trouver les mots justes » face à l’homosexualité, il présente le problème comme essentiellement linguistique ou pastoral. Pourtant, la difficulté n’est pas d’abord une question de vocabulaire mais de doctrine. L’Église distingue déjà clairement les personnes, qui doivent être accueillies avec respect, et les actes homosexuels, qu’elle considère moralement désordonnés. Le recours fréquent à la notion de « complexité » joue également un rôle important. Bien sûr, les situations humaines sont complexes. Mais cette complexité n’abolit pas automatiquement la possibilité d’un jugement moral. Sinon toute morale cohérente deviendrait impossible.

    Derrière la question homosexuelle se cache en réalité un enjeu beaucoup plus vaste : celui de l’autorité doctrinale de l’Église. Si un enseignement moral constant peut être reconfiguré sous la pression culturelle, alors toute la morale catholique devient potentiellement révisable : mariage, filiation, contraception, différence sexuelle ou bioéthique ( GPA,PMA) de même pour l’euthanasie rebaptisée  » aide à mourir », le concept est le même, on rebaptise le droit de tuer en fraternité et en vraie-fausse dignité.

    L’un des procédés les plus efficaces de ce type d’ouvrage consiste d’ailleurs à brouiller la distinction entre pastorale et doctrine. Officiellement, il ne s’agirait pas de modifier l’enseignement de l’Église, mais simplement d’adapter l’accueil et le langage pastoral. Pourtant, en transformant progressivement les pratiques, les catégories morales et le vocabulaire, on finit par rendre la doctrine traditionnelle pratiquement inapplicable ou incompréhensible.

    Le désaccord fondamental porte finalement sur l’anthropologie elle-même. La culture contemporaine tend à considérer que l’identité profonde réside dans les désirs intérieurs et que toute limite morale constitue une oppression. L’anthropologie chrétienne affirme au contraire que la liberté consiste à ordonner sa vie vers le bien, et non à transformer chaque désir en droit.

    Le livre s’inscrit ainsi dans une dynamique plus large de théologie dite « contextuelle », où les évolutions sociales deviennent progressivement des critères d’interprétation de l’Évangile. Le risque, selon cette critique, est alors de voir le christianisme s’adapter continuellement aux mutations culturelles au lieu d’exercer sur elles un discernement critique.

    Au fond, le débat dépasse largement la seule question de l’homosexualité. Il touche à la manière dont l’Église comprend sa mission : transmettre fidèlement une vérité reçue ou réinterpréter cette vérité à partir des sensibilités contemporaines. La conclusion qui se dégage de cette analyse est claire : la charité chrétienne consiste à accueillir chaque personne avec respect et dignité, sans pour autant modifier ce que l’Église considère comme vrai sur le plan moral. Selon cette perspective, le danger de nombreux ouvrages contemporains est d’utiliser le langage de la compassion pour introduire progressivement une transformation doctrinale implicite, où le réel social contemporain devient finalement la norme d’interprétation de l’Évangile.

    À l’image du Katholikentag allemand, où un stand consacré au BDSM et à une prétendue réflexion « chrétienne » sur le sadomasochisme a été officiellement accueilli, beaucoup de fidèles craignent qu’une fois la doctrine soumise au seul critère du vécu et des évolutions culturelles, plus aucune limite morale ne subsiste réellement et que toute vérité finisse par devenir négociable.

    ( écrit avec la participation d’un prêtre théologien )

  • Le Secrétariat du Synode se désolidarise du rapport controversé contenant des témoignages de couples homosexuels

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    De Javier Arias sur Religion Confidencial :

    Le Secrétariat du Synode se désolidarise du rapport controversé contenant des témoignages de couples homosexuels

    Ils assurent à Religión Confidencial que leur rôle se limite à traduire les résumés, à éditer les rapports, et à les publier et à les diffuser.

    14/05/26

    Le rapport du groupe d’étude 9 sur « Critères théologiques et méthodologies synodales pour le discernement commun des questions doctrinales, pastorales et éthiques controversées », publié par le Secrétariat général du Synode du Vatican le mardi 5 mai, a provoqué une profonde surprise et un malaise dans de larges secteurs ecclésiaux.

    Témoignages de deux couples homosexuels dans le rapport du cardinal Castillo

    La raison ? Le rapport de ce groupe, coordonné par l’archevêque de Lima, le cardinal Carlos Castillo , comportait une annexe avec deux témoignages, l’un d’un Américain et l’autre d’un Portugais, relatant leur expérience de « catholiques » mariés civilement à d’autres hommes . Pire encore, le témoignage de l’Américain s’en prend à l’apostolat Courage qui, se fondant sur la doctrine de l’Église, soutient les personnes attirées par les personnes du même sexe.

    L'attaque contre Courage

    Cette attaque contre Courage (que le pape Léon XIV a reçu en audience privée il y a quelques semaines) a provoqué une réaction de ce mouvement .

    Dans un communiqué publié par Courage le 8 mai, l'organisation considère ce rapport comme « une calomnie et une diffamation à l'encontre de l'organisation et de ses membres ». Elle affirme qu'il s'agit d'une calomnie « car le rapport déforme le travail de Courage », puisqu'elle ne participe pas, et n'a jamais participé, à une « thérapie de conversion », comme cela est allégué.

    « Le groupe de travail aurait pu clarifier ce point simplement en contactant la direction de Courage. Or, au lieu de cela, le rapport présente l’expérience et l’opinion d’une seule personne comme faisant partie d’un document officiel de l’Église », ont-ils déploré.

    Courage affirme avoir subi des calomnies et des diffamations durant toute cette période, « mais généralement de la part des médias laïques ». Par conséquent, l'organisation souligne que « c'est une grande tristesse et une blessure supplémentaire pour nos membres que cette description fausse et injuste figure dans un document du Vatican ».

    L'évêque Munilla demande que cette erreur soit corrigée.

    L'annonce du rapport synodal controversé et la réaction de Courage ont été largement relayées par les médias du monde entier. À tel point qu'en Espagne, Mgr Munilla a tenu à réagir. Récemment, l'évêque d'Orihuela-Alicante a publié un message sur ses réseaux sociaux pour commenter cette actualité.

    Pour Mgr Munilla, « ceux qui s’efforcent chaque jour d’être fidèles à l’Évangile méritent un accompagnement pastoral, et non la suspicion ou la caricature ». Concernant la question de la synodalité, il ajoute qu’« il ne s’agit pas de réinventer la morale chrétienne , mais de la vivre avec plus de fidélité et de charité ». C’est pourquoi il souligne qu’« il ne s’agit pas d’adapter la vérité aux désirs humains, mais de s’entraider pour cheminer vers la vérité ». Mgr Munilla conclut en exprimant sa conviction que « cette grave erreur sera corrigée » .

    Le Secrétariat général du Synode prend ses distances

    Face à l'absence de réponses officielles, Religión Confidencial a contacté le Secrétariat général du Synode pour demander une évaluation de la controverse suscitée par ce rapport et pour connaître leur réponse à la déclaration de Courage.

    L'équipe de communication du Secrétariat général du Synode a déclaré à cette publication que « notre travail s'est limité à la traduction des résumés, à la révision des rapports et à leur publication et diffusion, afin de respecter l'esprit de transparence et de responsabilité qui a caractérisé le processus synodal. »

    En réponse à Religión Confidencial, ils ont déclaré que « les groupes de travail ont œuvré, comme il se doit, de manière autonome ». Par conséquent, « ces rapports ne peuvent être attribués au Secrétariat général » puisque « le logo du Secrétariat n’y figure même pas, seul celui du processus synodal y apparaît ». Pour minimiser l’importance de la question, le Secrétariat général du Synode a souligné que « ces rapports ne sont que des documents de travail ».

  • Le cardinal Eijk accuse le rapport du Synode (n°9) de semer la confusion doctrinale

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    De "Tribune chrétienne" :

    Le cardinal Eijk accuse le rapport du Synode de semer la confusion doctrinale

    "Le rapport normalise de fait les relations homosexuelles dans un contexte ecclésial. Il ne s’agit pas simplement d’une déficience technique : c’est une contradiction fondamentale avec l’enseignement catholique"

    Le cardinal néerlandais Willem Jacobus Eijk hausse le ton contre le rapport final du Groupe d’étude n°9 du Synode sur la synodalité. Dans une tribune publiée le 14 mai 2026 par le National Catholic Register, le prélat néerlandais affirme que ce document ne constitue pas une simple réflexion pastorale, mais une remise en cause profonde de la manière dont l’Église comprend et transmet la vérité morale. « Il ne s’agit pas simplement d’une déficience technique : c’est une contradiction fondamentale avec l’enseignement catholique », écrit-il.

    Le rapport, élaboré dans le cadre du processus synodal lancé par le pape François, propose une nouvelle méthode de discernement ecclésial centrée sur « l’écoute », « l’expérience vécue » et la « conversation dans l’Esprit ». Les auteurs y affirment que certaines questions traditionnellement qualifiées de « controversées » devraient désormais être considérées comme des « questions émergentes ». Cette évolution terminologique n’est pas anodine. Le document explique vouloir dépasser une logique de « résolution de problèmes » fondée sur « l’application déductive de principes établis de manière immuable et rigide ».Le rapport affirme également que la mission de l’Église « n’est pas de proclamer abstraitement des principes » mais d’entrer dans une dynamique pastorale attentive aux contextes culturels et aux situations humaines concrètes. Pour le cardinal Eijk, c’est précisément là que se situe le danger. Il précise que le texte introduit une opposition artificielle entre doctrine et pastorale, comme si la fidélité à la vérité morale pouvait être assouplie au nom de l’accompagnement des personnes : « Le véritable accompagnement pastoral ne cherche pas de compromis avec la vérité morale », insiste-t-il.

    La partie du rapport consacrée aux personnes ayant des attirances homosexuelles cristallise particulièrement les inquiétudes du cardinal. Le Groupe d’étude n°9 propose en effet d’écouter des témoignages de croyants LGBT afin de discerner les « expériences de bonté » présentes dans leurs parcours et dans certaines communautés chrétiennes. Le document explique que ces récits personnels peuvent permettre d’identifier de « bonnes pratiques » ecclésiales et d’ouvrir de nouveaux chemins de discernement pastoral.

    Mais pour le cardinal Eijk, cette approche crée volontairement une ambiguïté doctrinale. Il reproche au texte de présenter certains témoignages favorables aux relations homosexuelles sans rappeler explicitement l’enseignement moral constant de l’Église : « En mettant ainsi en avant de tels témoignages sans commentaire doctrinal, le rapport normalise de fait les relations homosexuelles dans un contexte ecclésial », affirme-t-il.

    Le cardinal critique aussi la manière dont le rapport évoque Courage International, l’apostolat catholique accompagnant les personnes attirées par le même sexe dans une vie de chasteté conforme à l’enseignement de l’Église. Au-delà des questions LGBT, c’est toute l’orientation théologique du document qui suscite l’inquiétude des défenseurs d’une ligne doctrinale classique. Le rapport revendique explicitement un « changement de paradigme » dans la manière d’interpréter et de transmettre la foi. Il affirme également que « la vérité universelle de l’humain, dans son expression historique, ne peut être déterminée une fois pour toutes ».

    Pour le cardinal Eijk, une telle formulation ouvre la porte à une relativisation progressive de la loi morale naturelle et de l’enseignement catholique sur le mariage, la sexualité et la famille. L’archevêque d’Utrecht rappelle au contraire que certaines normes morales sont absolues et ne dépendent ni des cultures ni des circonstances historiques. Dans la ligne de saint Jean-Paul II et de l’encyclique Veritatis Splendor, il insiste sur le fait que la vérité morale ne peut être reconstruite à partir des expériences subjectives :

    « L’enseignement de l’Église n’est ni obscur ni sujet à révision par des processus synodaux », conclut-il. « C’est la vérité qui nous rend libres. »

    Cette prise de parole du cardinal Eijk illustre les tensions croissantes provoquées par le Synode sur la synodalité au sein de l’Église. Alors que certains y voient une occasion de renouvellement pastoral et d’écoute des périphéries, d’autres redoutent une transformation progressive de la doctrine sous couvert de discernement. À Rome, plusieurs cardinaux et évêques proches des milieux doctrinaux conservateurs devraient désormais faire entendre plus ouvertement leurs réserves sur l’orientation prise par certains groupes de travail synodaux : une nouvelle fracture doctrinale apparaît au grand jour dans l’Église catholique.

  • L'European Centre for Law & Justice réagit au projet de recommandation du CEDAW sur les stéréotypes de genre

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    L'ECLJ réagit au projet de recommandation du CEDAW sur les stéréotypes de genre

    12 Mai 2026

    Le 4 mars 2026, le Comité pour l'élimination de la discrimination à l'égard des femmes (le «CEDAW») a publié le projet de recommandation générale sur les stéréotypes de genre (le «projet») et a invité toutes les parties intéressées à soumettre leurs observations sur son contenu. Le projet, qui interprète la portée et la nature des obligations des États au titre de la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes, aborde plusieurs questions sensibles, notamment l’égalité entre les femmes et les hommes, le droit à la vie, le droit au respect de la vie privée et familiale et la liberté de religion.

    Les recommandations du CEDAW visant à lutter contre les «stéréotypes de genre» reposent sur une vision déformée de l’égalité qui perçoit la féminité et la masculinité comme deux forces antagonistes plutôt que comme des ensembles de qualités complémentaires. Une telle vision de l’égalité, qui aspire à l’élimination des différences naturelles entre les femmes et les hommes, porte atteinte à l’essence même du droit à la dignité humaine.

    En outre, dans ses observations concernant les mesures relatives à la santé, le CEDAW recommande aux États parties «d’[a]dopter des mesures visant à dépénaliser l’avortement et à garantir un accès abordable et complet à des services d’avortement sûrs et de qualité, à des services et informations post-avortement, ainsi qu’à des contraceptifs modernes, sans discrimination intersectionnelle ni stéréotypes de genre» (paragraphe 56(c) du projet). Cette recommandation, qui n'a de fondement ni dans la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes ni dans aucun autre texte contraignant de droit international, va à l’encontre des obligations des États en matière de protection du droit à la vie. Au-delà de l’incompatibilité entre l’élargissement de l’accès à l’avortement et le droit à la vie ainsi que d’autres engagements internationaux des États parties (tels que la protection de la maternité), sa dépénalisation et sa facilitation constituent de graves menaces pour la santé des femmes concernées ainsi que pour le fonctionnement de la société dans son ensemble.

    Enfin, le projet contient de multiples recommandations qui vont clairement à l’encontre du droit au respect de la vie privée et familiale et de la liberté religieuse. Tout au long du projet, les institutions familiales et religieuses sont présentées comme étant principalement les cadres dans lesquels les «stéréotypes de genre» sont inculqués et façonnés. Plus précisément, un ensemble de recommandations relatives à la sphère de l’éducation constitue un risque sérieux pour le droit des parents d’éduquer et d’élever leurs enfants conformément à leurs convictions et croyances religieuses. Plusieurs propositions, telles que celle concernant la promotion de «l’inclusion des femmes au sein du clergé des institutions religieuses» et de «leur participation active aux processus de direction et de prise de décision» (paragraphe 61(e) du projet), constituent une ingérence flagrante dans le principe d’autonomie des institutions religieuses.

    Dans ses observations soumises au CEDAW le 6 mai 2026, l’ECLJ dénonce son incompatibilité manifeste avec le droit international des droits de l’homme. Il invite le Comité à réexaminer et à modifier la recommandation générale afin d’assurer sa pleine conformité avec les obligations internationales des États parties.

    Le texte intégral des observations de l’ECLJ soumises au CEDAW est disponible ici en anglais uniquement.

  • Le diable et les « questions émergentes »

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    De Robert Royal sur The Catholic Thing :

    Le diable et les « questions émergentes »

    Certes, ils ne sont pas les seuls. Une bonne partie des travaux actuels sur les Écritures ressemble au travail d'un avocat cherchant des failles juridiques – au nom des sujets « émergents » habituels : les LGBT, l'ordination des femmes, les concessions suicidaires aux « paradigmes » postmodernes. 

    Une longue lignée de médecins, de martyrs, de confesseurs, de saints, d'adeptes spirituels, de saints et saintes, de simples catholiques et de papes – sans   parler des Apôtres et des Pères de l'Église primitive – n'aurait même pas concédé que de tels sujets étaient « controversés », le domaine même que le groupe d'étude était censé examiner. Et encore moins « émergents ». 

    L'homosexualité, les prêtresses et les « paradigmes » hétérodoxes étaient monnaie courante dans le monde païen des premiers siècles chrétiens. Rien de tout cela n'a fait son apparition dans la vie de l'Église à cette époque. Pour les adeptes du Chemin, c'était tout simplement inacceptable.

    Ce qui rend la manière extravagante dont le récent rapport traite les Écritures et la tradition si manifestement absurde, fruit d'un désir maladroitement « contextualisé » de produire un résultat prédéterminé, qu'il soit conforme à la révélation chrétienne ou même à la réalité vérifiable. 

    Le rapport prétend croire qu'il existe un précédent dans les Écritures pour modifier des croyances antérieures, à l'instar des Apôtres qui ont décidé d'exempter les convertis non juifs de certains préceptes de la loi juive :

    À partir du récit des expériences vécues par les Apôtres – en particulier Pierre et Paul avec Barnabé, dans leur ministère d’évangélisation des païens – relu et éclairé par la Parole de Dieu, le processus de dialogue conduit à un discernement communautaire progressif et approfondi de la question. La décision prise synodalement (« cela a paru bon à l’Esprit Saint et à nous » (Ac 15, 28)) exprime la prise de conscience croissante de l’Église quant à une relation plus mature avec ses racines juives : car, dans cette relation, elle apprend à discerner, par l’interprétation sous la conduite de l’Esprit, ce qui, dans l’expérience vécue, revêt une signification permanente et trouve son accomplissement en Jésus, et ce qui, au contraire, n’a qu’une valeur provisoire.

    Ah oui, plus mûrs . Nous aussi. Cela paraît plausible, à moins d'examiner de plus près cette affirmation et la manière dont elle est manipulée – le mot juste – à des fins bien différentes. 

    Il fut dit aux convertis non-juifs : « Vous vous abstiendrez des aliments sacrifiés aux idoles, du sang, de la viande d'animaux étranglés et de l'immoralité sexuelle. » (15:29) Ainsi, de l'idolâtrie potentielle et de la πορνεια – qui, comme vous le dira tout lexique grec, signifie non seulement la prostitution, mais aussi la fornication et l'impureté.

    Quel que soit le sens qu'on puisse lui donner, ce passage n'autorise pas ce que la tradition juive et la pratique de l'Église primitive considéraient comme une interdiction divine : les relations homosexuelles que le groupe d'étude souhaite voir « émerger » aujourd'hui.   On pourrait penser qu'en deux mille ans d'existence chrétienne, elles auraient émergé depuis longtemps. Or, ce ne fut pas le cas. Et, en toute honnêteté, elles ne peuvent pas émerger aujourd'hui non plus. 

    Derrière tout cela se cache une autre supercherie : l’invocation de « l’expérience vécue » comme guide pour aborder les débats actuels. Certes, l’expérience vécue est, d’une certaine manière, une composante importante de toute vie individuelle. Mais il en va de même pour « l’expérience vécue » accumulée de notre tradition, ou bien nous ne faisons que l’inventer – à notre convenance – au fur et à mesure. 

    Outre son héritage juif, le christianisme primitif a notamment beaucoup appris des philosophies gréco-romaines. Mais comme je l'ai démontré il y a des années dans un long essai , même les grands philosophes de la Grèce antique désapprouvaient les actes homosexuels.  

    Alors pourquoi, aujourd'hui, plus de 2000 ans après le début de « l'expérience vécue » chrétienne (et 1400 ans de la loi mosaïque), les « témoins » LGBT sont-ils si importants qu'ils renversent une tradition morale millénaire et ininterrompue ?

    Il serait peut-être simpliste de voir cela comme une simple capitulation face aux penchants sexuels décadents de notre époque. Mais la simplicité est souvent synonyme de vérité. Comme ici. 

    La décadence est omniprésente dans un monde déchu. Mais l'accepter, voire la célébrer, est rare. Ces papes décadents de la Renaissance, que l'on déplore volontiers, catholiques ou non, possédaient au moins une vertu : ils ne prétendaient pas justifier leurs péchés sexuels par leur expérience personnelle, et encore moins par une compréhension plus mûre et joyeuse de ce que le Saint-Esprit nous appelle à voir et à faire aujourd'hui.

    Une Église qui continue d'encourager les gens à croire que ce qui est impossible à accepter est déjà à moitié accepté leur fait du tort. Elle les conforte dans leur erreur et sème la confusion parmi nous. 

    Il est à noter que ce n'est que plusieurs mois après la déclaration de 2023 du pape François, Fiducia supplicans, sur la bénédiction des couples homosexuels et autres couples en « unions irrégulières », que les évêques allemands ont annoncé leur intention de le faire officiellement. Nous avons appris la semaine dernière qu'en conséquence, une lettre a été envoyée aux évêques allemands en 2024 , les avertissant que de telles bénédictions pourraient être interprétées comme une légitimation d'unions incompatibles avec la doctrine de l'Église.

    Nous avons donc cette chaîne d'événements : un document autorisant les bénédictions homosexuelles, puis une lettre du préfet du Dicastère pour le Culte Divin, le cardinal Fernandez   (qui avait précédemment publié le document), aux évêques allemands indiquant que ces bénédictions ne peuvent être officialisées sans contredire la doctrine de l'Église, et maintenant un rapport d'un groupe d'étude synodal selon lequel un « changement de paradigme » est nécessaire en raison de « l'expérience vécue » [des personnes LGBT].

    Même les non-catholiques disaient autrefois : « Au moins, les catholiques savent ce qu’ils croient. » Est-ce encore le cas ? 

    Seul le pape Léon est en mesure de démêler cette confusion diabolique, qu'il ne peut ignorer.

  • Comment procède-t-on à l'euthanasie et au suicide assisté ?

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    Du site de l'ECLJ :

    Revue des protocoles et substances en vue de l'euthanasie et du suicide assisté

    11 Mai 2026

    La pratique de l'euthanasie et du suicide assisté (EAS, de l'anglais Euthanasia and Assisted Suicide) repose sur un raisonnement pharmacologique très élaboré, visant à transformer l'acte de donner la mort en une procédure médicale standardisée. Bien que l’encadrement juridique varie d'un pays à l’autre, les protocoles utilisent des produits et des schémas similaires susceptibles de garantir un glissement rapide vers l'inconscience, puis le décès.

    Par Agnès Certain et les membres de l’Association Pharmaciens en Conscience[1], avec la collaboration de Yeram Jeon (ECLJ).

    I. Une triade pharmacologique: substances, mécanismes et objectifs

    Les protocoles d'EAS modernes s'articulent autour de trois catégories majeures de substances, chacune remplissant un rôle pharmacologique distinct pour assurer l'efficacité de la procédure.

    1. Les barbituriques et les sédatifs-hypnotiques: l'induction du coma

    La première étape, consiste à induire une perte de conscience profonde et irréversible et à ralentir la respiration

    • Substances utilisées: Les médecins privilégient les barbituriques tels que le pentobarbital et le sécobarbital, le thiopental ou des anesthésiques généraux comme le propofol à des doses plus élevées que celles des indications habituelles.
    • Action pharmacologique: ces produits inhibent l'activité neuronale et le centre respiratoire situé dans la moelle et le tronc cérébral.
    • Dosages et administration: Dans le cas du suicide assisté, le patient ingère généralement une solution liquide contenant entre 9 et 15 grammes de pentobarbital ou de sécobarbital. Pour l'euthanasie, le médecin injecte directement du thiopental ou du propofol à forte dose (1g) par voie intraveineuse (IV), provoquant un coma quasi immédiat.

    2. Les relaxants neuromusculaires (curarisants): l’arrêt respiratoire

    C’est seulement une fois que le patient est plongé dans un coma profond, qu’un agent curarisant est souvent administré pour garantir l'arrêt des fonctions vitales par manque d’oxygène. Sans sédation préalable, la mort surviendrait par suffocation alors que la personne est consciente.

    • Substances utilisées: Les produits les plus courants sont le rocuronium, le pancuronium et le cisatracurium.
    • Mécanisme: Ces substances bloquent la transmission nerveuse vers les muscles, y compris le diaphragme, ce qui interrompt toute tentative de respiration; le cœur s’arrête faute d’oxygène.

    3. Les adjuvants: «confort et optimisation»

    Pour faciliter la procédure et prévenir les complications, des médicaments associés peuvent être administrés en amont.

    • Antiémétiques: Des principes actifs comme le métoclopramide ou l'ondansétron sont administrés en prévention des vomissements, 30 minutes avant, surtout lors de l'ingestion orale de doses massives de substances, évitant leur rejet et favorisant leur activité létale.
    • Benzodiazépines: Le midazolam ou le diazépam sont souvent utilisés avant le début du protocole létal, pour réduire l'anxiété du patient.
    • Anesthésiques locaux: La lidocaïne peut être administrée pour réduire la douleur locale lors de l'injection des agents létaux.

    II. Exemples de protocoles en usage dans les pays ayant dépénalisé l’euthanasie et/ou le suicide assisté

    Les protocoles, bien que toujours construits à partir d’une association anesthésique/curarisant/adjuvant, varient selon les pays.

    Benelux (Pays-Bas et Belgique)

    Aux Pays-Bas et en Belgique, l'euthanasie par injection pratiquée par le médecin est la pratique la plus fréquente. Les protocoles de suicide assisté sont possibles, prévoyant l’ingestion d’une boisson létale par la personne en capacité de boire.

    • Protocole type: Après prémédication par midazolam et lidocaïne pour réduire l’anxiété et la douleur respectivement, le médecin injecte 2000 mg de thiopental ou 1000 mg de propofol pour induire le coma. Dès que ce dernier est confirmé, une dose massive de curarisant (100-200 mg de rocuronium) est administrée.
    • Statistiques: Plus de 99% des cas signalés aux Pays-Bas utilisent ce régime combiné barbiturique-curarisant.

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  • "Aide à mourir" : le communiqué de Mgr Marc Aillet « Tu ne tueras point »

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    Du site du diocèse de Bayonne, Lescar et Oloron :

    Communiqué de Mgr Marc Aillet – « Tu ne tueras point »

    6 mai 2026

    La proposition de loi sur « l’aide à mourir » adoptée le 25 février dernier, à une courte majorité, à l’Assemblée nationale, sera de nouveau examinée en séance publique au Sénat du 11 au 13 mai prochain…

    Est-il encore nécessaire d’insister sur l’extrême gravité de ce texte de loi qui entend ni plus ni moins abolir l’interdit de tuer sur lequel repose depuis toujours la vie en société, en légalisant le suicide assisté et l’euthanasie ?

    La quasi-totalité des patients tentés de demander le suicide assisté ou l’euthanasie, y renoncent dès lors qu’ils sont pris en charge au sein d’une unité de soins palliatifs susceptible de les accompagner et de les soulager, mais en France, les soins palliatifs sont encore à ce point lacunaires (malgré plusieurs textes de loi pourtant adoptés à la quasi-unanimité), que près de la moitié de nos concitoyens ne peuvent toujours pas en bénéficier…

    Dans ces conditions, l’adoption définitive de cette proposition de loi ne pourrait qu’inciter les patients les plus pauvres ou les plus vulnérables qui n’ont pas accès aux soins palliatifs, ou les personnes dites « éligibles » qui craignent d’être un poids pour leurs familles, le corps médical ou le budget de la Sécurité sociale, à recourir au suicide assisté ou à l’euthanasie, comme c’est d’ailleurs le cas dans les pays (la Belgique, les Pays-Bas ou le Canada…) où ces pratiques sont légales depuis plusieurs années.

    Rien n’est cependant jamais perdu d’avance, comme le démontre le revirement qui vient de se produire en Ecosse (où le Parlement a rejeté, le 17 mars dernier, le texte de loi qui prévoyait de légaliser l’euthanasie) et au Royaume-Uni (où la Chambre des Lords s’est opposée, le 24 avril, à un projet de loi similaire), tandis qu’en France, le nombre de députés opposés à la proposition de loi sur « l’aide à mourir » est passé de 199 le 27 mai 2025, à 226 le 25 février dernier.

    Il n’est donc nullement trop tard pour agir et se mobiliser.

    Ayant moi-même écrit aux parlementaires du département pour leur demander de s’opposer à cette proposition de loi qui constituerait une rupture anthropologique majeure, j’invite instamment les fidèles du diocèse à faire de même, en s’adressant par mail et sans délai, aux sénateurs qui s’apprêtent à examiner le texte en séance publique les 11, 12 et 13 mai 2026.

    Sans doute faudra-t-il écrire, dans un second temps, aux députés du département, sans craindre de leur rappeler qu’ils sont nos représentants et qu’ils auront à rendre compte de leur positionnement et de leur vote sur cette question cruciale de la fin de vie (1) .

    Le vote au Sénat de la proposition de loi relative à « l’aide à mourir » est officiellement prévu mercredi 13 mai, en la fête de Notre-Dame de Fatima : le vibrant appel à la conversion et à la pénitence que la Vierge de Fatima nous lance en réponse aux dérives du monde moderne apparaissant plus actuel que jamais, j’invite les fidèles qui le peuvent à prier et à jeûner ce jour-là : puisse le Seigneur éclairer la conscience des sénateurs et de nos élus quant aux redoutables conséquences morales et spirituelles qui résulteraient d’une légalisation de l’euthanasie et du suicide assisté en France, « fille aînée de l’Église ».

    +Marc Aillet
    évêque de Bayonne, Lescar et Oloron

    Fait à Bayonne, le 6 mai 2026

    (1)  Les adresses électroniques des députés et sénateurs sont accessibles sur le site internet de l’Assemblée nationale et du Sénat.

  • Vincent Dujardin publie un livre évènement sur le règne du Roi Baudouin

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    Du site de l'UOPC :

    Nous aurons le plaisir de recevoir l’historien belge Vincent Dujardin pour son livre événement : « Baudouin. Un roi face aux crises de son temps » :

    Grâce à l’accès exceptionnel aux archives du roi Baudouin jusque-là inédites, à ses carnets personnels, à de nombreuses autres archives et à des témoignages de première main (entourage familial dont la reine Fabiola, anciens (Premiers) ministres, chefs de cabinet du roi, Jacques Delors, Benoît XVI,…), cet ouvrage de référence livre de nombreuses révélations et lève des zones d’ombre, depuis son enfance, marquée par la guerre et la souffrance, jusqu’aux circonstances exactes de son décès brutal.

    Pourquoi les conclusions de l’affaire Lumumba doivent-elles être fondamentalement revues? Quels liens entretenait le roi avec les dirigeants de son temps, tels de Gaulle, Habyarimana, Franco, Mobutu, Sadate, Gorbatchev, Bush, Elizabeth II, Juan Carlos, le Shah d’Iran, le président chinois, l’empereur du Japon, Mitterrand, ou Jean-Paul II ?

    Quelle influence a exercé son père, Léopold III, ou sa belle-mère, la princesse Lilian sur le jeune roi ? Comment a-t-il rencontré la reine Fabiola ? Comment a-t-il vécu les semaines qui ont précédé sa décision de ne pas sanctionner la loi sur l’avortemen t? Comment a-t-il pesé dans le dénouement de la « grève du siècle » de 1960 ou dans les débats institutionnels belges ?

    Qui était l’homme auquel des centaines de milliers de Belges ont rendu hommage avant ses funérailles grandioses rassemblant des dirigeants venus du monde entier ? Fruit d’une enquête menée durant 20 ans à travers la Belgique, l’Europe (France, Royaume-Uni, Espagne, …) ou les États-Unis, cet ouvrage propose une immersion au cœur des secrets d’un règne d’exception.

    De son côté, l'abbé Michel de Sivry (FSSPX) s'interroge sur l'héroïcité des vertus du Roi.

  • Quand des « bergers synodaux » attaquent les moutons

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    Du sur The Catholic Thing :

    Des « bergers synodaux » attaquent les moutons

    9 mai 2026

    L'Église catholique est habituée aux attaques contre son enseignement. L'histoire de l'hérésie à travers les siècles révèle les efforts incessants de ceux qui cherchent à substituer diverses erreurs à la doctrine catholique. Ce à quoi l'Église s'est habituée plus récemment, ce sont les attaques contre son enseignement émanant de certains de ses pasteurs, notamment des déclarations incessantes du Synode des évêques. 

    La dernière décision imposée par le Synode est l'approbation sans réserve du mode de vie homosexuel récemment publiée dans le rapport final du groupe d'étude numéro 9 « Critères théologiques et méthodologies synodales pour un discernement partagé des questions doctrinales, pastorales et éthiques émergentes ». 

    Ce rapport tente de discréditer l'enseignement catholique sur l'immoralité inhérente des actes homosexuels – et la nature désordonnée de l'inclination homosexuelle – en stigmatisant cet enseignement comme l'expression d'un « paradigme » obsolète sur lequel on ne peut plus se fier pour communiquer la volonté de Dieu à son peuple. 

    Merriam-Webster définit un paradigme comme « un cadre philosophique et théorique propre à une école ou une discipline scientifique, au sein duquel sont formulées les théories, les lois, les généralisations et les expériences qui les étayent ». Décrire l'enseignement catholique par analogie avec un cadre sur lequel s'organisent théories et expériences revient à le réduire à une simple approche parmi d'autres de la révélation divine, et non plus à la vérité absolue. Jésus a dit : « Je suis le chemin, la vérité et la vie. » (Jean 14, 6) Ce paradigme a-t-il besoin d'être amélioré ?

    Le rapport comprend deux annexes, qui sont des témoignages sous forme d'entretiens. Deux hommes catholiques (le premier Portugais, le second Américain) se décrivent fièrement comme mariés à un homme, alors même que l'Église catholique enseigne qu'une telle union est impossible. Pourquoi le Synode des évêques publierait-il des entretiens avec des hommes qui rejettent l'enseignement catholique sur la nature du mariage, inspiré par le Saint-Esprit, dans le cadre de sa démarche visant à discerner l'action du Saint-Esprit dans l'Église aujourd'hui ?

    Le rapport numéro 9 nous apporte la réponse : le Synode considère le soi-disant mariage homosexuel comme une question ouverte :

    Enfin, tout en écoutant la Parole de Dieu vécue dans l’Église, il est nécessaire d’aborder avec sérénité la question récurrente de savoir si l’on peut parler de « mariage » pour les personnes attirées par le même sexe, en assimilant leur relation à l’union conjugale hétérosexuelle sans reconnaître les différences. Celles-ci incluent, au premier chef, l’impossibilité manifeste de la procréation en soi, liée à la différence sexuelle, et à l’égard de laquelle les techniques de procréation médicalement assistée posent des difficultés supplémentaires.

    Rencontre entre Léon XIV et le père James Martin, SJ, au Vatican, le 1er septembre 2025. [Source : Vatican News]

    Pire encore, le rapport numéro 9 considère que tout l'enseignement catholique est susceptible de changer :

    La mission de l’Église ne consiste pas à proclamer abstraitement et à appliquer déductivement des principes figés et immuables, mais à favoriser une rencontre vivante avec la personne du Seigneur Jésus ressuscité, en s’engageant dans l’expérience vécue de la foi du Peuple de Dieu, dans sa pertinence personnelle et sociale, au contact de la diversité des situations de vie et des multiples contextes culturels. Seule la tension féconde entre ce qui a été établi dans la doctrine et la pratique pastorale de l’Église et les pratiques de vie où cet enseignement se vérifie, dans l’exercice de la vie personnelle et communautaire à la lumière de l’Évangile, exprime le dynamisme créateur de la Tradition : contre la tentation d’une ossification stérile et régressive des principes et des affirmations, des normes et des règles, indépendamment de l’expérience des personnes et des communautés.

    « L’expérience vécue de la foi du Peuple de Dieu » peut-elle primer sur la doctrine de la Foi ? Bienvenue dans l’embrassade ecclésiastique de la « modernité liquide » où le réalisme métaphysique est mis de côté et où la dictature du relativisme et du subjectivisme soumet tout à une redéfinition.

    Ce qui est en jeu, comme on le comprend clairement, c’est le dépassement du modèle théorique qui fait découler la praxis d’une doctrine « prête à l’emploi », « appliquant » des principes généraux et abstraits aux situations concrètes et personnelles de la vie. Il s’agit donc de redécouvrir une circularité féconde entre théorie et praxis, entre pensée et expérience, en reconnaissant que la réflexion théologique elle-même procède des expériences du « bien » inscrites dans le sensus fidei fidelium .

    Le Synode est devenu l'agent officiellement mandaté par le Saint-Siège pour détruire la doctrine catholique, laquelle est dénigrée et rejetée comme un ensemble de principes déductifs énoncés de manière immuable et rigide – des déclarations stériles, régressives et figées –, comme des doctrines « pré-emballées », qui ne sont que des abstractions et des théories. 

    Nous devons plutôt écouter les « situations concrètes et personnelles de la vie » car « la réflexion théologique elle-même procède des expériences du « bien » inscrites dans le sensus fidei fidelium (sens de la foi des fidèles) ».

    Le témoignage de l’Américain homosexuel catholique (Jason Steidl, auteur de LGBTQ Catholic Ministry, Past and Present , dont la photo est apparue en première page du New York Times avec son « mari », recevant la bénédiction du père James Martin, SJ, le lendemain de la publication de Fiducia supplicans ), donne une idée claire de la direction que le Synode pense que la réflexion théologique fondée sur l’expérience personnelle mènera l’Église :

    Mon orientation sexuelle n'est ni une perversion, ni un trouble, ni une épreuve ; c'est un don de Dieu. Je vis un mariage heureux et épanoui et je m'épanouis pleinement en tant que catholique ouvertement gay. Il m'a fallu des années de prière, de thérapie et de soutien au sein d'une communauté bienveillante pour en arriver là, mais je remercie Dieu pour mon orientation sexuelle et ma place dans la vie. Être catholique LGBTQ+ n'est pas facile, et bien souvent je déplore le mal que l'Église a pu causer. Mais j'ai aussi de l'espoir. J'ai été témoin de conversions durant le pontificat du pape François, tant au niveau local qu'universel, et je me réjouis de contribuer à l'édification du corps du Christ, à l'image du ministère de guérison et d'inclusion de Jésus.

    Le bureau du Synode a jugé nécessaire de publier la déclaration d'un militant pro-homosexuel selon laquelle l'Église catholique aurait nui à autrui par les « flèches haineuses de l'homophobie ». Cette déclaration relève-t-elle de la « foi des fidèles » ? Ou constitue-t-elle un reniement de la foi du Christ au profit de l'immoralité ? 

    Cette subversion destructrice, orchestrée par le Vatican, doit cesser immédiatement. Les âmes sont en danger à cause des enseignements scandaleux et mensongers propagés par le Synode. Le pape Léon XIV doit fortifier les fidèles en mettant un terme à cette trahison pernicieuse de la vérité divine.

  • Un an après : Léon XIV, le pape à l'écoute

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    D'Edward Pentin sur le National Catholic Register :

    Un an après : Léon XIV, le pape à l'écoute

    ANALYSE : Le Saint-Père a tenu à écouter et à tenter d'apporter la paix et l'unité à l'Église, mais ses intentions restent difficiles à déchiffrer.

    Le pape Léon XIV célèbre la messe en la basilique Saint-Pierre au Vatican le 26 avril.
    Le pape Léon XIV a célébré la messe en la basilique Saint-Pierre au Vatican le 26 avril. (Photo : Daniel Ibáñez / EWTN News)

    La première année de pontificat de Léon XIV, successeur de Pierre, a apporté un certain calme et une plus grande sérénité à l'Église institutionnelle après les années tumultueuses du pontificat de François. Pourtant, la véritable nature du premier pape américain demeure largement insaisissable et ses intentions profondes pour l'Église restent difficiles à cerner.

    Lorsqu'il est monté sur la loggia de Saint-Pierre le 8 mai de l'année dernière et a salué le monde simplement par « Que la paix soit avec vous ! », Léon a hérité d'une Église marquée par des querelles internes qui couvaient depuis longtemps et qui avaient éclaté au grand jour, et d'un style de gouvernement dans lequel l'autorité papale était fréquemment exercée par un décret personnel.

    Ces conflits incluaient des luttes âpres entre l'orthodoxie et l'hétérodoxie doctrinales, mises en lumière par des documents controversés tels qu'Amoris Laetitia et Fiducia Supplicans , qui révisaient l'enseignement établi en matière de morale et de ministère. Les différends portaient également sur des décisions papales prises par motu proprio (décret) et rescrits ad hoc, souvent promulgués sans consultation préalable ni référence aux procédures et institutions canoniques existantes.

    Au cours des douze derniers mois, le pape Léon XIV s'est donc efforcé d'apaiser les tensions liées au pontificat du pape François, de redonner un semblant de normalité à la papauté et de réintégrer la gouvernance dans les structures juridiques et curiales de l'Église. Son objectif, a-t-il souvent souligné, est d'œuvrer pour l'unité au sein d'une Église catholique et d'un monde polarisés.

    Les premières décisions du pape Léon XIV furent des gestes délibérés de restauration. Il rétablit l'usage des vêtements pontificaux mis de côté par François et reprit ses fonctions au Palais apostolique, vacant depuis Benoît XVI. Bien que largement symboliques, ces décisions revêtaient une importance institutionnelle, signalant un retour à la normale.

    Dans le même temps, Léon a clairement indiqué dès le départ qu'il souhaitait rétablir l'ordre au sein d'une Curie devenue incertaine de sa propre autorité et déchirée par un déclin de l'ordre public, allant des nominations arbitraires et des communications floues aux contrôles financiers laxistes et au favoritisme.

    Canoniste de formation, nombre de ses nominations, non seulement à la Curie romaine mais aussi dans les diocèses du monde entier, ont délibérément favorisé des experts reconnus en droit canonique. Il a ainsi nommé Mgr Filippo Iannone, juriste italien de renom, pour lui succéder à la tête du Dicastère pour les évêques – un choix significatif qui a fait passer le critère de sélection épiscopale du charisme à l'intégrité procédurale. Plus récemment, il a nommé Mgr Anthony Randazzo, évêque australien et lui aussi canoniste éminent, au poste de conseiller juridique principal du Vatican.

    Affaires non résolues

    Pourtant, la justice au sein du Vatican reste entachée. Le procès du père Marko Rupnik, le célèbre mosaïste expulsé de l'ordre des Jésuites après avoir été accusé d'abus sexuels et psychologiques graves commis pendant des décennies, a été ouvert. Mais deux ans et demi après l'annonce de sa possible comparution, on ignore toujours si la procédure est en cours. De même, le procès non résolu de l'ancien auditeur du Vatican, Libero Milone, limogé par le Vatican en 2017 après avoir mis au jour des malversations financières, continue de peser sur la Curie, illustrant les pratiques douteuses du Vatican. Léon XIV n'a, à ce jour, jamais rencontré Milone en personne, malgré les demandes formulées.

    Pourtant, sur le plan financier, le nouveau pape a fait des progrès prudents. Son décret Coniuncta Cura (Soins unis) a mis fin au monopole de la Banque du Vatican et encouragé une coopération limitée avec des banques extérieures agréées, dans le cadre d'un encadrement éthique global. Il a également dissous un comité de collecte de fonds opaque, créé durant la dernière maladie du pape François. Mais les finances du Saint-Siège restent fragiles, l'affaire du cardinal Angelo Becciu n'est toujours pas résolue et, si Léon XIV promet un contrôle plus strict, certains observateurs craignent que sa prudence ne retarde les mesures décisives nécessaires pour rétablir la confiance.

    Concernant la gouvernance en général, il a répondu à une demande formulée par des cardinaux avant le conclave, demandant au pape de les consulter plus fréquemment et de favoriser une plus grande collégialité afin de réduire les divisions internes. En janvier, il a convoqué un consistoire extraordinaire de cardinaux, une première pour le pape. Bien que critiquée pour le recours à la synodalité, un format que certains estiment destiné à museler délibérément les voix conservatrices , cette réunion a contribué à restaurer le rôle consultatif des cardinaux et à rouvrir des canaux de dialogue longtemps fermés sous le pontificat de François. Une seconde réunion de ce type aura lieu fin juin.

    Cette volonté de consultation s'est également manifestée lors des rencontres individuelles de Léon avec des cardinaux marginalisés durant le pontificat de François, parmi lesquels les cardinaux Burke, Müller et Sarah. Il a affirmé en privé qu'aucun cardinal souhaitant le rencontrer ne se verrait refuser une audience. Ceux qui l'ont côtoyé personnellement le décrivent comme un pape qui écoute plus qu'il ne parle et qui préfère prendre en compte différents points de vue avant d'agir. Cette patience est largement appréciée, même si certains craignent qu'elle n'entraîne une paralysie sur des questions doctrinales et liturgiques controversées. Une fois encore, il demeure énigmatique, peut-être de manière stratégique.

    Il a abordé des questions sensibles et non négociables, mais avec une certaine prudence et non sans susciter la controverse. Concernant l'avortement, il a déploré son financement public, tout en l'inscrivant dans une conception plus large et controversée de « l'éthique de la vie cohérente ». Sur la question de l'homosexualité, il a tenu à rencontrer des membres de Courage International , un apostolat qui soutient les hommes et les femmes attirés par le même sexe dans leur démarche de chasteté, conformément à l'enseignement catholique. Parallèlement, il a fait écho aux propos du pape François en minimisant la gravité du péché sexuel lors d'une déclaration à la presse durant son vol retour de Guinée équatoriale, affirmant que « la justice, l'égalité, la liberté des hommes et des femmes, la liberté de religion » sont des « questions plus importantes et plus fondamentales ».

    Continuité avec le pape François

    En matière d'enseignement pontifical, Léon XIV a été loué pour son approche christocentrique . Parallèlement, il a fait preuve d'une continuité fondamentale avec son prédécesseur immédiat. Il a largement réaffirmé l'enseignement de François sur le mariage et la famille, saluant Amoris Laetitia comme un « message lumineux d'espérance », a repris nombre de thèmes écologiques et sociaux chers à François, notamment sur les migrations, et a maintenu son soutien à la synodalité, mais sous une forme plus rigoureuse qui renforce l'autorité épiscopale .

    Il a jusqu'à présent refusé d'abroger la déclaration vaticane de 2023, Fiducia Supplicans, autorisant les bénédictions non liturgiques des couples de même sexe. Le cardinal Victor Fernández, préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, a insisté sur le fait que le pape Léon XIV n'y toucherait pas , bien que le Saint-Père ne l'ait pas incluse dans une liste de documents « clés » de l'ère François et qu'en avril, il en ait donné une interprétation plus restrictive , affirmant qu'elle bénit les personnes individuellement, et non les couples ou unions de même sexe.

    Malgré sa dévotion mariale, il a surpris et indigné les mariologues et d'autres en autorisant le cardinal Fernández à publier Mater Populi Fidelis (La Mère du Peuple Fidèle de Dieu) , une note doctrinale qui minimisait deux titres historiques de la Vierge Marie. Le maintien ou non du cardinal Fernández à la tête du Dicastère pour la Doctrine de la Foi constitue une autre décision papale cruciale et imminente.

    En matière de politique étrangère, Leo a été salué pour son discours du Nouvel An aux ambassadeurs, dans lequel il a dressé un constat acerbe du « retour en force » de la guerre et condamné la normalisation du recours aux armes comme politique étrangère. Ses déclarations générales mais fermes ont progressivement cédé la place, notamment avec le déclenchement de la guerre en Iran, à des appels à la paix de plus en plus véhéments et inhabituellement précis, aboutissant finalement à un affrontement public avec le président Trump .

    Léon XIV a clairement exprimé ses réserves à l'égard de l'administration Trump, tant par ses actes que par ses paroles : il a nommé des évêques critiques envers les politiques de l'administration, notamment sur la question de l'immigration, et a préféré passer le 250e anniversaire de l'indépendance des États-Unis non pas dans son pays natal, mais à Lampedusa, une île italienne symbolique de la crise migratoire en Europe.

    En résumé, ses interventions étrangères allient le soutien à la coopération multilatérale et à la dignité humaine à des critiques fermes du nationalisme, de la guerre et des excès idéologiques au sein des institutions mondiales, y compris les Nations Unies.

    Léon XIV est le premier pape à posséder une expérience missionnaire aussi vaste, et ses initiatives visant à intensifier les efforts d'évangélisation – une priorité pour les cardinaux électeurs avant le conclave – ont été généralement bien accueillies. Ses voyages papaux au Moyen-Orient et en Afrique ont été largement perçus comme des succès, tout comme le Jubilé de la jeunesse à Rome, qui a rassemblé plus d'un million de jeunes catholiques venus de 146 pays.

    Écrits majeurs

    Son premier document majeur, l'exhortation apostolique Dilexi Te (« Je t'ai aimé ») sur l'amour des pauvres, reprenait une grande partie de l'enseignement social du pape François, la plupart des textes ayant été écrits durant son pontificat. Mais l'intérêt intellectuel personnel de Léon XIV réside davantage dans les défis posés par l'intelligence artificielle. Dans plusieurs discours, il a appelé à une réglementation internationale et à des limites éthiques concernant l'IA. Selon des sources vaticanes, il prépare une encyclique papale sur cette technologie et la dignité humaine, attendue prochainement.

    Les communications de Léon XIV sont généralement prudentes et soigneusement sélectionnées. Il accorde peu d'interviews, surtout comparé à son prédécesseur, mais il a franchi une étape inédite pour un pape en organisant des points presse – une nouveauté qui lui a parfois valu des ennuis, car il s'en est servi pour s'immiscer dans des luttes politiques, notamment aux États-Unis. Son comportement public est courtois mais réservé, ses paroles peu nombreuses et mesurées. Ceux qui l'ont rencontré le décrivent comme un homme au rire facile mais peu bavard, dont les silences comme les paroles ont une égale importance.

    Ce tempérament prudent se reflète dans sa réticence apparente à intervenir de manière décisive dans les conflits internes et majeurs de l'Église. Il n'a pas encore abordé sérieusement la Voie synodale allemande, notamment la récente décision des évêques allemands de créer une « conférence synodale » permanente, dont les versions précédentes avaient été contestées par le Vatican. De même, la question potentiellement cruciale de la Fraternité Saint-Pie-X, qui prépare des consécrations épiscopales illicites cet été, reste en suspens. Jusqu'à présent, Léon a délégué cette affaire au cardinal Fernández. Concernant l'œcuménisme, il a chaleureusement accueilli la première femme archevêque anglicane de Canterbury – à la tête d'une communion séparée de Rome – privilégiant le dialogue et la rencontre aux appels à la conversion et à un « œcuménisme du retour ».

    Concernant la messe traditionnelle en latin, Léon XIV a discrètement autorisé des exceptions locales à Traditionis Custodes , le décret du pape François de 2021 limitant le Vetus Ordo, mais il a évité de rouvrir le débat et a laissé tranquilles certains évêques accusés d'outrepasser le décret. Pour certains, cette approche non interventionniste est prudente et vise à apaiser les tensions ; pour d'autres, il s'agit d'un refus de prendre position sur l'une des questions les plus sensibles de l'Église.

    Ses proches le décrivent comme un homme profondément pieux, dévoué à Marie, doté d'un humour discret et d'un tempérament prudent. Méfiant des grands gestes, il privilégie les réformes progressives aux décrets radicaux. Un an après son élection, Léon XIV s'est ainsi forgé la réputation d'un « pape américain discret », restaurant méthodiquement le décorum, la légalité et la sérénité de la papauté tout en suivant, sur certains points, la ligne générale du pape François.

    Une série de problèmes épineux et urgents se présentent à lui, exigeant un leadership clair et décisif. La manière dont il les abordera dans les mois à venir contribuera à dissiper l'énigme qui l'entoure, révélant plus clairement qui il est et où il entend mener l'Église.

  • Du cardinal Müller sur la bénédiction de Dieu et des fausses bénédictions de ce monde

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    De kath.net/news :

    De la bénédiction de Dieu et des fausses bénédictions de ce monde

    8 mai 2026

    Un commentaire du cardinal Müller sur certaines conclusions de groupes de travail concernant le Synode mondial : "On ne nie pas ouvertement les vérités révélées. On construit à côté sa propre maison d’un christianisme confortable et conforme au monde" :

    Les groupes d’étude mis en place par le pape François lors du Synode sur la synodalité en 2024 publient désormais peu à peu leurs conclusions – certes très controversées. Elles se ressemblent de manière fatale sur deux points :

    par leur méfiance à l’égard des contenus centraux de la doctrine catholique, qu’ils confondent avec un système de pensée lié à leur époque, au lieu de les reconnaître comme la transmission intégrale et complète de la révélation de Dieu aux générations présentes et futures ; en tentant, par un soi-disant « changement de paradigme d’une dogmatique rigide vers une pastorale à l’écoute de l’homme », de s’aligner sur les idéologies dominantes afin de gagner la reconnaissance de leurs protagonistes.

    On ne nie pas ouvertement les vérités révélées. Mais on les ignore et on construit à côté une maison qui nous est propre, celle d’un christianisme confortable et conforme au monde. Pour semer la confusion chez les fidèles naïfs, on l’agrémente de formules qui sonnent bibliques et spirituelles : « Ce que l’Esprit dit aux Églises », le discernement plutôt que la condamnation, le Jésus miséricordieux et approuvant tout, opposé aux docteurs de la loi rigoristes et aux professeurs de théologie conservateurs prisonniers de leurs systèmes, qui se soucient davantage de la fidélité à la lettre et à la doctrine rigide que des êtres humains dans leur faiblesse et leur vulnérabilité.

    Au mépris ou par ignorance de la tradition catholique, on en arrive à l’affirmation sophistique selon laquelle le péché ne consiste pas en un acte conscient et volontaire contre les commandements de Dieu, mais dans le refus de la miséricorde qui couvre tout envers ceux qui ne peuvent ou ne veulent pas les accomplir.

    En réalité, l’Église enseigne que le Christ est mort sur la croix pour les péchés de tous les hommes et que le Saint-Esprit ne refuse la grâce de Dieu à personne qui se convertit à l’Évangile, afin qu’il puisse mener une vie nouvelle et sainte à la suite du Christ. C’est pour cette seule raison que l’apôtre peut dire aux baptisés : « Ne vivez plus comme les païens, avec leurs pensées futiles […] Dépouillez-vous du vieil homme, qui se corrompt par l’erreur et la convoitise, changez votre ancienne vie et renouvelez votre esprit et votre intelligence. Revêtez-vous de l’homme nouveau, créé selon l’image de Dieu dans une justice et une sainteté véritables. » (Ep 4, 17. 22–24).

    Dans le contexte des synodes des évêques et des chemins synodaux nationaux au sein des Églises locales, le thème de prédilection de certains évêques, théologiens et laïcs à la mode revient sans cesse. Au lieu de conduire les hommes vers Jésus-Christ, Dieu fait homme, l’unique et véritable Médiateur entre Dieu et les hommes, ils voient l’avenir de l’Église dans l’adoption de l’idéologie du genre et de l’arc-en-ciel, avec une vision monothematique et une étroitesse d’esprit. C’est pourquoi ils mettent même en péril l’unité visible de l’Église dans la vérité du Christ, telle que le Seigneur lui-même, en tant que Chef de l’Église, l’a confiée à l’ensemble du collège épiscopal avec et sous l’autorité du Pape, successeur personnel de Pierre sur la chaire romaine.

    La bénédiction privée, voire paraliturgique, de couples de même sexe ou de sexe opposé vivant dans des relations irrégulières repose sur la négation hérétique de la vérité révélée selon laquelle Dieu a créé l’homme et la femme. Et Jésus, qui est en sa personne le Chemin, la Vérité et la Vie, a confirmé, face à la casuistique des pharisiens sur le divorce, la volonté originelle du Créateur et a révélé de manière définitive que l’homme et la femme ne deviennent une seule chair que par le « oui » du mariage (cf. Mt 19, 3-9). Ainsi, dans le mariage, l’homme et la femme forment une double unité personnelle et sexuelle dans l’amour mutuel, dans la vie commune et dans l’ouverture aux enfants que Dieu veut leur donner. Et seuls l’homme et la femme unis dans le mariage sont bénis par Dieu afin qu’ils soient féconds, qu’ils se multiplient, qu’ils peuplent la terre et qu’ils règnent (avec sagesse) sur toutes les autres créatures de la terre (cf. Gn 1, 28).

    Ni les Écritures, ni l’ensemble de la tradition de l’Église ne font mention d’une bénédiction accordée à des personnes vivant dans des relations adultères – et encore moins d’une autorisation donnée aux évêques d’ordonner ou d’autoriser des bénédictions trompeuses et blasphématoires. La bénédiction liturgique ou privée (benedictio = approbation), par laquelle nous sommes bénis en Christ, est une prière de l’Église qui confie en l’aide et le soutien de Dieu pour que les hommes soient favorisés dans tout ce qui est bon, et en aucun cas une validation d’une vie contraire à Dieu dans le péché. La faiblesse humaine ne peut être une excuse, car le Saint-Esprit nous aide par sa grâce, que Dieu ne refuse à personne qui la demande sincèrement (cf. Rm 8, 26).

    Mais de ceux qui « échangent la vérité de Dieu contre le mensonge » et remplacent l’ordre de Dieu par leurs propres idéologies et leurs pseudo-théologies bricolées et mêlées de sociologie et de psychologie, l’apôtre dit qu’ils pensent faussement et vivent dans le péché, ce qui signifie la mort de la vie de grâce ; et qu’ils approuvent pourtant, tout en sachant qu’ils agissent mal, ceux qui agissent ainsi en contradiction avec Dieu (cf. Rm 1, 25.32).

    Les réactions du lobby homosexuel au sein de l'Église à la publication du rapport du groupe de travail synodal concerné et aux bénédictions de couples non mariés, ordonnées même par des évêques, saluent ouvertement la relativisation hérétique du mariage naturel et sacramentel. On la présente comme un premier pas vers la reconnaissance de l’idéologie LGBT, qui ne représente rien d’autre qu’une vision matérialiste de l’homme, dépourvue de Dieu, le Créateur, le Rédempteur et celui qui paracheve l’homme. Quiconque, en tant que maître de la foi et berger des fidèles mandaté par le Christ, se soucie véritablement de la paix intérieure et du salut éternel des fidèles qui lui sont confiés, ne fait pas des personnes en situation difficile le jouet d’une idéologie impie ou l’instrument de sa soif de notoriété dans le milieu « woke », mais les oriente personnellement vers Jésus-Christ, le Fils de Dieu.

    « Nous n’avons pas un grand prêtre qui ne puisse compatir à nos faiblesses, mais un qui, en tout point, a été tenté comme nous, sans toutefois pécher. Approchons-nous donc avec assurance du trône de la grâce, afin d’obtenir miséricorde et de trouver grâce, pour être secourus en temps voulu. » (Hébreux 4, 15 sqq.). Car lui seul est le véritable Messie et lui seul peut aider les hommes, sans exception, à sortir de toute détresse spirituelle et de toutes les tensions psychiques – contrairement aux sauveurs mondains qui, avec leurs doctrines d’auto-salut, ont si souvent causé la perte de l’humanité.

    L’idéologie du genre contredit directement l’anthropologie chrétienne. Et avec ses 60 à 80 genres inventés de toutes pièces, elle est également en contradiction directe avec la science biologique. Elle va à l’encontre du bon sens, qui sait que chaque être humain est issu de l’union de son propre père avec sa propre mère. Avec l’idéologie « woke », issue à l’origine de la pensée athée et matérialiste, une hérésie destructrice et un germe de schisme ont fait leur apparition dans l’Église catholique, qui, par l’ampleur de leur contradiction avec la vérité révélée de Dieu, correspondent au manichéisme ou au pélagianisme.

    Et l'étude de l'histoire de l'Église nous enseigne que ce n'est que grâce à la résistance constante du magistère des papes et des conciles, ainsi qu'à la force intellectuelle des grands docteurs de l'Église, d'Augustin à Thomas d'Aquin et John Henry Newman, que ces dangers et d'autres menaces existentielles pesant sur l'Église ont pu être écartés. Tous les empires bâtis par les hommes et toutes les forteresses de la pensée athée doivent tôt ou tard s’effondrer. Mais les portes de l’enfer ne pourront vaincre l’Église, car Jésus, le Fils du Dieu vivant, l’a bâtie sur le roc de saint Pierre.

    Ce n’est pas la transformation de l’Église en un mouvement philanthropique teinté de religion et de socialisme qui ramènera les hommes sécularisés de l’Occident déchristianisé dans les bras ouverts du Bon Pasteur Jésus-Christ, qui est la « Lumière des nations ». On ne peut que reprendre les mots des Pères conciliaires du Concile Vatican II : c’est le désir « d’illuminer tous les hommes par sa gloire qui resplendit sur le visage de l’Église, en annonçant l’Évangile à toutes les créatures » (Lumen gentium 1).

    Les véritables disciples de Jésus ne recherchent pas l’approbation des hommes ni la fausse bénédiction des « puissants, des personnalités et des leaders de ce monde » (cf. 1 Co 2, 6). Car dans l’amour et la vérité, « Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus-Christ, nous a comblés de toutes les bénédictions de son Esprit par notre communion avec le Christ dans les cieux » (Ep 1, 3).

    Lire également : Des critiques affirment que le rapport du synode sape l'enseignement de l'Église et donne une image erronée du courage

  • L'organisme pro-vie du Vatican a perdu le cap

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    De Michael Haynes sur The European Conservative :

    L'organisme pro-vie du Vatican a perdu le cap

    Lorsque l'avortement est considéré comme un « droit » incontestable, même l'Académie pontificale pour la vie du Vatican n'exige plus de ses membres qu'ils soient pro-vie.

    7 mai 2026

    L’interdiction de l’Église catholique concernant l’utilisation de la contraception est claire et immuable, pourtant le déclin tragique de l’académie du Vatican chargée d’examiner ces questions est tel que son président reste incapable de dire s’il est d’accord ou non avec l’enseignement de l’Église.  

    Dans un monde fortement imprégné de penchants sexuels et marqué par la dégradation totale des mœurs et de l’éthique relatives au caractère sacré de la vie, la main directrice claire de l’Église fait cruellement défaut. Ses enseignements sur des questions telles que l’avortement, l’euthanasie et la sexualité sont largement impopulaires, mais constituent de plus en plus le dernier bastion de la défense de la vie. 

    Malheureusement, ces dernières années, l’organisme même chargé par le Vatican d’être le centre de la recherche universitaire dans ce domaine s’est désastreusement égaré. 

    L'Académie pontificale pour la vie était autrefois un centre de recherche universitaire, où se réunissaient certains des plus grands esprits unis dans la lutte contre l'avortement, l'euthanasie et les menaces particulières qui pesaient alors sur la vie. Pour le médecin ou le catéchiste catholique en proie à des doutes, qui se trouvait confronté à des questions sur le caractère sacré de la vie, l’Académie pontificale pour la vie (APV) était l’endroit vers lequel se tourner en toute confiance, sachant que les travaux des académiciens constitueraient une ressource fiable.  

    Fondée par le pape Jean-Paul II en 1994 par le motu proprio Vitae Mysterium, la PAV a été pendant de nombreuses années à l’avant-garde des activités bioéthiques et pro-vie du Vatican. Mais sous le pape François, elle a subi des modifications notables.  

    En 2016, le pape argentin a remanié les statuts de l’Académie et supprimé le serment obligatoire, destiné aux membres médecins de l’Académie, par lequel ceux-ci s’engageaient expressément à adhérer à l’enseignement catholique sur le caractère sacré de la vie et à ne pas pratiquer « de recherche destructrice sur l’embryon ou le fœtus, d’avortement volontaire ou d’euthanasie ». L’année suivante, il a vidé l’Académie de ses membres et admis un grand nombre de personnes dont les travaux étaient souvent en contradiction avec l’objectif initial de l’Académie. Parallèlement, il a également vidé de sa substance l’organisme jumeau de l’Académie, l’Institut pontifical Jean-Paul II pour les études sur le mariage et la famille. 

    Le vaticaniste chevronné Sandro Magister écrivait à l’époque que parmi les membres écartés « figurent quelques universitaires faisant autorité, qui se sont toutefois distingués en critiquant publiquement les nouveaux paradigmes moraux et pratiques mis en vogue sous le pontificat de François ». La nouvelle liste des académiciens, estimait Magister, était « révélatrice d’un changement de cap ». 

    François a également supprimé le statut de membre à vie au profit de mandats de cinq ans, ce qui, selon certains critiques, ferait de l’Académie un simple bureau de la Curie romaine de plus plutôt qu’un groupe de réflexion pro-vie fidèle à sa cause d’origine.  

    À première vue, ces changements peuvent ne pas sembler si radicaux. Pourtant, en peu de temps, ils ont complètement bouleversé la réputation de l’Académie en tant qu’organisme phare du Vatican sur les questions pro-vie, d’autant plus que de nouveaux membres ont commencé à s’opposer à l’enseignement moral catholique sur la contraception, l’avortement et l’euthanasie.  

    Prenons, par exemple, le cas très médiatisé de l’économiste Mariana Mazzucato, nommée par le pape François à l’Académie pour la vie (PAV) fin 2022, bien qu’elle soit favorable à l’avortement. Une telle décision aurait été impensable avant la refonte de l’Académie par François, mais Mazzucato est loin d’être la seule membre pro-avortement de l’Académie pour la vie. Ce n’est pas pour rien que même parmi certains responsables du Vatican, la PAV est surnommée « l’Académie de la mort ». 

    Il ne semble pas non plus y avoir de véritable sentiment de honte parmi les membres pro-avortement de la PAV. À ma connaissance, je reste le seul journaliste du Vatican à avoir interpellé Mme Mazzucato sur son appartenance à la PAV, ce à quoi elle a répondu en qualifiant de « triste » le fait que sa position sur la question ait été remise en cause lors d’un événement organisé par l’Académie. 

    La PAV est actuellement dirigée par l’archevêque Renzo Pegoraro, qui a pris ses fonctions de président en mai dernier après que l’archevêque Vincenzo Paglia, président de longue date, a pris sa retraite pour raison d’âge. C’est sous l’influence de Paglia que la nature de l’Académie a subi une transformation radicale, le pape François ayant trouvé en lui un allié clé.  

    Au cours de son mandat, la PAV a publié un ouvrage controversé qui plaidait pour que l’Église accepte la contraception et l’insémination artificielle comme moralement acceptables. Paglia lui-même a déclaré dans une interview de 2022 qu’il « croyait que le jour viendrait » où le pape François ou son successeur publierait un texte sur la morale qui serait en accord avec le document controversé de la PAV. Il a par la suite nié avoir tenu de tels propos lorsque je l’ai interrogé à ce sujet en février 2024. Le parcours de l’archevêque comprend également une autre démonstration de contorsion morale, puisqu’il a exprimé son soutien à l’euthanasie – suscitant une condamnation générale –, tout en précisant qu’il ne la pratiquerait pas lui-même.  

    Mais Paglia n’est qu’un exemple parmi tant d’autres du triste déclin de cette Académie autrefois prestigieuse. Les bureaux où des experts médicaux et des théologiens défendaient autrefois avec ferveur l’enseignement de l’Église sur le caractère sacré de la vie à chaque étape sont désormais occupés par des théologiens qui cherchent sans cesse de nouvelles façons d’approuver des pratiques que l’Église ne peut tolérer. Tout cela est présenté sous le couvert d’un discours de renouveau, les nouveaux responsables affirmant que les enseignements moraux nécessitent une « réflexion continue ». 

    Cet esprit perdure encore aujourd’hui. Les nouveaux statuts de l’Académie, ratifiés par le pape Léon XIV ces dernières semaines, n’ont en rien changé la donne et se sont contentés d’ajouter une nouvelle catégorie de partisans à la PAV. 

    Mgr Pegoraro a pris la tête de l’Académie après avoir été pendant de nombreuses années le bras droit de Mgr Paglia, assurant ainsi une continuité naturelle dans le style et la morale de la PAV. Mgr Pegoraro a lui-même déclaré lors d’une interview accordée au Wall Street Journal en 2022 — en opposition directe à l’enseignement catholique — que la contraception pouvait être autorisée dans certains cas, notamment pour la « préservation de la vie sexuelle d’un couple ». 

    L’archevêque est resté évasif sur ce point lorsqu’il a été interrogé à plusieurs reprises à ce sujet l’année dernière.  

    Mais récemment, incapable d’échapper physiquement à mes questions lors d’un événement au Vatican, Pegoraro a cherché à se décharger de la responsabilité de ses propos et du rôle de l’Académie dans les débats sur la bioéthique. 

    Interrogé par notre correspondant au sujet de ses déclarations de 2022 en faveur de la contraception, Mgr Pegaroro a commencé par répondre qu’il s’agissait d’une question relevant du Dicastère pour la famille. Pressé de s’exprimer davantage sur le sujet, l’archevêque a recouru à l’expression « procréation responsable », qui, sous le pontificat du pape François et dans le cadre de la PAV réformée, en est venue à signifier de plus en plus la limitation du nombre d’enfants, y compris par le recours à des méthodes contraceptives. Une fois de plus, il a affirmé que toute question concernant son soutien à la contraception devait être adressée au Dicastère pour les Laïcs, la Famille et la Vie.  

    Tel est l’état actuel du principal organisme bioéthique du Vatican, dont le président reste incapable de dire s’il est d’accord avec l’enseignement de l’Église sur le caractère sacré de la vie — un élément qui sous-tend une grande partie de la morale catholique.  

    Les théologiens de la PAV sont trop prolixes et trop prudents pour livrer une citation percutante dans laquelle ils défendraient l’avortement ou la contraception comme étant toujours justifiables, évitant ainsi de se condamner facilement comme hérétiques. Au lieu de cela, la révolution morale a été menée en utilisant des termes relativistes, en remettant en question chaque enseignement sans réserve et en privilégiant le rôle de la pensée personnelle par rapport aux vérités et aux enseignements immuables.  

    Le pape Jean-Paul II a déclaré en 1988 que l’enseignement de l’Église sur la contraception « fait partie du patrimoine permanent de la doctrine morale de l’Église », mais pour la PAV, cela ne signifie rien. La vérité immuable n’est pas un concept qu’ils reconnaissent lorsqu’il s’agit des domaines de la morale et de la bioéthique. 

    Au lieu de cela, l’Académie pour la Vie se détourne de sa mission en se concentrant intensément sur la recherche autour de l’IA, délaissant ainsi sa véritable vocation au profit d’un sujet qui suscite un vif intérêt auprès des ONG internationales. Trouver un intervenant lors d’un événement de l’Académie — ou même un simple membre — qui soutienne l’avortement n’est désormais plus une exception, ce qui met en évidence la décadence théologique qui s’est installée dans de nombreux recoins de la Rome autrefois si noble. 

    Michael Haynes est correspondant au Vatican pour Pelican+ et analyste du Vatican pour The Catholic Herald ; les lecteurs peuvent le suivre sur Per Mariam et sur X @MLJHaynes.