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Europe - Page 108

  • Des chrétiens français opposés à l'installation de camps de migrants

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    Des chrétiens s’opposent à l’installation d’immigrés (source)

    Voici un texte rédigé par un groupe de chrétiens de diverses paroisses de Versailles (Notre-Dame, Saint-Louis, Sainte-Jeanne-d’Arc, Immaculée-Conception, Notre Dame des Armées) qui ont entrepris de faire un point sur la question, attentifs au Magistère de l’Église, et qui prennent parti dans les débats en cours, conscients de leur responsabilité spécifique de laïcs dans l’Église. « Les laïcs, rendus participants de la charge sacerdotale, prophétique et royale du Christ, assument, dans l’Église et dans le monde, leur part dans ce qui est la mission du Peuple de Dieu tout entier » (concile Vatican II : Décret sur l’apostolat des laïcs) :

    Nous sommes chrétiens. Nous croyons que le Christ est le Maître de l’Histoire. Nous savons que, si elles n’étaient pas secouées par l’immigration massive déjà vécue depuis quelques dizaines d’années, nos vieilles sociétés fatiguées se seraient doucement assoupies: vieillards attentifs à protéger leur capital, foyers avec un ou deux enfants, garçon ou fille, appelés à faire de bonnes études et à décider s’ils veulent plus tard rester garçon et fille ou devenir l’inverse.

    Nous sommes des chrétiens engagés de façons diverses dans la société, dans notre époque.

    Certains d’entre nous accompagnent des jeunes issus de l’immigration, des Samir, Jamel, Kacem…, dans leurs projets scolaires et professionnels. Nous sommes conscients de l’ampleur du travail social requis pour assurer la bonne intégration de ces jeunes dans la société, et du faible nombre d’ouvriers.

    Nous avons dans notre entourage des personnes qui se sont chargées de l’accueil de familles de migrants du Moyen-Orient.

    Non, il n’est pas possible pour des chrétiens de limiter les fondements de leur position sur l’immigration à ces deux seuls textes bibliques : « cet émigré installé chez vous, vous le traiterez comme l’un de vous » et : « J’étais un étranger et vous m’avez accueilli. » D’ailleurs, il s’agit dans ces textes de « cet immigré » et d’« un étranger », c’est-à-dire deux individus déterminés, et non pas d’une masse de personnes provenant de quinze pays différents, aux motivations diverses, sans que l’on sache de chacun la raison particulière de sa migration : véritable persécution ouvrant droit au statut de réfugié, fuite devant la difficulté à faire son devoir dans un pays en guerre, attirance pour un pays développé, désir de tenter l’aventure…

    Avons-nous perdu le contact avec le réel ? Nous croyons-nous capables d’assurer un avenir à toutes ces personnes, avec nos 5 millions de chômeurs, nos 2 200 milliards de dettes, nos usines qui ferment, nos agriculteurs qui n’ont plus de quoi vivre, l’explosion de la violence, nos départements asphyxiés par les demandes sociales, notre enseignement à la dérive, nos difficultés à intégrer les familles issues de l’immigration africaine qui représentent au moins 20 % de la population ?

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  • L’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe a rejeté le projet de recommandation favorable à la GPA présenté par Petra de Sutter

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    GPA AU CONSEIL DE L'EUROPE : UN REJET DÉFINITIF !

    Mardi 11 octobre, l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe (APCE) a rejeté le projet de recommandation favorable à la GPA présenté par Petra de Sutter.

    Cette fois, le rejet est définitif. On se souvient des péripéties qui ont entouré ce projet : Petra de Sutter, gynécologue belge pratiquant la gestation par autrui, avait préparé un rapport favorable à cette pratique. Il proposait d’encadrer la maternité de substitution pour en empêcher les dérives, c’est-à-dire en admettre le principe. Après plusieurs reports, ce rapport fut examiné par la Commission des affaires sociales de l’APCE le 15 mars dernier, et rejeté.

    En outre, des députés soulevèrent la question du conflit d’intérêts, le rapporteur étant professionnellement impliqué dans l’activité en cause. Cependant, au lieu d’un vote à bulletin secret sur la question du conflit d’intérêts, c’est un vote à main levée qui fut organisé pour savoir s’il fallait un vote secret ! En raison de cette pirouette de procédure, le rapporteur ne fut pas dessaisi.

    Le rapporteur décida de soumettre une nouvelle version de son rapport, condamnant cette fois la maternité de substitution, mais seulement lorsqu’elle est à but lucratif. Cela revenait en réalité à accepter le principe de la gestation par autrui, en ne condamnant que l’aspect financier. Le but affiché, consensuel, était de protéger les droits des enfants nés de cette pratique notamment en reconnaissant la filiation à l’égard des commanditaires. Mais cela conduisait à entériner la maternité de substitution pratiquée à l’étranger sous prétexte de droit des enfants, autrement dit à placer les Etats qui refusent cette pratique devant le fait accompli en les obligeant à valider cette pratique.

    Annoncé en juin, ce rapport fut finalement examiné en Commission des affaires sociales le 21 septembre. De façon très inhabituelle, la Commission a rejeté le rapport et le projet de résolution, mais a adopté le projet de recommandation (deux députés opposés à la résolution durent quitter la salle au moment du vote sur la recommandation, faisant ainsi basculer la majorité, semble-t-il).

    Malgré l’intérêt de cette question pour l’ensemble de la société, les ONG concernées n’ont pas été auditionnées et l’ensemble de la procédure a été tenu secret : discussions de la Commission des affaires sociales à huis clos, projets de rapport confidentiels, comptes rendus laconiques et communiqués de presse partiels… Les manœuvres procédurales ont continué jusqu’à la fin : alors que le dernier examen en Commission devait avoir lieu le 11 octobre en début d’après-midi, l’ordre du jour a été modifié à la dernière minute pour avancer cet examen de plusieurs heures.

    Le 11 octobre, en Commission, deux amendements furent adoptés visant à interdire complètement la maternité de substitution.

    En séance plénière, ces amendements ont malheureusement été rejetés à une très courte majorité. L’Assemblée parlementaire du Conseil de d’Europe n’a pas été capable de condamner clairement une pratique manifestement contraire à la dignité humaine, ce qui est fort regrettable.

    Néanmoins, la proposition de recommandation portée par Petra de Sutter a été rejetée par 83 voix contre 77, alors qu’il aurait fallu une majorité des deux tiers pour l’adopter. Même si l’on peut regretter l’absence de condamnation ferme et explicite de la maternité de substitution sous toutes ses formes, l’Assemblée parlementaire ne s’est donc pas laisser aveugler et a rejeté définitivement le projet.

  • L'interdiction de l'IVG en Pologne : un bel exemple de désinformation médiatique

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    De François de La Vega sur aleteia.org :

    L’IVG au risque d’être proscrite en Pologne : la presse française a-t-elle réécrit l’histoire ?

    Quand la plupart des titres succombe à la tentation des petites et grandes désinformations…

    Raconter l’histoire telle qu’elle s’est réellement déroulée exige d’abord d’en expliquer le contexte. La Pologne est une démocratie depuis moins de vingt-cinq ans. En plus des élections libres, elle offre au peuple un dispositif d’expression analogue au référendum d’initiative populaire qui existe en Suisse : quand une proposition de loi est présentée par plus de 100 000 signataires, le Parlement se voit dans l’obligation de l’étudier. Une commission ad hoc est chargée de les examiner. À l’usage, cette commission n’a plus servi qu’à les rejeter a priori et sans le moindre examen.

    Au cours de la dernière campagne électorale, le PiS (Parti Droit et justice, en français) sorti vainqueur des élections, a imprudemment pris l’engagement de faire étudier sérieusement par la commission et le gouvernement l’ensemble de ces propositions de loi d’initiative populaire.

    Un gouvernement piégé par sa promesse

    Véritable piège, cette promesse est devenue le cauchemar du gouvernement lorsqu’un mouvement anti-IVG a déposé une proposition de loi durcissant les conditions d’accès à l’IVG et pénalisant sa pratique. Parmi les plus de 500 000 signataires, bon nombre d’électeurs proches de l’aile droite du parti, minoritaire mais remuante, qu’il était difficile pour les parlementaires de mécontenter trop ouvertement.

    Le gouvernement n’aurait jamais pris l’initiative d’ouvrir une telle boîte de Pandore alors que la loi en vigueur – l’une des plus restrictives d’Europe – bénéficie d’un certain consensus populaire. Encore moins alors même qu’il livre des batailles, loin d’être gagnées d’avance, sur de nombreux autres fronts. Mais, tenu par sa promesse électorale et aiguillonné par l’aile droite de sa majorité, il a demandé à la commission parlementaire d’étudier la proposition de loi, en priant (et peut-être en agissant en sous-main) pour que ladite commission finisse par la rejeter après examen et débat. Et ainsi fut fait, non sans qu’au préalable une grève/manifestation pro IVG ait mobilisé à travers la Pologne des dizaines de milliers de femmes habillées en noir.

    Généralisations abusives

    Pour rendre compte de cette manifestation, l’objectivité de nombreux titres de la presse française a semblé faire défaut au profit d’un militantisme partisan.

    En témoignent les titres pour le moins exagérés du style: « Pologne : les femmes se mettent en grève pour défendre l’IVG » (Courrier International) ou bien : « Les Polonaises manifestent pour le droit à l’IVG » (Ouest France), titres adoptés aussi par Paris Match, L’Obs, Le Point et nombre d’autres organes de la presse écrite comme audiovisuelle.

    Dans les faits, au maximum 100 000 polonaises (sans doute moins), ont manifesté et/ou fait grève « pour défendre le droit à l’avortement ». Un nombre qu’il faut remettre en perspective du demi-million de signataires de la pétition en faveur d’un durcissement de la loi sur l’IVG. Selon un sondage IPSOS publié le jour même de la manifestation, 58% des Polonais seraient favorables au maintien ou au durcissement de la loi actuelle, et 37% favorables à une libéralisation partielle ou totale du droit à l’avortement. Selon une autre étude réalisée par CBOS en mai, 80% des Polonais se prononcent contre l’avortement pour convenances personnelles, « même en cas de situation matérielle difficile ».

    Dans ces conditions, titrer en généralisant (souligné par nous) : « LesPolonaises manifestent… » ou « Les femmes se mettent en grève… » relève non pas du journalisme mais d’une exagération partisane. À tout le moins, à l’instar du Parisien, on aurait pu titrer : « Des Polonaises manifestent… ».

    Le poids des mots, le choix des photos

    Après que la commission parlementaire eut rejeté la proposition de loi visant à durcir la loi actuelle, la diffusion d’informations biaisées dans la presse française redoubla, notamment dans le journal La Croix.

    Le quotidien catholique a consacré à l’événement une couverture importante, une pleine page dans la version papier, avec un énorme titre en gras couvrant toute la largeur : « Le gouvernement polonais renonce à l’interdiction de l’IVG ». Or, ce titre est triplement erroné : d’une part, ce n’est pas le gouvernement qui est à l’origine de la proposition de loi, donc il n’a pas eu à y renoncer ; d’autre part, ce n’est pas le gouvernement qui l’a rejeté mais la commission d’examen des proposition d’initiative populaires ; enfin, il ne s’agissait pas d’interdire l’IVG mais de durcir son régime déjà très restrictif.

    En matière de désinformation, le chapô qui suit le titre est de la même eau : « La mobilisation des femmes polonaises, plus que le débat au Parlement européen, a conduit le gouvernement à abandonner le projet des organisations pro-vie. » Appuyant ces assertions fausses et tendancieuses, la grande photo en couleur qui illustre l’article représente la manifestation pour la libéralisation de l’IVG, avec cette légende : « Des milliers de femmes habillées de noir ont défilé en Pologne pour protester contre le projet de loi interdisant l’avortement ».

    Titre, chapô, icono : ces moyens éditoriaux apparaissent comme au service d’une désinformation. Le corps de l’article qui suit est plus objectif et rétablit quelques faits avérés, mais non sans ajouter des commentaires infondés et sans parvenir à masquer une certaine complaisance pour les thèses des grévistes pro-avortement. La parole leur est donnée sur le fond de la question, tandis qu’elle n’est donnée que sur la procédure aux auteurs de la proposition de loi (pourtant plus représentatifs en nombre et catholiques revendiqués). Enfin, il convient de signaler la présence d’un encadré intitulé « Repères », qui donne à part, sous le titre “Un texte radical”, trois informations factuelles objectives.

    Simone Veil : « Scientifiquement, il est de plus en plus évident que dès la conception, il s’agit d’un être vivant »

    Quelle que soit la position qu’il entend promouvoir, un journaliste, plus encore qu’un homme politique, peut et doit toujours le faire en respectant les exigences de base de l’honnêteté intellectuelle. À cet égard, Madame Simone Veil elle-même mérite d’être citée en exemple. En 2007, trente-deux ans après le vote de sa loi qui dépénalisa l’IVG en France, elle répondit à la question de l’objection de conscience : « On comprend que, pour un certain nombre de gens, il existe un cas de conscience face à cette pratique. [L’IVG] est une question éthique et pas seulement un geste médical. La seule chose que j’avais négociée avec l’Église était de ne pas contraindre les médecins. C’est un point à maintenir, car on ne peut obliger personne à aller contre ses convictions. Il est de plus en plus évident scientifiquement que, dès la conception, il s’agit d’un être vivant ».

    « Il s’agit d’un être vivant » : si au moins les débats, manifestations et polémiques qui ont eu lieu en Pologne pouvaient servir à convaincre de cette évidence toutes les femmes et les hommes de bonne volonté… Mais précisément, les petites et grandes désinformations, qui émaillent presque toujours la communication sur l’IVG, n’ont-elle pas pour but de faire que cette évidence scientifique ne s’impose pas au cœur du débat ?

  • Pologne : ce serait l'Eglise qui aurait fait reculer le gouvernement sur l'interdiction de l'IVG

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    De Sarah Halifa-Legrand sur le site de l'Obs (extraits):

    Pologne : "C'est surtout l'Eglise qui a fait reculer le gouvernement sur l'IVG"

    Les Polonaises doivent leur victoire contre la proposition de loi sur l'interdiction de l'avortement autant à leur mobilisation qu'à l'Eglise, estime Mateusz Kijowski, le chef de file de l'opposition.

    C'est une première victoire. Les femmes polonaises sont parvenues à faire plier le parti nationaliste et conservateur au pouvoir, le PiS, qui s'est résolu à rejeter hier une proposition de loi d'initiative citoyenne interdisant l'avortement. Depuis que le PiS a entrepris, quelques semaines à peine après son élection en octobre 2015, de s'attaquer un à un aux fondements démocratiques de l'Etat polonais, la société civile est descendue dans la rue à chaque nouvelle loi : neutralisation du rôle du Tribunal constitutionnel, reprise en main des médias publics, surveillance des citoyens, nomination des fonctionnaires par les ministres… Mais sans obtenir gain de cause jusqu'à cette proposition de loi sur l'avortement.

    Mateusz Kijowski, le fondateur du KOD (Comité de Défense de la Démocratie), le mouvement citoyen qui a instillé depuis des mois une dynamique contestataire en Pologne, tenait ce vendredi une conférence de presse à Paris au siège de la LDH au cours de laquelle il répondu aux questions des journalistes français.

    Ce recul du gouvernement sur l'avortement constitue-t-il un tournant ?

    C'est un signal important. Cependant, il ne s'agissait pas d'un projet de loi du gouvernement mais d'une proposition de loi d'initiative populaire. Il est certain que les mouvements de protestation ont contribué à ce recul du gouvernement, mais je pense que ce qui a joué un rôle encore plus important, c'est la position de l'Eglise catholique, qui s'est déclarée opposée à ce que l'on condamne les femmes à faire de la prison en cas d'avortement. S'agit-il néanmoins d'un tournant ? La société civile s'est rendue compte qu'elle pouvait faire avancer les choses en descendant dans la rue. L'avortement est une question qui a déjà provoqué par le passé des polémiques en Pologne mais il n'y avait jamais eu un tel mouvement de protestation. Peut-être qu'il s'agit effectivement d'un événement déclencheur. Mais ce n'est pas du jour au lendemain que tout va changer, que le gouvernement va reculer dans tous les domaines.

    Y a-t-il eu un accord entre le gouvernement et l'Eglise pour rejeter cette proposition de loi ?

    Il semble qu'il n'y ait pas eu d'accord proprement dit. Mais plutôt des signaux qui ont été entendus. Le gouvernement a par ailleurs annoncé qu'il allait proposer sa propre loi pour limiter l'avortement, qu'il va probablement remettre à plus tard. Et il ira sûrement en direction d'une plus grande restriction du droit à l'IVG, déjà très limité en Pologne.

    Il est difficile de prévoir quelle sera alors la coopération entre le PiS et l'Eglise catholique. Ils peuvent s'entendre dans différents domaines mais ils n'ont pas la même vision sur tout : par exemple l'Eglise catholique, sous l'impulsion du pape François, s'est déclarée en faveur de l'accueil des réfugiés, alors que le gouvernement est opposé à ce que la Pologne accepte ne serait-ce qu'un seul d'entre eux. Sur l'avortement, il y aura plus de convergence, mais pas forcément sur la possibilité de lancer des enquêtes sur les femmes qui avortent et de les condamner à la prison.

  • La Cour Européenne des Droits de l'Homme valide le licenciement d'un enseignant divorcé remarié en Croatie

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    Un professeur de religion croate, qui contestait son licenciement devant la Cour européenne des droits de l’homme, a été débouté mardi 4 octobre.

    Divorcé et remarié, il s’était vu retirer le mandat canonique diocésain lui permettant d’exercer, ce qui avait entraîné son licenciement de l’éducation nationale.

    L’Église est en droit d’exiger des professeurs de religion qu’ils mènent une vie conforme à la doctrine catholique. C’est du moins le sens de la décision de la Cour européenne des droits de l’homme, qui a validé, mardi 4 octobre, le licenciement d’un professeur de religion croate après son divorce et son remariage.

    Cet enseignant, Peter Travaš, était pourtant employé par l’Education nationale et, de ce fait, rémunéré par l’État croate. Mais un concordat entre la Croatie et le Saint-Siège, datant de 1996, prévoit que les professeurs de religion catholique, bien que fonctionnaires de l’État, doivent également, pour pouvoir enseigner, être investis d’un mandat canonique de l’évêque de leur diocèse.

    Après son divorce et son deuxième mariage en 2006, le diocèse de Rijeka, sur la côte croate, a effectivement retiré à Peter Travaš ce mandat canonique. Le diocèse, dans une lettre à l’enseignant citée par la CEDH, estime notamment que ce remariage contrevient à l’article 804.2 du code de droit canonique, qui dispose : « L’Ordinaire du lieu veillera à ce que les maîtres affectés à l’enseignement de la religion dans les écoles, même non catholiques, se distinguent par la rectitude de la doctrine, le témoignage d’une vie chrétienne et leur compétence pédagogique. »

    Par la suite, l’Education nationale croate, n’ayant pas d’autre poste auquel affecter le professeur qui ne pouvait plus enseigner la religion, a décidé de le licencier, avec préavis et indemnités.

    Autonomie des Églises

    Après avoir été débouté par la justice de son pays, Peter Travaš avait décidé de poursuivre la Croatie devant la CEDH en 2013 sur la base de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, qui garantit le droit au respect de la vie familiale et privée. Mais la Cour lui a également donné tort.

    Dans son arrêt, elle affirme la liberté des Églises de sélectionner, nommer et remplacer les membres de son personnel en fonction de leur conformité personnelle avec leurs enseignements. Elle fait également valoir le fait que le plaignant n’ignorait pas que ses choix de vie n’étaient pas conformes à la doctrine de l’Église catholique. La CEDH appuie également sa décision sur la liberté des Églises, également garantie par la Convention européenne des droits de l’homme.

    « La Cour a fermement protégé le principe de l’autonomie des Églises », s’est félicité Robert Clarke, de l’organisation ADF International (« Alliance défendant la liberté ») de défense de la liberté religieuse, qui s’était portée partie civile aux côtés de l’État croate. « Dans ce cas, la Cour a soutenu le droit de l’Église catholique à exiger d’un professeur de religion la conformité avec la doctrine qu’il est supposé enseigner. Cette décision a des implications positives pour toutes les Églises européennes », a-t-il estimé.

  • La Belgique a perdu un de ses meilleurs connaisseurs du monde des entreprises, un chrétien et un grand humaniste

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    De Christian Laporte sur le site de lalibre.be :

    Philippe de Woot, pionnier de la responsabilité sociétale des entreprises, est décédé

    Avec le décès jeudi du Pr Philippe de Woot, la Belgique perd un de ses meilleurs connaisseurs du monde des entreprises. Pionnier de la Responsabilité sociétale de l’Entreprise, ce grand humaniste, chrétien engagé, n’a cessé de plaider pour mettre l’humain au cœur de sa réflexion et de ses décisions. Docteur en droit et en sciences économiques, co-créateur et doyen de l’Institut d’Administration et de Gestion (aujourd’hui Louvain School of Management) de l’UCL, Philippe de Woot y a formé plusieurs générations d’étudiants à la stratégie et au management des entreprises, en intégrant la réflexion économique dans la perspective plus vaste des enjeux sociétaux. Penseur éclairé au rayonnement international, il a enseigné entre autres à Louvain, à l’INSEAD, était Harvard Faculty Associate et Docteur honoris causa de l’Université de Bologne.

    Conseiller de la Commission européenne

    Etant un Européen convaincu, il a œuvré au dynamisme de l’Union comme conseiller de la Commission pour les programmes Esprit et Fast et comme membre de l’Académie européenne des Sciences et des Arts. Le thème majeur de sa pensée et de son action est celui du sens, des valeurs et de la finalité de l’entreprise. Ses nombreux travaux ont mis en évidence les liens entre le système de valeurs et les performances à long terme. "L’entreprise" disait-il "doit être une organisation humaine génératice d’innovation et de progrès, un lieu d’exercice de la responsa bilité individuelle et collective face aux enjeux éthiques et sociétaux". S’il reconnaissait l’efficacité de l’économie de marché, il s’éleva contre la croyance en la vertu de "la main invisible", s’opposant à Milton Friedman qui réduisait la finalité de l’entreprise à l’enrichissement de l’actionnaire.

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  • Pologne : vers une plus grande protection de la vie

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    De genethique.org :

    VERS UNE PLUS GRANDE PROTECTION DE LA VIE HUMAINE EN POLOGNE 

    En avril 2016, la Pologne s’émeut de l’avortement raté d’un bébé trisomique, né vivant à 24 semaines de grossesse. Il pleure une heure, abandonné, avant de mourir.

    L’évènement a eu un fort retentissement et a suscité les réactions des mouvements pro-vie et pro-avortement. Ils se sont mobilisés pour saisir le gouvernement par le biais de la démocratie participative, qui autorise, par l’intermédiaire d’au moins 100 000 citoyens, à proposer une réforme législative.

    Dans ce cadre, le comité citoyen « Let’s help Women » a recueilli 220 000 signatures pour demander la légalisation de l’avortement jusqu’à la douzième semaine de grossesse, puis sa limitation pour la suite de la grossesse aux trois exceptions en vigueur actuellement.

    Le comité citoyen pro-vie « Stop Abortion » a, quant à lui, recueilli presque 500 000 signatures de citoyens demandant une complète protection de la vie humaine en supprimant les exceptions. Sa proposition vise à instaurer un régime de sanction, sauf en danger pour la mère, qui peuvent aller jusqu’à 5 ans de prison une femme ayant avorté et les médecins concernés.

    Ce projet de sanction divise les mouvements pro-vie : la Fédération polonaise des mouvements pro-vie, qui partage la volonté du comité citoyen « Stop Abortion » de protection totale de la vie humaine, a cependant déposé devant le comité parlementaire des pétitions, une version miroir n’intégrant pas la pénalisation des femmes. Les évêques polonais, qui condamnent l’avortement, considèrent qu’il serait immoral de réprimer les femmes « deuxièmes victimes de l’IVG ».

    Aujourd’hui, la loi, appelée « Status Quo », en vigueur depuis 1993 et modifiée en 1997, autorise l’avortement dans trois cas : l’avortement autorisé en cas danger pour la mère, de viol ou d’affection médicale sérieuse du fœtus. Les statistiques montrent qu’en Pologne, le nombre d’avortements liés aux deux premières raisons (risque pour la mère et viol) a toujours été très bas. « Il n’en est pas de même pour l’exception eugéniste qui est chaque année responsable d’un nombre croissant d’avortements légaux : plus de 90% des avortements. Ainsi en 2015, sur 1040 avortements légaux, 996 étaient eugénistes », précise Jakub Baltroszewicz, Président de One of Us Pologne. Cette dernière option autorise l’avortement jusqu’à la veille de la naissance.

    Vendredi 23 septembre, les parlementaires ont écarté la proposition pro-avortement et ont transmis la proposition pro-vie à la commission parlementaire Justice et droits de l’homme, où la proposition va être retravaillée et débattue. Si le statu quo semble désormais impossible, il est difficile de savoir quels seront la durée du débat et le contenu de la proposition qui reviendra devant le Parlement. Mais il parait assez probable qu’elle sera orientée vers une plus grande protection des vies humaines.

  • Pays-Bas : le DPNI remboursé ou le choix de l'exclusion prénatale

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    De genethique.org :

    LE DPNI REMBOURSÉ AUX PAYS-BAS OU LE CHOIX DE L’EXCLUSION PRÉNATALE

    Le 20 septembre, le ministre de la Santé néerlandais a annoncé que le DPNI[1] serait mis à disposition de toutes les femmes enceintes à partir du 1er avril 2017, et en grande partie remboursé par la sécurité sociale[2]. Cette décision se base sur un rapport technique du conseil de la santé, qui compare le DPNI aux méthodes de dépistage plus anciennes et/ou invasives.

    Renate Lindeman, présidente du collectif Downpride, déplore le report du débat éthique promis, décalé au mois de décembre 2016. Une pétition, lancée par son collectif au printemps 2015, avait recueilli en moins d’un an les 40 000 signatures nécessaires pour constituer une initiative citoyenne examinée par le Parlement. Mais la discussion n’a pas suivi. Les actions du collectif ont été ignorées.

    D’autres associations expriment leurs préoccupations, mais peinent à être entendues : 

    • Blackbook Downsyndrome a rassemblé des témoignages de parents d’enfants atteints de trisomie 21 : ces familles ont reçu un accompagnement inadapté ou estiment avoir subi des pressions pour le dépistage ou l'avortement. Leurs témoignages révèlent combien les craintes initiales, à l’annonce du diagnostic, ne reflètent pas la réalité et la joie qu'ils éprouvent aujourd’hui. Blackbook Downsyndrome a été présenté au ministre de la Santé néerlandais en février 2016, ainsi qu’à la télévision nationale.
    • Une campagne d’affichage est lancée ce 27 septembre, devant le Parlement, pour sensibiliser à l’effet négatif de la politique de dépistage néerlandaise sur les personnes atteintes de trisomie 21 et leurs familles.

    « Nous craignons, explique Renate Lindeman, que le DPNI - focalisé à détecter la trisomie 21 - devienne la norme en matière de ‘soin prénatal’. Déjà, la question la plus fréquemment posée à une mère et son enfant atteint de trisomie 21 est : ‘N’avez-vous pas pu faire le test ?’. Certaines mères, moi y compris, se sont vues à plusieurs reprises demander : ‘Pourquoi avez-vous choisi d'avoir un enfant atteint de trisomie 21?’ et même ‘Pourquoi n’avez-vous pas choisi d'avorter ?’. Ainsi, avoir un enfant atteint de trisomie 21 serait le résultat d'un choix personnel plutôt que d'origine naturelle ».

    Cette logique est dangereuse : « Nous voyons de plus en plus de commentaires sur les réseaux sociaux, critiquant le fait d’avoir un enfant demandant des soins onéreux. S’il s’agit d’un ‘choix’ personnel, pourquoi la société paierait ? ». Les médias répandent cette opinion. Mais « les investissements dans la recherche, le développement et la mise en œuvre du dépistage prénatal avec le DPNI se chiffrent aussi par centaines de millions d'euros », rétorque Renate Lindeman, et « à l’inverse, peu de programmes de recherche existent pour améliorer la qualité de vie des personnes atteintes de trisomie 21. C’est un signal clair de la société qui a chois la solution de l'exclusion prénatale ».

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    [1] Dépistage prénatal non invasif

    [2] Le coût total du DPNI est de 460€, les femmes paieront 175€ et les 285€ restant seront remboursés par le gouvernement.

  • La question du cardinal Schönborn : "faisons-nous face à une troisième tentative d’une conquête musulmane de l’Europe ?"

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    De Jules Germain sur aleteia.org :

    L’islamisation de l’Occident est-elle pour demain ?

    Dans une récente homélie, le cardinal Schönborn nous met en garde depuis Vienne.

    Le cardinal Christoph Schönborn, très proche du pape François, a la réputation d’être un homme réfléchi. Ses mots ont du poids, en Autriche comme dans le reste du monde. On le compte parmi les plus modérés et les plus éminents théologiens du collège des cardinaux.

    L’Europe a dilapidé l’héritage chrétien

    Il a cependant récemment fait récemment parler de lui avec des propos sur l’islam et l’Europe qui changent de son habituelle tempérance. Lors de son homélie du dimanche, comme le signale la conférence des évêques d’Allemagne, on célébrait en Autriche la fête du Saint Nom de Marie, qui commémore la victoire contre les Turcs le 12 septembre 1683, lors de la bataille de Vienne. Cette victoire n’a pas simplement sauvé Vienne et l’empire autrichien mais probablement protégé de grandes parts de l’Europe d’une islamisation forcée.

    « Il y a 333 ans, a expliqué le cardinal Schönborn, Vienne a été sauvée. Il faut désormais se demander  : faisons-nous face à une troisième tentative d’une conquête musulmane de l’Europe ? De nombreux musulmans le pensent et le souhaitent : l’Europe d’aujourd’hui est sur le point de mourir ». Le continent a dilapidé son trésor chrétien comme le fils prodigue a dilapidé l’argent de son père. Le cardinal a en effet terminé son homélie par ses mots : « Aie pitié de ton peuple, Seigneur, car il est sur le point de dilapider ton héritage ».

    L’écho sur les réseaux sociaux en Allemagne et en Autriche a été considérable. On a alors souvent commenté, sur Facebook notamment, que le cardinal a nommé le risque qu’affronte aujourd’hui l’Europe de manière lucide. « Éminence, ne voulez-vous pas en parler à votre ami le cardinal de Cologne ? », lit-on par ailleurs, celui-ci, Rainer Maria Woelki, étant accusé pour sa part d’angélisme, soutenant encore et toujours l’accueil inconditionnel des réfugiés musulmans. Mais d’autres voix reprochent au cardinal de conduire ses ouailles dans les bras des populistes de droite.

    Les musulmans font partie de l’Autriche

    Effectivement, le parti d’extrême droite FPÖ a profité de l’occasion pour dire qu’il fallait, aujourd’hui, comme en 1683, protéger l’Occident. Ce n’est pourtant pas le propos du cardinal Schönborn. Il a condamné à plusieurs reprises les propos hostiles vis-à-vis des réfugiés et a même répété que les 600 000 musulmans que compte son pays font partie de l’Autriche. L’identité chrétienne qu’il voit disparaître est justement une injonction à se mettre au service des réfugiés. L’amour du prochain ne se limite pas aux chrétiens ni aux compatriotes. Il reste que son propos très fort rappelle la fragilité de l’Europe face à un islam qui peut se faire conquérant et dans lequel tout chrétien doit savoir rester lucide en même temps que charitable.

    « Nous allons les ratatiner car c’est ce que veut Allah »

    Il semble en effet ne pas avoir tort lorsqu’il dit qu’une part non négligeable des musulmans souhaite une transformation radicale de l’Europe actuelle. Nul autre que l’imam de la mosquée de Jérusalem, le Sheikh Muhammad Ayed, avait déclaré en 2015 que la baisse de la natalité en Occident ferait des musulmans le seul avenir possible de l’Europe. « Nous allons les ratatiner car c’est ce que veut Allah. » Il semble ainsi que les propos de Schönborn ont sonné juste pour de nombreuses oreilles angoissées en Europe. Mais cet épisode a également un précédent, puisque le pape François lui-même avait parlé en mars dernier d’une « invasion arabe« . Cette « invasion » est d’abord l’occasion d’une conversion radicale pour l’Europe, non pas vers l’islam, mais vers sa vraie nature, chrétienne, qu’elle a à redécouvrir.

  • Le grec et le latin, un héritage vivant

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    De Julien de Rubempré sur "Le Nouveau Cénacle" :

    « De La Nécessité Du Grec Et Du Latin » : Les Langues Anciennes, Un Héritage Vivant

    Gilles Siouffi et Alain Rey publient aux éditions Flammarion un livre mêlant curiosité et érudition pour défendre et illustrer l’urgence vitale de continuer à enseigner les langues anciennes aux nouvelles générations. 

    S’il est bien un élément constitutif de notre identité nationale, c’est notre langue. Indéniable. En plein débat sur l’origine de nos ancêtres, nous pouvons en identifier au moins deux, incontestables et immortels : le latin et le grec. Trésors ouverts à chaque citoyen, prétendument inaccessibles selon les fossoyeurs de l’Education nationale, ces langues polissent encore celle que nous parlons aujourd’hui, la subliment. La nuancent. En rehaussent la saveur.

    Soufi et Rey expliquent à cet égard cette crispation à l’encontre de cet héritage qui, peu à peu, s’en va : « Aux racines de cette hantise, il y a d’abord une peur de la rupture, de la séparation. Une peur de l’inconnu vers lequel nous nous dirigerions seuls et privés de ces soutiens ». Mais, par-delà les crispations identitaires, Gilles Soufi et Alain Rey montrent en premier lieu que tout n’est pas si limpide. Ces racines sont flagrantes, certes, mais plus sinueuses qu’on ne le pense au premier abord.

    Le latin, tout d’abord, ne peut être pris en un seul bloc. Il y a des latins. Celui de Virgile, celui de Cicéron et jusqu’à Constantin ou même le latin médiéval, cette langue a évolué puisqu’elle était vivante. De même que le grec ancien qui s’est modernisé jusqu’à devenir la langue grecque d’aujourd’hui. Par ailleurs, au cours du chapitre intitulé « La guerre des grammaires », il est précisé page 49 : « Il est absurde de dire que la grammaire latine est le seul moyen d’accès à la grammaire française. Si les élèves d’aujourd’hui ont parfois (comme à tout époque) des difficultés avec la grammaire française, ce n’est pas parce qu’ils ignorent le latin ». On y apprend même que lors des siècles passés, pour parler un meilleur français, il était conseillé de se détacher du latin ! Les grammairiens du XVIe siècle auraient d’ailleurs vivement protesté « contre ce poids des catégories de la grammaire latine sur la description du français » …

    Le latin et le grec sont des langues vivantes

    « Dans ce contexte, les langues antiques grecque et latine continuent de vivre dans les langues modernes faites de strates très anciennes qui y subsistent toujours »

    Néanmoins, les auteurs résument magnifiquement la vitalité des langues classiques en affirmant : « Le grec est un luxe, dans le français : le latin est la base ». Ce sont les « pierres vives », si chères à Rabelais qui vivent encore et toujours à travers l’Eglise d’une part et d’autre part dans les nouveaux mots que nous créons au fil des ans. Nous apprenons ainsi (p.74) que deux volumes d’Harry Potter ont été publiés avec une traduction latine, qu’il existe toujours des périodiques écrits et publiés en latin classique et qu’un glossaire paru en 2002 recense tous les mots de notre monde contemporain traduits en latin !

    Nous utilisons des mots et des expressions latines tous les jours (Vade-mecum, lavabo, stricto sensu, nota bene, placebo et plus tristement Fluctuat nec mergitur …) et « Dans ce contexte, les langues antiques grecque et latine continuent de vivre dans les langues modernes faites de strates très anciennes qui y subsistent toujours » (p. 167). Les « nouveaux mots » – comme par exemple cosmonaute – ont été forgés à partir de leur racine grecque (« cosmos » dans ce cas précis) ; preuve de l’incroyable vitalité de ces langues plurimillénaires.

    L’auteur de ces lignes a été un piètre latiniste. Et le mot est très faible. Des jours et des nuits à apprendre des déclinaisons, à essayer de traduire cinq lignes pour récolter au final un zéro pointé … Quand bien même ! Le latin et le grec sont comme les mathématiques : parfois, on n’y comprend rien. Pourtant, il est impératif de savoir compter, comme il est essentiel de maîtriser l’étymologie pour comprendre la plupart des notions. Cet essai revigorant, plaisant et limpide est à mettre entre toutes les mains, ne serait-ce que pour saisir l’ampleur de notre dette à l’égard de cette antiquité qui n’en finit par de vivre …

  • Nouveau débat sur la GPA au Conseil de l'Europe

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    De Marianne Meunier sur le site du Journal La Croix :

    La GPA de nouveau en débat devant le Conseil de l’Europe

    La gestation pour autrui a fait l’objet d’une résolution rejetée par la commission des questions sociales du Conseil de l’Europe, très divisée sur cette pratique.

    La commission des questions sociales du Conseil de l’Europe a rejeté par 19 voix contre 17, mercredi 21 septembre, une résolution à partir d’un rapport sur la très délicate question de la Gestation pour autrui (GPA).

    L’auteure du rapport, la Belge Petra de Sutter, sénatrice socialiste et chef du service de médecine reproductive à l’hôpital universitaire de Gand, avait pourtant revu sa copie depuis un premier vote défavorable par la même commission, en mars dernier. Comme le permettent les règles du Conseil de l’Europe, les débats se sont tenus à huis clos et les textes n’ont pas été publiés avant le vote.

    Intitulée « l’intérêt de l’enfant dans la GPA commerciale », la résolution rejetée mercredi 21 septembre souligne les problèmes inhérents au statut des enfants quand ces derniers naissent dans le cadre d’une GPA, « surtout lorsqu’elle est transfrontalière », précise Petra de Sutter, contactée par « la Croix ».

    Débat sur la notion de « GPA altruiste »

    Dans son premier rapport, celle-ci avait présenté un état des lieux de la GPA dans les pays du Conseil de l’Europe, qui pour certains l’autorisent (l’Ukraine), pour d’autres la tolèrent (la Belgique) et pour d’autres encore l’interdisent (la France). Elle y avait établi explicitement une distinction entre la GPA « commerciale » en la condamnant, et la GPA « altruiste », c’est-à-dire sans contrepartie financière pour la mère porteuse, en proposant de l’autoriser tout en la réservant aux seuls ressortissants du pays où elle se déroule. Objectif : éviter le « tourisme procréatif ».

    Ce premier rapport avait été rejeté, la notion de GPA « altruiste » étant loin de faire l’unanimité. Toute GPA est commerciale du point de vue de « No maternity traffic », coalition d’ONG considérant la GPA comme un trafic humain et réclamant son abolition sans condition par le Conseil de l’Europe.

    « Comme nous étions divisés sur la question de la GPA altruiste, j’ai enlevé cette notion de mon rapport pour ne mentionner que la GPA commerciale », explique Petra de Sutter. Pour autant, l’usage de l’adjectif « commerciale » a, du point de vue des opposants à la GPA, laissé planer le doute sur la possibilité d’une autre forme de GPA pouvant être acceptée.

    Recommandation acceptée

    Malgré le rejet de la résolution, le rapport de Petra de Sutter a donné lieu à une recommandation qui, elle, a été acceptée, par 17 voix contre 14. « Cette recommandation dit aux ministres des affaires étrangères de mettre en place des lignes directrices sur la GPA », indique Petra de Sutter. Objectif : « sauvegarder les droits de l’enfant », précise un communiqué de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe publié après le vote.

    Devant être discutée lors de la prochaine séance plénière, en octobre, la recommandation doit recevoir la majorité renforcée des deux tiers pour être adoptée.

    Sérieux enjeux

    Si les textes adoptés par le Conseil de l’Europe ne sont pas contraignants, ceux-ci peuvent jouer un rôle de référence. « La valeur d’une résolution sur la GPA serait considérable car elle exprimerait une position théoriquement commune aux 47 États membres du Conseil de l’Europe, explique Gregor Puppinck, juriste et directeur du Centre européen pour le droit et la justice, opposé à toute forme de GPA.

    Aussi, elle donnerait une légitimité aux actions entreprises par d’autres organisations. En droit international, les institutions se citent mutuellement. Quand la Cour européenne des droits de l’homme traite une affaire, elle s’appuie sur les résolutions de l’assemblée. »

    La sinuosité du cheminement des textes au sein Conseil de l’Europe n’empêche pas que s’y jouent de sérieux enjeux.

  • Conseil de l'Europe : condamner la GPA "commerciale" pour promouvoir la GPA "altruiste" ?

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    Lu en tribune sur Figaro Vox :

    Conseil de l'Europe : le piège de la GPA « altruiste »

    FIGAROVOX/TRIBUNE - Un rapport condamnant la GPA «commerciale» et vantant la GPA «altruiste» est présenté devant le Conseil de l'Europe. Pour le collectif «No Maternity Traffic», cette distinction sert à avaliser le principe même de la GPA.


    Gregor Puppinck est directeur du Centre européen pour le droit et la justice. Ludovine de la Rochère est présidente de La Manif pour Tous. Caroline Roux est déléguée générale d'Alliance Vita. Ils sont tous les tois membres du collectif «No Maternity Traffic», qui a remis au Conseil de l'Europe plus de 110 000 signatures pour l'abolition de la GPA.


    La parlementaire et gynécologue belge Petra De Sutter revient à la charge. Après le rejet de son rapport le 15 mars dernier, puis son report en juin dernier doublé d'une accusation de conflit d'intérêt, elle va tenter une nouvelle fois, le 21 septembre, de faire adopter un rapport favorable à la maternité de substitution (GPA) par la Commission des affaires sociales de l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe.

    Une fois encore, contre toute transparence parlementaire, les débats seront à huis clos et le projet de rapport est tenu secret. Rappelons que la rapporteur est une professionnelle de la GPA et de la PMA à l'hôpital de Gand, en outre, elle collabore avec une entreprise de GPA commerciale en Inde (Seeds of innocence). Elle a donc tout intérêt à faire accepter la GPA.

    La forte opposition à laquelle elle est confrontée semble l'avoir conduite à adopter une position de repli: renoncer à demander explicitement la légalisation de la GPA, et condamner uniquement la GPA commerciale tout en invoquant «l'intérêt de l'enfant». Cette approche, apparemment consensuelle, est un piège.

    Le piège repose sur une opposition largement fictive entre GPA altruiste et commerciale: la première serait bonne, et la seconde mauvaise. D'altruiste, la GPA deviendrait commerciale lorsque la somme versée à la mère porteuse serait supérieure aux «frais raisonnables» causés par la GPA, or ceux-ci incluent nourriture, logement, perte de revenus, etc, ainsi que l'indemnisation de «l'inconvénient d'être enceinte». Autant dire que, le plus souvent, ces frais raisonnables sont une rémunération déguisée.

    La dialectique opposant GPA commerciale et altruiste est un piège qui réduit et enferme l'appréciation morale de la GPA à l'un de ses aspects secondaires: l'argent. De fait, le problème avec la GPA, ce n'est pas tant l'argent que la situation de l'enfant et de la mère qui le porte. Une GPA moins chère n'en serait pas moins préjudiciable et condamnable.

    Plus encore, l'opposition entre GPA commerciale et altruiste est fictive: la seule différence porte sur le nom donné à la rétribution de la mère: on parle d'un paiement pour la GPA commerciale et d'une indemnité pour la GPA altruiste. Mais notez que le montant de l'indemnité peut être très supérieur à celui du paiement! Alors qu'une mère porteuse reçoit environ 20 000 € «d'indemnités» au Royaume Uni, elle ne reçoit que 10 000 € de «paiement» en Europe de l'Est et 2 000 € en Asie. Verser 20 000 € «d'indemnités» serait plus éthique que 10 000 € de «paiement»…

    En tout état de cause, une GPA dite altruiste génère plus de flux financiers qu'une GPA dite commerciale.

    Si l'opposition entre GPA commerciale et altruiste est fictive, elle recouvre en fait une autre distinction, bien réelle: entre la GPA «low cost» d'Europe de l'Est, et la GPA «premium» d'Europe de l'Ouest, telle qu'elle se pratique notamment dans le service de Petra De Sutter. Ainsi, condamner la GPA commerciale, revient en fait à promouvoir la GPA «premium», présentée en outre comme une pratique exemplaire.

    En invitant les autres députés à condamner avec elle, de façon véhémente, la GPA lorsqu'elle est commerciale, Petra De Sutter fait porter la condamnation sur le seul caractère commercial de la GPA et épargne ainsi la GPA en elle-même. Elle tend ainsi aux députés un autre piège: celui d'entériner le principe même de la GPA, puis la nécessité de l'encadrer, c'est-à-dire de la légaliser. Il est à craindre que certains députés, heureux de condamner avec force la GPA commerciale ne se rendent pas compte du pot aux roses.

    Plus encore, la situation préjudiciable dans laquelle la GPA place l'enfant ne change pas selon qu'elle est qualifiée de commerciale ou d'altruiste. Dans tous les cas, l'enfant est l'objet d'un contrat, donné ou vendu comme un bien, objet d'un droit de propriété, ce qui le place objectivement en situation d'esclavage au sens du droit international. Dans les deux cas, l'enfant est abandonné par la mère porteuse, et les risques de rejet de l'enfant, par exemple en cas de divorce des commanditaires ou de malformation, sont les mêmes. Les conséquences sur la filiation ne sont pas moins graves, mais pires lorsque l'enfant a été porté par une tante ou sa grand-mère!

    En réalité, le problème avec la GPA, c'est la GPA elle-même.

    La seule démarche réaliste est de s'engager à combattre cette forme de trafic humain, ou alors il faut se résigner à ce que l'homme soit une marchandise pour l'homme.

    Espérons que l'Assemblée du Conseil de l'Europe saura faire prévaloir les valeurs pour lesquelles le Conseil a été institué contre cette nouvelle forme de dégradation et de servitude.