D'Ivo Van Hemelryk sur le Forum Catholicum :
La Congrégation pour la Doctrine de la Foi a répondu négativement à la question du Synode des évêques allemands de savoir si les relations LGBT peuvent être consacrées. Dans une interview à l'attention des enseignants religieux flamands, d'importants théologiens de Louvain critiquent vivement cette réponse. Dans cet article leurs réponses sont à leur tour évaluées de manière critique et placées dans le contexte plus large du déclin de l’Église d’Europe occidentale.
La soupe théologique servie à nos professeurs de religion
Interview par Thomas de Roger Burggraeve, Ilse Cornu et Thomas Knieps-Port le Roi sur le Responsum
Thomas est le site leader pour les professeurs de religion du Réseau flamand de l’enseignement catholique, dirigé par le Prof. Dr. Didier Pollefeyt. Lui et les personnes interrogées ont des postes importants à la Faculté de théologie et d’études religieuses de la KU Leuven. La première instance est en quelque sorte un « spin-off » ou une voix de la seconde et cette interview est donc offerte comme un soutien de base aux enseignants de l’éducation catholique. Le texte intégral peut être lu en néerlandais à l’adresse suivante :
https://www.kuleuven.be/thomas/page/standpunt-vaticaan-homoseksualiteit/
28-10-2021
Dans ces réponses théologiques on rencontre pas mal de mélanges de sens. Il s’agit d’une approche méthodique fréquemment utilisée dans la théologie contemporaine pour conformer l’enseignement catholique à la « pensée contemporaine », ou à ce qui est propagé en tant que tel. Les nouveaux points de vue sont présentés comme « hautement scientifiques » alors qu’ils sont imprégnés de subjectivité. L’interprétation chrétienne du concept de « loi naturelle » est rejetée comme démodée et remplacée par une vision moderniste de l’homme, présentée comme « personnalisme ».
En cela, il y a encore peu ou pas de place pour les dimensions purement spirituelles de l’homme, tandis que la morale évangélique doit céder la place aux priorités presque inquisitoires d’un “amour” avec des significations mondaines flexibles. On choisit le sens le plus approprié pour soutenir la position proposée. Même les sciences naturelles sont violées, car l’expérience de la sexualité humaine est présentée comme pratiquement statique, alors que cela est scientifiquement très discutable.
De plus, la dimension spirituelle, qui fait que l’homme s’élève au-dessus de ses instincts animaux et de ses désirs sexuels à la lumière du plan de salut de Dieu et de notre destinée ultime, est presque complètement ignorée. L’excuse pour cela sont les « nouvelles connaissances scientifiques », comme si la morale catholique pouvait ou devait être basée sur cela et non sur ce que Dieu nous prescrit à partir de Son plan pour l’homme. « Par-dessus tout, aimer un Dieu » devient dans la nouvelle théologie « avant tout aimer l’homme » (comme il préfère être). L’accent est davantage mis sur les « valeurs » utilitaires, telles que l’expérience personnelle du plaisir, basée sur de « nouvelles connaissances scientifiques », pour remplacer l’enseignement de l’Église apostolique qui est de facto rejeté comme dépassé.
On aboutit ainsi à une déconnexion radicale entre le sens naturel de la sexualité (c’est-à-dire assurer une reproduction durable) et son expérience, comparable à la propagande pour un régime qui se concentre sur nos préférences gustatives, sans tenir compte des conséquences sur la santé. À cette fin, tous les registres de la pensée moderniste sophistiquée sont utilisés et le résultat est un fourre-tout duquel chacun prend ce qu’il veut, en suivant sa propre « conscience bien formée ». Il n’est pas étonnant que les pays européens où ce modernisme s’est implanté soient les seuls où le catholicisme est en déclin dans tous les domaines (voir le rapport de l’agence missionnaire Fides qui a été distribué le 24-10-2021). Qui, après tout, s’intéresse encore à cette soupe théologique contaminée ?
En revanche, je voudrais faire référence, entre autres, à l’article nuancé et équilibré du Fr. René Stockman à ce sujet : voir https://forumcatholicum.com/rome-2/10/ .
Examinons de plus près quelques passages de cette interview. Les réponses de l’équipe théologique sont indiquées en italique (traduction propre).
Depuis le Concile Vatican II (1962-1965) une attention beaucoup plus grande a été accordée aux relations durables, pour l’amour dans une alliance et donc pour la qualité d’être ensemble comme une « valeur intrinsèque ». Il n’est donc pas acceptable que l’amour entre deux hommes ou deux femmes qui prennent bien soin l’un de l’autre, qui sont fidèles et aimants, qui veulent vivre ensemble dans la réciprocité et la durabilité et élèvent souvent aussi des enfants, soit objectivement appelé désordonné.