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Christianisme - Page 9

  • Le cardinal Eijk accuse le rapport du Synode (n°9) de semer la confusion doctrinale

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    De "Tribune chrétienne" :

    Le cardinal Eijk accuse le rapport du Synode de semer la confusion doctrinale

    "Le rapport normalise de fait les relations homosexuelles dans un contexte ecclésial. Il ne s’agit pas simplement d’une déficience technique : c’est une contradiction fondamentale avec l’enseignement catholique"

    Le cardinal néerlandais Willem Jacobus Eijk hausse le ton contre le rapport final du Groupe d’étude n°9 du Synode sur la synodalité. Dans une tribune publiée le 14 mai 2026 par le National Catholic Register, le prélat néerlandais affirme que ce document ne constitue pas une simple réflexion pastorale, mais une remise en cause profonde de la manière dont l’Église comprend et transmet la vérité morale. « Il ne s’agit pas simplement d’une déficience technique : c’est une contradiction fondamentale avec l’enseignement catholique », écrit-il.

    Le rapport, élaboré dans le cadre du processus synodal lancé par le pape François, propose une nouvelle méthode de discernement ecclésial centrée sur « l’écoute », « l’expérience vécue » et la « conversation dans l’Esprit ». Les auteurs y affirment que certaines questions traditionnellement qualifiées de « controversées » devraient désormais être considérées comme des « questions émergentes ». Cette évolution terminologique n’est pas anodine. Le document explique vouloir dépasser une logique de « résolution de problèmes » fondée sur « l’application déductive de principes établis de manière immuable et rigide ».Le rapport affirme également que la mission de l’Église « n’est pas de proclamer abstraitement des principes » mais d’entrer dans une dynamique pastorale attentive aux contextes culturels et aux situations humaines concrètes. Pour le cardinal Eijk, c’est précisément là que se situe le danger. Il précise que le texte introduit une opposition artificielle entre doctrine et pastorale, comme si la fidélité à la vérité morale pouvait être assouplie au nom de l’accompagnement des personnes : « Le véritable accompagnement pastoral ne cherche pas de compromis avec la vérité morale », insiste-t-il.

    La partie du rapport consacrée aux personnes ayant des attirances homosexuelles cristallise particulièrement les inquiétudes du cardinal. Le Groupe d’étude n°9 propose en effet d’écouter des témoignages de croyants LGBT afin de discerner les « expériences de bonté » présentes dans leurs parcours et dans certaines communautés chrétiennes. Le document explique que ces récits personnels peuvent permettre d’identifier de « bonnes pratiques » ecclésiales et d’ouvrir de nouveaux chemins de discernement pastoral.

    Mais pour le cardinal Eijk, cette approche crée volontairement une ambiguïté doctrinale. Il reproche au texte de présenter certains témoignages favorables aux relations homosexuelles sans rappeler explicitement l’enseignement moral constant de l’Église : « En mettant ainsi en avant de tels témoignages sans commentaire doctrinal, le rapport normalise de fait les relations homosexuelles dans un contexte ecclésial », affirme-t-il.

    Le cardinal critique aussi la manière dont le rapport évoque Courage International, l’apostolat catholique accompagnant les personnes attirées par le même sexe dans une vie de chasteté conforme à l’enseignement de l’Église. Au-delà des questions LGBT, c’est toute l’orientation théologique du document qui suscite l’inquiétude des défenseurs d’une ligne doctrinale classique. Le rapport revendique explicitement un « changement de paradigme » dans la manière d’interpréter et de transmettre la foi. Il affirme également que « la vérité universelle de l’humain, dans son expression historique, ne peut être déterminée une fois pour toutes ».

    Pour le cardinal Eijk, une telle formulation ouvre la porte à une relativisation progressive de la loi morale naturelle et de l’enseignement catholique sur le mariage, la sexualité et la famille. L’archevêque d’Utrecht rappelle au contraire que certaines normes morales sont absolues et ne dépendent ni des cultures ni des circonstances historiques. Dans la ligne de saint Jean-Paul II et de l’encyclique Veritatis Splendor, il insiste sur le fait que la vérité morale ne peut être reconstruite à partir des expériences subjectives :

    « L’enseignement de l’Église n’est ni obscur ni sujet à révision par des processus synodaux », conclut-il. « C’est la vérité qui nous rend libres. »

    Cette prise de parole du cardinal Eijk illustre les tensions croissantes provoquées par le Synode sur la synodalité au sein de l’Église. Alors que certains y voient une occasion de renouvellement pastoral et d’écoute des périphéries, d’autres redoutent une transformation progressive de la doctrine sous couvert de discernement. À Rome, plusieurs cardinaux et évêques proches des milieux doctrinaux conservateurs devraient désormais faire entendre plus ouvertement leurs réserves sur l’orientation prise par certains groupes de travail synodaux : une nouvelle fracture doctrinale apparaît au grand jour dans l’Église catholique.

  • La carte mondiale du christianisme est en train de se réécrire

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    D'Atlantico :

    Fidèles en conversion : catholiques, protestants, néo-athées, la carte mondiale du christianisme est en train de se réécrire

    Une étude du Pew Research Center révèle une accélération des changements d’appartenance religieuse dans de nombreux pays. Tandis que le catholicisme perd des fidèles en Europe et en Amérique latine, les Églises évangéliques progressent dans plusieurs régions du monde, redessinant progressivement la carte mondiale du christianisme.

    Atlantico : Le Pew Research Center vient de publier une étude sur les changements d'appartenance religieuse dans 24 pays. Pouvez-vous nous la présenter : qui l'a réalisée, sur quelle méthode repose-t-elle, et que mesure-t-elle exactement quand elle parle de 'religious switching' ?

    Blandine Pont-Chelini : Ce document est une étude intitulée “Catholicism has lost people to religious switching in many countries, while Protestantism has gained in some”. Elle a été rédigée par Kirsten Lesage, William Miner et Rebecca Leppert, qui sont analystes du Centre.

    Ses résultats sont les suivants : le catholicisme globalement perd davantage de fidèles qu’il n’en gagne dans 21 des 24 pays étudiés. Les anciens catholiques se dirigent souvent soit vers le protestantisme évangélique, soit vers l’absence de religion. Le protestantisme connaît une situation plus contrastée : dans plusieurs pays — notamment en Amérique latine, on va en reparler  — il gagne davantage de fidèles qu’il n’en perd et les sorties du protestantisme vont majoritairement vers la non-affiliation religieuse.

    L’étude repose sur de grandes enquêtes internationales que le Pew a menées en 2024 dans 24 pays, auxquelles s’ajoute pour les États-Unis la vaste enquête Religious Landscape Study 2023-2024. Elle s’inscrit dans le programme de recherche « Pew-Templeton Global Religious Futures », financé notamment par les fondations Pew et Templeton.

    Le cœur méthodologique du document est en effet cette notion de “religious switching”. Pew définit cela comme le fait qu’une personne adulte n’appartienne plus à la religion dans laquelle elle dit avoir été élevée durant son enfance.

    Autrement dit, l’étude compare deux déclarations : la religion d’origine (“religion in which a person says they were raised”), et l’identité religieuse actuelle à l’âge adulte. Le terme est volontairement plus large que « conversion », parce qu’il inclut : les passages d’une religion à une autre, mais aussi la sortie de toute religion (athée, agnostique, “nothing in particular”). L’étude mesure donc principalement la mobilité religieuse déclarée, et non  la pratique religieuse, la foi personnelle, la fréquentation des églises, ou la croyance doctrinale.

    L'étude montre que 26 % des adultes français et espagnols ont quitté le catholicisme, contre seulement 4 % en Pologne. Comment expliquer ces écarts si marqués entre pays de tradition catholique pourtant tous européens ?

    Blandine Pont-Chelini : Tout d’abord il faut remarquer que, malgré les pertes liées aux conversions, les catholiques constituent toujours la majorité de la population dans huit des 24 pays analysés notamment en Europe. Et en effet c’est la Pologne qui compte la plus forte proportion de catholiques (92 %), suivie de l'Italie (69 %). Je dirais que les raisons historiques et sociologiques se conjuguent et qu’elles ne sont pas les mêmes selon les pays.

    En France, le phénomène de sécularisation est ancien maintenant et il est lié à la fois à l’avènement du régime de séparation (1905) – qui a retiré au catholicisme son statut de religion publique quand 98 % des Français étaient baptisés – à la forte tradition « laïque » qui a marqué l’école publique, à la pluralisation grandissante de la population française notamment par l’immigration et enfin à l’affaiblissement de l’Eglise catholique elle-même, dans son encadrement de la population. Danielle Hervieu-Léger parle d’une exculturation catholique pour parler de cette décroissance dont le phénomène de « sortie » est en fait une manifestation. Cela dit la France connaît comme d’autres pays occidentaux un très spectaculaire regain de conversions d’adultes au catholicisme.

    En Espagne, depuis les années 1980, le catholicisme n’est plus une religion d’Etat obligatoire et la liberté de religion est totale. Les Espagnols ont développé de la période du franquisme une forme d’anticléricalisme fort dans leur rapport à l’Eglise, qui s’est transformé en indifférence puis en détachement.

    En Pologne au contraire, le catholicisme est devenu un ferment de résistance à la disparition nationale, à la contrainte politique de la domination communiste. Les Polonais n’ont pas non plus connu une forte immigration, mais plutôt comme les Italiens ont beaucoup émigré. Ils ont une culture nationale plus homogène. Cela dit, ces Polonais qui ne « changent » pas de religion et se déclarent catholiques, ont des taux de pratique qui ont singulièrement baissé depuis les années 1990 et les jeunes générations n’acceptent pas que le parti politique PIS revendique son ‘alliance’ avec l’Eglise catholique dans sa lutte culturelle.

    Contrairement au catholicisme, le protestantisme gagne des fidèles dans plusieurs pays, notamment en Amérique latine — au Brésil, au Pérou, en Colombie. Qu'est-ce que cela nous dit sur la capacité des Églises évangéliques à capter des populations que le catholicisme perd ?

    Blandine Pont-Chelini : Cette étude du Pew  et une autre sur le déclin statistique du catholicisme en Amérique latine  montrent une dynamique très intéressante : le protestantisme évangélique ne progresse pas principalement par croissance démographique « naturelle », mais bien par religious switching. En Amérique latine, entre 2013-2014 et 2024, la part des catholiques est passée de 61 % à 46 % au Brésil (-15 points), de 79 % à 60 % en Colombie (-19 points), de 76 % à 67 % au Pérou (-9 points), de 64 % à 46 % au Chili (-18 points). Dans le même temps, le protestantisme résiste bien, voire progresse légèrement : au Brésil, les protestants passent de 26 % à 29 % de la population ; en Colombie, de 13 % à 15 % ; au Pérou, de 17 % à 18 %.

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  • Nigéria : 10 millions de dollars pour occulter les massacres de plus de 128 000 chrétiens depuis 2009

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    De zenit.org :

    Le rapport « La dissimulation du génocide au Nigeria pour 10 millions de dollars » révèle comment le pouvoir, la politique et la propagande alimentent une catastrophe humanitaire. Photo : Persecution.org

    Le Rapport « La dissimulation du génocide au Nigeria pour 10 millions de dollars » révèle comment le pouvoir, la politique et la propagande alimentent une catastrophe humanitaire. Photo : Persecution.Org

    Nigeria : Le silence autour du massacre des chrétiens

    Un rapport accuse Abuja d’avoir financé une campagne de 10 millions de dollars pour minimiser les massacres de plus de 128 000 chrétiens depuis 2009

    13 mai 2026

    (ZENIT News – Persecution.org / Abuja, 11 mai 2026) – Un nouveau rapport d’International Christian Concern (ICC) souligne comment le gouvernement nigérian utilise la désinformation comme une arme pour dissimuler une campagne de violence contre les chrétiens qui dure depuis des décennies. 

    Rédigé par Justin Joseph, chercheur associé à la CPI, le rapport « Le génocide nigérian dissimulé pour 10 millions de dollars » révèle comment le pouvoir, la politique et la propagande alimentent une catastrophe humanitaire.

    Depuis 2009, au moins 190 150 Nigérians – dont 128 750 chrétiens – ont été tués lors de massacres ethno-religieux, la violence s’étant intensifiée en 2016. Pourtant, au lieu de s’attaquer à cette crise, les autorités diffusent un discours dangereux. 

    Lors de rencontres avec d’autres chefs d’État, le président nigérian Bola Tinubu affirme que le terrorisme qui ravage son pays est uniquement dû au changement climatique et à l’instabilité régionale.

    Des chercheurs ont réfuté à maintes reprises cet argument, soulignant que les communautés chrétiennes sont les cibles des attaques. L’assassinat de membres du clergé, comme le révérend Joshua Aliya, n’est pas un acte isolé. Il s’inscrit dans une stratégie délibérée visant à éradiquer la liberté religieuse. 

    La supercherie ne s’arrête pas là. L’administration Tinubu a lancé une campagne de lobbying de 10 millions de dollars pour faire taire les organisations de défense des droits humains aux États-Unis et dissimuler le génocide des chrétiens nigérians. Il ne s’agit pas d’une simple manipulation, mais d’une tentative délibérée de réécrire l’histoire, alors que des vies innocentes sont de plus en plus menacées. 

    Le rapport exhorte le Congrès des États-Unis à maintenir la désignation du Nigéria comme pays à préoccupation particulière (CPC) et à utiliser la loi Magnitsky mondiale pour sanctionner ceux qui financent le terrorisme et le mur du silence. 

    Pour plus d’informations, consultez le rapport complet. Retrouvez d’autres rapports sur le Nigéria sur notre page dédiée

    Nigeria : Le silence autour du massacre des chrétiens | ZENIT - Français

  • Le diable et les « questions émergentes »

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    De Robert Royal sur The Catholic Thing :

    Le diable et les « questions émergentes »

    Certes, ils ne sont pas les seuls. Une bonne partie des travaux actuels sur les Écritures ressemble au travail d'un avocat cherchant des failles juridiques – au nom des sujets « émergents » habituels : les LGBT, l'ordination des femmes, les concessions suicidaires aux « paradigmes » postmodernes. 

    Une longue lignée de médecins, de martyrs, de confesseurs, de saints, d'adeptes spirituels, de saints et saintes, de simples catholiques et de papes – sans   parler des Apôtres et des Pères de l'Église primitive – n'aurait même pas concédé que de tels sujets étaient « controversés », le domaine même que le groupe d'étude était censé examiner. Et encore moins « émergents ». 

    L'homosexualité, les prêtresses et les « paradigmes » hétérodoxes étaient monnaie courante dans le monde païen des premiers siècles chrétiens. Rien de tout cela n'a fait son apparition dans la vie de l'Église à cette époque. Pour les adeptes du Chemin, c'était tout simplement inacceptable.

    Ce qui rend la manière extravagante dont le récent rapport traite les Écritures et la tradition si manifestement absurde, fruit d'un désir maladroitement « contextualisé » de produire un résultat prédéterminé, qu'il soit conforme à la révélation chrétienne ou même à la réalité vérifiable. 

    Le rapport prétend croire qu'il existe un précédent dans les Écritures pour modifier des croyances antérieures, à l'instar des Apôtres qui ont décidé d'exempter les convertis non juifs de certains préceptes de la loi juive :

    À partir du récit des expériences vécues par les Apôtres – en particulier Pierre et Paul avec Barnabé, dans leur ministère d’évangélisation des païens – relu et éclairé par la Parole de Dieu, le processus de dialogue conduit à un discernement communautaire progressif et approfondi de la question. La décision prise synodalement (« cela a paru bon à l’Esprit Saint et à nous » (Ac 15, 28)) exprime la prise de conscience croissante de l’Église quant à une relation plus mature avec ses racines juives : car, dans cette relation, elle apprend à discerner, par l’interprétation sous la conduite de l’Esprit, ce qui, dans l’expérience vécue, revêt une signification permanente et trouve son accomplissement en Jésus, et ce qui, au contraire, n’a qu’une valeur provisoire.

    Ah oui, plus mûrs . Nous aussi. Cela paraît plausible, à moins d'examiner de plus près cette affirmation et la manière dont elle est manipulée – le mot juste – à des fins bien différentes. 

    Il fut dit aux convertis non-juifs : « Vous vous abstiendrez des aliments sacrifiés aux idoles, du sang, de la viande d'animaux étranglés et de l'immoralité sexuelle. » (15:29) Ainsi, de l'idolâtrie potentielle et de la πορνεια – qui, comme vous le dira tout lexique grec, signifie non seulement la prostitution, mais aussi la fornication et l'impureté.

    Quel que soit le sens qu'on puisse lui donner, ce passage n'autorise pas ce que la tradition juive et la pratique de l'Église primitive considéraient comme une interdiction divine : les relations homosexuelles que le groupe d'étude souhaite voir « émerger » aujourd'hui.   On pourrait penser qu'en deux mille ans d'existence chrétienne, elles auraient émergé depuis longtemps. Or, ce ne fut pas le cas. Et, en toute honnêteté, elles ne peuvent pas émerger aujourd'hui non plus. 

    Derrière tout cela se cache une autre supercherie : l’invocation de « l’expérience vécue » comme guide pour aborder les débats actuels. Certes, l’expérience vécue est, d’une certaine manière, une composante importante de toute vie individuelle. Mais il en va de même pour « l’expérience vécue » accumulée de notre tradition, ou bien nous ne faisons que l’inventer – à notre convenance – au fur et à mesure. 

    Outre son héritage juif, le christianisme primitif a notamment beaucoup appris des philosophies gréco-romaines. Mais comme je l'ai démontré il y a des années dans un long essai , même les grands philosophes de la Grèce antique désapprouvaient les actes homosexuels.  

    Alors pourquoi, aujourd'hui, plus de 2000 ans après le début de « l'expérience vécue » chrétienne (et 1400 ans de la loi mosaïque), les « témoins » LGBT sont-ils si importants qu'ils renversent une tradition morale millénaire et ininterrompue ?

    Il serait peut-être simpliste de voir cela comme une simple capitulation face aux penchants sexuels décadents de notre époque. Mais la simplicité est souvent synonyme de vérité. Comme ici. 

    La décadence est omniprésente dans un monde déchu. Mais l'accepter, voire la célébrer, est rare. Ces papes décadents de la Renaissance, que l'on déplore volontiers, catholiques ou non, possédaient au moins une vertu : ils ne prétendaient pas justifier leurs péchés sexuels par leur expérience personnelle, et encore moins par une compréhension plus mûre et joyeuse de ce que le Saint-Esprit nous appelle à voir et à faire aujourd'hui.

    Une Église qui continue d'encourager les gens à croire que ce qui est impossible à accepter est déjà à moitié accepté leur fait du tort. Elle les conforte dans leur erreur et sème la confusion parmi nous. 

    Il est à noter que ce n'est que plusieurs mois après la déclaration de 2023 du pape François, Fiducia supplicans, sur la bénédiction des couples homosexuels et autres couples en « unions irrégulières », que les évêques allemands ont annoncé leur intention de le faire officiellement. Nous avons appris la semaine dernière qu'en conséquence, une lettre a été envoyée aux évêques allemands en 2024 , les avertissant que de telles bénédictions pourraient être interprétées comme une légitimation d'unions incompatibles avec la doctrine de l'Église.

    Nous avons donc cette chaîne d'événements : un document autorisant les bénédictions homosexuelles, puis une lettre du préfet du Dicastère pour le Culte Divin, le cardinal Fernandez   (qui avait précédemment publié le document), aux évêques allemands indiquant que ces bénédictions ne peuvent être officialisées sans contredire la doctrine de l'Église, et maintenant un rapport d'un groupe d'étude synodal selon lequel un « changement de paradigme » est nécessaire en raison de « l'expérience vécue » [des personnes LGBT].

    Même les non-catholiques disaient autrefois : « Au moins, les catholiques savent ce qu’ils croient. » Est-ce encore le cas ? 

    Seul le pape Léon est en mesure de démêler cette confusion diabolique, qu'il ne peut ignorer.

  • Le patriarche de Terre sainte : « Vivre ici et maintenant le projet de la Jérusalem céleste »

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    De Sandro Magister sur Settimo Cielo (en français sur diakonos.be) :

    Le patriarche de Terre sainte : « Vivre ici et maintenant le projet de la Jérusalem céleste »

    (s.m.) Depuis le 11 mai dernier, on trouve dans toutes les bonnes les librairies une lettre imprimée par la Librairie éditrice du Vatican et intitulée « Ils retournèrent à Jérusalem dans une grande joie ».

    Il s’agit de la dernière lettre adressée par le cardinal Pierbattista Pizzaballa à ses fidèles de Terre sainte. Cette lettre est plus longue qu’à l’accoutumée et elle est très particulière, comme on peut le constater dès les premières lignes. Il ne s’agit pas d’une énième analyse ou dénonciation d’une « situation de conflit politique, militaire et spirituel dont nous sommes bien conscients qu’elle durera encore longtemps », mais d’un instrument de réflexion, « à lire un petit peu à la fois dans les communautés, dans les monastères et dans les familles » pour « aider chacun à s’interroger sur la manière de vivre aujourd’hui la foi chrétienne sur cette terre à la lumière de l’Évangile ».

    Ce qui frappe d’emblée, c’est la très grande résonance entre cette lettre et la vision du monde et de l’histoire du pape Léon, solidement inspirée de la « Cité de Dieu » de saint Augustin.

    À l’instar de saint Augustin et du le pape Léon, pour lesquels l’humanité est appelée à vivre dans la Cité terrestre, où règne l’amour orgueilleux de soi, mais avec le cœur et l’esprit tournés vers la Cité céleste, où règnent l’amour de Dieu et pour le prochain, pour le cardinal Pizzaballa également, les turpitudes des temps présents doivent être vécues à la lumière de la Jérusalem « qui descend du Ciel » décrite dans les deux derniers chapitres de l’Apocalypse (sur la photo, la Jérusalem céleste sur une mosaïque du IXe siècle dans la basilique Sainte-Praxède de Rome).

    Et en effet, la lettre du patriarche de Terre Sainte est construite sur ce schéma bipolaire. La première partie s’intitule « Lire la réalité : considérations sur le présent » tandis que celui de la seconde est : « La vocation : le rêve de Dieu appelé Jérusalem ». Avec de surcroît une troisième partie consacrée à « comment vivre ici et maintenant le style de la Jérusalem céleste ».

    La description que fait Pizzaballa de la situation actuelle en Terre sainte est très réaliste : « Vivre-ensemble, dialogue, justice, droits humains, deux peuples et deux États, tous ces mots qui ont nourri notre discours pendant tant d’années nous semblent aujourd’hui usés et vidés de leur sens ».

    Mais si on choisit de lever les yeux pour embrasser l’ensemble de l’histoire lue « selon les Écritures », la perspective change. Si l’histoire de l’humanité commence dans un jardin, l’Éden, dans un état d’innocence primordiale mais également de solitude, cette histoire s’achève dans une cité, la nouvelle Jérusalem, qui « n’est pas un retour à un passé idyllique et isolé, mais la construction d’un futur communautaire, complexe et réconcilié. La fin de l’histoire tend vers une société mature, une ‘cité’, justement. »

    Écrite dans un style simple et captivant, la lettre du cardinal Pizzaballa mérite d’être lue dans son intégralité. La résumer reviendrait à la priver de sa force expressive ainsi que de la richesse de ses références à l’actualité. On la trouvera sur le site du patriarcat latin de Jérusalem, en cinq langues : italien, anglais, espagnol, français et arabe.

    > “Ils retournèrent à Jérusalem dans une grande joie”

    En attendant, en voici un avant-goût. Nous vous proposons ci-dessous de découvrir trois extraits de cette lettre tirés de la seconde partie, ainsi qu’un autre extrait tiré de la troisième partie.

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  • A propos du Miracle eucharistique de Bruxelles; une page définitivement tournée ? Lettre ouverte co-signée par plus de 100 chrétiens

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    A propos du Miracle eucharistique de Bruxelles.

    Une page définitivement tournée ?

    Lettre ouverte co-signée par plus de 100 chrétiens

     

    Au surlendemain d’une cérémonie troublante

    Elle était attendue par les uns, redoutée par les autres. Les conclusions tirées de la conférence (loin d’être impartiale) ont confirmé les inquiétudes de nombreux fidèles. Les autorités diocésaines ont choisi de remettre en question non seulement une dévotion portée durant cinq siècles par des générations de croyants, avec les fruits spirituels abondants qu’elle a suscités, mais aussi la reconnaissance d’un miracle accordée par une succession ininterrompue de décrets pontificaux et épiscopaux.

    Tout s’est terminé dans une étreinte émue entre le grand Rabin Guigui, Mgr Terlinden et Mgr Jean Kockerols, évêque référendaire pour le judaïsme.

    Vraiment terminé ?

    Le communiqué pastoral demeure en effet hésitant dans sa formulation. Il y est question de ne plus « promouvoir » ni la mémoire ni le culte lié à ce qui est désormais qualifié de « prétendu miracle ». Plus loin, le texte évoque le fait de ne plus « favoriser de démonstration publique ». Sur le blog de l’abbé, il est question « ne plus encourager, et même de ne plus permettre aucune dévotion publique à ce soi-disant "miracle du Saint-Sacrement ». Dans les faits, beaucoup comprennent qu’il est désormais interdit de parler de ce qui est devenu une « légende - car, définitivement, c'en est une ! - du miracle eucharistique », poursuit-il.

    Le conférencier a défendu l’idée que les événements rapportés relevaient d’une hallucination collective : quand on veut voir ce qu’on veut voir on finit par le voir.

    La raison invoquée par les détracteurs du miracle est l’impossibilité qu’il y aurait de parler de ce miracle eucharistique sans risquer d’alimenter des formes de discrimination ou d’hostilité antisémite.

     Pour de nombreux fidèles attachés à cette mémoire, telle n’a pourtant jamais été la signification de cette dévotion. Ce qui importe à leurs yeux n’est pas l’identité des profanateurs, mais l’appel spirituel contenu dans la contemplation du Christ que nous avons crucifié, comme dit saint Paul. Ils y voient une invitation à reconnaître leurs propres péchés, à accueillir la miséricorde de Dieu dont le Sang est le signe, pour eux-mêmes et le monde entier. À leurs yeux, cette dévotion est d’abord une démarche de foi et d’amour, non d’hostilité envers quiconque.

    Comme l’écrivait en 1980 Mgr Raffaello Martinelli, alors officiel de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi : « même si personne n’est obligé d’y croire, le chrétien sera respectueux à l’égard du miracle eucharistique dont l’authenticité a été reconnue par l’Église ».

    C’est, au fond, tout ce que demandent la centaine de signataires de la lettre ouverte ci-dessous ainsi que la signataire du recours canonique introduit auprès de Mgr Luc Terlinden, dont vous pourrez lire le contenu en substance ci-après.

    1. Lettre ouverte co-signée par une centaine de chrétiens, profondément blessés par la cérémonie du 22 avril 2026 à la cathédrale des Saint-Michel et Gudule à Bruxelles

    « Nous souhaitons exprimer, avec gravité et respect, le trouble profond ressenti par de nombreux chrétiens, mais aussi par d’autres citoyens, à la suite de la cérémonie organisée le 22 avril à la cathédrale des Saints-Michel-et-Gudule.

    Ce malaise s’inscrit dans un contexte plus large, où beaucoup sont déjà éprouvés par les persécutions anti-chrétiennes observées aujourd’hui dans diverses régions du monde. Dans ce climat, la cérémonie a été perçue non comme un geste d’apaisement, mais comme une source supplémentaire de blessure.

    Une première interrogation concerne la réitération d’une demande de pardon à l’égard du peuple juif déjà formulée par le cardinal Suenens lors d’une cérémonie qui eut lieu le 17 novembre 1977 à la cathédrale des Saints-Michel-et-Gudule avec leurs autorités en Belgique. Dans la foi catholique, un péché confessé et pardonné n’appelle pas à être publiquement répété sans motif nouveau clairement établi. Dès lors, pourquoi cette répétition aujourd’hui ? Beaucoup y ont vu une démarche unilatérale, ne tenant pas compte des blessures que des chrétiens peuvent également ressentir, notamment au regard de faits contemporains d’hostilité envers leur foi. Cette asymétrie est difficilement comprise et suscite une attente légitime d’explication, voire de réparation.

    D’autres motifs de trouble tiennent au choix du conférencier le père jésuite, Robert Godding, directeur des Bollandistes et ami du doyen Benoit Lobet. Il reconnait ouvertement ne pas croire aux miracles eucharistiques de Bruxelles. Pas davantage aux autres en fait. « Je crois qu’aucune hostie n’a jamais saigné » dit-il (Cathobel 23-04-26). Dans ces conditions, la conférence ne pouvait qu’être orientée, tendant à convaincre l’auditoire, en grande partie juif, qu’il s’agissait d’une construction à caractère antisémite.

    Plus largement, la conférence a donné le sentiment d’un discours à sens unique, insistant sur les souffrances du peuple juif, réelles et incontestables, mais sans contextualiser les faits.

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  • Nigéria : depuis septembre, 100 morts, 98 000 personnes déplacées, 217 églises détruites dans le diocèse de Wukari

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    Une dépêche de l'Agence Fides :

    AFRIQUE/NIGERIA - Plus de 100 morts, 98 000 personnes déplacées, 217 églises détruites dans le diocèse de Wukari

    11 mai 2026
     

    Abuja (Agence Fides) – « Depuis septembre, plus de 98 000 personnes ont été contraintes de fuir, dont 16 prêtres, tandis que 217 églises ont été complètement détruites » en raison des violences qui font rage dans le sud de l’État de Taraba (au nord-est du Nigeria). C’est ce qu’a rapporté Mgr Mark Maigida Nzukwein, Evêque de Wukari, dans un communiqué publié à l’issue de la troisième Assemblée générale du diocèse. « Les habitations de huit prêtres ont également été détruites et on estime que plus de 100 personnes ont été tuées », indique le communiqué. Parmi les dernières églises attaquées figure l’église catholique Saint-Jacques-le-Grand à Adu, dans le district de Takum (voir Fides 25/3/2026), tandis qu’un incendie accidentel a gravement endommagé la cathédrale Sainte-Marie de Wukari le 4 mars (voir Fides 6/3/2026).

    Les violences touchent principalement des zones telles que le district de Chanchanji, dans la région administrative locale de Takum, ainsi que celles d’Ussa et de Donga.

    Il s’agit d’attaques contre des communautés d’agriculteurs, très probablement perpétrées par des bandes de bergers peuls qui prennent pour cible des villages à majorité chrétienne (souvent Tiv). Après avoir rasé des maisons, des églises et d’autres biens, les agresseurs s’emparent souvent illégalement des terres abandonnées par les habitants contraints de fuir. Les incursions des bergers peuls s’ajoutent au conflit foncier séculaire entre les populations Tiv et Jukun (voir Fides 7/11/2023).

    Le 12 février dernier, le clergé des diocèses de Wukari et de Jalingo était descendu dans la rue pour demander l’intervention immédiate du gouvernement afin de mettre un terme à la vague d’assassinats, d’enlèvements et de destructions qui frappe les communautés agricoles chrétiennes, en particulier la population Tiv dans le sud de l’État de Taraba (voir Fides 13/2/2026). À cette occasion, le diocèse de Wukari indiquait que « jusqu’à présent, plus de 80 personnes ont été tuées, beaucoup d’autres ont été blessées, tandis que plus de 200 communautés et églises ont été détruites et plus de 90 000 chrétiens ont été contraints de quitter leurs foyers ». Un peu moins de trois mois plus tard, ces chiffres ont augmenté, malgré les appels pressants lancés aux autorités pour qu’elles rétablissent les conditions de sécurité pour les populations des zones touchées. (LM) (Agence Fides 11/5/2026)

  • Nicaragua : la persécution contre l'Église s'aggrave

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    De Constantin Pistilli sur la NBQ :

    Nicaragua, la persécution contre l'Église s'aggrave

    Le régime Ortega-Murillo a intensifié sa répression contre l'Église catholique. Les prêtres sont contraints de soumettre leurs programmes hebdomadaires et leurs textes d'homélie aux autorités, et sont photographiés quotidiennement par la police dans les églises.

    12/05/2026
    Rosario Murillo et Daniel Ortega (Ap-LaPresse)

    Martha Patricia Molina Montenegro, avocate nicaraguayenne en exil et désormais considérée comme l'une des voix les plus autorisées sur la persécution de l'Église sous le régime de Daniel Ortega et de son épouse Rosario Murillo – qualifiée par un prêtre costaricien de « deuxième sorcière la plus puissante du monde » – recense et signale les violations commises contre le clergé catholique depuis 2019, alertant sur une nouvelle escalade de la répression et de la persécution systématique orchestrée par le gouvernement sandiniste. « Des agents se rendent quotidiennement dans les églises pour photographier et enregistrer les fidèles pendant la messe et les réunions internes du clergé », a déclaré Molina, dénonçant un système de surveillance national appliqué sans distinction, « même aux évêques considérés comme proches du gouvernement ».

    Molina recueille données et témoignages avec une grande précision et une clarté remarquable, enrichissant ainsi le rapport « Nicaragua, une Église persécutée », désormais dans sa septième édition (2025) et faisant référence à l'échelle internationale sur la répression de la liberté religieuse dans ce pays d'Amérique centrale. La dernière version du dossier a également été remise au pape Léon XIV à l'occasion du Jubilé des migrants. Le rapport recense 1 010 incidents survenus entre avril 2018 et juillet 2025, parmi lesquels des attaques contre le clergé, des restrictions à la vie religieuse et des attaques contre des lieux de culte. Il décrit une persécution continue qui atteint aujourd'hui son paroxysme, caractérisée par une liberté de culte restreinte, des activités religieuses entravées et l'exil forcé de prêtres et de religieuses. « L’organisation des fêtes patronales, des processions et des célébrations liturgiques est désormais sous le contrôle des institutions publiques, et même les rassemblements de prêtres n’échappent pas à la police », a écrit Molina dans une publication, après avoir récemment dénoncé les nouvelles restrictions imposées aux manifestations religieuses par la dictature sandiniste durant la dernière Semaine sainte, qui a bloqué 6 135 processions. Les célébrations sont souvent autorisées uniquement à l’intérieur des églises, sous la supervision des autorités, tandis que les processions publiques restent interdites ou fortement limitées. Ainsi, depuis 2019, 28 904 restrictions à la vie religieuse ont été recensées, incluant des processions et des actes de dévotion populaire interdits ou limités.

    Les prêtres sont contraints de soumettre leur emploi du temps hebdomadaire aux autorités et de solliciter des autorisations spécifiques pour toute activité, même minime, en dehors de leur lieu de culte. Cette situation s'inscrit dans un contexte de surveillance accrue, renforcée par le Conseil du pouvoir citoyen (un réseau de contrôle politique du régime), la police et quelque 80 000 paramilitaires recrutés début 2025 pour exercer un contrôle et une répression sociale et religieuse. De plus, dans plusieurs paroisses, les prêtres sont tenus de transmettre aux forces de l'ordre le texte intégral ou un résumé de l'homélie qu'ils comptent prononcer lors de la messe. Prêtres et évêques sont constamment surveillés par des agents en civil ou des drones, et leurs téléphones portables font fréquemment l'objet de fouilles arbitraires. Un prêtre a décrit anonymement la situation dans le pays à ACI Prensa , l'une des principales agences de presse catholiques hispanophones : « Chaque dimanche, la police vient le photographier. Il doit se présenter aux autorités à chaque fois qu'il quitte sa paroisse et à chaque célébration liturgique à laquelle il assiste. S'il aborde un problème social lors d'une homélie, il risque la prison ou l'exil. » Le prêtre a décrit les mécanismes par lesquels le gouvernement sandiniste contrôle, surveille et limite l'activité de l'Église catholique dans le pays ; et il a déclaré que la population « s'est habituée à la situation et ne dit plus rien. L'atmosphère semble calme, mais les restrictions demeurent, car la liberté n'existe pas. » Concernant le contrôle exercé sur les prêtres et les évêques, il a expliqué : « À chaque cérémonie liturgique, nous devons communiquer le type de célébration et le lieu. Nous devons signaler chaque fois que nous quittons les limites de la paroisse et déclarer la durée de notre absence. De plus, la police vient me photographier tous les dimanches. C’est pour vérifier que nous sommes bien là où nous l’avons déclaré. Les supérieurs exigent des agents qu’ils justifient leurs visites : c’est ainsi qu’ils maintiennent le contrôle. »

    Les nouvelles restrictions incluent également la criminalisation des actes religieux : prier en public ou transporter des objets de dévotion, tels que des chapelets, à travers les frontières est considéré comme suspect, voire potentiellement criminel, par les services d’immigration. Molina parle d’un « siège silencieux » : moins d’arrestations médiatisées qu’auparavant, mais une surveillance policière constante visant à intimider les prêtres et les fidèles accusés de s’opposer à l’« ortégisme », seule forme de culte autorisée sur place.

  • Selon Léon XIV, foi et science ne sont pas ennemies mais au service de la vérité

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    DISCOURS DU PAPE LÉON XIV

    AUX MEMBRES DU CONSEIL D'ADMINISTRATION

    DE LA FONDATION DE L'OBSERVATOIRE VATICAN 

    Salle du Consistoire, lundi 11 mai 2026

     
    Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit.

    Que la paix soit avec vous.

    Éminence le Président du Gouvernorat,
    Chers amis,
    Chers frères et sœurs,

    Je suis profondément reconnaissant de vous rencontrer, vous, membres de la Fondation de l'Observatoire du Vatican, et je vous remercie de votre soutien fidèle et généreux au travail de l'Observatoire du Vatican – une institution précieuse de l'État de la Cité du Vatican au service du Saint-Siège et de l'Église universelle.

    Il y a cent trente-cinq ans, mon prédécesseur, le pape Léon XIII, refondait l’Observatoire du Vatican afin que « chacun puisse voir clairement que l’Église et ses pasteurs ne s’opposent pas à la science véritable et solide, qu’elle soit humaine ou divine, mais qu’ils l’accueillent, l’encouragent et la promeuvent avec le plus grand dévouement » ( Ut Mysticam , 14 mars 1891). À cette époque, la science était de plus en plus présentée comme une source de vérité rivale à la religion, si bien que l’Église ressentait le besoin urgent de contrer l’idée grandissante que la foi et la science étaient ennemies.

    Aujourd'hui, la science et la religion sont confrontées à une menace différente, et peut-être plus insidieuse encore : ceux qui nient l'existence même de la vérité objective. Trop nombreux sont ceux qui refusent de reconnaître ce que la science et l'Église enseignent clairement : notre responsabilité solennelle envers la préservation de notre planète et le bien-être de ses habitants, en particulier les plus vulnérables, dont la vie est mise en péril par l'exploitation irresponsable des êtres humains et de la nature. C'est précisément pourquoi l'adhésion de l'Église à une science rigoureuse et honnête demeure non seulement précieuse, mais essentielle.

    L'astronomie occupe une place particulière dans cette mission. La capacité de contempler avec émerveillement le soleil, la lune et les étoiles est un don offert à chaque être humain, sans distinction de condition ou de situation. Elle éveille en nous à la fois l'admiration et un sens salutaire des proportions. La contemplation des cieux nous invite à voir nos peurs et nos faiblesses à la lumière de l'immensité divine. Le ciel nocturne est un trésor de beauté accessible à tous – riches et pauvres – et, dans un monde si douloureusement divisé, il demeure l'une des dernières sources de joie véritablement universelles.

    Tragiquement, même ce don est aujourd’hui menacé. Pour paraphraser le pape Benoît XVI, nous avons rempli nos cieux d’une lumière artificielle qui nous aveugle à la lumière que Dieu y a placée – une image éloquente, suggérait-il, du péché lui-même (cf. Homélie du 7 avril 2012).

    C’est dans ce contexte que j’exprime ma profonde gratitude pour le travail de la Fondation. Votre engagement permet aux scientifiques du Vatican de dialoguer de manière constructive avec le grand public et la communauté scientifique internationale. Votre générosité permet à l’Observatoire du Vatican de partager la magie de l’astronomie avec des étudiants du monde entier et de proposer des ateliers et des écoles d’été aux enseignants des écoles et paroisses catholiques. Et c’est grâce à votre dévouement que les télescopes et les laboratoires de l’Observatoire restent fidèles à leur vocation première : des lieux où la gloire de la création divine est contemplée avec respect, profondeur et joie.

    Nous ne devons jamais perdre de vue la vision théologique qui anime tout cela. Notre religion est une religion de l’Incarnation. L’Écriture nous enseigne que, dès le commencement, Dieu s’est révélé à travers sa création (cf. Rm 1, 20), et qu’il a tant aimé cette création qu’il a envoyé son propre Fils pour y entrer et la racheter (cf. Jn 3, 16). Il n’est donc pas surprenant que les personnes profondément croyantes se sentent appelées à explorer les origines et le fonctionnement de l’Univers. Cette soif de comprendre pleinement la création n’est autre que le reflet de cette aspiration ardente à Dieu qui réside au cœur de chaque âme.

    En vous renouvelant ma gratitude pour votre soutien, je prie Dieu Tout-Puissant de vous combler, vous et vos familles, de ses abondantes bénédictions. Merci !

  • La vision christocentrique du pape Léon XIV

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    De Robert P. Imbelli sur First Things :

    La vision christocentrique du pape Léon

    J'ai souvent constaté un phénomène étrange. Fréquemment, dans la presse catholique et même dans les revues savantes, commentateurs et théologiens invoquent solennellement le premier chapitre de Lumen Gentium , la Constitution dogmatique sur l'Église du concile Vatican II : « L'Église est […] comme un sacrement, un signe et un instrument d'union intime avec Dieu et de l'unité de toute l'humanité. » Mais, dans leur empressement à affirmer l'unité du genre humain, ceux qui récitent cette citation omettent deux mots essentiels : « en Christ ». Un pape dont la devise épiscopale est « In Illo Uno Unum » ne se contentera pas d'éviter d'omettre « en Christ » ; il en fera le cœur de son pontificat. De fait, la première année du magistère de Léon XIV a été marquée par son articulation constante et cohérente d'une vision christocentrique. Jésus-Christ est, en effet, Lumen gentium : la Lumière des nations. Et, comme le « père spirituel » du pape, Augustin d'Hippone aimait à méditer : « dans sa Lumière, nous voyons la lumière ».

    Bien que Léon XIV ait été élu il y a un an jour pour jour, son pontificat n'a véritablement débuté qu'en janvier de cette année, après la clôture de l'Année jubilaire inaugurée par le pape François. Jusqu'à la fin de l'année 2025, Léon a poursuivi, lors de ses audiences générales, les catéchèses entreprises par son prédécesseur sur le thème qu'il avait initié. 

    En janvier, trois événements marquants ont porté l’empreinte distinctive du pape Léon XIV. Chacun a révélé une dimension christique indéniable : le début d’une nouvelle série de méditations lors des audiences générales ; la convocation d’un consistoire extraordinaire de cardinaux ; et une importante allocution au corps diplomatique accrédité auprès du Saint-Siège. Dans chacun de ces événements, nous percevons le retour de la centralité du « dans le Christ ».

    Lors de sa toute première audience générale de l'année (le 7 janvier), Léon XIV annonça son intention de consacrer une série de présentations à un nouvel examen des documents du concile Vatican II. Il déclara à son auditoire : « Le concile Vatican II a redécouvert le visage de Dieu le Père qui, dans le Christ, nous appelle à être ses enfants ; il a considéré l'Église à la lumière du Christ, lumière des nations, comme un mystère de communion et un sacrement d'unité entre Dieu et son peuple. »

    Ce même jour s'ouvrait le consistoire extraordinaire. Il est à noter que le pape François avait rarement sollicité l'avis du corps des cardinaux, tandis que Léon XIV a presque aussitôt rétabli la pratique des consistoires et a déjà annoncé une seconde réunion pour la fin juin. 

    S’adressant aux cardinaux, il invoqua de nouveau le concile et leur rappela que la perspective conciliaire « considère le mystère de l’Église comme entièrement contenu dans le mystère du Christ, et comprend ainsi la mission d’évangélisation comme un rayonnement de l’énergie inépuisable libérée par l’événement central de l’histoire du salut ».

    Deux jours plus tard eut lieu le troisième événement marquant. Léon XIV prononça son discours annuel devant le corps diplomatique accrédité auprès du Saint-Siège. Son long et remarquable discours mérite une lecture attentive. Le pape inscrivit son propos dans le cadre de la Cité de Dieu d'Augustin et de sa dialectique des deux cités, si souvent opposées dans leurs désirs et leurs valeurs fondamentales – leurs « amours ». Mais il insista ensuite sur le fait que « les chrétiens vivant dans la cité terrestre ne sont pas étrangers au monde politique et, guidés par les Écritures, s'efforcent d'appliquer l'éthique chrétienne au gouvernement civil ».

    Léon XIV énumère plusieurs préoccupations inhérentes à la tradition morale catholique. Il déplore le retour en force de la guerre et souligne l'importance du droit international humanitaire. Il exhorte au respect de la dignité des réfugiés et affirme avec force le droit à la liberté de conscience et de religion. Il dresse un état des lieux des difficultés rencontrées par les familles, défendant le droit à la vie et rejetant l'avortement. Il invite les diplomates et leurs gouvernements à retrouver le sens des mots, trop souvent déconnectés de la réalité et utilisés comme une arme pour tromper, frapper et offenser l'adversaire. En bref, il esquisse une vision morale cohérente, à la hauteur d'une anthropologie véritablement intégrale.

    Fait significatif, à une époque sécularisée trop souvent sourde à la transcendance, Léon exprime cette conviction fondamentale : « En l’absence d’un fondement transcendant et objectif, seul l’amour-propre prévaut, jusqu’à l’indifférence envers Dieu, qui gouverne la cité terrestre. » Il va même plus loin et confesse sans ambages le fondement christique de la vision morale catholique.

    La paix est le but même de la cité de Dieu, à laquelle nous aspirons, même inconsciemment, et dont nous pouvons avoir un avant-goût dès la cité terrestre. Durant notre pèlerinage sur cette terre, œuvrer pour la paix exige humilité et courage. Dans la vie chrétienne, nous voyons ces vertus se refléter à Noël, lorsque la Vérité, le Verbe éternel de Dieu, s'incarne humblement, et à Pâques, lorsque le Juste, condamné, pardonne à ses persécuteurs et leur accorde sa vie de Ressuscité.

    À cet égard, comme le souligne avec justesse Christine Emba dans une tribune publiée dans le New York Times , le pape incarne « ce que signifie réfléchir rigoureusement aux principes moraux à travers le prisme du Christ ».

    J'ajouterais que cette « perspective christologique », cette herméneutique christologique, ne se contente pas de régir l'enseignement moral de Léon, mais sous-tend et imprègne également toute sa vision religieuse, sa compréhension de l'humanité et de l'histoire. Tout se voit dans le Christ .

    Cette conviction christocentrique transparaissait déjà pleinement dans le discours prononcé par Léon XIV à Istanbul en novembre, commémorant le 1700e anniversaire du concile de Nicée. Il y exprima une mise en garde et une confession. Il mit en garde contre un « nouvel arianisme », présent dans la culture actuelle et parfois même parmi les croyants. Ce phénomène se produit lorsque Jésus est admiré à un niveau purement humain, voire avec un respect religieux, sans pour autant être véritablement considéré comme le Dieu vivant et véritable parmi nous. Sa divinité, sa souveraineté sur l'histoire, sont occultées, et il est réduit à une grande figure historique, un sage maître ou un prophète ayant lutté pour la justice – mais rien de plus. 

    Et il confesse, en union avec les évêques de Nicée : « Jésus-Christ n’est pas une figure du passé ; il est le Fils de Dieu présent parmi nous, guidant l’histoire vers l’avenir promis par Dieu. » C’est pourquoi, lui seul est la Lumière des nations et c’est seulement en Christ que l’Église peut se réclamer du sacrement et de l’instrument de l’union intime avec Dieu et de l’unité de l’humanité.

    Il est donc révélateur que, lors de sa réponse à la question d'un journaliste à son retour d'un récent voyage en Afrique, Léon ait donné cette interprétation du célèbre appel du pape François à accueillir « tutti, tutti, tutti ! » : « [C'est] l'expression de la conviction de l'Église que tous sont les bienvenus ; tous sont invités ; tous sont invités à suivre Jésus, et tous sont invités à rechercher la conversion dans leur vie. » Tous sont en effet invités – à la transformation en Christ.

  • Léon XIV : un an en tant que « fils de saint Augustin »

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    D'Andrea Gagliarducci sur Monday Vatican :

    Léon XIV : un an en tant que « fils de saint Augustin »

    11 mai 2026

    Lorsqu’il est apparu pour la première fois sur la loggia centrale de la basilique Saint-Pierre, vêtu de ses habits pontificaux, Léon XIV s’est immédiatement déclaré « fils de saint Augustin ». Il s’agissait d’une affirmation d’identité, puissante et immédiate, qui s’est rapidement révélée être une caractéristique fondamentale pour comprendre ce pontife et son pontificat.

    Au fond de lui, Léon XIV reste un frère. Il aime la vie communautaire, dont il cherche à tirer le plus de nourriture possible. C’est un grand auditeur. Il considère le gouvernement comme un service. Il cherche un sens – le sens divin – dans les événements du monde en pèlerinage à travers l’histoire et dans les vicissitudes de la vie quotidienne.
    Pour tout cela, Léon XIV reste un mystère pour beaucoup, même après un an à la tête de la papauté.

    Le pape n’a mis en œuvre aucune révolution. Il a fait preuve d’une grande continuité avec le pape François, mais aussi de différences d’approche sur certaines questions. Il a réformé quelques points mineurs et a même nommé certaines figures clés (le nouveau vice-secrétaire d’État ; son successeur au poste de préfet du Dicastère pour les évêques). En réalité, cependant, il n’a ni clos d’anciens processus ni en a initié de nouveaux.

    Le processus synodal poursuit son chemin semé d’embûches, avec la publication des rapports des groupes de travail et d’autres déclarations, et on ne sait absolument pas dans quelle mesure Léon XIV les apprécie. En Allemagne, les évêques les plus idéologiques poursuivent leur chemin synodal, allant même jusqu’à faire fi des déclarations du pape lui-même. Le milieu traditionaliste de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X a déjà annoncé qu’il ordonnerait de nouveaux évêques, même sans mandat papal.

    En bref, les polarisations au sein de l’Église, qui s’étaient intensifiées face au style de gouvernance personnaliste et parfois dur du pape François, ne sont pas encore résolues. Certaines questions brûlantes subsistent et continueront de le faire. Le problème, cependant, est probablement autre. Le problème est que les priorités de Léon XIV sont différentes. Et elles résident précisément dans le charisme augustinien.

    C’est pourquoi, un an après son élection, il ne suffit pas de simplement dresser le bilan de ses 365 jours à la tête de l’Église. Il faut plutôt plonger au cœur de l’âme augustinienne du pape. Un ouvrage publié par la Libreria Editrice Vaticana, intitulé « Free Under Grace », rassemble tous les discours de Robert Francis Prevost OSA prononcés au cours de ses deux mandats à la tête des Augustins. Le livre n’est pour l’instant disponible qu’en italien ; ce qui suit est donc ma traduction en anglais des textes.

    Le livre décrit la spiritualité de Léon, mais dit aussi quelque chose de son approche de la gouvernance.

    Tout d’abord, la spiritualité. Léon XIV avait une conscience profonde du sens de sa vocation sacerdotale. Dans l’un de ses discours, il a évoqué les vœux. Il a notamment abordé le vœu de chasteté qui, selon lui, revêt « une grande importance dans le monde d’aujourd’hui. Il ne nie pas notre humanité. Il nous invite à découvrir la profondeur et la richesse de l’amour humain. En renonçant librement à la possibilité d’entrer dans la relation exclusive du mariage, nous nous rappelons à nous-mêmes et aux autres qu’il existe une union d’amour et de don de soi encore plus profonde que celle qui s’exprime dans le lien intime du mariage. »

    Dans tous les textes, la référence à Dieu est centrale, tout comme la nécessité de se tourner vers Dieu. Mais la référence à l’Église est également centrale, car, dit Prevost, l’Augustinien est un homme profondément ecclésial.

    « L’Église », écrit Prevost dans un article, « est contestée et même considérée comme une pierre d’achoppement. Être authentiquement Église et penser avec l’Église reste aujourd’hui un défi réel et nécessaire. »

    Mais le général des Augustins de l’époque s’interrogeait aussi sur ce que signifiait transmettre la foi ; il était conscient que « les jeunes ne rejettent pas le discours théologique », mais qu’ils éprouvent plutôt « de l’aliénation, de l’incompréhension, de la distance » à son égard.

    Pourtant, Prevost connaît le poids des institutions et des symboles. « Ce que l’habit religieux ou certaines formes extérieures de prière représentaient pour une génération », écrit-il, « n’a plus la même signification pour les jeunes d’aujourd’hui. Cependant, sans ces signes, il sera difficile d’apprécier la signification du sacré dans nos vies. »

    Tout a toutefois commencé par la responsabilité personnelle. « En tant que religieux », écrivait celui qui allait devenir pape, « nous sommes appelés à évangéliser en partant de ce que nous sommes, plutôt que de ce que nous faisons. » Et encore : « Trouver Dieu dans le monde qui nous entoure est, idéalement, l’un de nos grands défis. » Et enfin : « Une culture en crise est nécessairement une culture en quête. Les chrétiens sont appelés à être des professionnels de la recherche du sens humain. »

    Ces extraits sont tirés de discours prononcés dans diverses circonstances, dans de nombreuses régions du monde, à différentes occasions. Ils forment toutefois un tout cohérent, offrant un portrait de l’homme Robert Francis Prevost. Il n’hésite pas à recourir à des citations de la culture populaire, se révèle être un fin connaisseur de la scène théâtrale et musicale, et ne manque pas de mettre à profit sa familiarité avec la culture pop dans une tentative d’inculturation qui vise néanmoins à ne jamais diminuer la foi.

    Son évolution au cours de ces treize années, entre 2001 et 2014, est frappante. Ses premiers discours sont plus naïfs, son style de gouvernance plus direct, plus pragmatique, et il se montre plus enclin à l'idée qu'il faut tracer une voie concrète. Au fil du temps, Prevost devient moins direct dans l’expression de ses concepts, plus disposé à prendre en compte le contexte plus large. Mais cette évolution dans la gouvernance, qui s’apparente presque à un adoucissement dû à une plus grande familiarité avec le rôle, va de pair avec les changements de la société qui l’entoure.

    Prevost est devenu général peu après le 11 septembre 2001, et ses premiers discours évoquaient un monde qui, malgré tout, se percevait encore comme chrétien. Mais, au fil du temps, le langage a évolué vers celui d’un monde en crise, auquel Prevost a répondu en intensifiant sa quête de sens, en se tournant vers l’histoire de l’ordre des Augustins, en s’inspirant de l’exemple des saints et des martyrs, et en explorant la spiritualité.

    Tout cela nous donne aujourd’hui un pape qui a fait de la centralité du Christ son objectif premier de gouvernance.

    C’est un pape qui comprend le poids des symboles et qui, par conséquent, les utilise quand c’est nécessaire. Après tout, il a immédiatement recommencé à porter la mozzetta rouge que le pape François avait toujours rejetée et est retourné vivre tranquillement au Palais apostolique du Vatican.

    Cela nous donne également un pape qui mène une vie régulière, recherche l’équilibre et vit autant que possible comme un frère, convaincu de sa vocation et désireux de célébrer la messe chaque fois que cela est possible.

    C'est un pape qui a appris à gouverner en tant que supérieur général d'un ordre religieux présent dans le monde entier, qui a parcouru le monde et connaît les réalités du terrain. C'est donc un pape qui ne prend pas de décisions hâtives ou injustement sévères, mais qui recherche plutôt l'équilibre.

    Cela ne conduira pas à des bouleversements majeurs et soudains. Il n’y aura pas de nominations inattendues au sein de la Curie, mais des nominations ciblées, à commencer par les cinq nouveaux responsables de dicastères qui seront choisis cette année (les préfets des dicastères des Laïcs, de la Famille et de la Vie ; du Développement humain intégral ; du Culte divin ; de l’Unité des chrétiens ; et des Causes des saints ont plus de 75 ans).

    Il n’y aura pas de réformes improvisées, mais des décisions mûrement réfléchies après un examen attentif. Il y aura une plus grande collégialité épiscopale, car le modèle inclut tout le monde dans le processus décisionnel, reconnaissant que le pouvoir est avant tout un service.

    Et il y aura de plus en plus de références à La Cité de Dieu, qui est en quelque sorte le principe directeur de ce pontificat. La Cité de Dieu, qui demande à chacun de tendre vers les choses d’en haut, car c’est là que nous avons notre place. En effet, La Cité de Dieu semble être le premier et véritable théorème diplomatique de Léon XIV.

    Si quatorze années de direction augustinienne ont transformé l’homme qui est devenu le pape, nous pouvons supposer – voire espérer – qu’il deviendra plus augustinien à mesure qu’il continuera à exercer sa fonction de pontife et qu’il se familiarisera de plus en plus avec son rôle de chef de l’Église universelle.

    En fin de compte, nous n'avons pas affaire à un pape figé dans une position bien définie, mais à un pape capable d'évoluer dans son rôle de gouvernant tout en continuant à grandir dans la foi.

  • A Pompéi, le pape Léon XIV s'est fait l'apôtre du Saint Rosaire

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    Visite pastorale du pape Léon XIV à Pompéi et à Naples

    SAINTE MESSE ET OFFRANDES À NOTRE-DAME DE POMPÉI

    HOMÉLIE DU SAINT-PÈRE

    Piazza Bartolo Longo, devant le Sanctuaire de la Bienheureuse Vierge du Saint Rosaire de Pompéi, vendredi 8 mai 2026

    Chers frères et sœurs !

    « Mon âme exalte le Seigneur. » Ces paroles, auxquelles nous avons répondu à la première lecture, jaillissent du cœur de la Vierge Marie lorsqu'elle présente à Élisabeth le fruit de ses entrailles, Jésus, le Sauveur. Après elle, Zacharie, père de Jean-Baptiste, et le vieillard Siméon chanteront pour le Christ. Ces trois cantiques ponctuent la louange quotidienne de l'Église dans la Liturgie des Heures. Ils sont le regard de l'ancien Israël, qui voit ses promesses accomplies ; ils sont le regard de l'Église, l'Épouse, tendue vers son divin Époux ; ils sont implicitement le regard de toute l'humanité, qui trouve la réponse à son aspiration au salut.

    Il y a cent cinquante ans, en posant la première pierre de ce sanctuaire, à l'endroit même où l'éruption du Vésuve en 79 après J.-C. avait enseveli sous les cendres les vestiges d'une grande civilisation, les protégeant pendant des siècles, saint Bartolo Longo, avec son épouse, la comtesse Marianna Farnararo De Fusco, a posé les fondations non seulement d'un temple, mais de toute une cité mariale. Il exprimait ainsi sa conscience du dessein de Dieu, que  saint Jean-Paul II ,  s'exprimant en ce lieu de grâce le 7 octobre 2003, à la clôture de l'Année du Rosaire, a relancé pour le troisième millénaire, dans la perspective de la nouvelle évangélisation : « Aujourd'hui, a-t-il dit, comme au temps de l'antique Pompéi, il est nécessaire d'annoncer le Christ à une société qui s'éloigne des valeurs chrétiennes et en oublie même le souvenir. »

    Il y a exactement un an, lorsque le ministère de Successeur de Pierre m’a été confié, c’était précisément le jour de la Supplication à la Vierge, ce beau jour de la Supplication à la Vierge du Saint Rosaire de Pompéi ! Je me devais donc de venir ici, de placer mon ministère sous la protection de la Sainte Vierge. En choisissant alors le nom de Léon, je m’inscris dans la lignée de  Léon XIII, qui, entre autres mérites, a développé un vaste magistère sur le Saint Rosaire. À cela s’ajoute la récente canonisation de  saint Bartolo Longo, apôtre du  Rosaire. Ce contexte nous offre une clé de réflexion sur la Parole de Dieu que nous venons d’entendre.

    L’Évangile de l’Annonciation nous introduit au moment où le Verbe de Dieu s’est fait chair dans le sein de Marie. De ce sein rayonne la Lumière qui donne tout son sens à l’histoire et au monde. Le salut que l’ange Gabriel adresse à la Vierge est une invitation à la joie : « Je vous salue, pleine de grâce ! » ( Lc  1, 28 ; cf.  So  3, 14). Oui, le Je vous salue Marie est une invitation à la joie : il dit à Marie, et à travers elle, à nous tous, que sur les ruines de notre humanité, éprouvée par le péché et donc toujours sujette aux abus, à l’oppression et à la guerre, est venue la caresse de Dieu, la caresse de la miséricorde, qui prend un visage humain en Jésus. Marie devient ainsi la Mère de Miséricorde. Disciple du Verbe et instrument de son incarnation, elle se révèle pleinement « pleine de grâce ». Tout en elle est grâce ! En offrant sa propre chair au Verbe, elle devient aussi, comme l’enseigne le  Concile Vatican II  à la suite de saint Augustin, « mère des membres (du Christ)… parce qu’elle a coopéré par charité à la naissance des fidèles de l’Église, qui sont les membres de cette Tête » (Constitution dogmatique  Lumen Gentium , 53 ; cf. saint Augustin,  De S. Virginitate , 6). Dans le « Me voici » de Marie, non seulement Jésus naît, mais aussi l’Église, et Marie devient à la fois la Mère de Dieu –  Theotokos  – et la Mère de l’Église.

    Grand mystère ! Tout se réalise par la puissance du Saint-Esprit, qui couvre Marie de son ombre et féconde son sein virginal. Ce moment de l’histoire possède une douceur et une force qui attirent le cœur et l’élèvent vers ces sommets contemplatifs d’où jaillit la prière du Saint Rosaire . Une prière qui, née et s’étant développée progressivement au cours du deuxième millénaire, puise ses racines dans l’histoire du salut et trouve son prélude précisément dans le salut de l’Ange à la Vierge : « Je vous salue Marie ! » La répétition de cette prière dans le Rosaire est comme l’écho du salut de Gabriel, un écho qui traverse les siècles et guide le regard du croyant vers Jésus, vu à travers les yeux et le cœur de la Mère. Jésus est adoré, contemplé, assimilé dans chacun de ses mystères, si bien qu’avec saint Paul, nous pouvons dire : « Ce n’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi » ( Ga  2, 19).

    Précédée de la proclamation de la Parole de Dieu, nichée entre le Notre Père et le Gloria, la récitation du Je vous salue Marie dans le Saint Rosaire est un acte d'amour. N'est-ce pas précisément de l'amour que de répéter inlassablement : « Je vous aime » ? Un acte d'amour qui, sur les grains du rosaire, comme on peut clairement le voir sur le tableau marial de ce sanctuaire, nous ramène à Jésus et nous conduit à l'Eucharistie, « source et sommet de toute vie chrétienne » ( Lumen Gentium , 11). Saint Bartolo Longo en était convaincu   lorsqu'il écrivait : « L'Eucharistie est le Rosaire vivant, et tous les mystères se trouvent dans le Saint Sacrement sous une forme active et vitale » ( Il Rosario e la Nuova Pompei , 1914, p. 86). Il avait raison. Dans l'Eucharistie, les mystères de la vie du Christ se trouvent tous, pour ainsi dire, concentrés dans le mémorial de son sacrifice et dans sa présence réelle. Le Rosaire a une physionomie mariale, mais un cœur christologique et eucharistique (cf. Lettre apostolique  Rosarium Virginis Mariae , 1). Si la Liturgie des Heures marque les temps de louange de l'Église, le Rosaire marque le rythme de notre vie, la ramenant sans cesse à Jésus et à l'Eucharistie.

    Des générations de croyants ont été façonnées et protégées par cette prière, simple et populaire, et pourtant capable d'atteindre des sommets mystiques et recelant un trésor de la théologie chrétienne la plus essentielle. Quoi de plus essentiel, en effet, que les mystères du Christ, que son saint Nom, prononcé avec la tendresse de la Vierge Marie ? C'est en ce Nom, et en aucun autre, que nous pouvons être sauvés (cf.  Ac  4, 12). En la répétant à chaque Je vous salue Marie, nous revivons en quelque sorte la maison de Nazareth, comme si nous entendions à nouveau les voix de Marie et de Joseph durant les longues années que Jésus a passées avec eux. Nous revivons aussi le Cénacle, où les Apôtres, avec Marie, attendaient l'effusion du Saint-Esprit. C'est ce que la première lecture nous a indiqué. Comment ne pas imaginer que, durant cet intervalle entre l'Ascension et la Pentecôte, Marie et les Apôtres rivalisaient d'efforts pour se remémorer les différents moments de la vie de Jésus ? Aucun détail ne devait être négligé ! Tout devait être mémorisé, assimilé, imité. Ainsi naquit le cheminement contemplatif de l’Église, dont le  Rosaire, à l’instar de l’année liturgique,  offre une synthèse dans la méditation quotidienne des saints Mystères. Le Rosaire a été, à juste titre, considéré comme un abrégé de l’Évangile, que  saint Jean-Paul II  souhaitait intégrer aux  Mystères de Lumière. Cette dimension était également très présente chez saint Bartolo Longo, qui proposait aux pèlerins des méditations profondes pour soustraire le Saint Rosaire à la tentation d’une récitation mécanique et en préserver toute la portée biblique, christologique et contemplative.

    Frères et sœurs, si le  Rosaire  est « prié » et, j’ose dire, « célébré » de cette manière, il est aussi, de ce fait naturel, une source de charité. Charité envers Dieu, charité envers le prochain : les deux faces d’une même pièce, comme nous le rappelle la deuxième lecture de la première Lettre de saint Jean, qui se conclut par cette exhortation : « N’aimons pas en paroles ni en discours, mais en actes et en vérité » ( 1 Jn  3, 18). Ainsi,  saint Bartolo Longo  fut un apôtre du Rosaire et, en même temps, un apôtre de la charité. Dans cette ville mariale, il accueillait les orphelins et les enfants de prisonniers, manifestant le pouvoir régénérateur de l’amour. Ici encore, aujourd’hui, les plus petits et les plus faibles sont accueillis et soignés dans les œuvres du Sanctuaire. Le  Rosaire  oriente notre regard vers les besoins du monde, comme le souligne la Lettre apostolique  Rosarium Virginis Mariae  , proposant en particulier deux intentions qui demeurent d'une actualité brûlante : la famille, qui souffre de l'affaiblissement du lien conjugal, et la paix, menacée par les tensions internationales et une économie qui préfère le commerce des armes au respect de la vie humaine.

    Lorsque  saint Jean-Paul II proclama l’Année du Rosaire  – dont l’an prochain marquera le quart de siècle –, il souhaitait la placer tout particulièrement sous le regard de la Vierge de Pompéi. Depuis lors, la situation ne s’est guère améliorée. Les guerres qui font encore rage dans de nombreuses régions du monde appellent à un engagement renouvelé, non seulement économique et politique, mais aussi spirituel et religieux. La paix naît du cœur. Le Pontife lui-même, en octobre 1986, réunit à Assise les  chefs  des principales religions, les invitant tous à prier pour la paix. À plusieurs reprises, y compris récemment,  le pape François  et moi-même avons demandé aux fidèles du monde entier de prier pour cette intention. Nous ne pouvons nous résigner aux images de mort que les médias nous présentent chaque jour. De ce sanctuaire, dont  saint Bartolo Longo  conçut la façade comme un monument à la paix, nous élevons aujourd’hui notre prière avec foi. Jésus nous a dit que la prière offerte avec foi peut tout obtenir (cf.  Mt  21, 22). Et  saint Bartolo Longo , pensant à la foi de Marie, la qualifie d’« omnipotente par grâce ». Par son intercession, puisse le Dieu de paix faire jaillir une effusion abondante de miséricorde, touchant les cœurs, apaisant les ressentiments et les haines fratricides, et éclairant ceux qui ont des responsabilités particulières au sein du gouvernement.

    Frères et sœurs, aucune puissance terrestre ne sauvera le monde, mais seulement la puissance divine de l'amour, cette puissance divine d'amour que Jésus, le Seigneur, nous a révélée et donnée. Croyons en Lui, espérons en Lui, suivons-Le !