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Christianisme - Page 10

  • Saint John Henry Newman est inscrit au calendrier romain en date du 9 octobre

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    D'Alessandro Di Bussolo sur Vatican News :

    Saint Newman inscrit au calendrier romain

    Publication ce mardi du décret du dicastère pour le culte divin par lequel le Pape inscrit le saint Anglais, canonisé en 2019 et proclamé docteur de l'Église le 1er novembre 2025, dans le calendrier romain général. Le décret établit liturgiquement la mémoire facultative et son insertion dans tous les calendriers et livres liturgiques pour la célébration de la messe et de la liturgie des heures.

    «Dieu m'a créé pour lui rendre un service précis. J'ai un rôle à jouer dans cette grande œuvre; je suis un maillon d'une chaîne, un lien de connexion entre les personnes. Il ne m'a pas créé pour rien». C'est ce qu'écrivait le cardinal John Henry Newman, canonisé en 2019 et proclamé docteur de l'Église par le Pape Léon XIV le 1er novembre 2025, en la solennité de la Toussaint et du Jubilé du monde éducatif. Le Souverain pontife l'a également proclamé «co-patron, avec saint Thomas d'Aquin, de tous ceux qui participent au processus éducatif». Il a décidé d'inscrire le nom de saint John Henry Newman dans le Calendrier romain général, le calendrier qui régit les fêtes et les célébrations de l'année liturgique.

    La mémoire de Newman sera célébrée le 9 octobre, jour de sa conversion

    C'est ce qu'établit un décret publié mardi, 3 février, par le dicastère pour le culte divin et la discipline des sacrements, -mais signé par le cardinal préfet Arthur Roche et par le secrétaire, l'archevêque Vittorio Viola, le 9 novembre 2025, fête de la dédicace de la basilique Saint-Jean-de-Latran. Il dispose que la mémoire facultative du saint soit célébrée par tous le 9 octobre, jour de la conversion de Newman, pasteur anglican, au catholicisme, en 1845. Il sera ainsi possible dès aujourd'hui, dans toute l'Église, de célébrer la messe et de réciter les laudes, les vêpres et autres prières de la liturgie des heures en mémoire du saint théologien et cardinal.

    La douce lumière de Dieu et la paix dans l'Église catholique

    Le décret souligne d'emblée que «la douce lumière de la grâce de Dieu, venue dans ce monde pour éclairer les peuples, a conduit John Henry Newman à trouver la paix dans l'Église catholique». Il ajoute que, tout au long de sa longue vie, le cardinal Newman «s'est montré infatigable dans la mission à laquelle il avait été appelé, accomplissant son ministère de recherche intellectuelle, de prédication et d'enseignement, ainsi que de service aux pauvres et aux plus démunis». Un grand intellectuel chrétien, explique-t-il, dont l'esprit vif «nous a laissé des monuments durables d'une grande importance en matière théologique et ecclésiologique, ainsi que des compositions poétiques et dévotionnelles». La recherche constante du cardinal Newman «de sortir des ombres et des images pour aller vers la plénitude de la vérité est devenue un exemple pour chaque disciple du Ressuscité». Ainsi, le décret établit que saint John Henry Newman, «ayant été reconnu comme une lumière éclatante pour l'Église en pèlerinage à travers l'histoire, peut à juste titre être compté parmi les autres saints docteurs inscrits dans le calendrier romain général».

    Les textes liturgiques

    «Cette nouvelle mémoire doit être insérée dans tous les calendriers et livres liturgiques pour la célébration de la messe et de la liturgie des heures», peut-on encore lire dans le décret, qui établit l'adoption des textes liturgiques en latin joints au décret lui-même, «qui doivent être traduits, approuvés» et, après confirmation du dicastère, «publiés» par les conférences épiscopales. Il s'agit de la prière d'ouverture, des lectures, des textes relatifs à la liturgie des heures et du texte du Martyrologe romain.

    En 1825 pasteur anglican, en 1847 prêtre catholique

    John Henry Newman naît à Londres le 21 février 1801 dans une famille anglicane. En mai 1825, il est ordonné pasteur de l'Église d'Angleterre, chargé de suivre les étudiants universitaires en tant que vicaire de la paroisse de l'université d'Oxford. Entre 1832 et 1833, lors d'un voyage de retour d'Italie, Newman compose Lead, Kindly Light (Guide-moi, lumière bienveillante), qui deviendra plus tard un hymne religieux populaire. Dans les années suivantes, il fonde avec d'autres amis le Mouvement d'Oxford, afin de lutter contre la propagation du libéralisme religieux dans les universités anglaises. Lorsque de nombreux ecclésiastiques anglicans, appartenant pour la plupart à ce mouvement, passent à l'Église catholique, Newman traverse une crise religieuse qui le conduit en 1845 à adhérer au catholicisme. Le 30 mai 1847, il est ordonné prêtre dans la chapelle de Propaganda Fide à Rome. Fasciné par le charisme de saint Philippe Néri, il fonde la Congrégation de l'Oratoire en Angleterre.

    «Je serai un ange de paix, un prédicateur de vérité»

    Avec son œuvre majeure sur le thème de la conscience, la Lettre au duc de Norfolk (1875), il aide de nombreux catholiques anglais à accepter le dogme de l'infaillibilité du Pape, proclamé à cette époque. Réfléchissant à sa vocation dans l'Église, il écrit: «Je serai un ange de paix, un prédicateur de vérité, si seulement j'observe ses commandements et le sers dans ma vocation». Le 12 mai 1879, le Pape Léon XIII le nomme cardinal, lui attribuant la diaconie de Saint-Georges au Velabro. Il continue à vivre à Birmingham, près de l'Oratoire, où il meurt le 11 août 1890. Près de soixante-dix ans après sa mort, le processus de béatification et de canonisation est lancé. En 1991, Saint Jean-Paul II autorise la publication du décret concernant l'exercice héroïque des vertus. Newman est proclamé bienheureux par le Pape Benoît XVI le 19 septembre 2010, à Birmingham, et inscrit au registre des saints par le Pape François le 13 octobre 2019.

    La béatification du cardinal Newman, célébrée par le Pape Benoît XVI en 2010 à Birmingham.
    La béatification du cardinal Newman, célébrée par le Pape Benoît XVI en 2010 à Birmingham.
  • Raban Maur, le "praeceptor Germaniae", évoqué par Benoît XVI

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    Lors de l'audience générale du mercredi 3 juin 2009, le pape Benoît XVI a consacré sa catéchèse à Raban Maure, fêté aujourd'hui :

    Chers frères et sœurs,

    Je voudrais aujourd'hui parler d'un personnage de l'occident latin vraiment extraordinaire:  le moine Raban Maure. Avec des hommes tels qu'Isidore de Séville, Bède le Vénérable, Ambroise Autpert, dont j'ai déjà parlé dans des catéchèses précédentes, il sut garder, pendant les siècles qui constituent ce qu'on appelle le Haut Moyen-âge, le contact avec la grande culture des antiques sages et des Pères chrétiens. Souvent rappelé comme "praeceptor Germaniae", Raban Maure fut d'une fécondité extraordinaire. Avec sa capacité de travail absolument exceptionnelle, il contribua peut-être plus que tout autre à garder vivante cette culture théologique, exégétique et spirituelle à laquelle les siècles suivants devaient puiser. C'est à lui que se réfèrent aussi bien des grands personnages appartenant au monde des moines comme Pier Damiani, Pierre le Vénérable et Bernard de Clairvaux, qu'également un nombre toujours plus important de "clercs" du clergé séculier, qui au cours du xii et du XIII siècles donnèrent vie à l'une des floraisons les plus belles et les plus fécondes de la pensée humaine.

    Né à Mayence vers 780, Raban entra très jeune dans un monastère:  on lui ajouta le nom de Maure précisément en référence au jeune Maure qui, selon le Livre ii des Dialogues de saint Grégoire le Grand, avait été confié encore enfant par ses parents eux-mêmes, nobles romains, à l'abbé Benoît de Nursie. Cette insertion précoce de Raban comme "puer oblatus" dans le monde monastique bénédictin, et les fruits qu'il en tira pour sa propre croissance humaine, culturelle et spirituelle, permettraient à eux seuls une ouverture très intéressante non seulement sur la vie des moines et de l'Eglise, mais également sur toute la société de son temps, habituellement qualifiée de "carolingienne". De ceux-ci, ou peut-être de lui-même, Raban Maure écrit:  "Certains ont eu la chance d'être introduits dans la connaissance des Ecritures dès leur plus tendre enfance ("a cunabulis suis") et ont été tellement bien nourris par la nourriture qui leur a été offerte par la sainte Eglise qu'ils peuvent être promus, avec l'éducation appropriée, aux ordres sacrés les plus élevés" (PL 107, col 419 BC).

    La culture extraordinaire qui caractérisait Raban Maure le fit rapidement remarquer par les grands de son temps. Il devint le conseiller de princes. Il s'engagea pour garantir l'unité de l'empire et, à un niveau culturel plus large, il ne refusa jamais à celui qui l'interrogeait une réponse modérée, qu'il tirait préférablement de la Bible et des textes des saints Pères. Tout d'abord élu abbé du célèbre monastère de Fulda, ensuite archevêque de sa ville natale, Mayence, il ne cessa pas pour autant de poursuivre ses études, démontrant par l'exemple de sa vie que l'on peut être simultanément à la disposition des autres, sans se priver pour cela d'un temps approprié pour la réflexion, l'étude et la méditation. Ainsi, Raban Maure fut exégète, philosophe, poète, pasteur et homme de Dieu. Les diocèses de Fulda, Mayence, Limbourg et Wroclaw le vénèrent comme saint et bienheureux. Ses œuvres remplissent six volumes de la Patrologie latine de Migne. C'est à lui que l'on doit, selon toute probabilité, l'un des hymnes les plus beaux et connus de l'Eglise latine, le "Veni Creator Spiritus", synthèse extraordinaire de pneumatologie chrétienne. Le premier engagement théologique de Raban s'exprima, en effet, sous forme de poésie et eut comme thème le mystère de la Sainte Croix dans une œuvre intitulée "De laudibus Sanctae Crucis", conçue de manière telle qu'elle propose non seulement des contenus conceptuels, mais également des stimulations plus purement artistiques, utilisant aussi bien la forme poétique que la forme picturale à l'intérieur du même codex manuscrit. En proposant iconographiquement, entre les lignes de son écrit, l'image du Christ crucifié, il écrit par exemple:  "Voilà l'image du Sauveur qui, par la position de ses membres, rend sainte pour nous la très salubre, très douce et très aimée forme de la Croix, afin qu'en croyant en son nom et en obéissant à ses commandements nous puissions obtenir la vie éternelle grâce à sa Passion. Chaque fois que nous élevons le regard vers la Croix, rappelons-nous donc de celui qui souffrit pour nous, afin de nous arracher au pouvoir des ténèbres, en acceptant la mort pour faire de nous les héritiers de la vie éternelle" (Lib. 1, Fig. 1, PL 107 col 151 C).

    Cette méthode d'allier tous les arts, l'esprit, le cœur et les sens, qui provenait de l'orient, devait recevoir un immense développement en occident, en parvenant à des sommets jamais atteints dans les codex enluminés de la Bible, ainsi que dans d'autres œuvres de foi et d'art qui fleurirent en Europe avant l'invention de l'imprimerie et même après. Celle-ci révèle en tous cas chez Raban Maure une conscience extraordinaire de la nécessité de faire participer dans l'expérience de la foi, non seulement l'esprit et le cœur, mais également les sens à travers les autres aspects du goût esthétique et de la sensibilité humaine qui conduisent l'homme à jouir de la vérité de toute leur personne, "esprit, âme et corps". Cela est important:  la foi n'est pas seulement pensée, mais elle touche tout notre être. Etant donné que Dieu s'est fait homme en chair et en os, qu'il est entré dans le monde sensible, nous devons, dans toutes les dimensions de notre être, chercher et rencontrer Dieu. Ainsi, la réalité de Dieu, à travers la foi, pénètre dans notre être et le transforme. Pour cela, Raban Maure a concentré son attention en particulier sur la liturgie, comme synthèse de toutes les dimensions de notre perception de la réalité. Cette intuition de Raban Maure le rend extraordinairement actuel. De lui sont restés également célèbres les "Carmina", proposés pour être utilisés en particulier dans les célébrations liturgiques. En effet, étant donné que Raban était avant tout un moine, son intérêt pour la célébration liturgique était évident. Toutefois, il ne se consacrait pas à l'art de la poésie comme une fin en soi, mais il orientait l'art et tout autre type de connaissance vers l'approfondissement de la Parole de Dieu. Il s'efforça donc, avec une assiduité et une rigueur extrêmes, d'introduire ses contemporains, mais surtout les ministres (évêques, prêtres et diacres), à la compréhension de la signification profondément théologique et spirituelle de tous les éléments de la célébration liturgique.

    Il tenta ainsi de comprendre et de proposer aux autres les significations théologiques cachées dans les rites, en puisant à la Bible et à la tradition des Pères. Il n'hésitait pas à citer, par souci d'honnêteté mais également pour donner une importance plus grande à ses explications, les sources patristiques auxquelles il devait son savoir. Mais il se servait d'elles avec liberté et un discernement attentif, en approfondissant le développement de la pensée patristique. Par exemple, au terme de l'"Epistola prima", adressée à un "chorévêque" du diocèse de Mayence, après avoir répondu aux demandes d'éclaircissement sur le comportement à adopter dans l'exercice de la responsabilité pastorale, il poursuit:  "Nous t'avons écrit tout ceci de la façon dont nous l'avons déduit des Ecritures Saintes et des canons des Pères. Mais toi, très saint homme, prend tes décisions comme bon te semble, au cas par cas, en cherchant à modérer ton jugement de façon à garantir en tout la discrétion, car elle est la mère de toutes les vertus" (Epistulae, i, PL 112, col 1510 C). On voit ainsi la continuité de la foi chrétienne, qui trouve son origine dans la Parole de Dieu; mais celle-ci est toujours vivante, elle se développe et elle s'exprime de façons nouvelles, toujours en cohérence avec toute la construction, avec tout l'édifice de la foi.

    Etant donné qu'une partie intégrante de la célébration liturgique est la Parole de Dieu, Raban Maure se consacra à cette dernière avec le plus grand zèle au cours de toute sa vie. Il publia des explications exégétiques appropriées pour presque tous les livres bibliques de l'Ancien et du Nouveau Testament dans une claire intention pastorale, qu'il justifiait par des paroles comme celles-ci:  "J'ai écrit ces choses... en résumant les explications et les propositions de beaucoup d'autres pour offrir un service au lecteur dépourvu qui n'a pas à sa disposition de nombreux livres, mais également pour faciliter ceux qui, dans de nombreuses choses, n'arrivent pas à pénétrer en profondeur la compréhension des significations découvertes par les Pères" (Commentariorum in Matthaeum praefatioPL 107, col 72D). En effet, en commentant les textes bibliques, il puisait à pleines mains aux Pères antiques, avec une prédilection particulière pour Jérôme, Ambroise, Augustin et Grégoire le Grand.

    Sa sensibilité pastorale aiguë le conduisit ensuite à s'occuper avant tout de l'un des problèmes vécus de la manière la plus vive par les fidèles et les ministres sacrés de son temps:  celui de la pénitence. Il compila en effet les "Pénitenciers" - c'est ainsi qu'on les appelait - dans lesquels, selon la sensibilité de l'époque, étaient énumérés les péchés et les peines correspondantes, en utilisant dans la mesure du possible des motivations puisées dans la Bible, dans les décisions des Conciles et les décrets des Papes. Ces mêmes textes furent utilisés par les "carolingiens" dans leur tentative de réforme de l'Eglise et de la société. C'est à la même intention pastorale que répondaient des œuvres comme "De disciplina ecclesiastica" et "De institutione clericorum" dans lesquelles, en puisant avant tout à saint Augustin, Raban expliquait aux personnes simples et au clergé de son diocèse les éléments fondamentaux de la foi chrétienne:  il s'agissait de sortes de petits catéchismes.

    Je voudrais conclure la présentation de ce grand "homme d'Eglise" en citant certaines de ses paroles dans lesquelles se reflète bien sa conviction fondamentale:  "Celui qui est négligent dans la contemplation ("qui vacare Deo negligit") se prive lui-même de la vision de la lumière de Dieu; celui qui se laisse prendre de façon indiscrète par les préoccupations et permet à ses pensées d'être emportées par le tourbillon des choses terrestres se condamne lui-même à l'impossibilité absolue de pénétrer les secrets du Dieu invisible" (Lib. I, PL 112, col 1263A). Je pense que Raban Maure nous adresse ces paroles également à nous aujourd'hui:  dans les heures de travail, avec ses rythmes frénétiques, et dans les temps de loisirs, nous devons réserver des moments à Dieu. Lui ouvrir notre vie en lui adressant une pensée, une réflexion, une brève prière, et surtout, nous ne devons pas oublier le dimanche comme jour du Seigneur, le jour de la liturgie, pour percevoir dans la beauté de nos églises, de la musique sacrée et de la Parole de Dieu la beauté même de Dieu, le laissant entrer dans notre être. Ce n'est qu'ainsi que notre vie peut devenir grande, devenir une vraie vie.

  • La leçon du protomartyr Etienne et de l’apôtre Paul pour un véritable dialogue entre Juifs et chrétiens

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    De Sandro Magister sur Settimo Cielo (enfrançais sur diakonos.be) :

    La leçon du protomartyr Etienne et de l’apôtre Paul pour un véritable dialogue entre Juifs et chrétiens

    Le changement intervenu ces derniers temps dans les relations entre l’Église catholique et les juifs réside dans la volonté déclarée, des deux côtés, de raviver un dialogue devenu compliqué et stérile, voire conflictuel ? Et comment ? En repartant de « Nostra ætate », ce texte de Vatican II qui a marqué un tournant capital dans les relations entre chrétiens et juifs, ainsi que du document explicatif de 2015 intitulé « Les dons et l’appel de Dieu sont irrévocables ».

    Les juifs eux-mêmes ont reconnu la valeur de ces deux documents, en particulier dans la note « Tra Gerusalemme e Roma » signée en 2017 par la Conférence des rabbins d’Europe, par le Conseil rabbinique d’Amérique et par le Grand rabbinat de l’État d’Israël, dans laquelle il se réjouissaient principalement deux points clés affirmés par l’Église catholique : « le fait que les juifs également aient part au salut de Dieu » et la décision de « ne pas mener ni encourager aucune mission institutionnelle visant spécifiquement les juifs ».

    Et en effet, après des siècles d’antijudaïsme et de conversions forcées, ces deux points constituent sans aucun doute des avancées importantes dans les relations entre l’Église et les juifs. Des avancées certes importantes mais pas décisives. Benoît XVI lui-même, le pape qui s’est impliqué dans le dialogue plus que nul autre, les définissait déjà dans un de ses écrits de 2017 retranscrit dans un livre, comme « insuffisants à exprimer de manière adéquate la grandeur de la réalité ».

    Concernant le premier point, ce même document du Vatican de 2015 s’arrête devant le mystère : « Le fait que les juifs aient part au salut de Dieu est théologiquement indiscutable, quant à savoir comment cela est possible sans une confession explicite du Christ, cela reste et demeure un mystère divin insondable ».

    Tandis qu’en ce qui concerne le second point, on peut lire : « Toute en maintenant le refus – par principe – d’une mission institutionnelle visant les juifs, les chrétiens sont appelés à témoigner de leur foi en Jésus Christ même devant les juifs, ils doivent cependant le faire avec humilité et sensibilité ».

    Et c’est précisément à propos de ces deux points qu’un éminent spécialiste du christianisme des origines, le professeur Leonardo Lugaresi, que les lecteurs de Settimo Cielo ont déjà eu l’occasion d’apprécier à plusieurs reprises, vient de publier un article le 29 décembre intitulé « Santo Stefano, la Chiesa e gli ebrei ».

    Dans ses réflexions, le professeur Lugaresi se laisse guider par le livre des Actes des Apôtres, du « cas sérieux » initial à Jérusalem du protomartyr Etienne jusqu’à l’énigmatique page finale où l’on retrouve l’apôtre Paul à Rome.

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  • Catholique et fière de l'être : la nouvelle Présidente du Costa Rica

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    De Diego López Colín sur ACI Prensa :

    Qui est Laura Fernández, la catholique pro-vie qui sera la nouvelle présidente du Costa Rica ?

    Laura Fernández Delgado, présidente du Costa RicaLaura Fernández lors d'un événement en 2024. | Crédit : Ministère de la Planification nationale et de la Politique économique

    Laura Fernández, du parti au pouvoir Pueblo Soberano, a remporté l'élection présidentielle au Costa Rica qui s'est tenue ce dimanche 1er février. Catholique et opposée à l'avortement, elle a également indiqué que son projet politique s'inscrirait dans la continuité des politiques du président actuel, Rodrigo Chaves. 

    Avec 96,87 % des bulletins dépouillés à midi le 2 février, Fernández a obtenu 1 191 727 voix (48,30 %). Álvaro Ramos Chaves, du Parti de la libération nationale, a recueilli 825 041 voix (33,44 %), et Claudia Vanessa Dobles Camargo, de la Coalition Agenda citoyen, arrive en troisième position avec 119 700 voix (4,85 %).  

    Le seuil de 40 % requis par la loi électorale étant dépassé, un second tour ne sera pas nécessaire. 

    Outre la présidence, les 57 membres de l'Assemblée législative ont été élus ce dimanche. Le parti Peuple souverain a remporté 31 sièges, obtenant ainsi la majorité au sein de l'organe législatif. Le Parti de la libération nationale en compte 17, le Front large 7, et les deux sièges restants sont répartis entre la Coalition Agenda citoyenne et le Parti de l'unité sociale-chrétienne.  

    Formation académique 

    Fernández a étudié au centre éducatif Santa Catalina de Sena, une institution catholique des sœurs dominicaines, puis à l'école Los Ángeles, également dominicaine.  

    Selon le site web du parti Pueblo Soberano, Fernández est spécialiste des politiques publiques et de la gouvernance démocratique. Au sein du gouvernement de Rodrigo Chaves, elle a occupé le poste de ministre de la Planification nationale et de la Politique économique de 2022 à 2025, et simultanément celui de ministre de la Présidence de 2024 à 2025. 

    Une présidente catholique 

    Lors de sa première conférence de presse après les élections, le 2 février, Fernández a remercié « Dieu et le peuple costaricien » pour les résultats du scrutin. « Je place ma confiance en Dieu, qui, je le sais, sera avec nous chaque jour et chaque minute du prochain gouvernement », a-t-il ajouté.  

    Interrogée sur ses relations avec l'Église catholique et sur une éventuelle politique conservatrice, elle a affirmé que son gouvernement serait un gouvernement de « liberté totale ». Tout en déclarant être « catholique, respectueuse, pieuse et fervente dans ses traditions catholiques », elle a indiqué que son équipe serait inclusive et ouverte à tous.  

    Elle a déclaré qu'il rechercherait des personnes qui promouvraient « une grande croisade pour la dignité humaine nationale, une grande croisade pour l'amour du prochain, une grande croisade pour la justice sociale, pour la sauvegarde des valeurs et de la famille ».  

    Sa foi, affichée publiquement, est restée inébranlable : le jour des élections, elle a assisté à la messe à la basilique Notre-Dame-des-Anges, l’église qui abrite l’image de la sainte patronne du Costa Rica. Dans une publication sur les réseaux sociaux, elle a déclaré : « J’ai prié pour tous les Costariciens, pour ce pays que j’aime tant, pour l’avenir. »  

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  • La Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X annonce de nouvelles consécrations épiscopales

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    Communiqué du 2 février 2026.

    En ce 2 février 2026, fête de la Purification de la sainte Vierge, Monsieur l’abbé Davide Pagliarani, Supérieur général de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X, au cours de la cérémonie des prises de soutane qu’il présidait au séminaire international Saint-Curé‑d’Ars, à Flavigny-sur-Ozerain, en France, a annoncé publiquement sa décision de confier aux évêques de la Fraternité le soin de procéder à de nouvelles consécrations épiscopales, le 1er juillet prochain.

    En août dernier, il a sollicité la faveur d’une audience auprès du Saint-Père, lui faisant connaître son désir de lui exposer filialement la situation présente de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X. Dans un second courrier, il s’est explicitement ouvert sur le besoin particulier de la Fraternité d’assurer la continuation du ministère de ses évêques, qui parcourent le monde depuis près de quarante ans pour répondre aux nombreux fidèles attachés à la Tradition de l’Église et désireux que soient conférés, pour le bien de leurs âmes, les sacrements de l’ordre et de la confirmation.

    Après avoir longuement mûri sa réflexion dans la prière, et reçu du Saint-Siège, ces derniers jours, une lettre qui ne répond absolument pas à nos demandes, l’abbé Pagliarani, appuyé sur l’avis unanime de son Conseil, estime que l’état objectif de grave nécessité dans lequel se trouvent les âmes exige une telle décision.

    Les mots qu’il écrivait le 21 novembre 2024, pour le cinquantenaire de la déclaration historique de Mgr Marcel Lefebvre, sont plus que jamais le reflet de sa pensée et de ses intentions :

    « Ce n’est que dans l’Église de toujours et dans sa Tradition constante que nous trouvons la garantie d’être dans la Vérité, de continuer à la prêcher et à la servir. […]

    « La Fraternité [Saint-Pie X] ne recherche pas d’abord sa propre survie : elle cherche principalement le bien de l’Église universelle et, pour cette raison, elle est par excellence une œuvre d’Église, qui avec une liberté et une force uniques, répond adéquatement aux besoins propres d’une époque tragique sans précédent.

    « Ce seul but est toujours le nôtre aujourd’hui, au même titre qu’il y a cinquante ans : “C’est pourquoi sans aucune rébellion, aucune amertume, aucun ressentiment nous poursuivons notre œuvre de formation sacerdotale sous l’étoile du magistère de toujours, persuadés que nous ne pouvons rendre un service plus grand à la sainte Église catholique, au Souverain Pontife et aux générations futures (Mgr Lefebvre, Déclaration du 21 novembre 1974).” »

    Dans les prochains jours, le Supérieur général fournira des explications complémentaires sur la situation présente et sur sa décision.

    « Nos cum Prole pia benedicat Virgo Maria.
    Que la Vierge Marie nous bénisse, avec son divin Fils. » 

    Menzingen, le 2 février 2026

    A ce sujet, le Supérieur Général de la FSSPX, l'abbé Pagliarani, a explicité sa position lors de l'homélie prononcée à Flavigny dans le cadre de la remise de soutanes à 22 nouveaux séminaristes :

    Des sacres par fidélité à l’Eglise et aux âmes 

    Nous pensons que le moment est arrivé pour penser à l’avenir de la Fraternité Saint-Pie X, à l’avenir de toutes les âmes, que nous ne pouvons pas oublier, que nous ne pouvons pas abandonner ; et bien sûr au bien que nous devons et nous pouvons faire à l’Église. Et cela amène une question qu’on se pose depuis longtemps et à laquelle aujourd’hui peut-être il faut donner une réponse. Faut-il encore attendre avant de penser à consacrer des évêques ? Nous avons attendu, prié, observé l’évolution des choses dans l’Église, nous avons demandé conseil. 

    Nous avons écrit au Saint-Père pour présenter avec simplicité la situation de la Fraternité, expliquer ses besoins et en même temps pour confirmer au Saint-Père notre unique raison d’être : c’est le bien des âmes. Nous avons écrit au Saint-Père : Très Saint-Père, nous n’avons qu’une intention, celle de faire de toutes les âmes qui s’adressent à nous des vrais fils de l’Église catholique et romaine. Nous n’avons jamais d’autre intention et nous garderons toujours cette intention. Et le bien des âmes correspond au bien de l’Église. L’Église n’existe pas dans les nuages. L’Église existe dans les âmes. Ce sont les âmes qui forment l’Église. Et si on aime l’Église, on aime les âmes, on veut leur salut et on veut faire le possible pour leur offrir les moyens de faire leur salut.

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  • Pourquoi je ne serai pas protestant (en réponse à Madame Tonus)

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       L'annonce par une tertiaire dominicaine relativement médiatique de sa conversion au protestantisme n'a pas fini de faire des vagues. Pour Belgicatho, Paul Vaute fait le point sur les questions fondamentales que soulèvent cette démarche et la manière dont elle a été communiquée. Il répond aussi aux arguments les plus souvent lus ou entendus.

       La laïque dominicaine belge Myriam Tonus, conférencière, essayiste et chroniqueuse prisée de longue date par les médias de toutes obédiences, a fait savoir au début janvier qu'elle avait quitté l'Eglise catholique pour rejoindre l'Eglise protestante unie de Belgique (Epub). Son départ, a-t-elle précisé, est intervenu à la suite "d'une décision longuement mûrie, née d'une réflexion critique notamment sur l'institution et la place des femmes". Elle se dit en outre heureuse d'éprouver "l'impression d’aller dans un plus grand dépouillement au cœur de la foi chrétienne" [1].

       L'annonce a suscité sur les réseaux sociaux des réactions parfois virulentes, qu'il ne peut être question de cautionner ici. Il est en revanche singulier que des voix se soient élevées pour déplorer qu'on puisse "encore", même en termes mesurés, tenir un discours critique du protestantisme.

       Que je sache, l'œcuménisme promu par le concile Vatican II et le magistère depuis lors n'a pas aboli les différences. Le retour à une seule confession chrétienne demeure pour l'heure un vœu, certes pieux. Il est par ailleurs bien singulier que ceux qui s'offusquent notamment des "anathèmes" de "jeunes croyants qui s'érigent en gardiens d'une orthodoxie qu'ils jugent menacée" [2] n'esquissent pas le moindre froncement de sourcils quand des voix protestantes, en ce compris celle de la dernière néophyte, déblatèrent allègrement la hiérarchie et les enseignements romains. Quitte dès lors à froisser quelques gentil(le)s ingénu(e)s, c'est notre différence que je vais affirmer ici. Non pas en théologien que je ne suis pas, mais en historien et journaliste émérite, armé du minimum de sensus fidelium auquel je peux légitimement prétendre.

     

    [1] https://www.cathobel.be/2026/01/myriam-tonus-rejoint-leglise-protestante-ce-qui-me-rend-heureuse-limpression-daller-dans-un-plus-grand-depouillement-au-coeur-de-la-foi-chretienne/

    [2] https://www.cathobel.be/2026/01/si-la-liberte-de-conscience-de-myriam-tonus-nous-questionne-la-violence-numerique-doit-plus-encore-nous-interpeller/

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  • France : quand de nouveaux convertis veulent entrer au séminaire

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    De Jean-Marie Guénois sir Le Figaro via le Forum Catholique :

    Ces nouveaux convertis qui veulent entrer au séminaire

    30 janvier 2026

    Un miracle semble avoir eu lieu à Rennes. À la rentrée 2024, 4 candidats avaient frappé à la porte du séminaire, 18 se sont présentés un an plus tard. Soit « une augmentation de 350 % » se félicite le supérieur de la Maison Charles de Foucauld, le père Olivier Roy, en charge de l’une des 13 « propédeutiques » réparties sur le territoire. Cette maison accueille des candidats à la prêtrise de 9 diocèses de Bretagne, Pays de la Loire et Basse-Normandie.

    Depuis 2022, le passage par une année de propédeutique est obligatoire avant d’entrer au séminaire. Il s’agit de discerner la qualité de la vocation. Une étape préalable, lancée par le cardinal Jean-Marie Lustiger à Paris, dès 1984. Une sorte de « prépa » spirituelle dont l’objet n’est pas les études - philosophiques et théologiques, au programme des six années de séminaire -, mais une plongée dans la vie intérieure, fraternelle et caritative. Il n’y a pas de concours d’entrée à la clé, sinon l’épreuve du « combat spirituel pour gagner en liberté, résume un formateur, afin de se présenter plus mûr au séminaire ».

    Pour expliquer le record de ces 9 diocèses de l’ouest de la France, le père Olivier Roy avance des « effets de rattrapage » d’une année sur l’autre, car certains candidats réfléchissent à deux fois avant de s’engager, ou encore l’influence d’événements comme « le jubilé des jeunes à Rome, en juillet 2025 », cite-t-il. Et, avance-t-il, « pourquoi pas l’effet d’un nouveau pape, à l’image plus consensuelle et compatible avec des jeunes en recherche vocationnelle », en la personne de Léon XIV. Ce formateur constate en effet que « cette promotion de propédeutique 2025 a choisi saint Augustin comme saint patron, ce qui n’est pas sans lien avec les origines spirituelles du pape américain. »

    Confinement et intériorité

    Le père Olivier Roy assure que ce record d’inscriptions n’est pas isolé : « En France, les propédeutiques ont quasiment toutes réalisé une bonne rentrée en septembre dernier, avec 145 inscrits. » Ils étaient seulement 99 « propédeutes » en septembre 2023, soit 46,5 % d’augmentation en deux ans. La courbe d’entrée au séminaire connaît cependant des hauts et des bas : 165 candidats étaient admis en l’an 2000, ils n’étaient que 106 en 2015 et remontaient à 156 en 2020. Quant à la crise des abus sexuels dans l’Église, qui a explosé à l’orée des années 2000, elle semble ne pas avoir grevé significativement les candidatures pour le sacerdoce, puisqu’elles ont été relativement stables ce quart de siècle avec une moyenne de 131 candidats annuels en France.

    En tout cas, il semble bel et bien se passer quelque chose dans l’Église de France. Ne voit-elle pas bondir le nombre des demandes de baptêmes d’adultes et d’adolescents ? Alors qu’ils avoisinaient les 4 000 par an jusqu’en 2022, ils ont décollé il y a trois ans, passant de 5 423 en 2023 à 17 784 en 2025, dont la moitié à un âge inférieur à 25 ans. Là aussi, le pourcentage d’augmentation, 228 %, est spectaculaire. Les chiffres 2026 s’annoncent au diapason, ils seront connus fin mars.

    De nombreux pasteurs estiment que les confinements du Covid (printemps et automne 2020, puis avril 2021) auraient provoqué une « forte recherche de sens » chez beaucoup de jeunes, liée au « vide existentiel » et à « l’isolement des écrans ». Ce que confirme Antoine Pasquier, rédacteur en chef à Famille chrétienne, qui vient de publier Enquête sur ces jeunes qui veulent devenir chrétiens (Mame Éditions), après avoir réalisé une enquête qualitative auprès de ces nouveaux convertis.

    Des baptisés de « qualité »

    Cet auteur décrit le parcours de ces nouveaux entrants dans l’Église. « Beaucoup qui ne connaissaient rien du christianisme se sont mis en route, à la suite d’expériences spirituelles fortes, intimes, ou d’épreuves personnelles. Ils ont ensuite cherché sur internet et les réseaux sociaux des réponses à leurs questions, et lu la Bible, seuls. » Il ajoute : « Ces jeunes sont d’ailleurs fiers d’affirmer leur identité catholique, et cette nouvelle génération de catholiques n’a aucun problème avec le fait d’être minoritaires. »

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  • Pas de messe finale au forum RivEspérance

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    Du site "Riposte catholique" :

    Liège : « célébrer ensemble » au programme de Rivespérance, mais sans messe finale

  • "Je m'appartiens et n'appartiens à personne d'autre" : vraiment ?

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    De sur The Catholic Thing :

    « Tu ne t'appartiens pas »

    30 janvier 2026

    Dans son excellent ouvrage récent, * Un monde nouveau et étrange* , Carl Trueman met en garde les chrétiens contre un optimisme naïf en cette « ère chaotique, incertaine et sombre ». C'est une remarque judicieuse. La culture actuelle regorge de sujets susceptibles de bouleverser les convictions de chacun, et plus particulièrement celles des croyants. Parallèlement, un « optimisme éclairé » se justifie, car il existe des raisons rationnelles de croire que le christianisme sera davantage pris au sérieux en Occident dans les années à venir.

    Après tout, depuis plus de soixante ans, nous vivons sous la tyrannie d'une déclaration collective selon laquelle je m'appartiens et n'appartiens à personne d'autre – que je décide des questions de vie, du fait de donner, de prendre ou d'empêcher la vie ; que moi , et personne d'autre, ai le droit de faire de mon corps ce que bon me semble.

    Et ce rejet de la vérité selon laquelle nous ne nous appartenons pas peut désormais être jugé par ses fruits, qui sont partout autour de nous. La déclaration « Je m’appartiens », cri de ralliement fondamental de la révolution sexuelle, a radicalement transformé la vie et, à plusieurs égards, l’a rendue pire pour nous que pour tout autre être humain dans l’histoire.

    C'est une affirmation audacieuse. Les faits le confirment.

    Vivre selon le credo « Je m’appartiens et à personne d’autre » a engendré d’immenses souffrances, passées inaperçues jusqu’à récemment, sauf auprès des seuls croyants. Ce déni profondément ancré est en train de changer – et il change précisément parce que les dégâts sont devenus inévitables.

    Les ravages de l'idolâtrie de l'autonomie sont partout visibles : dans les hordes de jeunes déséquilibrés d'aujourd'hui, dans la hausse constante des troubles psychologiques depuis des décennies, dans les études universitaires sur la solitude, dans les troubles sociaux, dans la nostalgie de plus en plus exprimée d'un monde privé de ses enfants. Le verdict est sans appel.

    De plus, l'affirmation selon laquelle je suis maître de mon sexe et de mon plaisir sexuel a engendré le principal obstacle à l'amour, à la famille et au mariage aujourd'hui : la consommation compulsive de pornographie par un grand nombre de jeunes hommes, et quelques jeunes femmes.

    Comme le savent les thérapeutes, cette obsession a notamment pour conséquence de rendre les individus incapables de vivre des relations amoureuses authentiques. Ce terrible résultat, peut-être le pire de tous les effets de cette révolution, transforme l'affirmation « Je m'appartiens et à personne d'autre » en un véritable épitaphe pour l'amour.

    Paradoxalement, cela nous amène à un premier motif d'espoir. Les dégâts sont si manifestes et indéniables que des voix extérieures aux sphères religieuses ont enfin commencé à les dénoncer.

    Les Amants  de René Magritte, 1928 [Musée d'Art Moderne, New York]

    Un nouveau scepticisme et de nouvelles critiques de l'autonomie sexuelle débridée se font jour aujourd'hui – y compris de la part d'auteurs qui affirment préférer ne pas s'aligner sur l'enseignement chrétien traditionnel, mais que la logique et les preuves les ont néanmoins conduits dans la même direction.

    Ce tournant vers le révisionnisme est lui aussi une excellente chose. Que des voix laïques s'alignent sur l'enseignement de l'Église sur les questions sociales, même à contrecœur, et qu'elles reconnaissent ou non le christianisme, constitue une victoire indéniable pour la Cause.

    Cela nous ouvre une autre perspective d'espoir. Autre évolution imprévisible il y a encore dix ans : les conversions et les pratiques religieuses ne sont plus rares, même sur les campus les plus prestigieux et laïcisés. De fait, elles sont en augmentation, comme le constatait (avec une certaine inquiétude) l'intellectuel libéral Mark Lilla l'an dernier dans un article de la New York Review of Books consacré à son propre campus, l'université Columbia.

    « Au cours de la dernière décennie », a-t-il observé, « l’intérêt pour les idées et les pratiques catholiques s’est accru parmi les élites intellectuelles de droite, et il n’est pas rare de rencontrer de jeunes conservateurs dans les institutions de l’Ivy League qui se sont convertis ou ont renouvelé leur foi depuis leur arrivée à l’université. »

    Columbia n'est pas un cas isolé. Au printemps dernier, j'ai donné des conférences à mon ancienne université, Cornell, longtemps la plus laïque des universités de l'Ivy League, dont la culture politique est profondément ancrée à gauche. Des signes impressionnants de vie religieuse y ont émergé : au sein de COLLIS, un institut intellectuel catholique et un programme de conférences animé par une équipe dynamique et engagée ; à Chesterton House, une résidence et un lieu de rencontre protestants, dont les activités comprennent l'étude biblique, les œuvres de bienfaisance, la prière communautaire et d'autres formes de partage ; et grâce à un esprit de corps contagieux qui règne sur le campus entre protestants et catholiques.

    Ailleurs, sur d'autres campus, initiatives et institutions se multiplient, perpétuant les traditions de la foi. Les Cercles thomistes, qui diffusent les enseignements de saint Thomas et d'autres prédicateurs, attirent des étudiants curieux venus de tous horizons.

    À l'Université de St. Thomas à Houston, par exemple, de nouveaux programmes catholiques passionnants sont en cours d'élaboration, notamment au Centre Nesti pour la Foi et la Culture ; ce centre propose le seul master au monde en études catholiques sur les femmes et le genre. Un récent colloque d'hiver de deux jours, qui a connu un vif succès et portait sur ce que Jean-Paul II appelait le « génie féminin », a témoigné une fois de plus du dynamisme de cette communauté catholique.

    Réfléchir à ces élans inattendus, c'est prendre conscience d'une chose facile à oublier en cette époque justement qualifiée de « chaotique, inexplorée et obscure ». Après tout, nous ne sommes pas revenus les mains vides de l'expérience des soixante dernières années.

    D'une manière encore mal comprise, mais qui le sera bientôt, le désordre post-révolutionnaire actuel nous apprend quelque chose. Il nous apprend que vivre comme si nous n'étions pas maîtres de nous-mêmes nous protège mieux que de vivre sous l'emprise d'un individualisme exacerbé. La vérité de l'enseignement chrétien transparaît dans les conséquences néfastes d'une vie sans lui.

    Un jour, davantage d'âmes comprendront – et rejetteront – le credo actuel qui prône l'autonomie absolue. Lorsque cela se produira, les chrétiens de demain, et d'autres encore, se tourneront vers le passé pour y chercher les signes annonciateurs de ce futur éveil. Et ils constateront que, dès début 2026, un nombre important et inattendu de ces signes se manifestent déjà ici et maintenant.

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    Mary Eberstadt est chercheuse principale à l'Institut Foi et Raison. Cet article est adapté d'un discours prononcé lors de la conférence annuelle « L'anglicanisme pur et simple » à Charleston, en Caroline du Sud, le 23 janvier 2026.
  • Comment est née la vie monastique chrétienne ?

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    Jean-Pierre Mahé, orientaliste français, spécialiste des études arméniennes, et membre de l'Académie des inscriptions et belles-lettres
  • Comment l'Occident permet la persécution des Coptes d'Égypte

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    D'Uzay Bulut sur The European Conservative :

    Comment l'Occident permet la persécution des Coptes d'Égypte

    Les préférences commerciales, la coopération en matière de migration et l'aide à la sécurité devraient être conditionnées par des progrès mesurables dans le domaine des droits de l'homme, déclare Lindsay Rodriguez de Coptic Solidarity.

    Aujourd'hui, l'Égypte est un pays majoritairement musulman et arabophone. Pourtant, avant sa conquête violente par l'islam au VIIe siècle, c'était une nation majoritairement chrétienne, principalement peuplée par son peuple autochtone, les Coptes. 

    Les chrétiens coptes sont profondément enracinés dans les traditions de l'Égypte antique, notamment à travers leur langue, leur musique liturgique et leur symbolisme rituel. Ils ont préservé une identité culturelle bien antérieure à la conquête islamique de l'Égypte.

    Les Coptes furent parmi les premiers à se convertir au christianisme grâce à saint Marc qui apporta l'Évangile en Égypte. Depuis lors, l'Égypte a vu naître nombre des plus grands théologiens chrétiens, dont Athanase, Antoine (du désert) et Cyrille le Grand.

    Descendants des anciens Égyptiens, les Coptes vivent sur leurs terres ancestrales depuis plusieurs millénaires. Ils ont survécu aux persécutions subies depuis la première invasion arabo-musulmane au VIIe siècle, ainsi qu'à l'invasion des Turcs ottomans au XVIe siècle. 

    On compte actuellement environ 15 millions de Coptes en Égypte, ce qui en fait à la fois la plus grande communauté chrétienne et la plus grande communauté non musulmane du Moyen-Orient et d'Afrique du Nord.

    Les Coptes d'Égypte comptent aujourd'hui parmi les communautés les plus persécutées au monde. Ils vivent comme des citoyens de seconde zone sur leur terre ancestrale, marginalisés tant sur le plan institutionnel que social.  

    Ils sont victimes d'enlèvements, de disparitions forcées, d'arrestations arbitraires, de torture, de viols, de pressions pour se convertir à l'islam, de lynchages et de discriminations. Or, comme le souligne Caroline Doss, présidente de l'organisation Solidarité Copte, face à ces violations des droits humains, « la réaction du gouvernement égyptien est souvent lente, timide, voire inexistante ». Les violences perpétrées contre les chrétiens coptes restent rarement impunies. Cette situation accroît leur vulnérabilité face aux attaques répétées et renforce l'impunité de leurs agresseurs.

    Des centaines de femmes et de jeunes filles coptes chrétiennes ont été attirées dans des pièges, enlevées, converties de force à l'islam, maltraitées et mariées de force. Les autorités égyptiennes ont systématiquement manqué à leur devoir de prévenir ces crimes et de poursuivre les auteurs. 

    Par exemple, Coptic Solidarity rapporte que Demiana Ghali Gaber Ghali, une jeune femme copte de 24 ans, a été enlevée de force le 9 septembre et que la Sécurité nationale égyptienne, relevant du ministère de l'Intérieur, est complice de sa disparition. Il a été révélé par la suite que, le lendemain, tous ses papiers d'identité officiels avaient été falsifiés pour la faire passer pour musulmane. 

    Le 17 septembre, les forces de sécurité égyptiennes ont arrêté 70 Coptes, membres de la famille élargie de Ghali, après qu'ils aient protesté contre l'enlèvement de leur fille. Soixante d'entre eux ont été relâchés par la suite, sans leurs téléphones portables, qui ne leur ont toujours pas été restitués. Les enquêtes et les détentions se poursuivent concernant les dix autres personnes.

    Un autre cas récent est celui de Silvana Atef Fanous, une jeune Copte de 17 ans souffrant d'un handicap mental, enlevée par Saher Mohamed Ragab, un musulman dont le père est policier. Lorsque sa famille a signalé sa disparition à la police, on leur a répondu que Silvana avait choisi de se convertir à l'islam pour épouser Saher, qu'elle n'avait jamais connu auparavant. Silvana est atteinte d'un handicap mental qui la fait penser et se comporter comme une enfant de 8 ans. Malgré son handicap et son jeune âge, la police a collaboré avec son ravisseur, selon sa famille.

    Parallèlement, le gouvernement égyptien continue d'arrêter de manière disproportionnée des chrétiens coptes pour blasphème. Le Dr Augustinos Samaan, 37 ans, chercheur copte, a été arrêté le 1er octobre 2025 pour « dérision de l'islam », en vertu des lois égyptiennes sur le « mépris de la religion ». Docteur en religions comparées, Samaan se consacre à l'apologétique chrétienne. Par ses travaux universitaires et ses contenus éducatifs en ligne , il a abordé pacifiquement des questions religieuses et répondu aux sentiments antichrétiens. Toutes ces activités sont protégées par le droit international des droits de l'homme. Pourtant, Samaan a été emprisonné, condamné à cinq ans de travaux forcés et agressé par d'autres détenus.

    Le 22 octobre, Bola Adel Naguib Attia, un étudiant copte chrétien de 18 ans, a été arrêté et, selon un  rapport de Coptic Solidarity , a subi de graves violations de ses droits légaux et constitutionnels. Ce jour-là, une force de sécurité composée de la police antiterroriste et de plusieurs agents de l'Agence nationale de sécurité a perquisitionné le domicile familial. Leur appartement a été fouillé, plusieurs téléphones portables ont été saisis et Bola a été arrêté, provoquant la panique et la terreur au sein de sa famille. 

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  • P.D. James et les parkas de créateurs pour chihuahuas

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    De George Weigel sur le CWR :

    PD James et les parkas de créateurs pour chihuahuas

    Face aux signes indéniables de déclin culturel, voire civilisationnel, l'Église a fort à faire.

    Les romans policiers de P.D. James, mettant en scène l'inspecteur Adam Dalgliesh de New Scotland Yard, sont tout aussi captivants que ceux écrits par Agatha Christie, Dorothy L. Sayers, Edith Pargeter (qui écrivait sous le pseudonyme d'« Ellis Peters » lors de la création des  Chroniques de Cadfael ) et Ann Cleeves.

    Pourtant, mon œuvre préférée de cette femme, anoblie à vie et décédée en 2014 sous le titre de baronne James de Holland Park, est son roman dystopique  Les Fils de l'homme, qui explore un monde d'infertilité généralisée . Oubliez le film qui prétend être tiré du roman et lisez le livre ; sa première phrase est pour le moins saisissante :

    Tôt ce matin, le 1er janvier 2021, trois minutes après minuit, le dernier être humain né sur terre a été tué dans une bagarre dans un pub de la banlieue de Buenos Aires, à l'âge de vingt-cinq ans, deux mois et douze jours.

    Je ne dévoilerai pas l'intrigue en m'attardant sur les détails du monde sans enfants que dépeint P.D. James. Disons simplement que certains éléments m'ont traversé l'esprit le mois dernier lors d'un séjour de deux semaines et demie à Rome.

    Paris a beau se surnommer la « Ville Lumière », Rome, à l'approche de Noël, brille tout autant de mille feux : des ruelles du Borgo au parc du Château Saint-Ange, en passant par le quartier commerçant huppé de la Via Condotti et la Place d'Espagne. Au milieu de cette splendeur, pourtant, planaient des ombres : celles liées à la relative absence d'enfants dans un pays où le taux de natalité est bien inférieur au seuil de renouvellement des générations. Et comme dans le roman de P.D. James (où l'absence d'enfants est due à une inexplicable infertilité masculine mondiale), un monde où les enfants sont peu nombreux engendre des comportements adultes pour le moins étranges.

    Les animaleries semblent désormais bien plus nombreuses à Rome. Prenez par exemple  myfamily qui a créé un véritable univers dédié aux animaux de compagnie dans la gare Termini. Et que propose  myfamily ? Des pulls et des parkas hors de prix pour… des chihuahuas et autres chiens de petite taille ! Car  myfamily  abrite une marque d’accessoires pour animaux de compagnie, proposant des produits « confectionnés avec soin » pour chiens et chats, dont « plus de 700 modèles de médailles personnalisables par gravure sur place en moins de deux minutes ».

    Dans un monde marqué par l'infertilité, le mot « famille » a manifestement acquis de nouvelles connotations, que certains qualifieraient de sinistres. Contrairement à la dystopie de P.D. James, la crise actuelle de la stérilité infantile en Occident n'est cependant pas inexplicable. Elle s'explique parfaitement par la décision délibérée des jeunes couples de ne pas avoir d'enfants. Aujourd'hui, la stérilité infantile est un choix personnel.

    Il y avait aussi les expériences partagées par un ami universitaire en année sabbatique à Rome, où il avait passé son adolescence. Outre ses recherches, il avait profité de ces derniers mois pour renouer avec d'anciens camarades de son  lycée classique italien. Comme lui, ils étaient désormais des professionnels avec une famille. Et ce qu'ils décrivaient comme des pratiques courantes dans leurs quartiers aisés avait certainement retenu l'attention de leur ancien camarade – et la mienne, lorsqu'il me racontait ces anecdotes.

    Par exemple : quel est le cadeau le plus courant pour une première communion ? Un iPhone.

    Par exemple : quel est le cadeau numéro 1 pour les filles qui fêtent leurs 18 ans ? La chirurgie esthétique.

    Les camarades de lycée  de mon ami  parlaient aussi de jeunes se repliant sur eux-mêmes et se réfugiant dans un monde de relations virtuelles. De jeunes terrifiés par la moindre difficulté. De femmes incapables de trouver un mari et d'hommes désemparés face à la masculinité. Plus inquiétant encore était le laxisme du curé de la paroisse romaine, qu'il fallut convaincre par des parents furieux de mettre en place un programme de préparation à la confirmation pour les jeunes désireux de recevoir ce sacrement.

    Certes, il ne s'agit que de témoignages anecdotiques. Et il est certain que des phénomènes similaires, voire pires, existent dans le monde dit développé. Par exemple, je n'ai jamais rien entendu en Italie qui puisse rivaliser avec « Ami-chan », cette « poupée-petite-fille électronique » (en réalité un robot) dotée d'intelligence artificielle, disponible au Japon depuis 2021, qui possède un vocabulaire de 1 600 mots, chante des comptines et interagit avec des personnes âgées japonaises n'ayant pas de petits-enfants.

    Face à ces signes indéniables de déclin culturel, voire civilisationnel, l'Église a fort à faire. C'est pourquoi la  renaissance  des  aumôneries universitaires  aux  États-Unis  et l'essor remarquable des mouvements pour jeunes adultes comme l'Institut thomiste, le  Forum léonin et  FOCUS  sont porteurs d'espoir. Ces initiatives offrent des modèles que l'Église aux États-Unis peut partager avec l'Église en Europe, en Amérique latine, dans les pays de l'ANZAC et en Asie de l'Est.

    Avant qu'il ne soit trop tard.

    La chronique de George Weigel, « La différence catholique », est diffusée par le Denver Catholic , la publication officielle de l'archidiocèse de Denver. )