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Débats - Page 35

  • « Une réforme qui sape les éléments essentiels de l’Église fondée par Jésus, une, sainte, catholique et apostolique, n’est pas une vraie réforme. » (cardinal Zen)

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    De "Tribune chrétienne" :

    « Une réforme est toujours nécessaire parce que nous sommes pécheurs » : l’alerte du cardinal Zen sur l’avenir de l’Église

    « Je suis également venu participer aux Congrégations générales car l’Église est à un moment crucial de confusion et de division. »

    À 93 ans, le cardinal Joseph Zen, ancien évêque de Hong Kong, a une nouvelle fois fait entendre une voix lucide et critique lors de la Congrégation générale des cardinaux, tenue à Rome le 30 avril dernier. Devant ses confrères réunis en vue du futur conclave, il a livré une intervention marquée par une profonde inquiétude quant à l’orientation prise par l’Église sous le pontificat du pape François, et plus encore, par le processus du Synode sur la synodalité.

    Malgré son âge avancé, ses problèmes de santé et une arrestation en 2022 pour soupçon de violation de la loi sur la sécurité nationale chinoise, le cardinal a estimé de son devoir de venir à Rome : « Grâce soient rendues au Seigneur », a-t-il déclaré en remerciant pour les dix jours de séjour qui lui ont été accordés.Dans un discours à la fois respectueux et direct, le cardinal Zen a d’abord rappelé ses bons souvenirs avec le pape François. Il a salué « son grand zèle pastoral » et son style de proximité, évoquant aussi des échanges chaleureux et teintés d’humour. Mais après ces souvenirs personnels, le ton change : « Je suis également venu participer aux Congrégations générales car l’Église est à un moment crucial de confusion et de division. »

    Selon lui, « une réforme est toujours nécessaire parce que nous sommes pécheurs », mais encore faut-il qu’elle ne détruise pas les fondements mêmes de l’Église : « Une réforme qui sape les éléments essentiels de l’Église fondée par Jésus, une, sainte, catholique et apostolique, n’est pas une vraie réforme. »

    Le cardinal Zen s’en prend ensuite à la dérive postconciliaire qu’il attribue à une mauvaise interprétation du Concile Vatican II, évoquant « le soi-disant ‘esprit du Concile’ » et citant Paul VI : « la fumée de Satan est entrée par les fissures de l’Église. » Il déplore une « tentative mal orientée de s’adapter à l’esprit du monde plutôt que de s’y opposer avec fermeté ».

    Il fustige notamment le Synode sur la synodalité, dont les dernières étapes, selon lui, dépassent largement le cadre fixé par la Constitution Episcopalis Communio. Il s’interroge ironiquement : « N’y avait-il pas suffisamment d’évêques pour présider un Synode des évêques ? » en référence au choix de confier la présidence à des prêtres et une religieuse. Il décrit les 61 facilitateurs nommés pour organiser les discussions comme « des enseignants de maternelle » et accuse certains membres influents du Synode d’être « identifiés comme réformateurs de la morale sexuelle ».

    Pour le cardinal Zen, les objectifs du Synode se sont déplacés : au lieu de « sauvegarder et promouvoir la foi, les mœurs et la discipline ecclésiastique », comme le demande le canon 342 du Code de droit canonique, il ne s’agirait plus que d’« évangéliser le monde d’aujourd’hui » — au risque, selon lui, d’oublier que « l’on ne peut être missionnaire sans rester l’Église authentique ».

    Enfin, il souligne que les procédures synodales elles-mêmes ont été altérées, réduisant les débats à des discussions de groupes linguistiques avec des votes sur des synthèses non publiées, remises ensuite au pape pour rédaction libre. Avec une fermeté paisible, le cardinal Zen a lancé un appel à ses frères cardinaux en vue du prochain conclave : « Une grave responsabilité repose désormais sur leurs épaules – pour nous donner un pape qui, avec l’aide de l’Esprit Saint, puisse nous ramener à l’harmonie et à la paix. »

    Le Pillar publie le texte de l'

    « Intervention à la Congrégation générale », Cardinal Joseph Zen (traduction "automatique")

    Notre doyen, dans sa lettre d'invitation, nous a rappelé que nous, cardinaux âgés, qui ne sommes pas électeurs, ne sommes pas obligés d'assister à ces sessions. Je suis un homme de 93 ans, en convalescence après une longue maladie bénigne qui m'a coûté dix kilos. J'ai été arrêté il y a trois ans pour suspicion de violation de la loi sur la sécurité nationale, mais j'ai rapidement été libéré sous caution. J'estimais qu'il était de mon devoir de venir. À l'époque, on m'avait délivré un passeport pour assister aux funérailles du pape Benoît XVI – seulement deux jours à Rome ; cette fois, on m'a accordé dix jours. Grâce au Seigneur.

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  • Le processus synodal est une menace très sérieuse pour l'Église

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    De Stefano Fontana sur la NBQ :

    Le processus synodal est une menace très sérieuse pour l'Église

    La synodalité est un processus qui modifie (protestantise) la structure de l’Église catholique, du rôle des évêques au Catéchisme, du rapport au monde au relativisme doctrinal. C’est le danger le plus grave car il s’agit d’une pratique et non d’une doctrine. Le vote au conclave devrait en tenir compte.
    05_05_2025

    Les enjeux sont très importants dans ce conclave. La preuve indirecte en est, entre autres, la pression compacte des médias du régime en faveur d'une « continuité » indiscutable avec François. L’enjeu est de taille car ce pontificat s’est orienté tout droit vers des changements radicaux et significatifs en matière de tradition doctrinale, disciplinaire et pastorale. Ces révolutions ne peuvent pas être cachées sous des attitudes qui ont trouvé grâce auprès du peuple, ni sous un phrasé existentiel et sentimental qui a parfois réchauffé les cœurs, ni à travers les expressions gestuelles de la soi-disant « simplicité » de François, « l’un de nous ».

    Ce pontificat a changé l’image de l’Église et de nombreux croyants sentent qu’en poursuivant sur cette voie, nous aurons une « nouvelle Église », qui se développe déjà aujourd’hui. Les deux « partis » sont encore une fois les mêmes que d’habitude. Mais ceux qui étaient dans l’opposition avec Jean-Paul II et Benoît XVI sont désormais au gouvernement. Les garanties d’étanchéité ont fortement diminué, les risques de voir la fuite s’agrandir et le navire dériver ont augmenté. La protestantisation de l’Église catholique, ou du moins l’anglicanisation, sont visibles à l’horizon et, en partie, sont déjà présentes parmi nous.

    Un deuxième aspect préoccupe les cœurs et les esprits et conduit beaucoup – je crois plus que par le passé – à prier pour les cardinaux électeurs. Les processus engagés et les nouveaux chemins déjà empruntés ne s’arrêteront pas, ils continueront par inertie, quel que soit le résultat du vote. Leur incubation doctrinale dure depuis des décennies et, au cours du récent pontificat, elles ont trouvé une promotion substantielle. Même si l’on corrige les nombreuses démarches inconsidérées – comme le demandent quelques cardinaux et évêques – et surtout si ces corrections ne sont dues qu’à des pactes électoraux entre groupes de cardinaux au conclave, la « nouvelle Église » continuera encore longtemps son chemin.

    La raison en est que durant le pontificat de François, même si les positions documentées par écrit et hautement contestables n'ont pas manqué (pensez à Amoris Laetitia), les changements se sont produits de manière comportementale, avec des paroles ambiguës et des gestes provocateurs. Ce sont surtout ces dernières qui ont causé la confusion, et non seulement les Exhortations apostoliques ou les Déclarations de la doctrine de la foi. La nouveauté était une façon d’être et de se positionner. Cette manière d’être et de se présenter va perdurer, et pas seulement en Allemagne, où elle est plus évidente qu’ailleurs.

    Les cardinaux ont reçu de nombreux conseils ces derniers jours. La Bussola a également porté à la connaissance de tous les fidèles, mais surtout d'eux, une analyse des graves problèmes ouverts par le pontificat de François et qui devront être résolus. On ne sait pas si cela se produira ou non, ni quand : l’Église a de longs délais d’anticipation.

    La composition du conclave ne semble cependant pas très propice à une écoute et une étude approfondie. Les cardinaux sont très nombreux, disons qu'ils sont trop nombreux pour qu'il y ait une véritable compréhension des besoins de l'Église. Étant donné les critères étranges de nomination des cardinaux utilisés ces dernières années, beaucoup d’entre eux n’ont pas eu l’occasion de se mettre à l’écoute des problèmes de l’Église universelle ainsi que de ceux de leur propre région, grande ou petite. De plus, le récent pontificat, très pastoral et plutôt négligé sur le plan doctrinal, a promu au cardinalat de nombreux évêques de la « rue », intéressés par de nouvelles attitudes inclusives plutôt que de prêter attention aux hérésies.

    Humainement parlant, il y a un grand danger, nous sommes à un point stratégique, continuer sur un chemin pourrait rendre impossible le retour en arrière, nous vivons des situations irréversibles. Négocier une extension de la possibilité de célébrer dans le Vetus Ordo ou une révision/clarification de Fiducia supplicans ne suffit pas. C’est pourquoi il est utile de clarifier quel est le sujet fondamentalement important sur lequel tous les cardinaux devraient se concentrer. Quel est le problème central qui, s’il reste tel quel, représentera un dommage certain et général ? À notre avis, c’est la synodalité.

    Le processus synodal est le plus dangereux car il s’agit d’une pratique et non d’une doctrine, même s’il cache une doctrine. La pratique synodale peut changer la physionomie de l’Église en peu de temps. Elle peut détruire sa structure hiérarchique, elle peut faire en sorte que les laïcs guident les évêques ; elle peut donner une cohérence théologique à l’assembléisme ; elle peut confondre le « peuple de Dieu » avec un groupe de pression sociologique ; elle peut décomposer l’unité universelle en diverses composantes régionales ; elle peut s'assurer qu'ici on est béni et là on ne l'est pas, qu'ici un comportement est permis et là inadmissible ; que la liturgie devient la proie des cultures locales ; que les conférences épiscopales légifèrent différemment dans le domaine doctrinal ; que les besoins du moment prévalent sur les besoins éternels ; que la démocratie libérale entre dans l’Église ; que l’auto-convocation par la base devienne la règle ; qu’il y a une pulvérisation des « communautés de base » ; qu'il n'existe plus de Catéchisme mais seulement des catéchismes ; que l’écoute précède les exigences de la vérité ; que tout est en fin de compte interprétation ; que la papauté n’est pas l’autorité finale en matière de doctrine ; que les questions et les doutes sont fondamentaux parce qu’ils favorisent la discussion synodale, tandis que les réponses sont comme des pierres jetées aux autres ; que le jugement doit toujours être fait dans son contexte et jamais en termes absolus ; que l’important est de décider ensemble et de manière partagée et non pas que ce qui est décidé soit vrai et bon ; que tout et tous sont admissibles dans l'Église, mais pas ceux qui soutiennent que tout ne peut pas être admis.

    C'est le plus grand danger. La synodalité est comme un infiltré qui, sous couverture, joue le jeu de l’ennemi.   

  • Provoquée par François, la souffrance des tradis sera un sujet pour le prochain pape

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    Une "tribune" de Christophe Dickès publiée sur le site de La Croix :

    « La souffrance des tradis provoquée par François sera un sujet pour le prochain pape »

    Alors que les obsèques du pape François ont eu lieu samedi 26 avril à Rome, Christophe Dickès revient sur le motu proprio Traditionis custodes, que le pape avait rendu en 2021. Encadrant la célébration de la messe tridentine, ce tour de vis a entraîné selon lui une souffrance dont le prochain pape devra s’occuper.

    Dans sa deuxième et dernière autobiographie intitulée Espérer, la sentence du pape François a été sans appel : « Il est établi aujourd’hui que la célébration de la messe selon le missel préconciliaire, en latin, doit être expressément autorisée par le Dicastère pour le culte, qui ne l’accordera que dans des cas particuliers. Parce qu’il n’est pas bon que la liturgie devienne idéologie. »

    De tous les actes du pontificat François, celui de la restriction drastique de la messe dite de saint Pie V constitue une des ruptures les plus importantes avec son prédécesseur. En effet, ce dernier avait libéralisé l’usage de l’ancien missel par le fameux motu proprio Summorum pontificum (7 juillet 2007) en créant, à côté du rite ordinaire de la messe dite de Paul VI, un rite extraordinaire correspondant au missel de 1962 du pape Jean XXIII. Pour justifier son acte, le pape allemand avait écrit dans une lettre adressée aux évêques : « Ce qui était sacré pour les générations précédentes reste grand et sacré pour nous, et ne peut à l’improviste se retrouver totalement interdit, voire considéré comme néfaste. »

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    François, lui, vit la chose tout autrement. À cet égard, il a souvent été dit, au fil des différents textes (1) restreignant la pratique de l’ancien rite, que la lutte contre le traditionalisme avait été menée par l’entourage progressiste du pape François, et notamment par Mgr Arthur Roche qui devait pourtant toute sa carrière romaine à Benoît XVI. Le dernier livre de François semble nous dire le contraire.

    Une réalité ecclésiale

    En effet, le pape ne mâche absolument pas ses mots à l’égard de cette minorité de l’Église. Il qualifie cette dernière de « phénomène sociologiquement curieux » et considère ses pratiques comme une « ostentation de cléricalisme » ou de « mondanité sectaire », « un spiritualisme abstrait, enveloppé dans un sens fumeux du mystère ». Il va même bien plus loin en s’attaquant à la psychologie de ceux qui assistent au rite en latin : « Parfois, ces déguisements dissimulent des déséquilibres, des déviations affectives, des problèmes comportementaux, un malaise personnel qui peut être instrumentalisé ».

    De son côté et en un temps finalement peu éloigné, le pape Benoît XVI avait tout d’abord rappelé que la forme dite extraordinaire du rite romain n’avait jamais été abrogée. Prenant acte d’une nouvelle réalité ecclésiale, il avait considéré le fait que « beaucoup de personnes restaient fortement attachées à cet usage du Rite romain ». Mieux, il avait entendu des évêques eux-mêmes que « des personnes jeunes (…) se sentaient attirées par [cette ancienne forme liturgique] et y trouvaient une forme de rencontre avec le mystère de la Très Sainte Eucharistie qui leur convenait particulièrement. » En somme, le pape Benoît avait voulu donner une « forme » et des normes à une réalité ecclésiale que l’on ne pouvait rayer d’un trait de plume. Surtout, il donnait à son geste une raison positive : « Faire tous les efforts afin que tous ceux qui désirent réellement l’unité aient la possibilité de rester dans cette unité ou de la retrouver à nouveau. »

    En 2021, la décision du pape François avait été le résultat d’une enquête réalisée auprès des évêques du monde entier et qui ne fut jamais rendue publique. Selon nos informations, il semble que 15 % de l’épiscopat mondial exprimèrent le rejet du rite ancien et autant son maintien. Une grande majorité se révélant finalement indifférente sur la question. De leur côté, les évêques français, dont la réponse avait fuité, exprimaient l’idée que « seule une petite minorité gard [ait] une défiance à l’égard de Vatican II et de la forme ordinaire ». Autrement dit la question d’une rupture ecclésiologique crainte par les autorités n’était pas d’actualité en France. Les blessures des années 1970 se refermaient entre autres grâce à l’arrivée d’une nouvelle génération qui, tout en étant attachée au rite ancien, ne remettait absolument pas en cause le nouveau rite.

    La surprise de la décision romaine

    Quoi qu’il en soit, une majorité d’évêques a été surprise par la décision romaine. Plusieurs voix au sein de l’Église exprimèrent même leur compassion à l’égard de leurs « frères tradis ». De manière prosaïque et même pragmatique, ils ne comprenaient pas pourquoi Rome prenait le risque de rouvrir une guerre liturgique que la patience et la longanimité avaient quasiment refermée. Les évêques, à de rares exceptions, ne comprenaient pas davantage comment Rome pouvait ainsi donner raison à la Fraternité Saint-Pie-X fondée par Mgr Lefebvre, en poussant dans leur rang des fidèles qui avaient pourtant largement exprimé leur fidélité à la Chaire de Pierre.

    Benoît XVI lui-même, d’après son secrétaire, avait estimé « dangereux de confiner un groupe de fidèles dans un coin au risque qu’ils se sentent persécutés et de leur inspirer la sensation de devoir préserver à tout prix leur identité contre “l’ennemi” » (2).  Il est vrai qu’agir de la sorte contre un groupe est le meilleur moyen de le renforcer

    La décision romaine était d’autant plus surprenante qu’elle était contraire à l’esprit même que le pape François avait souhaité donner à son pontificat. Décentralisateur, il s’est révélé ici autoritaire en prenant une décision sans appel. À l’écoute sur bien des sujets, il n’a pas reçu les communautés attachées à ce rite afin de les entendre avant de prendre cette décision. Attaché enfin aux réalités ecclésiales locales, il a imposé une vision en prenant le risque d’être lui-même accusé de cléricalisme, ce qu’il a toujours dénoncé par ailleurs. Aujourd’hui, la question et les souffrances réelles provoquées chez des prêtres et des fidèles par cette décision feront partie des nombreux sujets dont le prochain pape devra s’emparer.

    (1) Motu proprio Traditionis custodes, 16 juillet 2021 ; rescrit de la Congrégation pour le culte divin, de février 2023.
    (2) Georg Gänswein, Rien d’autre que la vérité. Ma vie aux côtés de Benoît XVI, Artège, 2023, 352 p., 19,90 €
  • Comment l'Allemagne et la Chine tentent d'influencer le conclave

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    De Jonathan Liedl sur le NCR :

    Influences extérieures : comment l'Allemagne et la Chine tentent d'influencer le conclave

    ANALYSE : Les dernières initiatives de la Voie synodale et du Parti communiste chinois visent clairement à influencer ce qui se passe à l’intérieur de la chapelle Sixtine, mais pourraient-elles se retourner contre eux ?

    Tiré d'un mot italien signifiant « salle close », un conclave est littéralement isolé du monde extérieur. Mais cela ne signifie pas que les événements qui se déroulent au-delà de la chapelle Sixtine ne préoccupent pas les cardinaux électeurs alors qu'ils entament leur période de séquestration.

    Deux questions seront probablement à l'esprit des 133 électeurs pontificaux lorsque le conclave commencera le 7 mai : la bénédiction des couples homosexuels allemands et l'accord Vatican-Chine. 

    Ce n'est pas un hasard. C'est plutôt le résultat de deux événements récents survenus hors de Rome, qui devraient sans aucun doute influencer les discussions en cours au Vatican, ainsi que les votes qui auront lieu dans moins d'une semaine.

    Tout d'abord, le 23 avril, deux jours seulement après le décès du pape François, la Conférence épiscopale allemande a publié un guide pour les « cérémonies de bénédiction » des couples en « situation irrégulière », y compris les unions homosexuelles. Obtenir des bénédictions officielles pour les couples homosexuels est depuis longtemps un objectif de la campagne allemande très critiquée « Voie synodale », et cette dernière initiative va à l'encontre de la Fiducia Supplicans , les directives du Vatican de 2023 sur le sujet, qui n'autorisent que les bénédictions « spontanées » des personnes vivant une relation homosexuelle, et non la « légitimation du statut [du couple] ».

    Puis, malgré l'absence de pape pour ratifier les nominations épiscopales, les autorités chinoises ont « élu » deux nouveaux évêques le 28 avril, dont un dans un diocèse déjà dirigé par un évêque reconnu par le Vatican. Cette décision est la dernière d'une série de résultats douteux depuis la signature par le Vatican, en 2018, d'un accord visant à engager un processus conjoint avec le gouvernement chinois sur les nominations épiscopales. Cet accord, dont le Vatican a reconnu les violations répétées, a néanmoins été renouvelé en 2024.

    À ce stade du processus de sélection du prochain pape, il est difficile d’imaginer que l’un ou l’autre de ces événements se soit produit sans que les responsables aient eu l’intention d’influencer le conclave. 

    L' interrègne – qui signifie « entre les règnes » en latin – est une période où une grande partie de la vie institutionnelle de l'Église est paralysée. Les chefs des dicastères du Vatican cessent leurs fonctions, les processus de canonisation sont suspendus et la nomination de nouveaux diplomates pontificaux est temporairement interrompue. Tout mouvement durant cette période n'est pas accidentel : il revêt une importance accrue et est destiné à avoir un impact.

    En fait, la période entre la mort du pape et le début de la séquestration est souvent marquée par des efforts intenses pour influencer les électeurs pontificaux — que ce soit par des campagnes médiatiques ou des provocations comme celles venant d’Allemagne et de Chine.

    Et ce n’est pas sans raison : il existe de bonnes preuves que les événements qui se déroulent dans les jours précédant un conclave peuvent influencer qui en sortira vêtu de blanc. 

    Par exemple, en 2013, il était largement admis que les perspectives papales du cardinal Angelo Scola avaient été compromises après que la police italienne eut perquisitionné les bureaux de son archidiocèse dans le cadre d'une enquête pour corruption impliquant l'un des anciens associés du cardinal milanais - quelques heures seulement avant le début du conclave le 12 mars. Et en 1914, le conclave papal a commencé trois jours seulement après le déclenchement de la Première Guerre mondiale, ce qui a peut-être influencé les cardinaux à choisir le diplomate expérimenté, le cardinal Giacomo della Chiesa, qui est devenu le pape Benoît XV.

    En fait, la possibilité que les cardinaux électeurs soient trop influencés par les événements et les campagnes de pression précédant le conclave a conduit certains à suggérer qu’ils devraient être séquestrés immédiatement après la mort d’un pape.

    En Allemagne, le message adressé aux cardinaux électeurs semble clair : la voie synodale ne ralentit pas, et ils feraient bien d'élire un pontife prêt à « rencontrer les Allemands là où ils se trouvent » — ce qui dépasse de plus en plus le cadre de l'orthodoxie catholique.

    Concernant la Chine, cette démarche pourrait viser à consolider son emprise sur l'accord avec le Vatican, rendant tout revirement trop risqué pour les catholiques chinois. Parallèlement, un analyste considère la tentative de la Chine de susciter le mécontentement des cardinaux à propos de l'accord comme une manœuvre stratégique visant à saper les perspectives papales de l'homme le plus associé à cet accord, le secrétaire d'État du pape François, le cardinal Pietro Parolin, afin de promouvoir le cardinal philippin Luis Antonio Tagle.

    Si cela est vrai, la Chine n'est pas la seule à tenter de saper la réputation du cardinal Parolin juste avant le conclave. Le prélat italien a fait l'objet de plusieurs critiques négatives dans les médias cette semaine, notamment de la part de deux médias catholiques progressistes américains.

    Quant aux actions menées par l’Allemagne et la Chine, elles peuvent toutes deux être considérées comme des tentatives de coincer les cardinaux électeurs et l’homme qu’ils choisiront comme prochain pontife.

    Bien sûr, ils pourraient avoir l'effet inverse. Ce genre de rodomontade ecclésiastique pourrait inciter les cardinaux électeurs à privilégier un pape plus disposé que François à affronter l'intransigeance allemande et les intimidations chinoises.

    François valorisait le dialogue avec les militants de la Voie synodale et les apparatchiks du Parti communiste chinois, convaincu que des avancées ne peuvent se produire que si l'on poursuit le dialogue. Mais à la suite de ces derniers développements, les cardinaux peuvent désormais plus facilement affirmer que cette approche n'a pas porté les fruits escomptés. Une nouvelle ligne de conduite, peut-être moins encline à accepter les ruptures d'accords ou le franchissement de lignes rouges, pourrait être privilégiée par les électeurs, ce qui, ironiquement, conduirait à l'exact opposé de ce que les dirigeants de l'Église allemande et les responsables chinois auraient pu espérer.

    Bien sûr, c’est peut-être une telle confrontation que la Chine – si ce n’est les évêques allemands – recherche en fin de compte.

    Mais si les motivations et leur impact réel restent flous, les remaniements du siège vacant en Allemagne et en Chine sont sans aucun doute destinés à influencer le conclave. Et à mesure que les 133 électeurs s'éloignent de plus en plus, il faut s'attendre à ce que les efforts visant à influencer les points de vue qu'ils apportent avec eux à la Chapelle Sixtine s'intensifient.

  • Et si le cardinal Ranjith était le prochain pape ?

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    De CNews en 2013 (!) :

    Et si le cardinal Ranjith était le prochain pape ?

    Jusqu'à la tenue du conclave (...), les spéculations sur l'identité du prochain pape vont foisonner. Un nom apparaît peu dans les pronostics : celui du cardinal Albert Malcolm Ranjith. Il présente pourtant de nombreuses qualités lui permettant de figurer en bonne place parmi les "papabili".

    S'il était élu à l'issue du conclave, le cardinal Albert Malcolm Ranjith ferait figure de surprise face aux poids lourds qui constituent le noyau dur des "papabili". (...)

    Pourtant, à y regarder de près, le cardinal Albert Malcolm Ranjith possède presque toutes les cartes qui lui permettent de prétendre à la succession. (...)

    C'est un proche de Benoît XVI

    Albert Malcolm Ranjith fait partie des 24 cardinaux qui ont été créés par Benoît XVI le 20 novembre 2010. Si c'est nominations obéissent aux jeux d'influence au sein du Vatican, elles indiquent aussi - pour les récipiendaires - qu'ils jouissent de la confiance pontificale. Pour celui qui succédera au Pape, c'est un atout : le cardinal Ranjith le possède.

    Il connait les rouages du Vatican

    Symboliquement, le cardinal Ranjith a été ordonné prêtre par le pape Paul VI en personne. C'était en 1975. Il était alors âgé de 28 ans. Il a rejoint la Curie romaine en 2001 où il a notamment oeuvré à la Congrégation pour l'évangélisation des peuples (2001-2004) et à la Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements (2005-2009).

    C'est un homme de tradition

    Quand Benoît XVI l'a rappelé à Rome en 2005, le cardinal Ranjith a oeuvré à la mise en application du motu proprio "Summorum Pontificum" libéralisant la célébration de la messe dans le rite extraordinaire de la liturgie romaine. S'il accédait au fauteuil de Pierre, il devrait poursuivre les chantiers entrepris par Benoît XVI en matière liturgique.

    Il est issu d'un pays extra-européen

    S'il incarne la tradition par bien des aspects, Albert Malcolm Ranjith symboliserait aussi une évidente rupture. Venu d'un des pays les plus pauvres du monde, le Sri Lanka (il est actuellement archevêque de Colombo), son élection matérialiserait le transfert des forces vives du catholicisme d'un Occident déchristianisé vers les pays du Sud où la foi chrétienne connait un fort dynamisme. "L'amour de la liturgie et l'amour des pauvres forment le compas qui a guidé ma vie de prêtre" a t-il déclaré un jour.

    Il est populaire et proche du terrain

    C'est toute la force du cardinal Ranjith. S'il connaît parfaitement les couloirs feutrés du Vatican, il s'est également frotté, notamment quand il était jeune prêtre, aux problématiques contemporaines les plus criantes - développement, alphabétisation - ce qui lui a valu une réelle popularité. Nonce apostolique ("ambassadeur" du Vatican) en Indonésie et au Timor Oriental, il s'était dépensé sans compter en faveur des victimes du Tsunami de décembre 2004.

    Il est ouvert au monde

    L'atout n'est pas mince lorsque la charge pontificale exige désormais de nombreux voyages sous toutes les lattitudes, le cardinal Ranjith parle dix langues : le cingalais, le tamoul, l'anglais, l'italien, l'allemand, le français, l'espagnol, l'hébreu, le grec et le latin. Au cours de son ministère, il a su montrer ses talents diplomatiques, notamment dans la défense des minorités chrétiennes persécutées. Partisan du dialogue interreligieux, il l'a concrètement mis en oeuvre au Sri Lanka avec les bouddhistes, les hindous et les musulmans. 

    Autant de cartes maîtresses, donc, qui pourrait conduire le cardinal Albert Malcolm Ranjith au plus haut niveau de l'Église. L'histoire des élections pontificales révèle néanmoins que les pronostics sont généralement vains. "Qui entre pape au conclave, en sort cardinal" dit l'adage. 

  • Stella, un cardinal (non électeur) dénonce le « désordre et la confusion » du pontificat de François et booste la candidature de Parolin

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    D'Elisabetta Piqué sur La Nacion :

    Qui est le stratège derrière la candidature de Parolin, qui a attaqué François avant le conclave ?

    Lors de la congrégation générale de mercredi, un cardinal a déclaré qu'après le « désordre et la confusion » du pontificat de Bergoglio, un leadership « modéré et diplomatique » était nécessaire.

    1er mai 2025

    Les principaux protagonistes du conclave, qui commence dans une semaine, le 7 mai, seront 133 cardinaux électeurs, c'est-à-dire ceux qui ont moins de 80 ans, c'est clair.

    Mais à ces jours de congrégations générales, comme on appelle les réunions pré-conclaves, participent aussi, comme on le sait, les cardinaux de plus de 80 ans. Certains d’entre eux, même s’ils n’entreront pas dans la chapelle Sixtine pour élire le 267e pontife de l’histoire, ont également un rôle crucial. Ce sont ceux qu'on appelle les « grands électeurs », les « faiseurs de rois » ou les « influenceurs », qui sont les grands stratèges derrière les campagnes qui, en ces jours frénétiques, sont tissées pour promouvoir les candidats papaux. Ils s’efforcent d’influencer les autres, en particulier les plus novices, non seulement dans la salle du Synode, où se déroulent les congrégations générales, mais aussi en dehors du Vatican, lors de dîners, de réunions et de rassemblements informels.

    Derrière la candidature du grand favori, le cardinal italien de 70 ans, Pietro Parolin, secrétaire d'Etat du pape François, se trouve le cardinal Beniamino Stella, 81 ans, a appris LA NACION de sources bien informées.

    Stella, qui a passé la majeure partie de sa vie dans le service diplomatique – il a été nonce du Vatican dans plusieurs pays africains, à Cuba et en Colombie – a pris la parole lors de la septième congrégation générale qui s'est tenue ce mercredi. Et cela a provoqué un choc. Stella, un prélat en qui l'archevêque de Buenos Aires avait eu confiance avant d'être élu pape en mars 2013 — qu'il avait déjà nommé préfet de la Congrégation pour le clergé en septembre de la même année et cardinal en 2014 — est sorti en force pour attaquer François, selon un cardinal présent.

    Il l'a accusé d'avoir « ignoré la longue tradition de l'Église » qui lie le pouvoir de gouvernement aux ordres sacrés et d'avoir « imposé, au contraire, ses idées » en permettant pour la première fois à des laïcs et à des femmes d'occuper des postes de gouvernement à la Curie romaine. Il a ainsi critiqué la constitution apostolique « Prêchez l'Évangile », avec laquelle le pape argentin a réformé drastiquement la Curie romaine, datée du 19 mars 2022. Ce document a permis, en effet, pour la première fois dans l'histoire, à une religieuse, Simona Brambilla, d'être nommée par François en janvier dernier comme « préfète » du Dicastère pour les Instituts de vie consacrée et les Sociétés de vie apostolique, le ministère qui s'occupe de tous les religieux et religieuses du monde entier.

    « Ces derniers jours, nous avons entendu plusieurs personnes critiquer le pontificat de François, mais le discours de Stella a été le plus dur », a déclaré à LA NACION un cardinal qui a requis l'anonymat. Stella est considérée comme le stratège de la campagne pour promouvoir la candidature de Pietro Parolin, « avec l'argument selon lequel, après le pontificat de François, qui a créé désordre et confusion, il faut une figure modérée et diplomate, comme celle du secrétaire d'État, pour remettre les choses à leur place », a déclaré tranquillement un autre cardinal.

    Le cardinal Giovanni Battista Re, doyen du Collège des cardinaux et lui aussi membre de la « vieille garde » des diplomates, promeut également la candidature de Parolin, le plus connu parmi les 133 cardinaux de 71 pays représentés au conclave. Selon LA NACION, le cardinal Re, 91 ans, un autre cardinal influent, a demandé à tous les cardinaux de faire de courts discours. Il y a peu de temps et chacun devrait avoir la possibilité de s'exprimer. Mais ce mercredi, le cardinal Joseph Zen, 93 ans, évêque émérite de Hong Kong, n'a pas obéi. Il a parlé pendant 15 minutes, jusqu'à ce qu'on lui demande d'arrêter. Bien qu'il ait toujours été très critique à l'égard de l'accord provisoire signé par le Saint-Siège avec la Chine sur la délicate question de la nomination des évêques, Zen n'en a pas parlé. Il est plutôt intervenu pour dénoncer la synodalité (marcher ensemble, écouter et donner plus de responsabilités aux baptisés), grand engagement de François.

    Congrégation générale

    Lors d'une rencontre avec les journalistes, le directeur du Bureau de presse, Matteo Bruni, a indiqué que la réunion de mercredi, à laquelle ont participé 181 personnes, dont 124 électeurs, comme l'avait anticipé LA NACION, s'est concentrée principalement sur la situation économique et financière du Saint-Siège. Il a expliqué que le cardinal allemand Reinhard Marx, coordinateur du Conseil pour l'économie, a présenté un aperçu actualisé des défis actuels et des questions critiques, en proposant des propositions visant la durabilité et en réitérant l'importance pour les structures économiques de continuer à soutenir de manière cohérente la mission de la papauté.

    Ensuite, le cardinal américain Kevin Farrell, proche confident de François qui, en plus d'être camerlingue (le gestionnaire de cette période de siège vacant), est également président du Comité d'investissement, a parlé du rôle et des activités de cet organisme. À son tour, le cardinal autrichien Christoph Schönborn, président de la Commission cardinalice pour la surveillance de l'Institut pour les œuvres de religion (IOR), a proposé une réflexion sur la situation actuelle de l'Institut. Le cardinal espagnol Fernando Vérgez Alzaga (un autre proche confident, qui a servi pendant des années comme secrétaire particulier du cardinal argentin Eduardo Pironio), président émérite du Gouvernorat de l'Etat de la Cité du Vatican (à qui a succédé, selon le testament de François, une autre femme, la religieuse italienne Raffaella Petrini), a ensuite expliqué quelques détails relatifs au Gouvernorat, en faisant également référence à certains travaux de rénovation des bâtiments de l'Etat et au soutien apporté au Saint-Siège. Enfin, le cardinal polonais Konrad Krajewski , aumônier apostolique, a pris la parole, illustrant l'engagement du Dicastère au service de la charité, a rapporté Bruni.

    On a ensuite parlé du bilan négatif du Saint-Siège et de ses perspectives économiques désastreuses. « Le déficit sera un problème très grave pour le prochain pape, quel qu'il soit », a laissé filtrer un cardinal qui a requis l'anonymat, cité par La Repubblica . « Il faudrait un miracle », a-t-il ajouté, soulignant le problème de la baisse des dons et l'énorme fardeau qui pèse sur le système de retraite.

    Après avoir abordé le sujet complexe et préoccupant des finances, les cardinaux ont entendu 14 interventions dans la salle du Synode. La question des vocations, la polarisation de l'Église et la division de la société, ainsi que la valeur de la synodalité ont ensuite été abordées, a déclaré Bruni. « Plusieurs interventions ont explicitement fait référence aux documents du Concile Vatican II, en particulier aux Constitutions apostoliques Lumen Gentium et Gaudium et Spes », a-t-il ajouté. L'évangélisation a également été abordée, soulignant « la nécessaire cohérence entre l'annonce de l'Évangile et le témoignage concret de la vie chrétienne », a-t-il ajouté.

    Ignorant que l'attaque inattendue du cardinal Stella contre le pape François avait également lieu à ce moment-là - « une trahison, comme celle de Judas », a déclaré un nonce à LA NACION - Bruni a annoncé qu'il n'y aurait pas de congrégations générales jeudi, mais qu'elles reprendraient ce vendredi à 9 heures du matin.

    Le 1er mai, jour de la fête du Travail et férié, les cardinaux avaient un jour de congé. Mais ils ne se sont pas reposés. Lors des déjeuners, des dîners et des réunions en petits groupes, les « faiseurs de rois » profitaient de l’occasion pour se réunir afin de continuer à discuter, à agir et à influencer, tout cela dans le but de recueillir des voix pour leurs candidats.

  • Parolin : un manipulateur qui voudrait devenir pape ?

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    De Richard Cascioli sur la NBQ :

    Parolin, le grand manipulateur qui veut devenir pape

    L'ancien secrétaire d'État est actuellement en tête, il court personnellement après les voix manquantes, et il y a une gestion manipulatrice des Congrégations qui empêche la discussion des questions graves de l'Église et donc aussi l'émergence des manquements du cardinal Parolin, de l'affaire Becciu à l'accord raté avec la Chine. Et la présence à Rome du cardinal Zen...
    03_05_2025

    «C'est comme avec le Synode, ils manipulent les Congrégations générales». La déception et la frustration des cardinaux qui espéraient un dialogue ouvert et libre en préparation du conclave sont palpables. Et qui manipule ? Ceux qui gèrent les assemblées de cardinaux précédant le conclave sont principalement l'ancien secrétaire d'État Pietro Parolin (ancien parce qu'avec la mort du pape toutes les nominations au sommet des dicastères du Vatican ont été réinitialisées, sauf celle du Grand Pénitencier) et le camerlingue Kevin Farrell, ancien préfet du Dicastère pour les laïcs, la famille et la vie.

    Et en quoi consiste la manipulation ? En comprimant et en orientant autant que possible le débat sur les questions les plus importantes pour l’Église. Certains cardinaux auraient souhaité disposer de toute la semaine prochaine, avec plus de temps pour les discours, étant donné qu’il y a un nombre sans précédent de cardinaux électeurs – 135, bien au-dessus du nombre maximum de 120 prévu par la Constitution apostolique Universi Dominici Gregis (1996) – qui ne se connaissent pas et qui ne connaissent même pas bien la situation de l’Église universelle ; mais il n'y a même pas eu le temps d'en discuter car une solution de compromis a été immédiatement imposée le 7 mai. Ensuite, il y a l’ordre des interventions (certains cardinaux se plaignent d’avoir été « oubliés »), la compression des interventions de 10 minutes (ce qui est déjà trop peu quand il s’agit d’aborder pour la première fois des sujets graves) à 5.

    Après 12 ans d'un pontificat autocratique qui a soigneusement évité les rencontres entre cardinaux, qui ont été nommés et choisis à plusieurs reprises de tous les coins du monde selon des critères mystérieux, on pouvait espérer qu'au moins lors des réunions préparatoires du conclave, il serait possible de discuter ouvertement de la situation de l'Église et des priorités et des défis auxquels elle doit faire face. Et au lieu de cela, c'est le désir de se dépêcher qui semble prévaloir, juste assez de temps pour obtenir les votes nécessaires pour atteindre les deux tiers nécessaires à la fumée blanche. Une précipitation qui ne sert que le cardinal Parolin, qui a très bien préparé le terrain ces derniers mois, se montrant d'un côté proche du pape François et de son continuateur mais en même temps donnant l'impression de marquer une distance qui voudrait rassurer ceux qui ont subi la confusion (pour utiliser un euphémisme) du pontificat qui vient de se terminer.

    Mais c'est une précipitation qui sert surtout à masquer les graves défauts de l'ancien secrétaire d'Etat et aussi une analyse approfondie de son parcours et de ses idées ( voir l'article de Luisella Scrosati à ce sujet ).
    La gestion scandaleuse de l'affaire Becciu, grand antagoniste de Parolin au Secrétariat d'État, est exemplaire de ce point de vue. Après une semaine où il y a eu beaucoup de discussions sur la présence ou non de Becciu au conclave, ce n'est qu'au début de cette semaine que le cardinal Parolin s'est présenté devant les Congrégations générales pour annoncer que l'affaire avait été résolue car deux lettres du Pape étaient apparues (septembre 2023 et mars 2025) décrétant son exclusion.
    Le deuxième, même sous la forme présumée d'un motu proprio signé avec un F. alors que le Pape était déjà à l'hôpital dans des conditions très graves. Des lettres qui, d'ailleurs, n'avaient jamais été notifiées à l'intéressé, dont la renonciation ultérieure avait plus le goût d'un chantage ou d'une promesse d'un rôle futur que d'un amour pour l'unité de l'Église. C’est une situation qui a laissé de nombreux cardinaux incrédules, mais ils n’ont même pas eu l’occasion de poser des questions qui seraient « inconfortables ».

    Mais les manœuvres de Parolin ne s'arrêtent pas à la consommation de la vengeance contre un vieux rival : s'il peut actuellement compter sur les voix de ceux qui penchent pour la continuité avec François (un maximum de soixante-dix, selon les experts du Collège des cardinaux), il doit trouver le soutien d'une vingtaine de cardinaux dans le camp adverse. Ces dernières heures, on a parlé d'un accord avec ceux qui étaient prêts à voter pour le cardinal hongrois Peter Erdo comme premier candidat. D'après nos sources, nous savons que c'est le cardinal Parolin lui-même qui a approché certains de ses frères, promettant d'annuler Traditionis Custodes (la chasse aux sorcières contre l'ancien rite) et Fiducia Supplicans (la bénédiction des couples homosexuels) en échange de leur vote. Et peut-être que quelqu'un sera satisfait, il faudra voir si cela suffira pour atteindre le quorum.

    Aussi parce que voter pour Parolin, c’est fermer les yeux sur d’autres questions qui ne sont pas sans importance. Non pas tant le fait qu'il n'ait aucune expérience pastorale (ce qui serait important pour un pape), ayant toujours occupé des fonctions diplomatiques, mais surtout la gestion ratée de la Secrétairerie d'Etat. L'accord secret Saint-Siège-Chine tout d'abord : signé en 2018, puis renouvelé tous les deux ans et maintenant, à partir d'octobre 2024, pour quatre ans. Cela devrait garantir au Saint-Siège la nomination d'évêques dans les dizaines de diocèses qui sont restés à découvert, mais jusqu'à présent : cela n'a fait qu'aggraver la situation des catholiques chinois ; il a légitimé l'Église patriotique, dirigée par le Parti communiste, abandonnant à leur sort les catholiques « clandestins » qui, au fil des ans, ont payé cher leur loyauté au Pape. Mais surtout, en plus de six ans, il y a eu à peine dix nominations épiscopales et il est devenu clair qu'il s'agissait de nominations du Parti communiste auxquelles le Pape a donné son assentiment, bon gré mal gré.

    Et justement pour souligner cet aspect, après la mort du pape François, deux autres nominations épiscopales ont été annoncées par Pékin, évidemment sans le consentement du Saint-Siège : Wu Jianlin, auxiliaire à Shanghai, et Li Jianlin au Xinxiang. Une gifle post-mortem au pape mais surtout la certification de l'échec d'un accord que Parolin, en tant que secrétaire d'État, a négocié, signé et défendu bec et ongles. La certification d’une trahison de l’Église à laquelle même l’évêque émérite de Hong Kong, le cardinal Joseph Zen, s’était opposé de toutes les manières, est évidemment passée inaperçue et, en effet, marginalisée.

    Concernant le cardinal Zen, 93 ans, malgré son âge et la difficulté de se déplacer, il a obtenu un permis des autorités chinoises (il est toujours jugé pour avoir soutenu des manifestations pro-démocratie) et est présent à Rome pour les Congrégations. Mais Parolin, qui dans le passé a été la cible de jugements sévères de la part de Zen, ne semble pas avoir à s'inquiéter cette fois-ci : parler de la Chine et de Parolin (ce qui serait une attaque indirecte contre la Chine) signifierait la prison pour le cardinal Zen dès qu'il remettrait les pieds à Hong Kong. Pourtant, sa seule présence devrait être un avertissement pour ceux qui pensent que le pape Parolin serait un moindre mal.  

  • L'Institut Thomas More poursuit Paul Magnette en justice pour diffamation

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    Du site de la Libre :

    "Des propos ignorants, mensongers, insultants" : l'Institut Thomas More poursuit Paul Magnette en justice pour diffamation

    Les faits remontent au 10 avril dernier.
     
    Publié le 28-04-2025, mis à jour le 29-04-2025

    Le 10 avril dernier, alors qu'il était invité dans l'émission "Bonsoir le Club" de Maxime Binet sur LN24, Paul Magnette a été interrogé sur l'EVRAS. Pour remettre en contexte, le président du PS était questionné sur des propos tenus par Martin Casier, député PS à la Fédération Wallonie Bruxelles.

    Ce dernier s'est offusqué suite à une réponse donnée par la ministre Glatigny en charge de l'enseignement. Il s'est inquiété de la possibilité d'inviter des personnalités très critiques sur l'EVRAS, mentionnant une "offensive réactionnaire". La question posée par le journaliste était donc la suivante : "Martin Casier n'a-t-il pas été trop loin ?".

    Suite à ces propos, l'Institut Thomas More a annoncé poursuivre Paul Magnette en justice pour diffamation. On peut lire dans un communiqué de presse : "Les propos tenus par Paul Magnette sont ignorants, mensongers, insultants et portent gravement atteinte à la réputation de l'Institut Thomas More. L'Institut Thomas More est un ardent défenseur des libertés démocratiques fondamentales, notamment la de liberté d'expression, d'autant plus lorsque cette liberté est exercée par des responsables politiques qui relaient les demandes et aspirations des citoyens. Toutefois, la liberté d'expression n'est pas illimitée et ne peut tomber dans l'indécence et l'irresponsabilité totale."

    Le communiqué se poursuit en revenant sur le contexte de l'évènement mentionné par le président du PS : "Paul Magnette faisait référence à une conférence organisée uniquement par l'Institut Thomas More le 26 mars dernier à propos de l'avancée de l'islamisme au sein des écoles. Les orateurs étaient notamment le président du Mouvement Réformateur, Georges-Louis Bouchez, et les journalistes Laurence D'Hondt et Jean-Pierre Martin. À l'issue de cette conférence, une discussion a en effet eu lieu à propos du guide relatif à l'éducation à la vie relationnelle, affective et sexuelle (EVRAS) avec plusieurs intervenants dont Georges-Louis Bouchez, comme cela a été publié par l'Institut Thomas More sur les réseaux sociaux."

    L'institut Thomas More dénonce un jeu politique : "Dans un contexte politique tendu avec des négociations bruxelloises qui patinent, il apparaît évident qu'à travers l'Institut Thomas More, les propos de Paul Magnette visaient surtout à égratigner un adversaire politique en la personne de Georges-Louis Bouchez. Pour autant, l'attaque politique ne permet pas l'insulte et l'irresponsabilité dans le chef d'une personnalité politique de premier plan."

    Ainsi, une action en justice a été intentée contre Paul Magnette : "l'Institut Thomas More a pris la décision d'intenter une action en responsabilité civile contre Paul Magnette et de lui réclamer des dommages et intérêts pour le dommage réputationnel que ses propos ont incontestablement causé à l'Institut Thomas More."

  • Il faudra guérir la blessure causée par Amoris laetitia

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    De Christian Spaemann sur le Tagespost via la NBQ :

    Guérir la blessure causée par Amoris laetitia

    Avec l’exhortation apostolique post-synodale Amoris laetitia, le pontificat de François a infligé une profonde blessure à l’Église. Une blessure qu’il faudra guérir si elle veut retrouver l’unité intérieure et la paix. 

    02_05_2025

    Dans l’Église catholique, il existe un principe de fer : son enseignement, tout en s’ouvrant à de nouvelles perspectives qui se déploient au cours de l’histoire, doit toujours être lié sans contradiction à la tradition. Ce qui est en jeu ici, c’est l’unité entre la foi et la raison. Puisque Dieu est la raison par excellence, accepter des ruptures ou des contradictions signifierait renoncer à la cohérence interne du dépôt doctrinal de l’Église. La participation de l’Église à la vérité éternelle de Dieu serait remise en question et l’incarnation du Verbe éternel en Jésus-Christ serait relativisée. En bref, Dieu serait relégué aux marges et la doctrine sacrée deviendrait de plus en plus une question de pouvoir pour les groupes ecclésiaux, une évolution que nous pouvons observer, par exemple, dans les confessions protestantes issues de la Réforme. De nombreux croyants auraient ainsi l’impression que la foi, la morale et la pastorale pourraient être des objets de négociation, ce qui donnerait un élan substantiel au relativisme.

    UNE BLESSURE PROFONDE INFLIGÉE À L’ÉGLISE VISIBLE
    Avec l’exhortation apostolique post-synodale Amoris Laetitia (AL), le pontificat de François a infligé une blessure profonde à l’Église visible, une blessure qui devra être guérie si elle veut trouver l’unité intérieure et la paix. Ce document ouvre la possibilité d'administrer les sacrements à des personnes vivant dans des situations dites « irrégulières » (AL 301-308, note 351). Tous les arguments, notamment pastoraux, avancés dans ce contexte d’AL, en faveur de cette ouverture avaient déjà été largement discutés depuis des décennies. Jean-Paul II avait déjà considéré ces arguments dans son Exhortation post-synodale Familiaris consortio (FC) et dans l'encyclique Veritatis splendor (VS), pour ensuite les rejeter résolument, conformément à la Tradition de l'Église, en niant la possibilité d'un relâchement de l'ordre sacramentel (FC 84). Cette délimitation claire des frontières a été réaffirmée dans des documents ultérieurs du Magistère, entre autres dans le Catéchisme de l’Église catholique (CEC 1650) et dans l’Exhortation post-synodale Sacramentum caritatis de Benoît XVI (29). C'est pourquoi, pour quiconque agit de bonne foi, dans Amoris laetitia, on peut reconnaître exactement cette contradiction dans la doctrine de l'Église qui, selon la doctrine elle-même, ne peut jamais exister.

    Il existe des domaines fondamentaux de la morale si étroitement liés à la nature de l’homme et à sa dignité que toute violation de ces domaines représente toujours et dans tous les cas un péché objectivement grave. Il s’agit ici de ce qu’on appelle « actus intrinsice malus », c’est-à-dire d’actes intrinsèquement mauvais. Cette doctrine est clairement attestée dans l'Écriture Sainte, a toujours été présente, au moins implicitement, dans la Tradition ininterrompue de l'Église, a été clairement formulée par saint Augustin, systématisée par saint Thomas d'Aquin (cf. Summa Theologiae I-II q.18,4), approfondie par Paul VI dans l'encyclique Humanae vitae (14) et finalement réaffirmée par Jean-Paul II comme doctrine contraignante de l'Église (cf. Veritatis splendor 79-81). Selon Jean-Paul II, pour cette raison, « les circonstances ou les intentions ne peuvent jamais transformer un acte intrinsèquement malhonnête en raison de son objet en un acte « subjectivement » honnête ou défendable comme choix » (VS 81). Par conséquent, sans un véritable acte de renoncement au comportement pécheur, il n’est pas possible d’accéder aux sacrements (cf. FC 84). Le changement de pratique dans l’administration des sacrements ne représente donc pas, comme on le prétend parfois, une évolution de Familiaris consortio , mais une rupture avec son enseignement essentiel sur l’anthropologie et la théologie du mariage et de la sexualité humaine. Et il ne peut certainement pas faire appel à saint Thomas d’Aquin.

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  • Conclave : l’Église est divisée, un compromis sera nécessaire

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    D'Il Sussidario :

    Allen : « L’Église est divisée, un compromis est nécessaire. Et attention à la “prière” de Ruini. »

    Selon l'expert américain du Vatican, un conclave rapide n'est pas une évidence. Au contraire. Il existe des problèmes denses qui peuvent nécessiter une médiation difficile

    Quelle est l’Église que le pape François laisse aux cardinaux électeurs et à son successeur ?

    Une Église profondément liée aux problèmes du moment et qui a suscité l’intérêt même parmi des personnes hostiles ou indifférentes à certains de ses enseignements. Mais il est aussi étonnamment divisé en interne.

    Existe-t-il un groupe de cardinaux plus sensible aux demandes de François ?

    Certains cardinaux sont évidemment plus « pro-François » que d’autres, en termes d’engagement envers toute l’étendue de son héritage, y compris les éléments intra-ecclésiastiques controversés. Il est cependant peu probable que ces cardinaux à 100 % « franciscains » disposent du nombre nécessaire pour élire un pape à eux seuls. Cela signifie qu’une sorte de compromis devra être trouvé.

    Ce conclave est-il arrivé soudainement ? Ou est-ce que quelqu'un y travaille depuis longtemps ?

    Les cardinaux sont bien conscients que l’élection d’un nouveau pape est le choix le plus important qu’ils auront à faire, et il serait irresponsable d’attendre simplement que le moment arrive et d’essayer ensuite d’improviser. La plupart d’entre eux y réfléchissent depuis un certain temps et certains en ont parlé calmement avec leurs collègues cardinaux. Cela ne veut pas dire que les décisions ont déjà été prises, mais il serait naïf de croire que les cardinaux entreront dans la chapelle Sixtine comme des pages blanches et prieront pour une sorte d’intervention divine.

    De nombreux observateurs affirment que les cardinaux ne se connaissent pas. C'est vrai?

    Il est certainement vrai que beaucoup de ces cardinaux, en particulier ceux qu’on appelle les cardinaux des périphéries, ne se connaissent pas bien. C’est une réalité qui pourrait avoir deux conséquences.

    Lesquelles ?

    Cela pourrait signifier soit un conclave plus long, car le consensus prendra plus de temps à atteindre, soit un conclave très court, car ces étrangers suivront simplement l’exemple des cardinaux qu’ils perçoivent comme mieux informés et plus connectés.

    Les cardinaux dits « influenceurs ». Par exemple?

    Je soupçonne que la « prière » publiée par le cardinal Ruini, par exemple, sera étudiée attentivement par certains des cardinaux les plus conservateurs. Mais soyons réalistes : pour la plupart des gens dans le monde, la seule question qui compte est de savoir qui sera le prochain pape. La manière dont les cardinaux y parviendront sera un détail pour les gens.

    La distinction entre progressistes et conservateurs est critiquée par tous, mais elle revient sans cesse. Qu'en pensez-vous ?

    Comme de nombreuses manières d’analyser les cardinaux qui prendront cette décision, le clivage libéral / conservateur est utile à certains égards et trompeur à d’autres. En particulier, la gauche contre la droite est un concept fondamentalement occidental qui ne s’applique pas parfaitement aux pays en développement, où il est parfaitement normal, par exemple, d’être très « progressiste » sur les questions de justice sociale – la guerre, la pauvreté, la peine de mort, le changement climatique – et extrêmement « conservateur » sur les questions éthiques telles que l’avortement, l’homosexualité, le divorce et le contrôle des naissances.

    Envie de faire une prédiction ?

    Dans ce conclave, le monde en développement comptera plus que les États-Unis, ce qui représente une grande humilité pour les Américains.

    (Federico Ferrau)

  • Un conclave court ou long ? Sa durée devrait impacter le résultat

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    D'Éd. Condon sur le Pillar :

    Court ou long ? Le timing du conclave

    Que le conclave dure « juste quelques jours » ou quelques jours de plus pourrait faire toute la différence sur le résultat.

    29 avril 2025

    La date a été officiellement fixée pour le début du conclave, qui débutera le 7 mai. C'est le premier jour autorisé par les normes de l'Universi Dominici Gregis, la constitution sur les élections papales, qui stipule qu'il « doit » commencer après l'écoulement de quinze jours complets après la mort du pape.

    Certains spéculaient, peut-être avec un peu de ferveur, sur des manœuvres sournoises visant à accélérer le début des travaux. D'autres évoquaient l'idée que les cardinaux pourraient retarder de quelques jours leur visite à la chapelle Sixtine.

    En réalité, et en droit, aucune de ces deux possibilités n’a jamais été réellement envisageable.

    Bien que la loi autorise les cardinaux à se réunir plus tôt « s'il est clair que tous les cardinaux électeurs sont présents », au dernier décompte que j'ai vu, seulement 120 des 135 étaient présents à la congrégation générale de mardi.

    Outre le fait que « tous » signifie « tous », cette disposition de la loi a été créée par Benoît XVI, qui a annoncé sa propre démission plusieurs semaines à l'avance et n'avait évidemment pas besoin de neuf jours de deuil ni de funérailles papales. Ce n'est pas le cas ici.

    De même, les cardinaux ont la possibilité de retarder le conclave jusqu’à cinq jours supplémentaires « pour des raisons sérieuses ».

    Même si une poignée d'électeurs pourraient se réjouir de pouvoir mieux se connaître dans le cadre relativement détendu des congrégations générales, ce n'est pas vraiment ce que la loi a en tête non plus : elle vise à s'adapter à de sérieuses perturbations des voyages internationaux pour une partie des électeurs.

    Mais, si le conclave débutera exactement au moment prévu, sa date de clôture dépendra certainement des cardinaux électeurs et de personne d'autre. La rapidité avec laquelle ils estimeront devoir choisir le prochain pape sera probablement un facteur déterminant pour l'élection.

    Les prédictions varient, même parmi les cardinaux électeurs, quant à la durée du conclave.

    Le cardinal Rainer Maria Woelki de Cologne a déclaré qu'il s'attendait à un conclave « plus long et plus complexe » en raison de la composition « hétérogène » des électeurs, dont la majorité sont nouveaux dans ce domaine et ont eu peu de chance de se connaître.

    Le cardinal de Munich, Reinhard Marx, a quant à lui prédit un conclave court, de « quelques jours seulement ».

    Même si peu de gens prédisent une session prolongée s’étendant sur plusieurs semaines, même « quelques jours seulement » peuvent représenter une éternité pour les cardinaux, et une différence de, disons, 48 ​​heures pourrait faire une énorme différence sur le résultat.

  • Pourquoi le prochain conclave sera une étape décisive pour l'Europe

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    De Solène Tadié sur le NCR :

    Pourquoi le prochain conclave sera une étape décisive pour l'Europe

    ANALYSE : Alors que le Vieux Continent déchristianisé semble devenir sans importance au vu du déplacement en cours du leadership de l’Église vers l’hémisphère sud, ses cardinaux conserveront néanmoins un rôle clé dans les délibérations à venir.

    Lorsqu'ils entreront dans la chapelle Sixtine pour élire le successeur de Pierre, les cardinaux européens porteront sur leurs épaules une lourde responsabilité quant au sort de leur continent, confronté à des défis sans précédent depuis l'Église des premiers siècles. Alors que certains émettent l'hypothèse que l'Europe pourrait bientôt perdre toute pertinence en raison de l'importance croissante des pays du Sud – où l'Église connaît la croissance la plus rapide –, elle demeure, en tant que centre de gravité institutionnel et théologique, un acteur clé de l'issue du conclave.  

    Alors que 53 des 135 cardinaux votants viennent actuellement d’Europe — dont un tiers sont italiens — leurs priorités et préoccupations collectives influenceront non seulement le choix du prochain pape, mais aussi l’orientation de l’Église dans un monde en mutation rapide. 

    Il apparaît cependant clairement que le bloc européen n'est plus uni. Les divisions autour de l'héritage des réformes du pape François et de la réponse de l'Église aux diverses manifestations de laïcité reflètent des clivages culturels et théologiques plus profonds. Les cardinaux européens devront trouver un équilibre délicat : préserver les enseignements et l'identité traditionnels de l'Église tout en s'adaptant aux nouvelles réalités sociales. 

    Lutter contre la laïcité, les abus sexuels et les divisions au sein de l'Église 

    L'une de leurs préoccupations les plus pressantes sera la laïcité généralisée et la perte drastique d'influence religieuse en Europe. Autrefois cœur de la chrétienté, l'Europe compte aujourd'hui des pays où ceux qui se déclarent « sans religion » sont majoritaires. La fréquentation des messes a globalement chuté fortement depuis les années 1970, et l'influence morale de l'Église sur la vie publique a été presque totalement anéantie, notamment dans des pays comme la France et l'Allemagne. La nécessité de relever les défis croissants auxquels sont confrontées les institutions religieuses et la liberté religieuse dans ces sociétés laïques, où les mouvements pro-vie opèrent légalement mais subissent une pression sociale et politique croissante qui menace leur participation au débat public, pourrait être une priorité essentielle pour nombre d'entre eux. 

    Ces tendances alarmantes s'accompagnent d'un nouveau phénomène significatif : la hausse spectaculaire du nombre de baptêmes de jeunes adultes lors des célébrations de Pâques dans certains pays du Vieux Continent, au premier rang desquels la France, l'Angleterre et la Belgique. La nécessité d'accompagner ce phénomène de manière appropriée afin qu'il porte ses fruits sur le long terme ne devrait pas non plus échapper à l'attention des cardinaux électeurs, d'autant plus que les évêques de France viennent d'annoncer la tenue d'un concile provincial pour répondre aux défis des nouveaux catéchumènes à partir de la Pentecôte 2026. 

    Les cardinaux chercheront un pontife capable d'inspirer le respect des dirigeants européens et de s'adresser aux jeunes générations en quête de repères moraux et identitaires, d'une manière adaptée au langage et aux codes d'aujourd'hui.  

    Par ailleurs, la crise des abus sexuels demeure une plaie majeure pour l'Église européenne. Les scandales en Allemagne, en France, en Espagne, en Belgique et en Italie ont gravement ébranlé la confiance du public. Si le pape François a introduit certaines réformes , de nombreux cardinaux européens estiment qu'une action plus décisive est nécessaire. Certains plaideront pour une plus grande transparence et une plus grande responsabilité, tandis que d'autres pourraient se montrer plus prudents à l'égard de réformes structurelles plus profondes, craignant qu'elles n'engendrent un climat de suspicion excessive et, à terme, ne compromettent le sacerdoce et l'autorité de l'Église, voire ne compromettent le secret de la confession.  

    La question de l'unité durable de l'Église catholique a également été posée par la récente Voie synodale allemande (2019-2023) et son projet de transformation en concile synodal permanent . Ce dernier a remis en question certains enseignements doctrinaux fondamentaux de l'Église concernant la sexualité, l'ordination des femmes et la prédication laïque, provoquant des tensions avec le Vatican. Le Synode sur la synodalité, initié par le pape François entre 2021 et 2024, a révélé les divisions croissantes entre les évêques européens quant au degré d'autorité que les Églises nationales devraient avoir dans l'élaboration de la pratique catholique, ce qui constituera un autre sujet de préoccupation incontournable.  

    Parallèlement, la redéfinition des mouvements politiques en cours en Europe, marquée notamment par l'émergence de partis populistes de droite, ne manquera pas d'avoir un impact sur la vie des Églises nationales. Alors que nombre de ces nouveaux dirigeants affirment ouvertement leur foi chrétienne et leur sympathie pour l'Église catholique, de nombreux cardinaux pourraient être enclins à élire un pape capable d'engager habilement le dialogue avec eux et ainsi de maintenir l'influence du Saint-Siège sans compromettre son indépendance et son universalité.  

    Enfin, ils devront nécessairement tenir compte de la future mise en œuvre du motu proprio Traditionis Custodes qui a imposé de sévères restrictions à la célébration de la messe traditionnelle latine. Cela a donné lieu à de grandes tensions entre la hiérarchie de l’Église et les communautés locales, souvent constituées en grande partie de jeunes : l’avenir du christianisme.  

    3 blocs de base   

    Ces dynamiques contrastées ont favorisé l’émergence de trois blocs principaux qui façonneront l’approche des cardinaux votants au conclave. 

    Le bloc réformiste, ou « pro-François », aspire à la continuité avec l'approche pastorale du pape argentin, largement axée sur la miséricorde, la justice sociale et le dialogue interreligieux. Ce groupe est ouvert à des réformes sur des questions telles que l'inclusion des couples de même sexe, l'accès à la communion pour les couples divorcés remariés et une plus grande implication des laïcs. Il est également favorable à une plus grande promotion de l'œcuménisme et du dialogue avec l'islam. Des cardinaux tels que l'Italien Matteo Zuppi, le Portugais José Tolentino de Mendonça (également préfet du Dicastère pour la Culture et l'Éducation), le Français Jean-Marc Aveline et le Polonais Grzegorz Ryś en font partie. Ils sont susceptibles de plaider en faveur d'un engagement accru de l'Église dans la société moderne. 

    Le bloc conservateur, quant à lui, privilégie la clarté doctrinale et la cohérence morale à la flexibilité pastorale. Ce groupe considère la décentralisation et l'évolution doctrinale avec prudence, considérant ces changements comme une menace pour l'unité et l'autorité historique de l'Église. Il préconisera probablement une clarification et un nettoyage des différents motu proprios du pape François , perçus comme confus par une partie de l'Église institutionnelle et des fidèles, comme l'a récemment souligné le vaticaniste italien Andrea Gagliarducci . Des cardinaux comme Gerhard Müller d'Allemagne, Péter Erdő de Hongrie ou Wim Eijk des Pays-Bas représentent des figures éminentes de ce groupe.  

    Un dernier bloc, que l'on pourrait définir comme celui des stabilisateurs institutionnels, se concentre sur la gouvernance et la stabilité interne du Vatican. Ce groupe cherche à équilibrer tradition et flexibilité pastorale sans introduire de changements structurels majeurs. Des cardinaux tels que l'Italien Pietro Parolin, actuel secrétaire d'État du Saint-Siège ; le Suisse Kurt Koch, préfet du Dicastère pour la promotion de l'unité des chrétiens ; et l'Italien Claudio Gugerotti, préfet du Dicastère pour les Églises orientales, se positionnent au sein de cette faction. Qu'ils soient progressistes ou conservateurs, ces profils sont perçus comme essentiellement pragmatiques et susceptibles de soutenir un pontife capable d'unifier les différentes factions au sein de l'Église et de restaurer la crédibilité du Vatican sans introduire de réformes perturbatrices. 

    Préserver le poids institutionnel de l'Europe 

    Les cardinaux européens votants, dont 17 sont italiens, s'efforceront probablement de maintenir leur influence au sein de la gouvernance du Vatican, car un nouveau pape issu du Sud pourrait consolider le changement culturel initié par le pape François. Leur défi sera donc de trouver un pape capable de préserver le poids institutionnel de l'Europe sans compromettre la dynamique croissante du Sud. 

    Même si le prochain pape ne sera peut-être pas européen, le vote des cardinaux européens aura un poids considérable. Ils souhaiteront, comme successeur de saint Pierre, un homme capable de renforcer la clarté doctrinale et de restaurer la crédibilité de l'Église, tout en répondant aux nouvelles réalités sociales et politiques sans aliéner les factions clés. Aucun candidat ne satisfera probablement à tous ces critères, mais les priorités des cardinaux européens pèseront fortement sur l'agenda du prochain pape. Les enjeux sont d'autant plus importants qu'une perte d'influence européenne consolidée au fil du temps pourrait transformer définitivement le visage de l'Église universelle.