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Doctrine Sociale - Page 3

  • « Magnifica humanitas ». Points communs et divergences entre le pape mathématicien et les technocrates de l’IA

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    De Sandro Magister sur Settimo Cielo (en français sur diakonos.be) :

    « Magnifica humanitas ». Points communs et divergences entre le pape mathématicien et les technocrates de l’IA

    Lundi 25 mai, le pape Léon XIV présentera au monde sa première encyclique, « Magnifica humanitas », en compagnie de la théologienne anglaise Anna Rowlands de la Durham University, récompensée en 2023 du prix de la Fondation Joseph Ratzinger-Benoit XVI, ainsi que de l’entrepreneur américain Christopher Olah (photo), co-fondateur d’Anthropic. Ces deux personnes sont tout particulièrement engagées dans la résolution des questions importantes soulevées par l’intelligence artificielle, l’IA, auxquelles l’encyclique est consacrée.

    Signée par le pape Léon le 15 mai, à exactement 135 ans d’intervalle de la signature apposée par son prédécesseur et homonyme Léon XIII sur la première et historique encyclique « Rerum novarum » consacrée à la doctrine sociale de l’Église, « Magnifica humanitas » entend, elle aussi, répondre aux questions essentielles soulevées par la nouvelle révolution qui est en train de se jouer dans la société humaine : celle de l’intelligence artificielle.

    Anthropic n’est bien sûr pas la seule grande entreprise active dans le domaine. On peut également citer Palantir d’Alexandre Karp et Peter Thiel, OpenAI de Sam Altman ou encore xAI et Grok d’Elon Musk, chacune porteuse d’une vision techno-philosophique différente.

    Thiel a notamment fait parler de lui le mois dernier, à l’occasion de sa tournée à Rome pour un cycle de conférences à huis clos sur le thème de l’Antéchrist. Mais, au-delà de sa vision apocalyptique inspirée de René Girard, il pèse surtout politiquement par sa proximité avec JD Vance, le vice-président américain, converti à un catholicisme en rupture avec les orientations dominantes de l’Église. Vance est un critique acerbe d’une Europe qui, avec son AI Act adopté en 2024, prétend réguler l’intelligence artificielle au moyen de réglementations, en classant et en sanctionnant les risques de manière préventive. Une tentative illusoire dans un domaine en perpétuelle évolution.

    Anthropic, en revanche, s’inscrit dans une vision très originale, que l’Église de Rome suit avec attention. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle le pape Léon a demandé à Olah de présenter « Magnifica humanitas ».

    Pour mieux comprendre cette vision, on peut reprendre mot à mot la description qu’en a faite dans le journal « Il Foglio » du 18 mai un grand expert en la matière, Carlo Alberto Carnevale Maffè, professeur de stratégie entrepreneuriale à l’Université Bocconi de Milan et qui est appelé à enseigner dans quelques-unes des universités les plus prestigieuses au monde, la Columbia University à la Wharton School, en passant par la Steinbeis University de Berlin et le St. Mary’s College en Californie.

    Les autres co-fondateurs d’Anthropic, en plus d’Olah, sont Dario Amodei, qui en est actuellement le PDG, ainsi que sa sœur Daniela. L’essai « Machines of Loving Grace » qu’ils ont publié à deux en 2024 exprime le mieux leur vision, qui n’est pas dénuée de dimension politique.

    « C’est un texte de 15 000 mots qui valent la peine d’être lus dans leur intégralité – écrit le professeur Carnevale Maffè  — avant d’exprimer le moindre jugement sur la Silicon Valley. Leur thèse est nette : ‘Nous ne voyons aucune raison structurelle pour laquelle l’IA devrait favoriser de préférence la démocratie et la paix’. C’est un aveu qu’aucun de leurs collègues n’a eu le courage de formuler avec autant de clarté et qui mériterait à lui seul qu’on y consacre un séminaire de philosophie politique ».

    « Amodei reconnaît – poursuit Carnevale Maffè – que l’IA peut renforcer la propagande et la surveillance, les deux instruments classiques des autocrates, et que les démocraties doivent par conséquent s’impliquer activement pour obtenir un avantage structurel, ne pouvant pas faire confiance à l’inertie technologique. Cette position sépare Amodei du déterminisme optimiste qui a dominé la pensée californienne des années 1990 avec cette idée, d’inspiration vaguement clintonienne, qu’internet aurait automatiquement exporté la démocratie (on se rappelle tous les ‘printemps arabes’ et les illusions qui ont suivi). Amodei démolit explicitement ce récit : ‘Internet a probablement avantagé l’autoritarisme, et pas la démocratie’. Il s’agit d’une correction historique importante et surprenante de la part d’un PDG américain du secteur ».

    D’où la proposition d’Amodei de mettre en œuvre ce qu’il appelle une « stratégie d’alliance ». « Il s’agit d’une coalition de démocraties qui s’assurent de garder la main sur l’IA à travers le contrôle de la filière des semi-conducteurs et l’action militaire stratégique (‘the stick’, le bâton) combinée à la distribution des bénéfices (‘the carrot’) pour déplacer les équilibres mondiaux ».

    Dans son essai suivant de 2025, « The Adolescence of Technology », Amodei a approfondi cette ligne « en ajoutant une inquiétude qui est devenue sa marque théorique », écrit encore le professeur Carnevale Maffè. « Le risque contre lequel il met en garde ce n’est pas seulement que les autocrates pourraient utiliser l’IA contre les démocraties, mais bien que les démocraties elles-mêmes, au nom de l’efficience, ne dérivent vers des formes de techno-autoritarisme interne. Le ‘country of geniuses in a datacenter’, selon la formule consacrée d’Amodei désormais entrée dans le lexique commun, est une utopie conditionnée : elle ne fonctionne que si les géométries institutionnelles sont capables de tenir le choc de la concentration de la puissance de calcul ».

    Parmi toutes les positions sur la table, commente Carnevale Maffè, « celle d’Anthropic est la plus résolument kantienne dans sa forme et churchillienne dans sa substance. Ce n’est pas un hasard qu’elle soit aussi la plus respectée dans les milieux académiques occidentaux et la seule, il faut le souligner, qui se soit préoccupée de se soumettre à la critique, en suscitant des débats publics tels que celui du Leverhulme Centre for the Future of Intelligence de Cambridge, qui a fourni une lecture sévère mais constructive de l’essai d’Amodei ».

    Les co-fondateurs d’Anthropic ne sont pas les seuls à agir en se laissant guider par une vision techno-philosophique. Alexander Karp, le PDG de Palantir, a un doctorat en théorie sociale de l’Université de Francfort et, dans son essai de 2025, qu’il signe avec Nicholas Zamiska, intitulé « The Technological Republic : Hard Power, Soft Belief, and the Future of the West », il écrit dans le ton d’un ex-élève de Jurgen Habermas et de l’École de Francfort. En pratique, sa thèse est que l’Occident a besoin de construire un complexe IA-industriel analogue au complexe d’industrie militaire de l’époque d’Eisenhower, s’il espère rester en lice dans la compétition cognitive avec les régimes autocratiques.

    Mais si Karp, avec Palantir, tient à maintenir, voire à renforcer, sa collaboration historique avec le gouvernement américain, il n’en va pas de même pour Olah et Amodei, dont la société, Anthropic, a été mise au ban par Donald Trump en février dernier après son refus de donner à l’armée américaine un accès illimité à sa technologie d’IA.

    Rien d’étonnant donc, à ce que le pape Léon, qui est déjà en délicatesse avec la Maison Blanche, ait justement demandé que ce soit Olah qui présente « Magnifica humanitas ». Il y a des points de convergence indéniables, en matière d’intelligence artificielle, entre la vision des cofondateurs d’Anthropic et celle de l’Église de Rome, ce que l’on peut d’ailleurs déjà constater dans le document « Antiqua et nova » du Dicastère pour la Doctrine de la foi de janvier 2025, et qui anticipe cette nouvelle encyclique.

    En effet, les nouveaux produits technologiques ne sont pas neutres, peut-on lire dans « Antiqua et nova » : « ils reflètent la vision du monde de leurs concepteurs, propriétaires, utilisateurs et régulateurs et, grâce à leur pouvoir, ils façonnent le monde et engagent les consciences au niveau des valeurs ». Cette critique, observe le professeur Carnevale Maffè, « est exactement celle qu’Habermas et l’École de Francfort auraient faite ». Léon XIV, le pape mathématicien de la Villanova University, « ne joue pas contre la Silicon Valley. Il joue avec la Silicon Valley intelligente contre une version plus grossière, chauvine et idolâtre ».

    Pour le dire autrement : « Si l’on accepte cette cartographie, la distance entre le personnalisme augustinien du pape Léon et le démocratisme prudent d’Anthropic est, au niveau des objectifs finaux, bien moindre que celle qui les sépare tous deux du trumpisme de Vance et du libertarisme de Musk ».

    Il convient également de mentionner les visions de Karp et de Thiel, plus discutables quant à elles, mais qu’on ne peut ignorer pour autant, dans l’optique de s’allier avec la partie saine de la techno-politique afin de réaliser une critique de la technocratie autoritaire.

    « C’est bien ce que l’Église a toujours su faire quand elle fonctionnait bien », conclut le professeur Carnevale Maffè. « Tenir ensemble thomistes et franciscains, jésuites et dominicains, au nom d’une vérité plus grande que toutes les écoles. Diversité des moyens, diversité des liturgies, diversité des cathédrales : le datacenter de Karp et la basilique de Saint Pierre. Mais l’ennemi est le même. Et l’histoire, quand elle veut être malicieuse, place les alliances les plus surprenantes dans les recoins les plus improbables ».

    — — —

    Sandro Magister est le vaticaniste émérite de l'hebdomadaire L'Espresso.
    Tous les articles de son blog Settimo Cielo sont disponibles sur diakonos.be en langue française.
    Ainsi que l'index complet de tous les articles français de www.chiesa, son blog précédent.

  • Quelles connexions entre « Rerum Novarum » et « Magnifica Humanitas »

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    D'Andrea Gagliarducci sur le NCR :

    Quelles connexions entre « Rerum Novarum » et « Magnifica Humanitas »

    ANALYSE : Sept phases de développement se sont succédé au cours des 135 dernières années, depuis que le pape Léon III a publié son document novateur.

    21 mai 2026

    Le fait que le pape Léon XIV ait décidé de signer officiellement « Magnifica Humanitas » le 15 mai n’est pas une coïncidence.

    C'est précisément à cette date, en 1891, que son homonyme, Léon XIII, avait signé Rerum Novarum, la première encyclique sociale de l'histoire de l'Église catholique. Aujourd'hui encore, Léon XIV souhaite aborder les « choses nouvelles » (ce que signifie Rerum Novarum), les nouveaux défis posés par la société contemporaine. 

    Mais pourquoi, alors, est-il nécessaire de revenir sur Rerum Novarum ? Et comment la doctrine sociale de l’Église a-t-elle évolué au cours des 135 années qui ont suivi sa publication ?

    Lorsque Léon XIII a abordé les « choses nouvelles » de son époque, il a dû apporter une réponse chrétienne à deux phénomènes majeurs : la pensée socialiste, qui donnait effectivement de l’espoir aux pauvres en les appelant à s’engager dans la lutte des classes ; et la pensée des Lumières, qui avait conduit à une attaque sans précédent contre l’Église. À cela s’ajoutaient les problèmes liés à la révolution industrielle et à l’évolution rapide du monde du travail, qui créaient un profond déséquilibre social entre riches et pauvres.

    Avec Léon XIII, une doctrine sociale a vu le jour, qui abordait d’abord les questions humaines avant de s’étendre aux questions internationales. Ce n’est pas un hasard si le pape saint Jean XXIII, dans son encyclique Mater et Magistra de 1961, a évoqué les déséquilibres mondiaux et la menace qu’ils représentaient pour la paix. Ce n’est pas non plus un hasard si le pape saint Paul VI, dans son encyclique Populorum Progressio de 1967, a souligné que « le développement est le nouveau nom de la paix ».

    Ce dont traite Rerum Novarum

    De quoi Léon XIII a-t-il parlé dans Rerum Novarum ? La première partie est consacrée à la question de la propriété privée. Le pape rejette la « communauté des biens proposée par le socialisme » car elle « porte atteinte aux droits naturels de chaque individu ».

    Léon XIII aborde également la question de la destination des biens, soulignant que c’est le bon ou le mauvais usage des biens qui fait la différence, car « les richesses ne libèrent pas de la souffrance ». L’encyclique aborde ensuite la question de la pauvreté, soulignant que « la vertu est un patrimoine commun, accessible de la même manière aux grands et aux petits, aux riches et aux prolétaires », ce qui est important pour comprendre que tous sont égaux devant Dieu.

    Léon XIII aborde également le thème de la fraternité, auquel le pape François consacrera plus tard une encyclique, et souligne que vivre la fraternité signifie que « les biens de la nature et de la grâce constituent l’héritage commun du genre humain », car si tous sont enfants, ils sont aussi tous « héritiers de Dieu et cohéritiers de Jésus-Christ. Tel est l’idéal des droits et des devoirs contenu dans l’Évangile ».

    Léon XIII parlait d’une Église qui est également immergée dans le monde et qui, par conséquent, donne la priorité à l’amélioration des conditions de vie et à la dignité du travail. C’est pourquoi Rerum Novarum s’attarde sur les conditions de travail difficiles des ouvriers industriels, soulignant qu’« il n’est ni juste ni humain d’exiger tant de travail de l’homme que son esprit s’émousse par le surmenage et que son corps s’affaiblisse ».

    Léon XIII affirme également que « le salaire ne doit pas être inférieur au minimum de subsistance des travailleurs » et que, de son côté, le travailleur doit apprendre à épargner.

    Le grand thème est d’établir un ordre social juste, avec une voie centrale : la voie de la charité. 

    « Que chacun », écrivait Léon XIII, « fasse sa part et ne tarde pas, car le retard pourrait rendre plus difficile la guérison d’un mal déjà grave. Que les gouvernements œuvrent à cet objectif par de bonnes lois et des mesures sages ; que les capitalistes et les employeurs gardent toujours à l’esprit leurs devoirs ; et que le prolétariat, qui est directement concerné, fasse ce qu’il peut, dans les limites de la justice. »

    Les sept phases de la doctrine sociale

    Depuis *Rerum Novarum*, on compte douze encycliques sociales, si l’on inclut parmi celles-ci *Laudato Si* et *Fratelli Tutti* du pape François. Toutes font référence à *Rerum Novarum*, actualisant la réflexion en réponse aux nouvelles évolutions, abordant les nouveaux défis sociaux et donnant corps à une pensée appelée à répondre aux questions de notre temps.

    Mgr Mario Toso, évêque émérite de Faenza-Modigliana (Italie), l’un des plus grands experts de l’Église en matière de doctrine sociale, souligne que « la doctrine sociale de l’Église fournit des clés d’interprétation qui mettent en dialogue diverses disciplines afin de contribuer à la connaissance, à la paix et à la réalisation du Royaume de Dieu. La doctrine sociale n’est pas une connaissance déduite ; elle n’est pas imposée par d’autres ; ce n’est pas une doctrine élaborée. La doctrine sociale est une connaissance ouverte. »

    Ernesto Preziosi, qui a été pendant des années directeur des relations avec le territoire (responsable de la zone où se trouve l’université) à l’Université catholique du Sacré-Cœur de Milan, souligne qu’au cœur de la doctrine sociale catholique se trouve « la proclamation de l’Évangile ».

    Preziosi identifie sept phases dans le développement de la doctrine sociale.

    La première est celle qui commence avec Rerum Novarum dans les années 1920 et 1930, lorsque l’enseignement social est devenu l’apanage d’un mouvement plus populaire, et se poursuit avec la phase qui a vu le jour à la fin de la Seconde Guerre mondiale, avec une nouvelle forme d’enseignement social, qui s’est également heurtée à l’évolution du socialisme.

    Vient ensuite la quatrième phase, celle du Concile Vatican II, car, comme le dit Preziosi, « Jean XXIII et Paul VI ont modifié la méthode d’élaboration de la doctrine sociale : ils sont passés d’une méthode déductive à une méthode inductive ».

    La cinquième phase suit le Concile et est délicate, car « le Concile ouvre un nouveau scénario ; il reconnaît le changement de méthode ». Déjà pendant le débat conciliaire, l’usage du terme « doctrine » était contesté, et l’on parlait d’une interprétation plus libre.

    Avec Benoît XVI — c’est la sixième phase — « le débat prend fin, car la crise des idéologies a cédé la place à une pensée unique », explique Preziosi. Le nouvel humanisme, déjà présent dans l’esprit de Jean-Paul II, est mis en avant avec Laborem Exercens, Sollicitudo Rei Socialis et Centesimus Annus, qui ont remis au goût du jour le thème de l’éthique sociale, afin de surmonter les idéologies actuelles.

    Enfin, la septième phase, avec le pape François, est celle des grands changements sociaux.

    Magnifica Humanitas marquera probablement le début d’une nouvelle ère. Elle anticipe une nouvelle révolution industrielle induite par l’intelligence artificielle, de nouveaux déséquilibres mondiaux résultant de la nouvelle répartition du travail, un monde nouveau auquel l’Église est appelée à répondre. Ce ne sera peut-être pas la seule encyclique sociale de Léon XIV, mais ce sera un point de départ qui mérite d’être suivi.

    Andrea Gagliarducci est un journaliste italien travaillant pour la Catholic News Agency et analyste du Vatican pour ACI Stampa. Il collabore également au National Catholic Register.

  • Et si l'Église catholique se concentrait sur la mauvaise crise ?

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    De Gaetano Masciullo sur The European Conservative :

    L'Église catholique se concentre sur la mauvaise crise

    Toute tentative visant à corriger les inégalités par le biais d'une intervention politique ou d'une planification mondiale finit par détruire les mécanismes qui génèrent une véritable prospérité.

    17 mai 2026

    Le 27 avril, deux dicastères du Vatican — le Dicastère pour la promotion du développement humain intégral et le Dicastère pour les laïcs, la famille et la vie — ont publié un document conjoint visant à sensibiliser les familles catholiques à une question qui, selon les dicastères eux-mêmes, représente une crise urgente tant pour le monde que pour l’Église elle-même.

    Cette crise urgente pour les dicastères du Vatican est la crise écologique. C’est pourquoi le texte va jusqu’à suggérer qu’une famille catholique, pour être véritablement telle, ne peut se soustraire à l’éducation de ses membres au respect de l’environnement. En effet, le concept même de spiritualité catholique inclut une conscience « écologique intégrale ». 

    Les auteurs, se référant au magistère environnementaliste du pape François — en particulier à l’encyclique-manifeste Laudato si’ et à l’exhortation Laudate Deum — ainsi qu’à la première exhortation apostolique du pape Léon XIV, Dilexi te, qui se présente comme un développement de celles-ci, soutiennent que la crise en question concerne non seulement l’environnement naturel, mais aussi l’environnement humain. Ils entendent par là la crise économique généralisée, c’est-à-dire la situation dramatique de pauvreté qui touche la majorité de l’humanité.

    Les estimations les plus récentes indiquent qu’environ deux milliards de personnes — concentrées principalement dans les pays du Nord — jouissent d’un bien-être relatif, tandis que les six milliards restants vivent dans la pauvreté, la maladie et l’ignorance ; parmi eux, environ un milliard vit dans l’extrême pauvreté. Cette asymétrie génère une pression migratoire structurelle du Sud vers le Nord, seulement en partie spontanée, alimentée par l’idée – plus idéologique que réelle – que l’entrée dans des sociétés économiquement prospères entraîne automatiquement une amélioration des conditions de vie.

    Ces dernières années, l’Église catholique semble avoir adopté cette vision. Pourtant, l’histoire de l’humanité montre que la simple intégration dans des structures sociales efficaces ne suffit pas à sortir les migrants pauvres de leur condition. La pauvreté est en effet un phénomène complexe et multidimensionnel : non seulement économique ou politique, mais surtout mental et culturel. 

    Ce dernier aspect reste un tabou, difficile à aborder sereinement – en Occident comme ailleurs – car il est considéré comme politiquement incorrect. Quiconque tente d’en discuter est souvent accusé d’affirmer, de manière simpliste, que les pauvres sont pauvres « par choix » et méritent donc de le rester. Mais cette simplification est trompeuse et empêche une analyse sérieuse du problème. 

    Malheureusement, cette objection fallacieuse semble s’être également immiscée dans le vocabulaire de l’Église catholique, si l’on en juge par ce qu’affirme le pape Léon XIV dans l’exhortation Dilexi te : « Pour la plupart d’entre eux, la pauvreté n’est pas non plus un choix. Pourtant, certains osent encore avancer cette affirmation, révélant ainsi leur propre aveuglement et leur cruauté. » 

    Pour comprendre la position actuelle de l’Église catholique sur la question, il est nécessaire de revenir sur les enseignements de François, qui a introduit dans le langage de l’Église des idées associées à l’environnementalisme et à la gouvernance internationale — des concepts largement développés au sein d’institutions telles que l’ONU et l’Union européenne.

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  • Centesimus Annus à 35 ans

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    De George Weigel sur le CWR :

    Centesimus Annus à 35 ans

    Jean-Paul II a utilisé  Rerum Novarum et la tradition encyclique sociale papale qu'elle a inspirée comme base intellectuelle pour envisager l'avenir.

    Le pape Jean-Paul II lors d'une audience papale en juillet 1985 sur la place Saint-Pierre. (© James G. Howes/Wikipedia)
    Il y a trente-cinq ans, le pape Jean-Paul II publiait son encyclique sociale la plus aboutie,  Centesimus Annus ; son titre signalait l'intention de l'auteur d'honorer le centenaire de l'encyclique de Léon XIII de 1891,  Rerum Novarum , qui a inauguré le magistère social papal moderne.

    Pourtant  , Centesimus Annus , tout en rendant un hommage appuyé aux réflexions toujours pertinentes de Léon XIII, était bien plus qu'une simple digression nostalgique du pape. Jean-Paul II s'est appuyé sur  Rerum Novarum et la tradition des encycliques sociales papales qu'elle a inspirées comme socle intellectuel pour envisager l'avenir, proposant ainsi certains prérequis moraux et culturels à la société libre et vertueuse du XXIe siècle.

    Centesimus Annus invitait à repenser la liberté politique et économique – la démocratie et le marché – comme bien plus que de simples mécanismes. La démocratie et le marché, insistait le pape, ne sont pas des machines qui fonctionnent d'elles-mêmes. En l'absence de citoyens vertueux, avertissait-il, la liberté politique et économique se décomposerait en diverses formes de licence et d'excès, entravant ainsi le bon fonctionnement de la gouvernance démocratique et du marché libre.

    Jean-Paul II concevait ainsi la société libre de demain comme un ensemble de trois composantes interdépendantes, et non de deux seulement. Une culture morale publique dynamique, inculquant et soutenant les vertus qui permettent de bien vivre la liberté, était essentielle pour guider le fonctionnement de la politique et de l'économie libres. Il incombait à l'Église de façonner cette culture morale publique par son enseignement et son témoignage.

    En 1991, il semblait que la tradition séculaire de la doctrine sociale papale se poursuivrait au-delà de  Centesimus Annus, en approfondissant les intuitions de Jean-Paul II à la lumière des réalités du XXIe siècle. Ce fut en partie le cas : Benoît XVI a judicieusement enrichi le vocabulaire de la doctrine sociale de l’Église catholique en y intégrant la notion d’« écologie humaine » – un environnement public propice à l’épanouissement personnel et à la solidarité sociale. Ce faisant, il a approfondi l’enseignement de Jean-Paul II sur la priorité de la culture dans la construction de communautés politiques et de systèmes économiques où la liberté peut être vécue dignement et non grossièrement.

    Cependant, dans l'ensemble, les enseignements sociaux de Benoît XVI et de François étaient plus ponctuels ; ils ne s'appuyaient pas sur ce que l'on pourrait considérer comme « l'échafaudage intellectuel » qui avait été érigé, couche par couche, de  Rerum Novarum à Centesimus Annus en passant par Quadragesimo Anno de Pie XI (écrit pour le quarantième anniversaire de l'encyclique de Léon XIII) .

    Ainsi, avec le recul de trente-cinq ans, Centesimus Annus apparaît moins comme l'ouverture d'un nouveau chapitre dans un magistère social papal en évolution, construit selon la même architecture de principes, et plus comme le chapitre final de la doctrine sociale catholique dans sa forme classique.

    Quelle que soit l'évolution future de la tradition de la doctrine sociale papale, cette évolution ferait bien de prendre au sérieux l'une des vérités immuables de Centesimus Annus : l'analyse incisive de Jean-Paul II sur les raisons de l'effondrement du projet communiste lors de la révolution de 1989.

    Le communisme a échoué pour de nombreuses raisons, bien sûr. Il reposait sur une économie absurde. Il a engendré des formes politiques cruelles, voire mortelles. La culture communiste était laide, voire banale. Mais surtout, le communisme a mal interprété la nature humaine : Marx, Engels, Lénine et toute cette triste bande ont mal compris qui nous sommes, d’où nous venons, comment construire d’authentiques communautés solidaires et quel est notre destin ultime. Ces quatre erreurs découlent de l’athéisme du communisme. Comme l’écrivait Jean-Paul II au paragraphe 22 de  Centesimus Annus :

    …la véritable cause [de l’effondrement du communisme] était le vide spirituel engendré par l’athéisme, qui [ne pouvait satisfaire]… le désir de bonté, de vérité et de vie présent dans chaque cœur humain… Le marxisme avait promis d’extirper le besoin de Dieu du cœur humain, mais les résultats ont montré qu’il est impossible d’y parvenir sans plonger le cœur lui-même dans le chaos.

    La tentative de créer une utopie sans Dieu a abouti à la profanation de l'homme et à un massacre humain sans précédent. Ce qui signifie qu'il ne peut y avoir d'authentique « écologie humaine » capable de soutenir des sociétés de liberté sans reconnaître ce qu'écrivait saint Augustin lorsqu'il résumait sa propre quête de la vérité, il y a dix-sept siècles : « Tu nous as faits pour toi, et notre cœur est sans repos tant qu'il ne repose en toi. »

    Ce désir ardent de rencontrer le divin est inscrit dans la condition humaine.  Centesimus Annus l'a proclamé avec audace , tandis que Jean-Paul II analysait les signes des temps à la fin du XXe siècle. Il doit être proclamé avec la même audace aujourd'hui.


    George Weigel est chercheur émérite au Centre d'éthique et de politique publique de Washington, où il occupe la chaire William E. Simon d'études catholiques. Il est l'auteur de plus de vingt ouvrages, dont * Témoin de l'espérance : Biographie du pape Jean-Paul II* (1999), * La fin et le commencement : Jean-Paul II – La victoire de la liberté, les dernières années, l'héritage* (2010) et *L'ironie de l'histoire catholique moderne : Comment l'Église s'est redécouverte et a interpellé le monde moderne sur la réforme* . Ses publications les plus récentes sont *Le prochain pape : Le ministère de Pierre et une Église en mission* (2020), *Inoubliables : Élégies et souvenirs d'une multitude de personnages, pour la plupart admirables* (Ignatius, 2021) et *Sanctifier le monde : L'héritage essentiel de Vatican II* (Basic Books, 2022).
  • « Magnifica humanitas », la première encyclique du pape Léon XIV est attendue à la mi-mai

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    De kath.net/news :

    La première encyclique du pape Léon XIV est attendue à la mi-mai.

    3 mai 2026

    L'encyclique, intitulée provisoirement « Magnifica humanitas », est prévue pour le 15 mai.

    Cité du Vatican (kath.net/KAP) Selon les informations disponibles, l'encyclique abordera des sujets tels que l'intelligence artificielle, la paix, la crise du droit international et d'autres menaces actuelles pour l'humanité. Le Vatican affirme que la date du 15 mai souligne l'importance historique d'une encyclique sociale majeure. La première encyclique de ce type, intitulée « Rerum novarum », a été publiée par Léon XIII le 15 mai 1891.

    C’est à cette époque que l’Église catholique s’est penchée pour la première fois de manière systématique sur la révolution industrielle du XIXe siècle et ses conséquences sur la société et la morale. Ce n’est qu’après cela qu’elle a élaboré sa « doctrine sociale », devenue depuis une branche importante de la théologie moderne.

    Quarante ans plus tard, le 15 mai 1931, le pape Pie XI signa l'encyclique « Quadragesimo anno ». Sous l'influence du jésuite allemand Oswald von Nell-Breuning, la doctrine sociale y fut approfondie et le principe de subsidiarité développé. L'encyclique proclamait en outre l'incompatibilité de la doctrine chrétienne et du socialisme, ce dernier ne respectant pas suffisamment la propriété et la personne humaine. 

    Trente ans plus tard, Jean XXIII signa également son encyclique sociale « Mater et magistra » le 15 mai. En 1961, il défendit notamment la cogestion dans les entreprises. 

    L’encyclique sociale de Jean-Paul II de 1991, « Centesimus annus », a été signée le 1er mai, rompant avec la tradition et soulignant ainsi les liens étroits du pape polonais avec le mouvement ouvrier. Cette encyclique abordait les conséquences de la chute du communisme en Europe et présentait l’analyse la plus claire à ce jour de l’économie de marché comme système générateur de prospérité. 

    L’encyclique sociale très attendue de Léon XIV aurait été rédigée sous le titre provisoire de « Magnifica humanitas ». Sa signature, le 15 mai, s’inscrirait dans la tradition des grandes encycliques papales des XIXe et XXe siècles. 

    Exactement une semaine auparavant, le pape célébrera le premier anniversaire de son élection, le 8 mai 2025. À cette occasion, il se rendra au sanctuaire Notre-Dame du Rosaire à Pompéi. La « Prière à Notre-Dame de Pompéi », populaire en Italie, est observée chaque année le 8 mai depuis la fin du XIXe siècle.

  • L'intention de prière du pape Léon XIV pour le mois de mai : « Que chacun ait de quoi se nourrir »

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    De Courtney Mares sur OSV News :

    L'intention de prière du pape Léon XIV pour le mois de mai : « Que chacun ait de quoi se nourrir ».

    ROME (OSV News) — Le pape Léon XIV a consacré son intention de prière pour le mois de mai à l'un des défis les plus persistants de l'humanité : la faim.

    Dans un message vidéo diffusé le 30 avril par le Réseau mondial de prière du pape , ce dernier a appelé les catholiques du monde entier à s'attaquer au problème de l'insécurité alimentaire par la prière et par des actions concrètes.

    Des millions de personnes « souffrent de la faim »

    « Aujourd’hui, nous constatons avec tristesse que des millions de frères et sœurs continuent de souffrir de la faim, tandis que tant de biens sont gaspillés sur nos tables », a déclaré le pape dans la vidéo, enregistrée à l’intérieur de l’église San Pellegrino, au Vatican.

    D'après les Perspectives mondiales 2026 du Programme alimentaire mondial, au moins 318 millions de personnes devraient être confrontées à une crise alimentaire, voire à une situation pire, cette année. Le conflit en cours au Moyen-Orient pourrait plonger 45 millions de personnes supplémentaires dans une situation de famine extrême d'ici le milieu de l'année. En 2025, deux famines ont été recensées dans certaines régions de Gaza et du Soudan.

    Dans le même temps, le Programme des Nations Unies pour l'environnement signale que plus d'un milliard de tonnes de nourriture sont gaspillées chaque année dans le monde, un contraste que le pape a abordé directement dans son message.

    Appel à une transition vers une « culture de solidarité »

    Le pape Léon XIV a appelé à un changement de paradigme, passant de ce qu'il a décrit comme « la logique de la consommation égoïste » à « une culture de solidarité », exhortant les communautés catholiques à prendre des mesures concrètes telles que la création de banques alimentaires, des campagnes de sensibilisation et l'adoption de modes de vie plus simples et plus responsables.

    « Puisse nos communautés promouvoir des gestes concrets », a déclaré le pape, ajoutant que les croyants devraient aborder chaque repas avec gratitude, consommer simplement et « partager avec joie », sachant que les fruits de la terre sont « destinés à tous, et non à quelques-uns seulement ».

    Le Réseau mondial de prière du Pape, également connu sous le nom d'Apostolat de la prière, publie chaque mois une intention de prière du pape dans le cadre de sa mission d'unir les catholiques dans la prière pour les préoccupations mondiales de l'Église.

    Une préoccupation profondément personnelle pour le pape

    Le père Cristóbal Fones, directeur du Réseau mondial de prière du pape, a déclaré que cette intention relevait d'une préoccupation profondément personnelle pour le pape.

    « Cette intention vient du cœur du pape. Il est profondément peiné de voir tant de personnes dans le monde privées d'un besoin aussi essentiel et humain que la nourriture », a déclaré le père Fones. « C'est pourquoi il appelle chacun à ne pas rester indifférent, mais à agir concrètement, d'abord par la prière, puis par des gestes de solidarité. »

    Courtney Mares est rédactrice pour OSV News, en charge du Vatican. Suivez-la sur X @catholicourtney .

  • Le pape Léon XIV a-t-il offert à ses auditoires africains un aperçu de sa future encyclique ?

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    D'Andrea Gagliarducci sur le NCR :

    Le pape Léon XIV offrait-il à ses auditoires africains un aperçu de sa nouvelle encyclique ?

    ANALYSE : Ces derniers mois, le pape est revenu à plusieurs reprises sur les thèmes de la doctrine sociale. C’est toutefois en Afrique qu’il a approfondi sa réflexion sur ces questions.

    Le pape Léon bénit une famille lors de la messe célébrée à la basilique de l'Immaculée Conception de Mongomo, en Guinée équatoriale, le 22 avril 2026.
    Le pape Léon XIV bénit une famille lors de la messe célébrée à la basilique de l'Immaculée Conception de Mongomo, en Guinée équatoriale, le 22 avril 2026. (Photo : Simone Risoluti / Vatican Media)

    Lors de son voyage en Afrique, le pape Léon XIV a esquissé sa vision de la doctrine sociale de l'Église, abordant des thèmes tels que l'impact sociétal de l'intelligence artificielle et le rôle de l'Église et de la paix. Tout porte à croire que ces thèmes seront au cœur de sa première encyclique, très attendue.

    Pour l'instant, les sources s'accordent à dire que le titre provisoire de l'encyclique est Magnifica Humanitas , « Magnifique Humanité ». S'appuyant sur l'encyclique Rerum Novarum de Léon XIII — traduite par « Choses nouvelles » —, Léon XIV souhaite une encyclique qui apporte une réponse chrétienne au monde dans lequel nous vivons, une réponse bien plus complexe qu'une analyse générale des situations sociales à laquelle l'Église peut apporter une vision.

    Au moment de son élection, Léon XIV a souligné qu'il avait choisi son nom pontifical en pensant à Léon XIII, faisant remarquer que l'humanité est actuellement confrontée à une autre révolution industrielle aussi radicale que celle à laquelle son prédécesseur a dû faire face, celle-ci provoquée par l'intelligence artificielle et d'autres nouveaux défis.

    Ces derniers mois, le pape est revenu à plusieurs reprises sur les thèmes de la doctrine sociale, abordant diverses problématiques et avec des nuances variées. Cependant, trois de ses discours prononcés en Afrique semblent éclairer davantage sa pensée sur ces sujets.

    En Algérie, Léon XIV a souligné la nécessité d'un dialogue interreligieux sur les grands enjeux de l'humanité. Au Cameroun, il a insisté sur les thèmes de l'accueil et de la paix. En Angola, le pape a ensuite appelé à lever les obstacles au développement humain intégral, pierre angulaire de la doctrine sociale de l'Église. En somme, il s'agissait d'un cheminement du dialogue à la paix, vers l'édification d'une civilisation fondée sur le bien commun. 

    En Guinée équatoriale, lors d'un discours prononcé le 21 avril devant des responsables politiques et civils, le pape a établi un lien entre ces différents thèmes . Il a souligné comment la doctrine sociale de l'Église « offre une orientation à tous ceux qui cherchent à s'attaquer aux "choses nouvelles" qui déstabilisent notre planète et la coexistence humaine, tout en donnant la priorité, par-dessus tout, au Royaume de Dieu et à sa justice ».

    « Il s’agit d’une dimension fondamentale de la mission de l’Église : contribuer à la formation des consciences par la proclamation de l’Évangile, la transmission de critères moraux et de principes éthiques authentiques », a-t-il déclaré. Le Pape a ajouté que « l’objectif de la doctrine sociale est de préparer les personnes à affronter des problèmes en constante évolution ; car chaque génération est unique et porte en elle de nouveaux défis, de nouveaux rêves et de nouvelles questions. »

    Le pape a ensuite énuméré de nouveaux problèmes : l’exclusion comme « nouveau visage de l’injustice sociale » ; le paradoxe de l’accès généralisé aux nouvelles technologies contrastant avec le manque de terres, de nourriture, de logements et de travail décent.

    Il a ensuite exhorté les autorités civiles et les hommes politiques « à démanteler les obstacles au développement humain intégral – une mission fondée sur les principes fondamentaux de solidarité et de destination universelle des biens ».

    Léon XIV a également abordé les spéculations concernant les « matières premières » dans un contexte d'évolution technologique rapide, soulignant : « Ce changement semble éclipser des impératifs fondamentaux tels que la sauvegarde de la création, les droits des communautés locales, la dignité du travail et la protection de la santé publique. »

    Dans ce même discours, le pape a dénoncé la manière dont « la prolifération des conflits armés est souvent alimentée par l’exploitation des gisements de pétrole et de minéraux, sans aucun égard pour le droit international ni pour l’autodétermination des peuples », et il a noté qu’ils « semblent souvent être conçus et utilisés principalement à des fins guerrières, dans des contextes qui n’offrent pas de perspectives à tous ».

    Léon XIV appela donc au changement : « Au contraire, le destin de l’humanité risque d’être tragiquement compromis sans un changement de cap dans la prise de responsabilité politique et sans respect des institutions et des accords internationaux. Dieu ne le veut pas. »

    Au Cameroun, la rencontre avec la communauté universitaire le 17 avril a revêtu une importance particulière. Le discours du Pape contient un passage clé : « La grandeur d’une nation ne se mesure pas uniquement à l’abondance de ses ressources naturelles, ni même à la richesse matérielle de ses institutions. En réalité, aucune société ne peut prospérer si elle n’est fondée sur des consciences droites, formées dans la vérité. »

    Le pape a évoqué « une érosion des valeurs morales qui guidaient autrefois la vie communautaire » dans les sociétés contemporaines, au point que, « par conséquent, on observe aujourd’hui une tendance à approuver avec désinvolture certaines pratiques qui étaient autrefois considérées comme inacceptables ».

    Léon XIV a donc demandé aux chrétiens de ne pas craindre les « choses nouvelles », mais les a exhortés à « former des pionniers d’un nouvel humanisme dans le contexte de la révolution numérique », soulignant qu’« il s’agit d’un service rendu à la vérité et à toute l’humanité. Sans cet effort éducatif exigeant, l’adaptation passive aux paradigmes dominants sera prise pour de la compétence, et la perte de liberté pour du progrès. » 

    Ici aussi, la question de l’intelligence artificielle est cruciale. Le pape a souligné que les systèmes d’IA organisent de plus en plus et de manière omniprésente nos environnements mentaux et sociaux, où « l’interaction est optimisée au point de rendre la rencontre réelle superflue ; l’altérité des personnes en chair et en os est neutralisée et les relations sont réduites à des réponses fonctionnelles ».

    Le pape a rappelé le principe de réalité , déclarant : « Lorsque la simulation devient la norme, elle affaiblit la capacité humaine de discernement. De ce fait, nos liens sociaux se replient sur eux-mêmes, formant des circuits autoréférentiels qui ne nous exposent plus à la réalité. Nous en venons ainsi à vivre dans des bulles, imperméables les uns aux autres. »

    La troisième intervention marquante du pape Léon XIV eut lieu lors de sa rencontre, le 21 avril, avec le « Monde de la Culture » à Malabo, sur le campus León XIV de l'Université nationale de Guinée équatoriale. Le pape lança un appel à la Guinée équatoriale qui s'adressait au monde entier : offrir « les fruits de l'intelligence et de la droiture, de la compétence et de la sagesse, de l'excellence et du service. Si des générations d'hommes et de femmes sont profondément marquées en ce lieu par la vérité et capables de faire de leur existence un don pour autrui, alors le ceiba [l'arbre national] restera un symbole éloquent, enraciné dans ce que ce pays a de meilleur, élevé par la sagesse et chargé de fruits qui rendent hommage à la Guinée équatoriale et enrichissent toute l'humanité. »

    Ces trois discours abordent directement les « choses nouvelles » et suggèrent la position du Pape : premièrement, ne pas nier les nouveaux défis ; deuxièmement, aborder les nouveaux défis à partir du principe de réalité ; enfin, et c’est le thème le plus crucial, créer un nouvel humanisme avec Dieu en son centre.

    Le modèle, en définitive, est celui de la Cité de Dieu de saint Augustin , où coexistent les cités terrestre et divine. Mais Léon XIV a démontré qu'il ne se contentait pas de souligner les problèmes, aussi importants soient-ils. Il a appelé chacun à un engagement personnel. C'est probablement là que réside la plus grande référence à la synodalité, présente dès le début de son pontificat et concrétisée lorsque, s'adressant aux journalistes le 7 avril , il a invité les fidèles à exprimer clairement, en écrivant à leurs représentants politiques, leur désir de paix au Moyen-Orient. L'Église fournit des principes, mais non une orientation politique. Il appartient aux catholiques de les mettre en pratique dans leur vie quotidienne.

    Nous ignorons encore le contenu de la prochaine encyclique de Léon XIV. Toutefois, on peut supposer qu'elle ne portera pas uniquement sur la paix ou l'intelligence artificielle. Elle proposera probablement un modèle de vie quotidienne pour les chrétiens engagés dans la société.

  • Le discours du pape aux membres du Parti Populaire Européen au Parlement Européen

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    DISCOURS DU PAPE LÉON XIV 
    AUX MEMBRES DU PARTI POPULAIRE EUROPÉEN AU PARLEMENT EUROPÉEN

    Salle Clémentine
    Samedi 25 avril 2026

    Au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit

    La paix soit avec vous

    Illustres parlementaires,
    Mesdames et Messieurs,

    Je souhaite chaleureusement à tous la bienvenue à cette rencontre, en saluant tout particulier votre Chairman M. Manfred Weber et Mme Mairead McGuinness, envoyée spéciale de l’Union européenne responsable de la promotion de la liberté de religion ou de conviction en dehors de l’Union européenne

    Notre rencontre se place dans la continuité de celles qui ont eu lieu avec mes prédécesseurs saint Jean-Paul II et le Pape Benoît XVI et du message que le Pape François vous a adressé en juin 2023 parce qu’il ne pouvait vous recevoir personnellement en raison d’une hospitalisation. Je suis donc heureux de reprendre ce dialogue avec le Parti populaire Européen, qui tire son inspiration de personnalités comme Adenauer, De Gasperi et Schuman, unanimement reconnus comme les Pères fondateurs de l’Europe contemporaine.

    Comme  Benoît XVI il y a vingt ans, moi aussi «j’apprécie la reconnaissance accordée par votre groupe à l’héritage chrétien de l’Europe, qui offre de précieuses orientations éthiques dans la recherche d’un modèle social» [1]. Le projet européen, issu des cendres de la Seconde Guerre mondiale, naît certainement d’une nécessité pratique — éviter qu’un tel conflit ne se reproduise —, mais il est également empreint d’une perspective idéale, celle de la volonté de donner vie à une collaboration qui mette fin à des siècles de divisions et qui permette aux peuples du continent de redécouvrir le patrimoine humain, culturel et religieux qui les rassemble. Les Pères fondateurs étaient animés par leur foi personnelle et ils considéraient les principes chrétiens comme un facteur commun et unificateur, qui pouvait contribuer à mettre fin à l’esprit revanchard et conflictuel qui avait conduit à la Seconde Guerre mondiale.

    Le  Pape François a inventé une belle et simple expression qui résume cette idée: «l’unité est supérieure au conflit» [2], parce que la recherche de l’unité donne le courage d’aller au-delà de la surface conflictuelle et d’apprécier les autres dans leur dignité la plus profonde [3], ce qui permet de créer quelque chose de nouveau et de constructif, alors que le conflit accentue les divergences, la recherche et l’affirmation du pouvoir, et conduit à la destruction.

    Le principal devoir de toute action politique est d’offrir une perspective idéale, parce que la politique suppose que l’on ait une vaste vision de l’avenir sans craindre, quand c’est nécessaire pour le bien commun, de faire des choix difficiles et même impopulaires. En ce sens elle est la «forme la plus haute de la charité» [4], parce qu’elle peut être entièrement consacrée à la construction du bien commun.

    Toutefois, poursuivre un idéal ne signifie pas glorifier une idéologie. Celle-ci, en effet, est toujours le fruit d’un détournement de la réalité et d’une violence faite à celle-ci. Toute idéologie déforme les idées et soumet l’homme à son projet, humiliant ses véritables aspirations, sa quête de la liberté, du bonheur et du bien-être personnel et social. L’Europe contemporaine naît vraiment de la constatation de l’échec des projets idéologiques qui l’ont détruite et divisée.

    Poursuivre un idéal signifie, pour citer De Gasperi, placer la personne humaine au centre «avec son ferment de fraternité évangélique, avec son culte du droit hérité de l’Antiquité, avec son culte de la beauté qui s’est affiné au cours des siècles, avec sa volonté de vérité et de justice aiguisée par une expérience millénaire» [5].

    Voilà la perspective dans laquelle on peut faire de la politique aujourd’hui et à laquelle on doit ramener l’activité politique. Vous vous appelez Parti Populaire Européen (European People’s Party). Le peuple est le centre de votre engagement et vous ne pouvez pas en faire abstraction. Le peuple n’est pas un sujet passif, destinataire des propositions et des décisions politiques. Il est avant tout appelé à être un sujet actif, co-participant à toute action politique. La présence au milieu des gens et son implication dans le processus politique est le meilleur antidote contre les populismes qui ne recherchent qu’un consensus facile et contre les élitismes qui tendent à agir sans consensus: deux tendances répandues dans le paysage politique actuel. Une politique « populaire » demande du temps, des projets partagés et l’amour de la vérité. 

    L’un des problèmes de la politique dans les années récentes est l’amoindrissement constant de l’harmonie, de la collaboration et de l’implication réciproque entre le peuple et ses représentants. Il faut recréer un tissu de « peuple », un contact personnel entre le citoyen et le député, pour pouvoir répondre efficacement, à la lumière de la perspective idéale, aux problèmes concrets des gens. Pour utiliser une métaphore, on pourrait dire qu’à l’ère du « triomphe digital », l’action politique authentiquement orientée vers le bien commun demande un retour à « l’analogique ».

    C’est peut-être là le vrai antidote à une politique souvent hurlée, faite seulement de slogans, incapable de répondre aux vrais besoins des gens. Pour vaincre une certaine désaffection envers la politique, il faut reconquérir les gens en allant les rencontrer personnellement et en reconstruisant un réseau de rapports sur le territoire, pour que tous puissent sentir intégrés dans une communauté et participer à son destin.

    Quel sens concret cela a-t-il pour ceux qui se rattachent, dans leur action, aux valeurs de la démocratie chrétienne? D’abord redécouvrir et s’approprier l’héritage chrétien dont vous provenez, mais sans oublier «la ligne de démarcation entre le témoignage religieux de nature prophétique — réservé à la communauté ecclésiale — et le témoignage chrétien qui agit au plan des choix politiques concrets» [6]. Être chrétien, en politique, ne signifie pas être confessionnel, mais laisser l’Évangile éclairer les décisions qui devront être prises, même celles qui ne semblent pas susciter un consensus facile. Cela signifie travailler pour que ne disparaisse pas le lien entre loi naturelle et loi positive, entre racines chrétiennes et action politique.

    Être chrétien engagé en politique exige d’avoir une vision réaliste, qui parte des problèmes concrets des personnes, qui se soucie avant tout de favoriser des conditions de travail dignes, propices à l’ingéniosité et à la créativité des individus face à un marché de plus en plus souvent déshumanisant et peu gratifiant; qui permette de vaincre la peur, apparemment très européenne, de fonder une famille et d’avoir des enfants, d’aborder les causes profondes de la migration, en prenant soin de ceux qui souffrent, mais aussi en tenant compte des possibilités réelles d’accueil et d’intégration des migrants dans la société. De même, cela exige d’aborder de manière non idéologique les autres grands défis qui se posent à notre époque, tels que la sauvegarde de la création et l’intelligence artificielle. Cette dernière offre de grandes opportunités mais est en même temps semée d’embûches.

    Être chrétien engagé en politique, c’est miser sur la liberté, non pas une liberté banalisée et réduite à un simple plaisir, mais une liberté ancrée dans la vérité, qui protège la liberté religieuse, de pensée et de conscience en tout lieu et dans toutes les conditions humaines, en évitant alimenter «un “court-circuit” des droits de l’homme» [7], qui finit par laisser place à la force et à l'oppression.

    Je vous laisse ces quelques réflexions, dans l’espoir qu’elles puissent servir de base de réflexion pour votre engagement et, tout en vous adressant mes meilleurs vœux pour votre service au service des peuples européens, je vous accorde volontiers la Bénédiction Apostolique. Merci!

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    [1] Benoît XVI, Discours aux participants au congrès organisé par le Parti Populaire Européen (30 mars 2006) : AAS 98 (2006), 344.

    [2] François, Exhort. ap.  Evangelii gaudium, 228 : AAS 105 (2013), 1113.

    [3] Cf. ibid.

    [4] Pie XI,  Audience aux dirigeants de la Fédération Universitaire Catholique (18 décembre 1927).

    [5] A. De Gasperi,  Notre patrie, l’Europe.  Discours à la Conférence parlementaire européenne, 21 avril 1954, dans :  Alcide De Gasperi et la politique internationale, Rome 1990, vol. III, 437-440.

    [6] Cf. Marialuisa L. Sergio dans : Alcide De Gasperi,  Journal 1930-1943, Bologne 2018, 24.

    [7]  Discours au Corps diplomatique accrédité auprès du Saint-Siège (9 janvier 2026).

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    L'Osservatore Romano

  • «Le repos dominical est sacré, il doit être sanctuarisé»

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    Les décisions politiques actuelles autorisant l'ouverture des grandes surfaces et des commerces sept jours sur sept suscitent des questions. Nous reproduisons une tribune de Charles Beigbeder parue sur le Figaro, le 29 août 2014 :

    Charles Beigbeder : «Le repos dominical est sacré, il doit être sanctuarisé»

    Charles Beigbeder rappelle que le dimanche est garant de la solidarité des liens familiaux et fraternels.

    Charles Beigbeder est entrepreneur, investisseur et chef d'entreprise. Il est également conseiller municipal dans le VIIIème arrondissement de Paris.


    Face à l'égarement conjoint d'une « droite bobo » et d'une gauche libérale, oublieuses de nos racines et promptes à remettre en cause les fondements de notre société, il est urgent de rappeler un certain nombre de vérités.

    D'abord, le repos dominical est conforme à la nature profonde de l'homme qui n'est pas uniquement un consommateur (80kg de matière, comme aimait à dire Marx) mais avant tout un être spirituel et charnel, doué d'intelligence et de volonté, capable de sentiments et d'affections et dont l'horizon dépasse, quelque soient les croyances de chacun, le cadre matériel de la vie en société. «Toute l'histoire de l'humanité est l'histoire du besoin d'aimer et d'être aimé» résumait dans une formule percutante le pape Jean-Paul II, dans son discours prononcé au Bourget, le 1er juin 1980. «L'homme ne se nourrit pas seulement de pain» précise de son côté l'Évangile (Lc, IV, 4). Le repos dominical vient donc nous rappeler que c'est l'économie qui est au service de l'homme et non l'inverse. Le jour chômé (seul ou en famille) est à lui seul la justification du travail effectué au cours des six autres jours de la semaine. S'il venait à disparaître, ce serait la finalité même du travail qui serait en cause. Car le travail existe pour l'homme et non l'homme pour le travail. Le jour chômé vient nous le rappeler. Prétendre le contraire reviendrait à inverser les finalités de la vie humaine et à dévoyer le travail en nouvel esclavage des temps modernes. Pour noble et épanouissement qu'il soit, le travail reste un moyen ; il ne constitue jamais une fin en soi. Y a-t-il derrière cette idolâtrie du travail une vision protestante de la société, qu'a si bien analysée Max Weber dans son ouvrage L'éthique protestante ou l'esprit du capitalisme?

    Qui peut croire une seule seconde que le salarié puisse disposer de sa pleine liberté pour refuser le travail dominical s'il sait que son employeur lui préférera un autre salarié acceptant une telle contrainte ?

    Ensuite, le repos dominical est une conquête des Chrétiens pour faire prévaloir la liberté religieuse et permettre la célébration de la messe dominicale. Institué par l'empereur Constantin en 321, il mit du temps à pénétrer les mœurs mais sous l'impulsion de l'Église, il s'incorpora tellement à l'organisation de notre société que la Convention ne put l'abolir lorsqu'elle institua le calendrier révolutionnaire et le culte décadaire (les decadi étant censés remplacer les dimanches). On n'efface pas d'un trait de plume plus de 1500 ans de civilisation chrétienne. C'est donc tout naturellement que le calendrier grégorien fut progressivement réintroduit sous l'Empire et que la Restauration rétablit le repos dominical en 1814. En 1879, la IIIème République laïciste tentera une seconde fois d'abroger le repos dominical, dans un souci manifeste d'effacer toute référence chrétienne dans l'organisation de la société. Peine perdue, moins de 30 ans plus tard, en 1906, le repos dominical était à nouveau sanctuarisé sous l'effet conjugué des députés catholiques et des militants socialistes. Revenir sur cette disposition aujourd'hui porterait donc une atteinte grave à la liberté religieuse des Chrétiens qui n'auraient plus la faculté de pratiquer librement leur culte. On avance certes l'objection d'une libéralisation sur la base du volontariat des salariés, de sorte que personne ne soit contraint de travailler contre son gré le dimanche. Mais qui peut croire une seule seconde que le salarié puisse disposer de sa pleine liberté pour refuser le travail dominical s'il sait que son employeur lui préférera un autre salarié acceptant une telle contrainte?

    Troisième vérité, le repos dominical est un équilibre tiré de l'histoire, un héritage culturel de notre civilisation chrétienne, qui permet, au-delà des convictions personnelles de chacun, le maintien de notre cohésion sociale. En effet, l'objection classique à l'argumentation tirée de la nécessité de garantir la liberté religieuse de chacun, consiste à avancer que dans une société laïque, marquée par la diversité des croyances, le repos dominical est une discrimination qui ne profiterait qu'aux seuls Chrétiens, alors que les citoyens de confession juive ne peuvent opter pour le samedi, ni les Musulmans pour le vendredi, ou les non-croyants pour le jour de leur choix. Et de proposer un système à la carte, où chacun pourrait choisir son jour chômé en fonctions de ses convictions religieuses ou de ses convenances personnelles. Mais comment ne pas voir qu'une telle réforme sonnerait le glas de notre cohésion sociale et effriterait la société en une multitude de communautarismes toujours plus revendicatifs qu'ils s'estiment minoritaires et bafoués? Il est bon et indispensable qu'une société respire à l'unisson: non l'unisson des croyances où chacun dispose de sa pleine liberté, mais la communion des rythmes, principale garantie de l'harmonie sociale. Ainsi, au-delà des convictions religieuses de chacun, le dimanche est en France le jour choisi pour faire respirer la société et respecter la nature spirituelle de l'homme, parce la France est un pays de tradition chrétienne, marqué dans son histoire, comme dans son patrimoine et ses mentalités par plus de 1500 ans de civilisation chrétienne. Il est juste et bon qu'un employeur permette à ses salariés, dans la mesure des adaptations possibles, de s'absenter ponctuellement pour pratiquer le culte de leur choix (par exemple en se rendant à la Mosquée le vendredi midi). De même pour le culte juif, où la question ne se pose quasiment pas en pratique, puisque le samedi, héritage du secteur bancaire confirmé par les accords de Matignon en 1936, est chômé pour beaucoup de salariés. Mais, au-delà des convictions religieuses de chacun, il est fondamental que le dimanche reste sanctuarisé en France, il en va de notre histoire, de notre cohésion sociale, de notre culture et de notre civilisation. Derrière la volonté de remettre en cause le repos dominical, n'y a-t-il pas de la part d'une certaine élite mondialisée une indifférence voire un rejet de nos racines?

    Dans une société traversée par l'individualisme, la consommation à outrance et la perte des repères, le repos dominical est garant de la solidarité des liens familiaux et fraternels et ouvre l'homme à sa dimension spirituelle et contemplative.

    Enfin, quatrième vérité, l'abandon du repos dominical n'aurait aucune incidence positive sur le niveau de croissance de notre économie. Cet argument, brandi tant par le personnel politique boboïsé que par le MEDEF, est doublement fallacieux: il oublie d'abord que pour le salarié, l'augmentation du temps de travail peut souvent conduire à son étalement dans le temps sans création de richesse supplémentaire, et que pour le consommateur, l'ouverture des magasins le dimanche lui permet d'étaler ses achats dans le temps, sans augmentation notable de la consommation, qui est d'abord limitée par le faible pouvoir d'achat des Français. De plus, j'entends souvent les promoteurs du sabordage dominical invoquer une liberté supplémentaire pour le consommateur, mais ils oublient de rappeler que derrière celui qui peut librement faire ses courses le dimanche, il y a un ou plusieurs salariés qui n'ont peut-être pas choisi de leur plein gré d'effectuer une journée de travail supplémentaire au détriment de leur vie familiale. Si dérogations il doit y avoir, ce ne doit être qu'au cas par cas, en fonction d'une nécessité impérieuse des citoyens et non pour la satisfaction de leurs caprices. Beaucoup de dérogations existent d'ailleurs déjà et il serait dangereux de vouloir traiter un micro-problème par une législation de portée générale.

    Dans une société traversée par l'individualisme, la consommation à outrance et la perte des repères, le repos dominical est garant de la solidarité des liens familiaux et fraternels et ouvre l'homme à sa dimension spirituelle et contemplative. Il est aussi un frein à la fragilité narcissique de ceux qui trouvent dans les activités multiples et la frénésie de loisirs un lieu de compensation illusoire à leur vide intérieur. «L'appétit effréné de vie, qui ne donne aujourd'hui aucune paix aux hommes, finit dans le vide d'une vie perdue» affirmait le pape émérite Benoît XVI en 2007. Sans cette boussole du repos dominical, on donnerait raison à Bernanos qui prophétisait à juste titre que «la civilisation moderne […] est une conspiration universelle contre toute espèce de vie intérieure».

  • Léon XIV : la démocratie sans fondements mène à la tyrannie

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    De Diego Benedetto Panetta sur la NBQ :

    Léon XIV : la démocratie sans fondements mène à la tyrannie

    Dans son message à l’Académie pontificale des sciences sociales, le pape rappelle qu’en ignorant la loi morale naturelle, la démocratie peut dégénérer en tyrannie majoritaire ou servir de masque à la domination des élites . Ce risque est également manifeste sur le plan international.

    23/04/2026

    Loin d'être une simple procédure, la démocratie ne demeure saine que lorsqu'elle s'enracine dans la loi morale et une véritable conception de la personne humaine. Tels sont quelques-uns des mots que Léon XIV adressa  à l'Académie pontificale des sciences sociales, réunie en session plénière du 14 au 16 avril sur le thème : « Les usages du pouvoir : légitimité, démocratie et redéfinition de l' ordre international ».

    Lorsque le terme « légitimité » est associé à ceux de « démocratie » et d'« ordre international », la réaction de ceux qui en comprennent encore le sens est généralement l'étonnement, voire la dérision. L'image qui se forme dans l'esprit de la plupart des gens rappelle un célèbre tableau de Jean-Baptiste Isabey, représentant les ministres de divers royaumes européens (coiffés de perruques, conformément à la coutume de l'époque) débattant lors d'une session du Congrès de Vienne (1814-1815).

    Pourtant, au-delà des têtes couronnées à « restaurer », le principe de légitimité invoqué et habilement employé par le prince Klemens von Metternich visait à souligner un aspect fondamental d’une pertinence toujours actuelle : l’exercice du pouvoir doit d’abord être justifié, mais surtout, reposer sur une « véritable vision de la personne humaine », pour reprendre les termes du pape.

    « Pour les Pères de l’Église, […] la nature et la raison nous indiquent quels sont nos devoirs moraux », rappelait la Commission théologique internationale dans un document de 2009. « Dans sa quête du bien moral », lit-on, « la personne humaine s’écoute et prend conscience des inclinations fondamentales de sa nature, qui sont bien plus que de simples impulsions aveugles du désir. » Ces paroles méritent d’être réaffirmées sans cesse, particulièrement à notre époque post-1968, où l’on nous rappelle constamment la nécessité d’être « authentiques ». L’authenticité est en effet devenue synonyme d’action spontanée, sans trop d’inhibitions, sans trop de « pourquoi » qui compliquent et rigidifient la vie.

    À l’inverse, celui qui recherche le bien moral, « réalisant que les biens vers lesquels il tend naturellement sont nécessaires à son épanouissement moral, se formule, sous forme de commandements pratiques, le devoir moral de les mettre en œuvre dans sa propre vie. Il s’exprime un certain nombre de préceptes très généraux qu’il partage avec tous les êtres humains et qui constituent le contenu de ce qu’on appelle la loi naturelle » (n° 45).

    Cette redécouverte de la loi naturelle ne se limite pas à la sphère de la conscience individuelle, mais se projette directement dans l'espace public. C'est précisément à cette intersection entre morale et politique que trouve sa place dans l'intervention du Saint-Père. Le message que le Pontife a adressé à l'Académie pontificale des sciences sociales porte sur l'exercice du pouvoir et, en particulier, sur l'état de la démocratie à notre époque. Benoît XVI s'était déjà exprimé sur les limites de la démocratie moderne, perçue comme un simple rempart procédural et légaliste contre les atteintes à la loi . Comme l'a observé le pape Ratzinger , « il est évident que, sur les questions fondamentales de droit, où la dignité humaine est en jeu, le principe majoritaire ne suffit pas ».

    C'est dans cette perspective que se situe Léon XIV, ayant manifestement une compréhension claire de la distinction entre la démocratie classique, comprise comme une « forme de gouvernement », et la démocratie moderne, comprise comme le « fondement du gouvernement ». Contrairement à la première, la seconde, bien qu'elle garantisse la participation aux décisions politiques ainsi que la capacité d'élire et de contrôler les gouvernements, ignore la loi de vérité – c'est-à-dire ce qui est véritablement juste et peut devenir loi – s'exposant ainsi au risque de « devenir soit une tyrannie majoritaire, soit un masque pour la domination des élites économiques et technologiques  », comme l'affirme Léon XIV.

    Ce risque menace non seulement la démocratie, mais aussi l'ordre international. La situation actuelle révèle l'échec du simple « équilibre des puissances », qui nous a fait croire à la possibilité de trouver un terrain d'entente entre les nations. Un équilibre qui se croit capable de se passer d'un fondement objectif, apte à dialoguer avec les personnes de toutes cultures et de toutes religions, est voué à l'échec dès le départ. L'invitation que le Pape a adressée à la délégation de responsables politiques français en août 2025 incite à proposer avec une vigueur renouvelée le droit naturel comme voie de dialogue et de salut. « Il ne faut donc pas craindre de le proposer et de le défendre avec conviction », a déclaré le Pontife à cette occasion. « C’est une doctrine du salut qui vise le bien de tout être humain, l’édification de sociétés pacifiques, harmonieuses, prospères et réconciliées. »

    Depuis lors, le Saint-Père n’a cessé d’étonner, comme lorsqu’à la fin du mois de mars, lors de sa visite en Principauté de Monaco, il a admiré la « souveraineté de Jésus » qui règne dans la cité-État monégasque (du moins sur le plan institutionnel), invitant à une compréhension plus profonde de la doctrine sociale de l’Église et, surtout, à en faire un engagement concret au quotidien.

    Foi, doctrine sociale de l’Église, droit naturel, ce sont là les moyens essentiels pour garantir que la paix, une paix authentique, s'installe et devienne de plus en plus visible : « La paix ne peut se réduire à un slogan », observait Léon XIV lors de sa visite au Cameroun, « elle doit s'incarner dans un style personnel et institutionnel qui rejette toute forme de violence. [...] La paix, en effet, ne se décrète pas : elle s'accueille et se vit. C'est un don de Dieu, qui se développe par un travail patient et collectif. C'est la responsabilité de tous, et avant tout des autorités civiles. »

  • Foi et raison dans le discours « ratzingerien » du pape à Malabo

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    De Nico Spuntoni sur la NBQ :

    Foi et raison dans le discours « ratzingerien » du pape à Malabo

    Léon XIV a rappelé aux autorités de Guinée équatoriale l'importance de la doctrine sociale. Et au monde de la culture, il a réaffirmé que la foi ouvre la recherche à une plénitude vers laquelle tend la raison, sans pouvoir l'embrasser pleinement.

    22/04/2026
    LaPresse (Photo AP/Andrew Medichini)

    Hier, Léon XIV s'est rendu en Guinée équatoriale, quatrième étape de son long voyage apostolique en Afrique. À bord de l'avion en provenance d'Angola, le pape Prévost s'est adressé aux journalistes et a rendu hommage à son prédécesseur, François, à l'occasion du premier anniversaire de sa disparition. « Il a tant donné par sa vie et sa proximité avec les pauvres. Il a prêché le message de la miséricorde », a déclaré Léon XIV.

    Répondant à la question d'un journaliste angolais, le pape a annoncé qu'il n'avait pas encore fixé de date pour la création de nouveaux cardinaux. « Nous espérons pour l'Afrique et peut-être aussi pour l'Angola », s'est exclamé le pape Prévost, ajoutant aussitôt que la nomination d'un cardinal pour ce pays serait toutefois « dans un avenir proche, un peu plus lointain ».

    Dans son discours aux officiels au Palais présidentiel, le pontife a souligné l'importance de la doctrine sociale de l'Église, qui représente « une aide précieuse pour quiconque souhaite affronter les "choses nouvelles" qui déstabilisent la planète et la coexistence humaine, en cherchant avant tout le Royaume de Dieu et sa justice ». Parmi les personnalités citées, outre saint Jean-Paul II, saint Augustin et François, figuraient Léon XIII et son encyclique Rerum Novarum. Ce discours portait principalement sur l'utilisation des armes nucléaires et concluait que « Dieu ne le veut pas » et que, par conséquent, « il ne faut jamais l'invoquer pour justifier des choix et des actions meurtrières ». Dans le pays où le président Teodoro Obiang Nguema Mbasog règne depuis 46 ans, Prévost avertissait que la « soif de pouvoir et de gloire terrestres » mène « à la destruction ».

    Plus tard, s'adressant au monde de la culture sur le campus universitaire qui porte son nom, Léon XIV mettait en garde contre le danger de « dévier vers une intelligence qui ne cherche plus à correspondre à la réalité, mais à la plier à ses propres normes, la jugeant selon la convenance de ceux qui prétendent savoir ». Dans de tels cas, le savoir « cesse d'être ouverture et devient possession » et « se transforme en une affirmation orgueilleuse d'autosuffisance, ouvrant la voie à une confusion qui peut devenir inhumaine ».

    Son discours, d'inspiration ratzingérienne, portait sur la réconciliation de la foi et de la raison. S’adressant aux universitaires et intellectuels de Guinée équatoriale, il a réaffirmé que « la vérité n’est ni fabriquée ni manipulée », et que la foi n’entrave nullement la recherche culturelle et scientifique, mais au contraire « la purifie de toute autosuffisance et l’ouvre à une plénitude vers laquelle tend la raison, même si celle-ci ne peut l’embrasser pleinement ». Le pape a également encouragé l’investissement dans les infrastructures universitaires, soulignant la nécessité d’investir dans l’éducation des nouvelles générations.

    La première journée à Malabo s’est poursuivie.Après une visite à l'hôpital psychiatrique Jean-Pierre Olié et une rencontre privée avec les évêques locaux, Léon XIV se rendra aujourd'hui à Montgomo où il célébrera la messe en la basilique de l'Immaculée Conception et visitera le lycée technologique portant le nom de son prédécesseur, François.

  • Les catholiques conservateurs européens ne peuvent tolérer les attaques de Trump contre le pape

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    De Rafael Pinto Borges sur The European Conservative :

    Les catholiques conservateurs européens ne peuvent tolérer les attaques de Trump contre le pape.

    Dans le bras de fer entre la Maison Blanche et le Vatican, il est déjà clair que la grande majorité des catholiques préféreront se ranger du côté de leur pape plutôt que du président des États-Unis.

    Le Saint-Siège est habitué aux querelles avec les princes laïques. La plus célèbre d'entre elles fut sans doute le conflit acharné qui opposa la papauté médiévale et l'empereur du Saint-Empire romain germanique pour la primauté de l'un sur l'autre. La dispute actuelle entre le pape Léon XIV et le président américain Donald Trump, figure qui se rapproche le plus d'un empereur séculier dans l'Occident moderne, rappelle étrangement ces controverses antiques. À l'instar de la lutte entre les Guelfes (pro-pape) et les Gibelins (pro-empereur), l'Occident est, une fois de plus, divisé.

    À l'instar de ses prédécesseurs, Léon XIV a adopté une position de principe et inflexible contre la guerre. Le pape saint Jean-Paul II avait rejeté les tentatives du président George W. Bush de lui faire approuver l'invasion de l'Irak ; son célèbre discours « Non à la guerre ! » devant le corps diplomatique a marqué l'apogée des efforts du Vatican pour empêcher le désastre qui s'ensuivit. Benoît XVI, citant Benoît XV, avait qualifié la guerre de « massacre inutile » et d'« échec de l'humanité ». Le pape François a déclaré : « Plus jamais la guerre ! Avec la guerre, tout est perdu ! La guerre est toujours une défaite ! » 

    Le Catéchisme de l'Église catholique affirme que « tous les citoyens et tous les gouvernements sont tenus d'œuvrer pour éviter la guerre » (CEC 2308) ; il soutient que la guerre n'est un instrument acceptable pour les États qu'en cas de légitime défense ; et il impose des limites strictes à l'usage des armes, même lorsque la guerre, de par sa nature défensive, est jugée juste . Selon la doctrine catholique, pour qu'une guerre soit juste , le dommage infligé par l'agresseur doit être « durable, grave et certain » ; « tous les autres moyens d'y mettre fin doivent s'être révélés impraticables ou inefficaces » ; « il doit exister de sérieuses perspectives de succès » ; et « l'usage des armes ne doit pas produire de maux et de désordres plus graves que le mal à éliminer » (CEC 2309). Quelles que soient les opinions personnelles que l'on puisse avoir sur les événements qui se sont récemment déroulés au Moyen-Orient, il serait difficile de soutenir que ces conditions ont été remplies de manière convaincante.

    Le conflit entre l'Église et Trump s'est intensifié suite aux déclarations répétées du secrétaire américain à la Guerre, Pete Hegseth, qui affirmait que la guerre au Moyen-Orient bénéficiait d'une autorisation divine. Le 25 mars, lors d'un office religieux au Pentagone, Hegseth a prié pour « une action d'une violence irrésistible contre ceux qui ne méritent aucune pitié » et pour que « chaque balle atteigne sa cible contre les ennemis de la justice ». Le 31 mars, cependant, le pape a exhorté le président Trump à « trouver une issue » et à mettre fin à la guerre. Le 10 avril, Léon XIV i a ajouté que « Dieu ne bénit aucun conflit ». Le 12 avril, Trump a répliqué par une image grotesque et profondément insultante, générée par une intelligence artificielle, dans laquelle il se représentait en Christ. Le lundi 13, Trump a également affirmé de manière absurde que le pontife romain était « laxiste face à la criminalité » et « catastrophique en matière de politique étrangère ». On ignore toujours pourquoi le président des États-Unis parle de l'évêque de Rome et vicaire du Christ comme s'il s'agissait d'un gouverneur démocrate.

    Indépendamment de leurs convictions politiques, les catholiques romains sont tenus de témoigner respect, obéissance et révérence à leur pape. Il n'est donc pas surprenant que tant de commentateurs catholiques américains aient dénoncé les propos du président . De même, il n'est pas étonnant qu'une grande partie de la droite européenne, longtemps alliée à Trump, se retourne désormais ouvertement contre lui. 

    Il n'existe pas d'exemple plus frappant de cette dynamique que le fossé grandissant entre la Première ministre italienne Giorgia Meloni et le président américain. À l'instar de l' immense majorité de ses compatriotes , Mme Meloni a critiqué la guerre au Moyen-Orient. Le 31 mars, Rome a interdit à l'armée de l'air américaine d'utiliser une base aérienne en Sicile pour soutenir l'effort de guerre. Et, face aux diatribes incohérentes de Trump contre le Saint-Père, elle a elle aussi défendu l'honneur du pape, qualifiant les attaques de Trump contre Léon XIV d'« inacceptables ». Trump n'a pas tardé à manifester sa fureur contre Mme Meloni, le président américain accusant la dirigeante italienne de manquer de courage et menaçant son pays de représailles.

    D'autres figures de la droite populiste européenne ont depuis exprimé leur solidarité avec Meloni : son partenaire de coalition et allié de Trump, Matteo Salvini, a déclaré : « S'attaquer au pape n'est ni utile ni intelligent. » Et, en Espagne, les nationalistes pro-Trump de VOX ont convenu que les positions du président américain sont « difficiles à comprendre ».

    Comme c'est le cas pour la plupart des catholiques américains , la majorité de leurs coreligionnaires européens ont été tout aussi surpris, voire déçus, par le regrettable manquement du vice-président catholique J.D. Vance à défendre l'honneur du pape. Comme l'explique saint Thomas d'Aquin dans son ouvrage De Regno , les lourdes responsabilités du pouvoir politique n'exemptent pas les catholiques de leurs devoirs de chrétiens ; pour eux, Dieu est la finalité ultime de l'action politique. Les catholiques ont un devoir de loyauté envers leur pape : si Vance est certainement en droit de ne pas être d'accord avec Léon XIV sur les questions temporelles lorsqu'elles ne contreviennent pas explicitement à la doctrine catholique, il est inadmissible que le vice-président ne condamne pas les insultes proférées par son supérieur à l'encontre de l'évêque de Rome. L'affirmation de Vance selon laquelle Léon XIV devrait être « plus prudent » dans les débats théologiques ou que le vicaire du Christ devrait être instruit sur la théorie de la guerre juste par le vice-président des États-Unis est, hélas, honteuse et indéfendable. 

    Alors que le président américain a accusé le pape d'être « désastreux en matière de politique étrangère », ce sont les faux pas de Trump dans la gestion de l'Europe, de la crise du Groenland à cette dernière controverse, qui l'éloignent de nombreux alliés de longue date. Dans le bras de fer entre la Maison-Blanche et le Vatican, il est déjà clair que la grande majorité des catholiques préféreront se ranger du côté de leur pape plutôt que de celui du président des États-Unis. Le parti guelfe de la droite catholique l'emportera. Si Donald Trump souhaite enrayer l'érosion de son influence – et, par conséquent, de celle des États-Unis – auprès des catholiques européens, il serait bien avisé de changer de cap. S'il ne le fait pas, les conséquences ne seront probablement pas seulement culturelles, mais aussi géopolitiques. 

    Rafael Pinto Borges est le fondateur et président de Nova Portugalidade, un think tank conservateur et patriotique basé à Lisbonne. Politologue et historien, il a collaboré à de nombreuses publications nationales et internationales. Vous pouvez le retrouver sur X sous le pseudo @rpintoborges.