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Doctrine Sociale - Page 4

  • La construction de la paix sur le site moralesociale.net; un éclairage très actuel

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    La construction de la paix (https://www.moralesociale.net/)

  • Le pape et Trump : un contraste explosif 

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    Du Professeur Roberto de Mattei sur Corrispondenza Romana :

    Le pape et Trump : un contraste explosif 

    Suite aux invectives du président Trump contre le pape Léon XIV, la condamnation s'impose, et la Première ministre italienne, Giorgia Meloni, a eu raison de l'exprimer, en tant que dirigeante d'une nation qui abrite le Siège de Pierre. Léon XIV est le chef de l'Église universelle, et par-dessus tout le plus puissant de la terre, et jamais, comme dans ce cas précis, le respect de la forme ne saurait se substituer au respect du fond. Mais la condamnation doit être suivie d'une analyse des paroles et des actes, si nous ne voulons pas nous enliser dans le chaos qui engloutit quiconque renonce à la raison en une époque aussi troublée que la nôtre. Et la première question que doit se poser quiconque souhaite user de raison est la suivante : pourquoi Donald Trump s'en est-il pris avec tant de véhémence à Léon XIV, l'accusant d'être  « libéral » et de « faire des concessions à la gauche radicale », alors que, lors de son premier mandat présidentiel, il ne s'en est jamais pris avec autant de virulence au pape François, pourtant certainement plus « libéral » et de gauche que son successeur ?  

    Revenons sur les événements : « Une civilisation entière mourra ce soir, pour ne jamais renaître », écrivait Trump le 7 avril dans  Truth,  quelques heures seulement avant l’expiration de l’ultimatum par lequel il tentait de contraindre Téhéran à une capitulation sans condition. Léon XIV prit très au sérieux la menace retentissante de Trump et, le même jour, quittant Castel Gandolfo, qualifia la menace faite au peuple iranien d’« inacceptable » . Ce n’était pas la première fois qu’il réprimandait, directement ou indirectement, le président américain pour sa gestion de la crise.

    Le 11 avril, après la veillée de prière organisée à la basilique Saint-Pierre, alors même que les pourparlers de paix entre les États-Unis et l'Iran au Pakistan s'avéraient infructueux, Trump a exprimé sa colère envers le pape sur son compte de réseau social, Truth, le qualifiant de « laxiste face à la criminalité » et de « piètre diplomate ». Le président américain a ajouté : « Je ne veux pas d'un pape qui trouve inadmissible que l'Amérique ait attaqué le Venezuela, un pays qui envoyait des quantités massives de drogue aux États-Unis et, pire encore, qui vidait ses prisons – y compris des meurtriers, des trafiquants de drogue et des tueurs à gages – pour les envoyer chez nous . » Trump a poursuivi : « Je ne veux pas d'un pape qui critique le président américain parce que je fais exactement ce pour quoi j'ai été élu, et avec une victoire écrasante : réduire la criminalité à un niveau historiquement bas et créer le meilleur marché boursier de l'histoire. Je préfère de loin son frère Louis, qui a tout compris . »

    L'attaque frontale de Trump a été suivie d'une réponse mesurée de Léon XIV. « Cela ne m'effraie pas » et « je ne veux pas ouvrir de débat » , a déclaré le pape aux journalistes, à son arrivée en Algérie lors de son voyage en Afrique. « Je ne suis pas un homme politique : arrêtons les guerres ! » , a expliqué le pontife, rappelant qu'il parlait « de l'Évangile : je continuerai à le faire haut et fort » contre les conflits.

    Trump, qui ne semble comprendre ni les règles de la diplomatie ni les bonnes manières, recourt à l'exagération comme outil de négociation. Il n'est pas le seul. Depuis le début du conflit en Ukraine, Poutine, et surtout l'ancien président russe Dmitri Medvedev, n'ont cessé de brandir la menace de l'arme nucléaire. C'est profondément inquiétant, mais cela ne signifie pas nécessairement qu'ils comptent joindre le geste à la parole. Le problème est que la Russie, comme la Chine et la Corée du Nord, possède un arsenal nucléaire, contrairement à l'Iran. C'est là que réside la question fondamentale, posée par Mario Sechi dans « Libero » le 14 avril : « Que faire de l'Iran, qui réaffirme sa volonté de poursuivre son programme nucléaire ? » Les négociations ont en effet échoué précisément parce que l'Iran refuse de renoncer à l'utilisation de la bombe atomique. Une intervention militaire pour contrer cette menace ne relève-t-elle pas de la notion de « guerre juste », évoquée par George Weigel dans son article « Guerre, paix, président et pape » paru dans le Washington Post du 13 avril ? Weigel souligne que les conflits ne peuvent être abordés uniquement par des arguments politiques, mais doivent être évalués selon des critères éthiques, appelant à un dialogue plus sérieux et responsable entre les autorités politiques et religieuses sur les questions de guerre et de paix.

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  • Corruption, droits de l’homme, fondamentalisme… le discours percutant de Léon XIV aux dirigeants du Cameroun

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    VOYAGE APOSTOLIQUE DE SA SAINTETÉ LE PAPE LÉON XIV
    EN ALGÉRIE, AU CAMEROUN, EN ANGOLA ET EN GUINÉE ÉQUATORIALE
    (13-23 AVRIL 2026)

    RENCONTRE AVEC LES AUTORITÉS, AUX REPRÉSENTANTS DE LA SOCIETÉ CIVILE
    ET LE CORPS DIPLOMATIQUE

    DISCOURS DU SAINT-PÈRE

    Palais Présidentiel (Yaoundé)
    Mercredi 15 avril 2026

    Monsieur le Président,

    Distinguées Autorités et membres du Corps diplomatique,
    Mesdames et Messieurs !

    Je vous remercie sincèrement pour l’accueil chaleureux qui m’a été réservé et pour les paroles de bienvenue qui m’ont été adressées. C’est une profonde joie de me trouver au Cameroun, souvent qualifié d’“Afrique en miniature” en raison de la richesse de ses territoires, de ses cultures, de ses langues et de ses traditions. Cette variété n’est pas une fragilité, mais un trésor. Elle est une promesse de fraternité et une fondation solide pour construire une paix durable.

    Je viens parmi vous en tant que pasteur et serviteur du dialogue, de la fraternité et de la paix. Ma visite exprime l’affection du Successeur de Pierre pour tous les Camerounais, ainsi que le désir d’encourager chacun à poursuivre, avec enthousiasme et persévérance, la construction du bien commun. Nous vivons une époque où la résignation se répand et où un sentiment d’impuissance tend à paralyser le renouveau que les peuples ressentent profondément. Que de faim et soif de justice ! Que de soif de participation, de visions, de choix courageux et de paix ! Mon grand désir est de toucher le cœur de chacun, en particulier celui des jeunes, appelés à façonner, y compris sur le plan politique, un monde plus juste. Je tiens également à manifester ma volonté de renforcer les liens de coopération entre le Saint-Siège et la République du Cameroun, fondés sur le respect réciproque, sur la dignité de toute personne humaine et sur la liberté religieuse.

    Le Cameroun garde en mémoire les visites de mes Prédécesseurs : celle de saint Jean-Paul II, messager d’espérance pour tous les peuples d’Afrique ; et celle de Benoît XVI, qui souligna l’importance de la réconciliation, de la justice et de la paix, ainsi que la responsabilité morale des gouvernants. Je sais que ces moments ont marqué votre histoire nationale, telles des exhortations exigeantes à l’esprit de service, à l’unité et à la justice. Nous pouvons donc nous interroger : où en sommes-nous ? Comment la Parole qui nous a été annoncée a-t-elle porté ses fruits ? Et que reste-t-il à faire ?

    Il y a 1600 ans, saint Augustin écrivait des mots d’une grande actualité : « Ceux qui commandent sont au service de ceux qu’ils semblent commander. Ils ne commandent pas par soif de domination, mais par devoir de subvenir aux besoins ; non par orgueil pour s’imposer, mais par compassion pour protéger ». [1] Dans cette perspective, servir son pays c’est se consacrer, avec un esprit lucide et une conscience intègre, au bien commun de tout le peuple : de la majorité, des minorités, dans leur harmonie réciproque.

    Aujourd’hui, comme beaucoup d’autres nations, votre pays traverse des épreuves compliquées. Les tensions et les violences qui ont frappé certaines régions du nord-ouest, du sud-ouest et de l’extrême nord ont causé de profondes souffrances : des vies perdues, des familles déplacées, des enfants privés d’école, des jeunes qui ne voient pas d’avenir. Derrière les statistiques, il y a des visages, des histoires, des espérances brisées. Face à des situations aussi dramatiques j’ai, au début de cette année, invité l’humanité à rejeter la logique de la violence et de la guerre, pour embrasser une paix fondée sur l’amour et la justice. Une paix désarmée, c’est-à-dire qui n’est pas fondée sur la peur, la menace ou les armements ; et désarmante, car capable de résoudre les conflits, d’ouvrir les cœurs et de susciter la confiance, l’empathie et l’espérance. La paix ne peut être réduite à un slogan : elle doit s’incarner dans un style, personnel et institutionnel, qui rejette toute forme de violence. C’est pourquoi je le répète avec force : « Le monde a soif de paix. […] Assez de guerres, avec leur douloureux cortège de morts, de destructions, d’exilés ». [2] Ce cri veut être un appel à la volonté de contribuer à une paix authentique, en la faisant passer avant tout intérêt partisan.

    La paix, en effet, ne se décrète pas : elle s’accueille et se vit. Elle est un don de Dieu qui se développe à travers un travail patient et collectif. Elle est de la responsabilité de tous, en premier lieu celle des Autorités civiles. Gouverner, c’est aimer son pays, mais aussi les pays voisins. Le commandement “aime ton prochain comme toi-même” s’applique également aux relations internationales ! Gouverner, c’est écouter réellement les citoyens, estimer leur intelligence et leur capacité à contribuer à l’élaboration de solutions durables aux problèmes. Le Pape François a souligné la nécessité de dépasser « cette conception des politiques sociales comme une politique envers les pauvres, mais jamais avec les pauvres, jamais pour les pauvres, et encore moins inscrite dans un projet qui rassemble les peuples ». [3]

    Dans ce changement d’approche, la société civile doit être considérée comme une force vitale pour la cohésion nationale. Le Cameroun est lui aussi prêt pour cette transition ! Associations, organisations de femmes et de jeunes, syndicats, ONG humanitaires, chefs traditionnels et religieux : tous jouent un rôle irremplaçable dans la construction de la paix sociale. Ce sont eux les premiers à intervenir lorsque des tensions surgissent ; ce sont eux qui accompagnent les personnes déplacées, soutiennent les victimes, ouvrent des espaces de dialogue et encouragent la médiation locale. Leur proximité avec le terrain permet de comprendre les causes profondes des conflits et d’entrevoir des réponses adaptées. La société civile contribue en outre à former les consciences, à promouvoir la culture du dialogue et le respect des différences. C’est donc en son sein que se prépare un avenir moins exposé à l’incertitude. Je tiens à souligner avec gratitude le rôle des femmes. Malheureusement, elles sont souvent les premières victimes des préjugés et des violences ; elles restent cependant des artisans infatigables de paix. Leur engagement dans l’éducation, la médiation et la reconstruction du tissu social est sans égal et constitue un frein à la corruption et aux abus de pouvoir. C’est aussi pour cette raison que leur voix doit être pleinement reconnue dans les processus décisionnels.

    Face à tant de dévouements dans la société, la transparence dans la gestion des ressources publiques et le respect de l’État de droit sont essentiels pour rétablir la confiance. Il est temps d’oser faire un examen de conscience et un saut qualitatif courageux. Que les institutions justes et crédibles deviennent des piliers de la stabilité. L’autorité publique est appelée à être un pont, et jamais un facteur de division, même là où l’insécurité semble régner. La sécurité est une priorité, mais elle doit toujours s’exercer dans le respect des droits de l’homme, en unissant rigueur et grandeur d’âme, avec une attention particulière pour les plus vulnérables. Une paix authentique naît lorsque chacun se sent protégé, écouté et respecté, lorsque la loi est un rempart sûr contre l’arbitraire des plus riches et des plus forts.

    À bien y regarder, frères et sœurs, les hautes fonctions que vous assumez exigent un double témoignage. Le premier témoignage se concrétise dans la collaboration entre les différents organes et niveaux administratifs de l’État au service du peuple, et en particulier des plus pauvres ; le second témoignage se réalise en unissant vos responsabilités institutionnelles et professionnelles à une conduite de vie intègre. [4] Pour que la paix et la justice s’affirment, il faut en effet briser les chaînes de la corruption qui défigurent l’autorité en la vidant de sa crédibilité. Il faut libérer le cœur de cette soif de gain qui est une idolâtrie. Le véritable gain c’est le développement humain intégral, c’est-à-dire la croissance équilibrée de tous les aspects qui font de la vie sur cette terre une bénédiction.

    Le Cameroun dispose des ressources humaines, culturelles et spirituelles nécessaires pour surmonter les épreuves et les conflits, et avancer vers un avenir de stabilité et de prospérité partagée. Il faut que l’engagement commun en faveur du dialogue, de la justice et du développement intégral transforme les blessures du passé en sources de renouveau. Comme je le disais, les jeunes représentent l’espérance du pays et de l’Église. Leur énergie et leur créativité sont des richesses inestimables. Bien sûr, lorsque le chômage et l’exclusion persistent, la frustration peut engendrer de la violence. Investir dans l’éducation, dans la formation et dans l’esprit d’entreprise des jeunes est donc un choix stratégique pour la paix. C’est le seul moyen d’endiguer l’hémorragie de talents merveilleux vers d’autres régions de la planète. C’est aussi le seul moyen de lutter contre les fléaux de la drogue, de la prostitution et de la torpeur qui dévastent trop de jeunes vies, de manière toujours plus dramatique.

    Grâce à Dieu, les jeunes Camerounais ont une spiritualité profonde qui résiste encore à l’uniformisation du marché. Elle est une énergie qui rend leurs rêves précieux, ancrés dans les prophéties qui nourrissent leurs prières et leurs cœurs. Les traditions religieuses, lorsqu’elles ne sont pas faussées par le poison des fondamentalismes, inspirent des prophètes de paix, de justice, de pardon et de solidarité. En favorisant le dialogue interreligieux et en associant les responsables religieux aux initiatives de médiation et de réconciliation, la politique et la diplomatie peuvent s’appuyer sur des forces morales capables d’apaiser les tensions, de prévenir les radicalisations et de promouvoir une culture d’estime et de respect mutuels. L’Église catholique au Cameroun, à travers ses œuvres éducatives, sanitaires et caritatives, souhaite continuer à servir tous les citoyens sans distinction. Elle désire collaborer loyalement avec les autorités civiles et avec toutes les forces vives de la nation pour promouvoir la dignité humaine et la réconciliation. Là où c’est possible, elle veut faciliter la coopération avec d’autres pays ainsi que les liens entre les Camerounais dans le monde avec leurs communautés d’origine.

    Que Dieu bénisse le Cameroun, soutienne ses dirigeants, inspire la société civile, éclaire le travail du Corps Diplomatique et accorde à tout le peuple camerounais – chrétiens et non-chrétiens, responsables politiques et citoyens – d’accueillir le Royaume de Dieu, en construisant ensemble un avenir de justice et de paix.

    _______________________________

    [1] Saint Augustin, De civitate Dei, XIX, 14.

    [2] Discours en présence des chefs religieux à l’occasion de la Rencontre mondiale pour la paix (28 octobre 2025).

    [3] François, Discours aux participants à la 3e Rencontre mondiale des mouvements populaires (5 novembre 2016).

    [4] Discours au Préfets de la République italienne (16 février 2026) .

  • Diocèses et paix : la prière suffit-elle ?

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    De Stefano Fontana sur la NBQ :

    Diocèses et paix : la prière suffit-elle ?

    Suite à l'invitation du pape Léon XIV, les diocèses prient pour la paix, mais cela ne suffit pas tant que le manque d'engagement à construire une société humaine à la lumière de la doctrine sociale de l'Église n'est pas résolu. 

    11/04/2026

    Suite à l'invitation du pape Léon XIV et aux initiatives qu'il a encouragées, de nombreux diocèses et paroisses ont organisé des offices et des veillées de prière pour la paix. La prière est un premier pas, car la paix est le fruit de la charité, mais est-elle pour autant le seul ? Assurément, l'Église œuvre pour la paix dans toute sa vie et son activité, de la liturgie aux sacrements, de la catéchèse aux œuvres de charité spirituelles et matérielles. Tout cela contribue à l'ordre sur lequel la paix se fonde et en quoi elle consiste. Cela aide à bâtir l'ordre et à le restaurer après le péché, participant ainsi à la justice sans laquelle il n'y a pas de paix.

    Il existe cependant une approche spécifique que l'Église doit adopter pour construire la paix, qui est aussi une expression de charité. Je fais référence à la Doctrine sociale de l'Église, à son enseignement et à sa mise en œuvre, à sa doctrine et à sa pratique. Si la paix est la « tranquillitas ordinis », comme le dit saint Augustin au chapitre XIX de De civitate Dei, il ne fait aucun doute qu'elle naît de la construction d'un ordre social et politique conforme à la justice. C'est précisément l'objectif de la Doctrine sociale de l'Église et des énergies de pensée et d'action qui en découlent. Face à la puissance des acteurs en guerre aujourd'hui, cette référence à la Doctrine sociale peut paraître naïve, mais il ne faut pas oublier, comme l'a enseigné Jean-Paul II, que les erreurs s'enracinent et deviennent des structures de péché, tout comme les petites bonnes actions s'enracinent et deviennent des structures de bien. (...)

    Nous savons bien que certains diocèses sont petits, que tous rencontrent diverses difficultés, mais il convient de relever cette contradiction entre la prière pour la paix et le manque d'engagement dans la construction de la société humaine à la lumière de la doctrine sociale de l'Église.

  • Les véritables causes de la guerre et l’unique condition de la paix

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    De Roberto de Mattei sur Correspondance Européenne :

    Les véritables causes de la guerre et l’unique condition de la paix

     

    La plupart des analystes occidentaux sont convaincus que la guerre en cours au Moyen-Orient est due avant tout à des intérêts économiques dans le secteur pétrolier et énergétique. D’autre part, la principale préoccupation de l’opinion publique, en Europe et aux États-Unis, est que la prolongation du conflit puisse affecter la vie quotidienne, en abaissant de manière significative le niveau de vie. Face à cette lecture des événements, une question s’impose spontanément : n’y a-t-il vraiment rien au-delà de la dimension économique qui puisse expliquer ce qui se passe ? Juan Donoso Cortés se trompait-il lorsqu’il affirmait qu’il n’existe pas de question politique qui n’implique, en dernière instance, une question théologique, nous invitant à élever notre regard vers la sphère des principes premiers sur lesquels repose l’univers ? (Ensayo sobre el catolicismo, el liberalismo y el socialismo, BAC, 1946, vol. II, p. 501).

    Pourtant, certains n’hésitent pas à attribuer aux événements confus et dramatiques en cours une signification eschatologique. Aux États-Unis, par exemple, le protestantisme évangélique exerce une forte influence sur la vie politique. Les évangéliques représentent environ 20 à 25 % de la population américaine et disposent d’un vaste réseau médiatique, ce qui en fait l’une des composantes religieuses les plus organisées du pays. Leur galaxie comprend des courants tels que les « chrétiens sionistes », qui interprètent le retour du peuple juif sur la terre d’Israël comme faisant partie du plan divin. Le soutien politique et militaire des États-Unis à l’État d’Israël répondrait à un dessein providentiel, et la reconstruction du Temple de Jérusalem est vue comme une étape nécessaire à l’accomplissement des prophéties bibliques.

    Le secrétaire américain à la Défense Pete Hegseth, lors d’une intervention à Jérusalem en 2018, a exprimé ouvertement l’espoir de la reconstruction du Troisième Temple. Aujourd’hui cependant, le mont où s’élevaient le Premier et le Second Temple de Jérusalem, détruits par les Babyloniens et les Romains, est occupé par le Dôme du Rocher, l’un des sanctuaires les plus sacrés de l’islam. La reconstruction du Temple en ce lieu ouvrirait un conflit avec l’ensemble du monde musulman et, pour cette raison également, de nombreux juifs interprètent cette reconstruction de manière uniquement symbolique. Le messianisme reste toutefois un élément unificateur qui traverse le judaïsme, en Israël comme en dehors. Pour certains, il s’agit de l’attente d’un Messie personnel, associé à la restauration de Jérusalem ; pour d’autres, la figure personnelle du Messie est remplacée par l’idée d’un « âge messianique », entendu comme une rédemption historique de l’humanité.

    Le messianisme occupe également une place centrale dans l’islam chiite, en particulier dans son courant principal duodécimain. Les fidèles croient que le douzième imam, Muhammad al-Mahdi, n’est pas mort, mais qu’il est entré en état « d’occultation » (ghayba) en 941 apr. J.-C. Selon cette doctrine, il est l’« Imam caché », destiné à réapparaître à la fin des temps comme le Mahdi, le « bien guidé », afin de rétablir la justice et d’inaugurer une ère de vérité. Les dirigeants de la République islamique d’Iran se présentent comme les « régents » temporaires du Mahdi, chargés de gouverner en attendant son retour. Ils considèrent la libération d’Al-Qods (Jérusalem) et des lieux saints de l’islam comme un devoir sacré pour tous les musulmans, afin de permettre le retour du Mahdi. Le conflit avec l’État d’Israël est un élément nécessaire de cette vision eschatologique (Vali Nasr, The Shia Revival, W. W. Norton, 2006).

    Qu’est-ce donc, d’autre part, sinon une vision eschatologique, que le mythe russe de la « Troisième Rome », dans lequel Moscou est présentée comme la dernière héritière de la véritable foi chrétienne, appelée à la garder jusqu’à la fin des temps ?

    Pour l’idéologue de Poutine, Aleksandr Dugin, la « Troisième Rome » représente l’antithèse de l’Occident, décrit comme une civilisation décadente, arrivée à la fin de son cycle historique. Les critiques de Dugin envers l’Occident sont « remodulées » en Iran, en Turquie et dans le monde arabe, surtout dans une perspective anti-sioniste. Kamal Gasimov et Marlene Laruelle, dans leur essai Eurasia and eschatology. Dugin’s antiliberal resonances in the Muslim world, ont montré l’affinité des positions de Dugin avec celles du messianisme chiite (Studies in East European Thought, 78, 2026, pp. 377-399). Françoise Thom, quant à elle, dans un article intitulé États-Unis et Russie : les ravages de l’eschatologie, du 22 mars 2026, montre comment le syncrétisme eschatologique de Dugin naît de l’utilisation de thèmes théologiques au service de l’impérialisme du Kremlin.

    L’erreur commune à toutes les fausses eschatologies est, en dernière analyse, d’interpréter la lutte entre le Bien et le mal comme une lutte entre puissances séculières pour la domination du monde. Cela permet de comprendre que même la Silicon Valley n’est pas étrangère à ces perspectives eschatologiques. Elon Musk se réfère au Russe Konstantin Tsiolkovski, fondateur du « cosmisme », une vision panthéiste de l’univers, dans laquelle l’exploration de l’espace est une étape nécessaire du processus d’évolution de l’homme et de son intégration avec le cosmos.

    De son côté, le cofondateur de PayPal, Peter Thiel, dans une série de conférences tenues à Rome au mois de mars sur le thème de l’Antéchrist, soutient que la technologie peut devenir soit un instrument de salut, soit un facteur de destruction, selon l’usage qui en est fait. Selon Thiel, les États-Unis incarnent une double possibilité : être le Katechon, la force qui retient le chaos, ou devenir l’Antéchrist, la puissance qui, à travers ses instruments de surveillance, pourrait dominer le monde. Thiel lui-même, créateur de systèmes de contrôle technologique comme l’entreprise Palantir, semble assumer cette double et inquiétante identité.

    Et l’Église catholique ? Peut-elle se limiter à invoquer la paix, dans une perspective aussi immanente que celle de ceux qui proclament la guerre pour des fins mondaines ? L’Église n’a-t-elle pas sa propre théologie de l’histoire, fondée sur l’opposition augustinienne des deux cités : l’une mue par « l’amour de soi jusqu’au mépris de Dieu », l’autre par « l’amour de Dieu jusqu’au mépris de soi » (De Civitate Dei, livre XIV, chap. 28) ?

    Dans son homélie de Pâques du 9 avril 1939, six mois avant le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, Pie XII rappelait que « le fondement unique et inébranlable sur lequel repose la véritable paix est Dieu. Dieu connu, respecté, obéi. Diminuer ou détruire cette obéissance au Créateur divin revient à troubler ou à détruire complètement la paix dans les individus comme dans les familles, dans les nations comme dans le monde entier ».

    L’éloignement de Dieu est la cause de toute guerre, de même que le retour à l’ordre naturel et divin, que l’Église catholique garde, est la condition de la seule véritable paix. « Alors enfin – s’écrie Pie XI dans son encyclique Quas Primas du 11 décembre 1925 – tant de blessures pourront être guéries, alors tout droit retrouvera sa force originelle, alors enfin reviendront les précieux biens de la paix, et les épées tomberont des mains, lorsque tous accueilleront volontiers le règne du Christ et lui obéiront, lorsque toute langue confessera que le Seigneur Jésus-Christ est dans la gloire de Dieu le Père ».

    Le Message de Fatima de 1917, qui prophétise le triomphe du Cœur Immaculé de Marie après le châtiment des nations, scelle cette théologie de l’histoire. Celui qui est capable d’élever son regard au-delà de l’horizon immanent des événements historiques met sa confiance dans cette paix ordonnée que le Rédempteur apportera sur la terre avant la fin des temps, en en confiant la réalisation à sa Mère divine.

  • Le catholicisme comme religion d'État, l'exception positive de Monaco

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    De Stefano Fontana sur la NBQ :

    Le catholicisme comme religion d'État, l'exception positive de Monaco

    Lors de son voyage apostolique en Principauté de Monaco, le pape Léon XIV a salué le catholicisme comme religion d'État. Un événement aujourd'hui rare, qui porte un coup dur au dogme moderne de la laïcité d'État, à condition toutefois que le catholicisme soit véritablement vécu comme religion publique. 

    31 mars 2026

    Léon XIV et la famille d'Albert II de Monaco

    Le voyage de Léon XIV en Principauté de Monaco, samedi 28 mars, présentait un double intérêt, comme l'a immédiatement souligné la presse : la Principauté est l'un des rares États catholiques où le catholicisme est religion d'État, et le Prince a récemment refusé de signer une loi, approuvée en mai dernier par le Conseil national, autorisant l'avortement jusqu'à la douzième semaine de grossesse, invoquant la religion catholique du souverain. Ces deux raisons sont liées, mais la première a manifestement suscité le plus d'intérêt. Aujourd'hui, en effet, l'idée même d'un État catholique est considérée comme un blasphème par le laïcisme dominant. De ce fait, cette visite a également pu être perçue comme une provocation envers l'un des dogmes les plus largement acceptés de la politique occidentale. Dans son message de bienvenue à la population lors de cette visite de courtoisie au Prince de Monaco, Léon XIV a fait directement référence à la question de l'État catholique dans un passage particulièrement révélateur : « La foi catholique, dont vous êtes parmi les rares pays au monde à avoir la religion d'État, nous place devant la souveraineté de Jésus. »

    Par ces mots, l'idée d'une religion d'État est acceptée positivement, ce qui constitue en soi une bonne nouvelle. Le Pape ne mentionne pas l'« autonomie légitime » de l'État, une expression qui masque souvent l'acceptation du sécularisme moderne. Il ne parle pas d'un sécularisme « ouvert » aux religions, une expression qui conduit généralement à l'indifférence religieuse et à l'égalité politique des différentes religions. En reconnaissant la religion d'État, il confirme que le catholicisme, en Principauté de Monaco, occupe une place primordiale et unique et, implicitement, affirme que cela est juste, conformément aux préceptes de l'Église catholique elle-même. Léon XIV reconnaissait implicitement une relation privilégiée entre l'État, et non seulement la personne du Prince ou sa famille, et une religion unique. La référence à la souveraineté du Christ comme fondement de la religion d'État revêt donc une importance considérable, avec tout ce que ce concept de royauté a signifié et signifie encore, malgré les récents réexamens théologiques. La souveraineté du Christ exige la religion d'État. Cela tend à faire de la situation de la Principauté non pas une exception isolée, mais la règle. D'où peut-être l'insistance du Pape sur des détails – comme la petitesse de la Principauté de Monaco – qui peuvent jouer un rôle majeur dans le plan providentiel de Dieu.

    Cette souveraineté du Christ, a poursuivi le Pape, « engage les chrétiens à devenir un royaume de frères et sœurs dans le monde, une présence qui n’écrase pas mais élève, qui ne sépare pas mais unit, prête à toujours protéger par amour toute vie humaine, à chaque instant et en toute circonstance, afin que nul ne soit jamais exclu de la table de la fraternité ». Ce développement du discours peut être compris comme la lumière que la vraie religion émane pour animer toute la société, dans une fraternité qui, si elle n’est pas fondée sur la religion, risque toujours de se perdre. Nous sommes tous frères au niveau naturel, mais sans la souveraineté du Christ, cette fraternité purement naturelle se perd.

    Le prince Albert II a également évoqué cette fonction sociale directe de la religion : « Le cadre actuel respecte qui nous sommes à la lumière du rôle qu'occupe la religion catholique dans notre pays, tout en assurant un soutien sûr et plus humain. »

    Il serait regrettable de ne pas prendre en compte les développements survenus lors de la visite papale en Principauté de Monaco. La reconnaissance du rôle public et politique (voire institutionnel) de la religion catholique constitue une contre-révolution face à l'irréligion qui domine la vie politique des pays occidentaux, notamment européens, et appelle à une profonde remise en question du concept obsolète de laïcité. Toutefois, il serait naïf de croire que les discours du Pape à Monaco constituaient un appel au retour à un régime chrétien. La Principauté, comme Léon XIV l'a lui-même reconnu, est un microcosme, une société profondément sécularisée, laïque dans son mode de vie et très prospère. Face à cette société, la religion d'État risque de devenir une simple convention, et non plus un élément de la vie quotidienne. Certes, le Prince s'est opposé à la loi sur l'avortement, mais il est tout aussi vrai que le Conseil national l'a approuvée.

    C’est là qu’intervient l’invitation du Pape à la communauté catholique, l’invitant à intégrer dans sa vie les enseignements tirés de son statut de religion d’État. Ce statut exige que la relation privilégiée avec le catholicisme se manifeste et s’accomplisse dans la vie de la communauté, dans le respect des autres religions et des différentes cultures, mais aussi en s’affirmant d’abord comme religion publique et comme culture sociale et politique. Si le catholicisme demeure cantonné à la dévotion privée, sa reconnaissance comme religion d’État risque de rester superficielle, et quelques déclarations marquantes du Prince ne suffiront pas à la garantir.

    Lire aussi : Le pape Léon à Monaco : un succès malgré la controverse

  • Sur les écrans : DAENS, le retour

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    DAENS, le retour.

    DAENS

    A partir de ce mercredi 11 mars, une trentaine de salles de cinéma mettent à l’affiche le film de Stijn Coninx consacré à l’abbé Adolf Daens (1839-1907) et à son action, à Alost, en faveur des travailleurs des filatures, exploités et réduits à la misère.

    Le film est superbe et ses qualités plastiques méritent incontestablement le détour. C'est à juste titre qu'il a été retenu à Hollywood parmi les cinq meilleurs films étrangers… en 1993 !

    Une première question se pose : pourquoi ce film revient-il sur nos écrans trente-quatre ans après sa sortie ? Stijn Coninx déclare dans La Libre Belgique (11 mars 2026) que « le film peut ouvrir une discussion actuelle sur les conditions de travail ». Il ajoute : « Qui va donner à manger à tous ces enfants ? c’est une phrase qui résonne encore dans beaucoup de pays et même dans certaines familles en Belgique. » Certes, dans beaucoup de pays existent encore des travaux pénibles, malsains, mal rémunérés mais, en Belgique, nous n’en sommes plus aux conditions de vie du XIXe siècle. Tous les économistes estiment que notre pouvoir d’achat a doublé depuis 1990[1] et que le risque de pauvreté a diminué[2]. De plus, toute une série d’organismes publics et privés sont là pour subvenir aux besoins essentiels des plus défavorisés. Pour mourir de faim, chez nous, il faut le vouloir mais Stijn Coninx persiste et évoque la « misère » réelle d’aujourd’hui c’est-à-dire le « burn out ». Pour traiter de ce mal réel et répandu, il faudrait un autre film, dans un autre cadre.[3] La misère à laquelle se confronte Daens est celle d’autres pays où le film a peu de chances d’être projeté. Alors, pourquoi ce retour chez nous ? La veille de la manifestation nationale du 12 mars pour bien persuader les manifestants que rien n’a changé ? Tocqueville a bien montré que plus une société est égalitaire et plus la moindre inégalité devient insupportable.[4] A chaque manifestation nationale, on entend cette plainte : pourrai-je emmener mes enfants en vacances ? On manifeste aujourd’hui, non pour survivre mais pour gagner plus et travailler moins. Alors, pourquoi ressortir ce film maintenant ? On peut tenter une autre explication vu qu’à l’approche de Pâques, il est de coutume, notamment sur certaines chaînes de télévision, de donner des leçons à l’Eglise.  Daens servirait-il à décrire l’Eglise dont tout un chacun rêve ou devrait rêver ? Voyons cela de plus près.

    Le film, en lui-même, est très interpellant. Il montre de manière saisissante I'extrême et scandaleux dénuement de la classe ouvrière à Alost au XIXe siècle, l'indifférence cynique et calculatrice de la bourgeoisie francophone et d'un Parti catholique borné, gangréné par le libéralisme, conservateur à I'excès. Le film est même susceptible de bouleverser davantage encore le spectateur si celui-ci pense que les ouvriers d'hier sont devenus les affamés du Tiers monde et que les nantis aveugles qui discourent dans les salons ou se donnent bonne conscience par des soupes populaires, sont notre propre image ! Ainsi, les analyses et les demandes pressantes de Léon XIII dans Rerum novarum, réactualisées par Jean-Paul II dans Centesimus annus, par Benoît XVI dans Caritas in veritate, par François dans Fratelli tutti et résumées par Léon XIV dans Dilexi te, doivent continuer à guider I'action sociale, économique et politique des hommes de bonne volonté, d'autant plus qu'aujourd'hui la question sociale est devenue mondiale ! Le film montre que cette question sociale, hier en Belgique comme aujourd'hui sur I'ensemble de la planète, ne peut se régler durablement par de simples "aides humanitaires" qui ne sont souvent, comme l'écrit avec audace et lucidité M. Schooyans[5], que des "feuilles de vigne" cachant de troubles jeux d'intérêts. Hier comme aujourd'hui, I'avenir des pauvres n'est pas simplement dans les collectes ou I'expédition de boîtes de lait, la solution passe par l'évangélisation intégrale des hommes et des sociétés. A ce titre, le film est une parabole grave qui doit mobiliser les consciences.

    Toutefois, nous ne pouvons souscrire sans réserve à toutes les dimensions de ce film.

    1. Un jugement erroné

    L'abbé Daens y est présenté comme un héros sans reproche, attaché à appliquer I'enseignement de Rerum novarum et, à cause de cela, semble-il, en opposition de plus en plus radicale avec la hiérarchie de I'Eglise de Belgique et même avec l'Eglise de Rome. Il est acculé finalement à continuer son action dans la dissidence pour rester fidèle à la classe ouvrière qui le soutient et à sa conscience généreuse[6] .

    Dans cet esprit, le film nous montre, sans réserve et finalement de manière positive, trois comportements qui ne peuvent être acceptés par une conscience chrétienne bien formée parce qu'ils sont contraires à I'enseignement le plus constant de I'Eglise :

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  • Iran : l'illusion que la guerre crée un monde meilleur

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    De Riccardo Cascioli sur la Nuova Bussola Quotidiana :

    ATTAQUE CONTRE L'IRAN
    L'illusion que la guerre crée un monde meilleur

    Aucune sympathie pour les ayatollahs, aucun deuil pour la mort d'un tyran cruel, mais croire que son assassinat et la destruction de son régime transformeront le monde en mieux est une dangereuse illusion. Nous assistons simplement à un jeu de pouvoir.

    02/03/2026

    « La violence n'est jamais la bonne solution », a déclaré hier le pape Léon XIV lors d'une visite dans une paroisse romaine, en référence à l'attaque contre l'Iran. Peu avant, à l'Angélus, il avait affirmé que « la stabilité et la paix ne se construisent ni par les menaces mutuelles, ni par les armes, qui sèment la destruction, la souffrance et la mort, mais seulement par un dialogue raisonnable, authentique et responsable ».

    Il ne s'agit pas du sermon moralisateur et prévisible d'un pape faisant son devoir ; c'est une profonde prise de conscience de la réalité. La guerre n'a jamais apporté la paix véritable ; elle n'a fait qu'aggraver la situation. Il suffit de regarder le Moyen-Orient pour en avoir la preuve irréfutable : depuis la première guerre du Golfe, ce fut une succession de guerres et de destructions, qui n'ont fait qu'engendrer davantage de violence, de morts et de déstabilisation.

    Comme nous l'avons rappelé samedi,  les assassinats de Kadhafi et de Saddam Hussein, ainsi que la destitution d'Assad, ont considérablement aggravé la situation en Libye, en Irak et en Syrie. La réalité a également démenti les propos du président américain de l'époque, Barack Obama, qui, après la mort du chef d'Al-Qaïda, Oussama ben Laden le 2 mai 2011, avait déclaré triomphalement que « le monde est désormais plus sûr ». Ces quinze dernières années ont au contraire été marquées par une dégradation dramatique de l'insécurité, notamment avec la montée en puissance de Daech et la propagation du djihadisme.

    Le monde ne devient plus sûr  que si nous respectons l'ordre naturel, l'ordre voulu par Dieu, dont la pierre angulaire est le caractère sacré de la vie et le respect de la dignité de la personne – de chaque personne.

    Hier, Netanyahu a évoqué une « guerre qui mettra fin à l'ère des guerres », mais il s'agit là d'une pure illusion, même en se limitant au Moyen-Orient. Ce n'est pas seulement parce que l'évolution de la situation en Iran reste incertaine, ni parce que les intérêts politiques et stratégiques des différents pays peuvent rapidement modifier l'équilibre des alliances (comme cela s'est toujours produit), mais aussi parce qu'il sous-estime largement le « facteur haine » que des années de guerre et de violence de toutes sortes ont considérablement exacerbé au sein des populations de la région, et pas seulement parmi les Palestiniens. Or, la haine est un combustible redoutable, capable de déclencher une guerre à tout moment.

    Aucune sympathie pour le régime iranien des ayatollahs , aucun deuil pour la mort d'un tyran féroce, mais croire que son départ entraîne nécessairement une transition démocratique relève, au mieux, d'une naïveté désarmante, au pire d'un aveuglement idéologique. Et ceux qui l'ont provoqué ne le pensent certainement pas. Leur objectif est plutôt un gouvernement qui se rallie à l'Occident, qu'il soit démocratique ou dictatorial. Après tout, le régime du Shah de Perse, renversé au profit de la République islamique, était lui aussi une dictature.

    Car, contrairement à ce que la propagande voudrait nous faire croire, il n'existe pas de lutte entre démocraties et dictatures dans le monde. Il s'agit plutôt de guerres visant à définir les zones d'influence respectives des puissances régionales et mondiales. La chute d'Assad en Syrie n'a pas servi à instaurer la démocratie et à respecter la liberté religieuse, mais à éliminer un allié de la Russie et de l'Iran, ainsi qu'un « concurrent » d'Israël. À tel point que les pays occidentaux ont scandaleusement légitimé un nouveau gouvernement aux accents djihadistes.

    Si la démocratie devait dicter l'agenda, l'Arabie saoudite – qui, malgré des réformes récentes, demeure une dictature brutale – ne saurait être le principal allié de l'Occident dans la région. Et si nous souhaitions véritablement frapper en priorité les financeurs du djihadisme anti-occidental (voire anti-israélien), nous devrions commencer par le Qatar, qui bénéficie au contraire du statut d'« allié majeur non membre de l'OTAN » et abrite la principale base américaine de la région. Et les exemples sont légion.

    La lutte pour la liberté en Iran , les manifestations étudiantes et féministes, doivent certes être soutenues, mais précisément par passion pour le respect de la vie et de la dignité humaine. Or, nous assistons à l'instrumentalisation des souffrances du peuple iranien pour justifier des intérêts tout autres, pour lesquels – si nécessaire – la liberté et la démocratie peuvent être aisément sacrifiées.

  • La banque du Vatican lance deux nouveaux indices boursiers conformes aux principes catholiques.

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    D'Edgar Beltran sur The Pillar :

    L’IOR a lancé deux indices d’investissement éthiques « conçus pour servir de référence aux investissements catholiques dans le monde entier ».

    L’Institut pour les œuvres de religion a lancé mardi deux indices d’investissement éthiques « conçus pour servir de référence [de point de repère] pour les investissements catholiques dans le monde entier ».

    Les deux indices de référence actions, le Morningstar IOR Eurozone Catholic Principles et le Morningstar IOR US Catholic Principles, ont été développés avec Morningstar, un fournisseur de services financiers américain, et visent à offrir un indice de référence éthique aux investisseurs.

    Ce lancement est le dernier d'une série d'initiatives de l'IOR, communément appelée la banque du Vatican, qui s'est imposée ces dernières années comme l'organe financier le plus performant du Vatican, suite à des années de réformes initiées par le pape François visant des investissements éthiques et la transparence.

    Selon un communiqué de l'IOR daté du 10 février, les indices « sont construits selon les meilleures pratiques du marché et conformément aux critères éthiques catholiques, et sont conçus pour servir de référence aux investissements catholiques dans le monde entier ».

    « Cette initiative renforce encore l’alignement entre les paramètres de référence utilisés par l’Institut et sa politique d’investissement, élaborée conformément à la doctrine sociale de l’Église, et s’inscrit dans le cadre de l’engagement plus large de l’IOR à garantir que son processus d’investissement soit pleinement conforme aux principes éthiques catholiques », ajoute le communiqué.

    Les deux indices sont composés de 50 sociétés, toutes des sociétés à moyenne et grande capitalisation que l'IOR considère comme « pleinement conformes à la politique d'investissement de l'IOR et conçues pour intégrer les développements futurs de l'approche de l'Institut en matière d'investissement catholique éthique ».

    Cette annonce fait suite à des années de travail au sein du Vatican pour promouvoir une politique d'investissement éthique après plusieurs scandales et des tensions latentes entre les institutions financières.

    En 2021, Libero Milone, ancien auditeur général du Vatican, a déclaré dans une interview que le Saint-Siège avait investi des fonds dans une société pharmaceutique produisant une contraception d'urgence, la « pilule du lendemain », mais avait vendu ses parts dans la société lorsque l'auditeur du Vatican a signalé l'investissement aux hauts responsables de l'Église.

    Quelques mois seulement après un rapport interne accablant de l'Autorité de surveillance financière et d'information sur la gestion anémique des risques et les politiques d'investissement de l'APSA, l'organisme de gestion des investissements du Saint-Siège, le pape François a créé en 2022 un Comité pour les investissements.

    Selon la constitution apostolique de François sur la curie romaine, le comité est chargé de « garantir le caractère éthique des investissements mobiliers du Saint-Siège conformément à la doctrine sociale de l’Église et, en même temps, leur rentabilité, leur adéquation et leur gestion des risques », et vraisemblablement d’éviter la répétition de scandales liés à des investissements contraires à l’éthique .

    La même année, François ordonna que tous les investissements de la Curie soient placés sous l’administration de l’IOR et que l’IOR exerce « exclusivement » le rôle de « gestionnaire et dépositaire des biens mobiliers du Saint-Siège et des institutions qui lui sont liées ».

    Le pape Léon XIV a abrogé ce décret l'an dernier. Cependant, The Pillar a déjà rapporté que le Comité des investissements est devenu une source de tensions avec la direction d'autres institutions financières et départements, selon plusieurs responsables de la Curie, notamment l'APSA, le Secrétariat à l'économie et l'Institut pour les œuvres de religion.

    « Le comité était censé combler les lacunes internes d’APSA », a déclaré un haut responsable financier au journal The Pillar l’an dernier. « Il fallait clarifier les secteurs et les types de projets dans lesquels l’Église peut – ou non – s’impliquer. »

    « Au contraire, il est devenu un véritable centre de pouvoir. Le comité ne donne pas de conseils, il oriente bien souvent des investissements spécifiques – de manière positive – c’est-à-dire qu’il ordonne la réalisation d’un investissement particulier de sa propre sélection, sans donner d’avis sur les choix judicieux des autres. »

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  • Belgicatho : 15 années de veille

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    C'est en janvier 2011 que belgicatho a vu le jour. Depuis lors, nous avons publié 30.081 notes et 25.668 commentaires en tâchant de garder le cap : fidélité à l'Eglise et à son enseignement constant en nous tenant à l'écart de toutes les dérives au goût du jour, attachement à la Tradition et à la défense de notre patrimoine religieux, promotion de la Doctrine Sociale de l'Eglise et d'une éthique conforme à l'ordre naturel de la Création...

    Belgicatho a plus de 800 abonnés à sa newsletter et est consulté chaque jour par plus de 500 utilisateurs; c'est modeste mais ce n'est pas négligeable; nous remercions nos visiteurs pour leur intérêt, leur soutien et leur fidélité.

    Nous sommes déterminés à poursuivre notre veille tant que la Providence nous le permettra; merci de prier pour cela.

  • Martyre et légitime défense : les deux chemins de la paix prônés par Léon XIV

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    De Sandro Magister sur Settimo Cielo (en français sur diakonos.be) :

    Martyre et légitime défense : les deux chemins de la paix prônés par Léon XIV

    Il n’est pas toujours évident de bien comprendre le pape Léon XIV lorsqu’il parle de paix. Dès sa première salutation après son élection, il l’a qualifiée de « désarmée et désarmante » — une formule à la fois poétique et exigeante, difficile à traduire en actes dans les nombreux conflits qui déchirent le monde.

    Mais il l’a aussi qualifiée de « sauvage », dans son message solennel « urbi et orbi » de Noël (photo ci-dessus), en citant le poète israélien Yehuda Amichai (1924 – 2000) dans son anthologie publiée aux États-Unis : « Qu’elle vienne comme les fleurs sauvages, à l’improviste, car le champ en a besoin : une paix sauvage. »

    « Amichai ne croit pas à la paix comme miracle », commente Sara Ferrari, spécialiste d’hébreu à l’Université de Milan. « La vraie paix ne naît pas de l’innocence, mais de la conscience d’être capable du mal. C’est un message profondément biblique. »

    Et Léon n’atténue pas la réalité d’un mal qui envahit la terre. Dans son homélie de Noël — jour où « le Verbe a établi parmi nous sa fragile tente » — il a
    poursuivi sans détour :

    « Et comment ne pas penser aux tentes de Gaza, exposées depuis des semaines à la pluie, au vent et au froid, et à celles de tant d’autres réfugiés et déplacés sur chaque continent, ou aux abris de fortune de milliers de personnes sans-abri dans nos villes ? Fragile est la chair des populations vulnérables, éprouvées par tant de guerres en cours ou terminées, laissant derrière elles des ruines et des blessures ouvertes. Fragiles sont les esprits et les vies des jeunes contraints de prendre les armes, qui, sur le front, ressentent l’absurdité de ce qui leur est demandé et le mensonge dont sont imprégnés les discours grandiloquents de ceux qui les envoient mourir. »

    Il n’est guère étonnant que nombre de ses propos — notamment ceux sur les soldats forcés à se battre sans raison, ou sur la course effrénée aux armements — soient repris et relayés par des mouvements pacifistes, catholiques ou non, pour défendre leurs thèses. Le message du 1er janvier pour la Journée mondiale de la paix, notamment, a fourni un terrain fertile aux pacifistes, dénonçant un réarmement démesuré allant « bien au-delà du principe de légitime défense ».

    Mais c’est justement ce rappel à la « légitime défense » qui inscrit la condamnation des armes par Léon au sein du cadre de la doctrine bimillénaire de l’Église sur la guerre et la paix.

    De la même manière, on ne peut imputer aux soldats ukrainiens — qui, depuis quatre ans, sacrifient héroïquement leur vie pour défendre leur pays et l’Europe — « le mensonge de ceux qui les envoient mourir ». Ce mensonge est en revanche imputable à l’agresseur, la Russie.

    Dans ses discours, le pape évite de nommer explicitement ses cibles. Mais quand il dénonce avec force, dans son homélie des vêpres du 31 décembre, ces « stratégies armées visant à conquérir marchés, territoires, zones d’influence, dissimulées derrière des discours hypocrites, des déclarations idéologiques ou de faux motifs religieux », il ne fait pas référence à l’Ukraine ou à l’Europe mais bien à la Russie et à Vladimir Poutine, le patriarche Cyrille — ainsi qu’au maître de la Maison Blanche.

    Pour dissiper tout malentendu sur le fond de sa pensée, le pape Léon a adopté une forme de communication informelle, presque chaque mardi soir, à son retour à Rome après sa journée de repos à Castel Gandolfo. C’est l’occasion pour lui se de prêter brièvement au jeu des questions et réponses avec les journalistes sur des sujets d’actualité avant de monter en voiture. Il répond en des termes sobres mais clairs, ou parfois par un silence dont il ne manque pas d’expliquer la raison.

    Le 9 décembre, après avoir reçu à Castel Gandolfo le président ukrainien Volodymyr Zelensky, il a déclaré, à propos des enfants ukrainiens déportés en Russie, que le travail du Saint-Siège « se déroulait en coulisses » et « malheureusement très lentement ». Ajoutant : « Je préfère donc ne pas commenter, mais continuer à travailler pour ramener ces enfants dans leurs maisons, à leurs familles. »

    Quant au plan de paix en 28 points proposé par Donald Trump — en concertation évidente avec Poutine —, le pape a répondu qu’il ne l’avait pas lu en entier, mais que : « Malheureusement, je crois que certaines parties de ce que j’ai vu apportent un changement considérable à ce que beaucoup ont considéré être pendant de nombreuses années, une véritable alliance entre l’Europe et les États-Unis. Je pense en effet que le rôle de l’Europe est très important, surtout dans cette affaire. Il n’est pas réaliste de chercher un accord de paix sans inclure l’Europe dans les négociations. La guerre se déroule en Europe, et je pense que l’Europe doit faire partie des garanties de sécurité que l’on recherche aujourd’hui et demain. Malheureusement, tout le monde n’a pas l’air de le comprendre. »

    Il est évident que les « garanties de sécurité » invoquées par Léon pour l’Ukraine et l’Europe reposent largement sur les armes et les armées. Mais le pape rappelle souvent qu’il y a un autre chemin vers la paix — celui qu’il a par exemple rappelé lors de l’Angélus de la fête de saint Étienne, le protomartyr : « Ceux qui croient aujourd’hui en la paix et ont choisi la voie désarmée de Jésus et des martyrs sont souvent ridiculisés, exclus du débat public, et accusés de favoriser les adversaires et les ennemis. »

    Il y a donc, dans la prédication de Léon, une distinction fondamentale entre d’un côté, une paix « désarmée » relevant d’un choix strictement personnel pouvant aller jusqu’au sacrifice de soi, comme l’a fait Jésus sur la croix, face au mépris du monde ; et d’un autre côté une paix « désarmée et désarmante », à travailler dans le monde civil, pour le bien de tous, afin que la force du droit l’emporte sur la force des armes.

    Flavio Felice, président du centre d’études Tocqueville-Acton et professeur d’histoire des doctrines politiques dans plusieurs universités européennes et américaines — dont l’Université pontificale grégorienne —, a mis en lumière cette distinction dans un article publié dans le journal « Il Foglio » du 2 janvier :

    « Le martyre est un acte suprême de la conscience qui engage la personne qui le choisit et dont les conséquences ne peuvent que retomber que sur cette dernière. On ne peut donc pas choisir le martyre pour autrui. Si un frère est attaqué, ne pas le secourir au nom de la paix équivaut simplement à le condamner à la défaite. Il n’y a aucune noblesse dans une telle omission qui ne peut résulter en une paix ‘désarmante’, il s’agit au contraire d’un ordre criminel et funeste, où le bourreau aura triomphé de la victime. »

    En revanche, dans un cadre civil et à la lumière de la doctrine sociale de l’Église, la paix « désarmée et désarmante » dont parle Léon XIV « peut naître aussi de la légitime défense et de la dissuasion, afin que le bourreau ne triomphe pas de la victime, en œuvrant pour un ordre
    institutionnel susceptible de rendre improbable le recours à la guerre et de remplacer la force brute par le droit. »

    Ces considérations du professeur Felice rejoignent celles d’un autre analyste politique renommé, qui, dans l’éditorial du dernier numéro de la revue catholique progressiste « Il Regno » —
    qu’il dirige depuis 2011 —, parvient à cette conclusion :

    « Quand l’annonce chrétienne affirme que la paix est la synthèse de tous les biens messianiques, elle ne nie pas l’histoire ni la réalité. Et quand cette réalité est celle du mal, ce mal doit être combattu par tous les moyens moralement et juridiquement licites. Il y a un droit à la vie, à commencer par soi-même. Il est légitime — et c’est le magistère de l’Église qui l’affirme — de faire respecter ce droit. Et ce droit devient un devoir envers les autres, surtout pour ceux qui ont des responsabilités publiques, comme l’enseigne ‘Gaudium et spes’. Ainsi, la légitime défense, en plus d’être un droit, peut également devenir un devoir grave pour celui qui est institutionnellement responsable de la vie d’autrui. Défendre la vie de populations entières — en raison de leur faiblesse et de leur impuissance — exige de mettre l’agresseur hors
    d’état de nuire, y compris par la force, si nécessaire. Ne pas intervenir, alors qu’on pourrait le faire, constitue une complicité par omission — et donc une faute. Le chrétien ne peut collaborer au mal. C’est ce que nous avons vécu en Europe à cause d’opportunismes, d’omissions et de peurs dans les années 1930. L’odeur était âcre, et la couleur était gris-cendre. »

    Le pape Léon ne se berce pas d’illusions. Mais il ne capitule pas non plus. Il a réaffirmé à plusieurs reprises — y compris lors de son entretien avec les journalistes ce 9 décembre — que « le Saint-Siège est prête à offrir un lieu et des opportunités pour des négociations ». Et quand cette offre n’est pas acceptée — comme ça a été le cas — il répète : « Nous sommes prêts à chercher une solution, une paix durable et juste. »

    Car le Saint-Siège a un rôle particulier à jouer en vue d’une paix « désarmée et désarmante », et Léon n’entend pas y renoncer. « Le Saint-Siège ne se positionne pas comme un acteur géopolitique parmi d’autres, mais comme une conscience critique du système international, une sentinelle dans la nuit qui voit déjà poindre l’aube, qui appelle à la responsabilité, au droit, à la place centrale de la personne », comme l’a souligné l’archevêque Paul Richard Gallagher, secrétaire du Vatican pour les Relations avec les États, dans un entretien à l’agence SIR de la Conférence épiscopale italienne le 1er janvier.

    Mais c’est surtout la vision grandiose du « De civitate Dei » de saint Augustin qui guide Léon XIV : les deux cités qui coexistent dans l’histoire et la conscience de chaque homme : la cité de Dieu, « éternelle, marquée par l’amour inconditionnel de Dieu, auquel est uni l’amour
    du prochain », et la cité terrestre, « centrée sur l’amour égoïste de soi, la soif de pouvoir et la vaine gloire qui conduisent à la destruction ».

    Le pape Léon XIV a largement développé cette distinction dans son discours annuel au corps diplomatique, le 9 janvier. Selon lui, saint Augustin «
     souligne que les chrétiens sont appelés par Dieu à séjourner dans la cité terrestre avec le cœur et l’esprit tournés vers la cité céleste, leur véritable patrie. Mais le chrétien, vivant dans la cité terrestre, n’est pas étranger au monde politique et cherche à appliquer l’éthique chrétienne, inspirée des Écritures, au gouvernement civil. »

    Respect du droit humanitaire même en temps de guerre, vérité des paroles dans les relations entre États, liberté d’expression, liberté de conscience, liberté religieuse en tant que « premier des droits humains », inviolabilité de la vie du sein maternel jusqu’à la mort naturelle : tels sont les fruits de ce regard tourné vers la cité de Dieu, à laquelle « notre époque semble plutôt encline à nier le droit de citoyenneté », a déclaré le pape aux diplomates.

    Sur chacun de ces points et bien d’autres encore, Léon XVI s’est exprimé avec la transparence qui le caractérise. Concernant la persécution des chrétiens — « un sur sept » —, il n’a pas fait preuve de langue de bois devant « la violence djihadiste ». À propos du « court-circuit des droits humains », il a dénoncé la « limitation, au nom de prétendus nouveaux droits », des libertés fondamentales de conscience, de religion « et même de la vie ». Au sujet de la liberté d’expression, il a mis en garde contre « un langage nouveau, à l’odeur orwellienne, qui, dans sa volonté d’être toujours plus inclusif, finit par exclure ceux qui ne se conforment pas aux idéologies qui l’animent ». Concernant le conflit israélo-palestinien, il a appelé à la paix et la justice pour les deux peuples sur leurs propres terres. Et sur l’Ukraine, il a dénoncé « le fardeau de souffrances infligé à la population civile », avec « la destruction d’hôpitaux, d’infrastructures énergétiques, de logements », à la suite d’un « acte de force pour violer les frontières d’autrui ».

    Ce discours du 9 janvier du pape Léon mérite d’être lu dans son intégralité dans la mesure où il s’agit presque d’un manifeste de son pontificat. Léon XIV y revisite saint Augustin à la lumière du monde actuel, un monde dans lequel « la guerre est revenue à la mode, et où une ferveur guerrière est en train de se répandre ».

    — — —

    Sandro Magister est le vaticaniste émérite de l'hebdomadaire L'Espresso.
    Tous les articles de son blog Settimo Cielo sont disponibles sur diakonos.be en langue française.
    Ainsi que l'index complet de tous les articles français de www.chiesa, son blog précédent.

  • Au vu d'une conception chrétienne des relations internationales, que faut-il penser de la politique de Trump à l'égard du Venezuela et de l'exfiltration de Maduro ?

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    A la question : "Au vu d'une conception chrétienne des relations internationales, que faut-il penser de la politique de Trump à l'égard du Venezuela et de l'exfiltration de Maduro ?", un site d'intelligence artificielle nous répond :

    La question porte sur une évaluation de la politique de Donald Trump envers le Venezuela, en particulier l'opération d'exfiltration de Nicolás Maduro en janvier 2026, à la lumière d'une conception chrétienne des relations internationales. Je vais aborder cela de manière équilibrée et non partisane, en m'appuyant sur des principes chrétiens classiques tels que la théorie de la guerre juste (développée par saint Augustin et saint Thomas d'Aquin), le respect de la souveraineté des nations, la poursuite de la paix et de la justice, ainsi que l'amour du prochain et la miséricorde, inspirés des Écritures (par exemple, Matthieu 5:9 : « Heureux les artisans de paix » ; Michée 6:8 : « On t'a fait connaître, ô homme, ce qui est bien ; et ce que l'Éternel demande de toi, c'est que tu pratiques la justice, que tu aimes la miséricorde, et que tu marches humblement avec ton Dieu »).

    Principes chrétiens en relations internationales

    Dans une perspective chrétienne, les relations entre nations ne sont pas régies par la seule puissance ou l'intérêt national, mais par des normes éthiques dérivées de la Bible et de la tradition chrétienne. Voici les clés pertinentes :

    • Souveraineté et non-ingérence : Les nations sont vues comme des entités ordonnées par Dieu (Actes 17:26), avec un droit à l'autodétermination. L'intervention étrangère doit être exceptionnelle, justifiée par une grave menace ou une crise humanitaire, et préférablement autorisée par une instance légitime comme l'ONU (analogue à une « autorité supérieure » dans la théorie augustinienne).
    • Théorie de la guerre juste : Pour qu'une action militaire soit légitime, elle doit répondre à des critères stricts :
      • Cause juste (défense contre une agression ou protection des innocents).
      • Autorité légitime (décision prise par une instance reconnue, non unilatérale).
      • Intention droite (viser la paix et la justice, non le gain personnel ou la vengeance).
      • Dernier recours (après épuisement des moyens pacifiques comme la diplomatie ou les sanctions).
      • Proportionnalité (les bénéfices doivent l'emporter sur les dommages).
      • Chance raisonnable de succès.
    • Justice, miséricorde et humanité : Le christianisme insiste sur la protection des opprimés (Psaume 82:3-4), mais aussi sur la non-violence quand possible (Matthieu 26:52). Les actions doivent promouvoir la dignité humaine, éviter les souffrances inutiles et viser une paix durable, non une domination.

    Les chrétiens sont divisés sur l'application de ces principes : certains, influencés par une vision « providentialiste » ou nationaliste, soutiennent des interventions pour « libérer » des peuples ; d'autres, plus pacifistes ou universalistes, les rejettent comme contraires à l'Évangile de paix.

    La politique de Trump envers le Venezuela

    Sous la première présidence de Trump (2017-2021), la politique vis-à-vis du Venezuela s'est centrée sur des sanctions économiques sévères contre le régime de Maduro, accusé de violations des droits humains, de fraude électorale et de liens avec le narcotrafic. Trump a reconnu Juan Guaidó comme président intérimaire en 2019 et a exploré des options pour un départ négocié de Maduro. Dans sa seconde présidence (à partir de 2025), cela a culminé en une escalade militaire : déploiement naval dans les Caraïbes, frappes contre des navires soupçonnés de trafic de drogue, et enfin l'opération « Absolute Resolve » le 3 janvier 2026. Cette opération, menée par des forces spéciales américaines, a consisté en une incursion nocturne à Caracas pour capturer Maduro et son épouse, Cilia Flores, les extrayant vers les États-Unis pour les juger sur des chefs d'accusation liés au narcotrafic. Trump a annoncé que les États-Unis « géreraient » le Venezuela temporairement jusqu'à une transition, en soutenant Delcy Rodríguez comme présidente intérimaire (bien qu'elle ait condamné l'action), et a évoqué l'exploitation des réserves pétrolières vénézuéliennes par des compagnies américaines.

    Cette « exfiltration » – un euphémisme pour une opération d'enlèvement militaire – a été justifiée par Trump comme une action de « maintien de l'ordre » contre un « narco-terroriste », non comme une guerre, mais elle a entraîné des morts (au moins 40 Vénézuéliens selon des rapports) et a été condamnée internationalement comme une violation de la souveraineté. (En fait, cette opération américaine de capture du couple Maduro aurait fait au moins 55 morts, 23 militaires vénézuéliens et 32 cubains (n.d.B.))

    Évaluation à la lumière des principes chrétiens

    Du point de vue chrétien, cette politique soulève des tensions profondes. Voici une analyse équilibrée :

    Aspects potentiellement positifs ou justifiables

    • Protection des opprimés et justice : Le régime de Maduro a causé une crise humanitaire majeure – hyperinflation, famine, exode de millions de Vénézuéliens, répression violente des opposants. Des chrétiens vénézuéliens et évangéliques (comme certains pasteurs exilés ou Franklin Graham aux États-Unis) y voient une « intervention divine » ou une réponse à des prières pour la libération d'un « dictateur maléfique ». Cela résonne avec des passages bibliques sur la chute des tyrans (Psaume 37:35-36) et la défense des faibles. Si l'intention était purement humanitaire, cela pourrait s'aligner avec une « intervention responsable » pour restaurer la justice, comme certains théologiens chrétiens défendent dans des cas de génocide ou d'oppression extrême.
    • Fin d'une menace : Les liens présumés de Maduro avec le narcotrafic affectent les États-Unis (via l'immigration et les drogues), ce qui pourrait être vu comme une cause juste de défense nationale, analogue à la protection du « prochain » (Lévitique 19:18).

    Aspects critiques ou problématiques

    • Violation de la souveraineté et absence d'autorité légitime : L'opération unilatérale, sans approbation du Congrès américain, de l'ONU ou d'une coalition internationale, contrevient à la Charte des Nations Unies (que des théologiens chrétiens comme Mary Ellen O'Connell de Notre-Dame considèrent inspirée de principes chrétiens de paix). Cela ressemble à une agression impérialiste, contraire à la théorie de la guerre juste, qui exige une autorité reconnue. Des leaders chrétiens modérés (comme l'Église épiscopale américaine) appellent à une enquête, craignant l'instabilité et la violence accrue, et la qualifient de contraire aux résolutions de leur convention générale sur l'usage de la force.
    • Intention discutable et proportionnalité : Trump a explicitement mentionné le contrôle des réserves pétrolières (« Nous allons le gérer... et garder tout ce pétrole »), ce qui suggère des motifs économiques plutôt que purs. Cela évoque une convoitise (Exode 20:17) et une domination, non la miséricorde. L'opération, bien que rapide, a causé des morts civiles et militaires, et risque un chaos post-Maduro (luttes de factions, instabilité régionale). Était-ce un dernier recours ? Les sanctions et la diplomatie étaient en place depuis des années, mais l'escalade militaire semble précipitée, non proportionnée.
    • Manque de paix et de miséricorde : Des chrétiens progressistes et catholiques (comme les évêques vénézuéliens) insistent sur la confiance en Dieu plutôt que la violence, appelant à la prière et à la calme. Ils soulignent que célébrer la « chute » d'un homme, même tyran, ignore la dignité humaine (Genèse 1:27) et risque de perpétuer un cycle de vengeance. Des voix évangéliques vénézuéliennes, tout en espérant le changement, refusent la haine et appellent à la réconciliation.

    En somme, une conception chrétienne authentique tendrait à critiquer cette politique comme non conforme à la guerre juste : elle manque d'autorité légitime, d'intention pure et de dernier recours, et risque de prioriser le pouvoir sur la paix. Bien que le soulagement pour les Vénézuéliens opprimés soit compréhensible – et que certains chrétiens y voient une justice divine –, l'approche unilatérale et motivée par l'intérêt national apparaît comme une forme d'arrogance humaine, contraire à l'humilité prônée par le Christ (Philippiens 2:3-4). Au lieu d'une intervention militaire, une réponse chrétienne privilégierait la diplomatie multilatérale, l'aide humanitaire et le soutien à une transition pacifique, en priant pour la guérison du Venezuela. Les divisions parmi les chrétiens reflètent des interprétations variées, mais l'appel biblique à la paix reste central.

    ... et vous, qu'en pensez-vous ?