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Société - Page 137

  • Hommage du cardinal Sarah à Benoît XVI, descendant de saint Augustin

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    Benoît XVI a touché l’âme du cardinal Robert Sarah : parce qu’elle lui ressemble, dans la même simplicité et la fraîcheur naturelle de la foi des africains. Lu in « La Nef, n° 355 Février 2023 :

    20221229T1230-OBIT-BENEDICT-1753632.jpg« De nombreux hommages soulignent com­bien Benoît XVI fut un grand théologien. C’est indubitable. Son œuvre durera. Ses livres lumineux sont déjà des classiques. Mais il ne faut pas se tromper. Sa grandeur n’est pas d’abord dans la pénétration universitaire des concepts de la science théologique, mais plutôt dans la profondeur théologale de sa contemplation des réalités divines. Benoît XVI avait le don de nous faire voir Dieu par sa parole, de nous faire goûter sa présence par ses mots. Je crois pouvoir affirmer que chacune des homélies que j’ai entendue de sa bouche fut une véritable expérience spirituelle qui a marqué mon âme. En cela, il est un véritable descendant de saint Augustin, ce Docteur dont il se sentait si proche spirituellement.

    Sa voix, à la fois fragile et chaleureuse, parvenait à nous faire sentir l’expérience théologale qu’il avait lui-même vécue. Elle venait vous saisir au plus intime du cœur pour vous conduire en présence de Dieu. Écoutons-le : « À notre époque où, dans de vastes régions de la terre, la foi risque de s’éteindre comme une flamme qui ne trouve plus où s’alimenter, la priorité qui prédomine est de rendre Dieu présent dans ce monde et d’ouvrir aux hommes l’accès à Dieu. Non pas à un dieu quelconque, mais à ce Dieu qui a parlé sur le Sinaï ; à ce Dieu dont nous reconnaissons le visage dans l’amour poussé jusqu’au bout en Jésus-Christ crucifié et ressuscité. »

    Benoît XVI n’était pas un idéologue rigide. Il était amoureux de la vérité qui, pour lui, n’était pas un concept mais une personne rencontrée et aimée : Jésus, le Dieu fait homme. Souvenons-nous de son affirmation magistrale : « À l’origine du fait d’être chrétien, il n’y a pas une décision éthique ou une grande idée, mais la rencontre avec un événement, avec une Personne, qui donne à la vie un nouvel horizon et par là son orientation décisive. » Benoît XVI nous a conduit à faire l’expérience de cette rencontre de foi avec le Christ Jésus. Partout où il allait, il allumait cette flamme dans les cœurs. Auprès des jeunes, des séminaristes, des prêtres, des chefs d’États, des pauvres et des malades, il a ranimé la joie de la foi avec force et discrétion. Se faisant oublier pour mieux laisser briller le feu dont il était porteur. Il rappelait : « c’est uniquement en faisant une certaine expérience que l’on peut ensuite comprendre. » Il n’a cessé de rappeler que cette expérience de rencontre avec le Christ ne contredit ni la raison ni la liberté. « Le Christ n’enlève rien, il donne tout ! »

    Il était parfois seul, comme un enfant face au monde. Prophète de la vérité qui est le Christ face à l’empire du mensonge, messager fragile face aux pouvoirs calculateurs et intéressés. Face au géant Goliath du dogmatisme relativiste et du consumérisme tout puissant, il n’avait d’autres armes que la parole. Ce David des temps modernes osait interpeller : « le désir de la vérité appartient à la nature même de l’homme et toute la création est une immense invitation à rechercher les réponses qui ouvrent la raison humaine à la grande réponse qu’elle cherche et attend depuis toujours : la vérité de la Révélation chrétienne que l’on trouve en Jésus de Nazareth permet à chacun de recevoir le mystère de sa vie. Comme vérité suprême, tout en respectant l’autonomie de la créature et de sa liberté, elle engage à s’ouvrir à la transcendance. On comprend pleinement la parole du Seigneur : vous connaîtrez la vérité et la vérité vous rendra libres ! »

    Mais le mensonge et la compromission ne l’ont pas toléré. Hors de l’Église, mais aussi en son sein, on s’est déchaîné. On a caricaturé ses propos. On les a déformés et ridiculisés. Le monde a voulu le faire taire parce que son message lui était insupportable. On a voulu le bâillonner. Benoît XVI a ranimé alors en notre temps la figure des papes de l’Antiquité, martyrs écrasés par l’Empire romain agonisant. Le monde, comme Rome autrefois, tremblait devant ce vieil homme au cœur d’enfant. Le monde était trop compromis avec le mensonge pour oser entendre la voix de sa conscience. Benoît XVI a été un martyr pour la vérité, pour le Christ. La trahison, la malhonnêteté, le sarcasme, rien ne lui aura été épargné. Il aura vécu le mystère de l’iniquité jusqu’au bout.

    Alors, nous avons vu l’homme discret révéler pleinement son âme de pasteur et de père. Comme un nouveau saint Augustin, la paternité du pasteur a déployé en lui la maturité de sa sainteté. Qui ne se souvient de cette soirée où, ayant rassemblé des prêtres du monde entier sur la place Saint-Pierre, il pleura avec eux, rit avec eux et leur ouvrit l’intimité de son cœur de prêtre ? Nombreux sont les jeunes qui lui doivent leur vocation sacerdotale ou religieuse. Benoît XVI rayonnait comme un père au milieu de ses enfants quand il était entouré de prêtres et de séminaristes. Jusqu’au bout, il a voulu les soutenir et leur parler des profondeurs de son cœur appelé à suivre le Christ dans le don de lui-même jusque dans la souffrance pour les autres. « Pour que le don n’humilie pas l’autre, je dois lui donner non seulement quelque chose de moi, mais moi-même… Le Christ, en souffrant pour nous tous, a conféré un sens nouveau à la souffrance, il l’a introduite dans une dimension nouvelle, dans un ordre nouveau : celui de l’amour. » 

    Benoît XVI a aimé les familles, les malades. Il faut, pour le comprendre, l’avoir vu visiter les enfants hospitalisés. Il faut l’avoir vu leur offrir à chacun un cadeau. Il faut avoir aperçu la discrète larme d’émotion qui faisait briller son regard plein de bonté.

    C’est à lui, il faut s’en souvenir, que nous devons la lucidité de l’Église sur la pédocriminalité. Il a su appeler le péché par son nom, rencontrer et écouter les victimes et punir les coupables sans cette complicité qui se masque parfois sous une contrefaçon de miséricorde.

    Malgré cela, ou peut-être à cause de cet amour de la vérité, il a été toujours plus méprisé. Alors, le prophète, le martyr, le père si bon, s’est fait maître de prière. Je ne puis oublier cette soirée à Madrid où devant plus d’un million de jeunes enthousiastes, il a renoncé au discours qu’il avait préparé pour les inviter à prier en silence avec lui. Il fallait voir ces jeunes du monde entier, silencieux, à genoux derrière celui qui leur montrait l’exemple. Ce soir-là, par sa prière silencieuse, il a enfanté une nouvelle génération de jeunes chrétiens : « Seule l’adoration nous rend véritablement libres ; elle seule nous donne les critères pour notre action. Dans un monde où les critères d’orientation viennent à manquer et où existe la menace que chacun fasse de soi-même sa propre mesure, il est fondamental de souligner l’adoration. »

    Son insistance sur l’importance de la liturgie trouve là sa raison profonde. Il savait que, dans la liturgie, l’Église se retrouve face à Dieu. Si, en ce lieu, elle n’est pas à sa juste place, alors elle court à sa ruine. Il répétait souvent que la crise de l’Église était fondamentalement une crise liturgique, c’est-à-dire une perte du sens de l’adoration. « Le mystère est le cœur d’où nous tirons notre force ! », aimait-il à répéter. Il a tant œuvré pour redonner aux chrétiens une liturgie qui soit selon ses propres termes « un véritable dialogue du Fils avec le Père ».

    Face à un monde sourd à la vérité, face parfois à une institution ecclésiastique qui refusait d’entendre son appel, Benoît XVI a finalement choisi le silence comme ultime prédication. En renonçant à sa charge, en se retirant dans la prière, il a rappelé à tous que « nous avons besoin d’hommes qui dirigent leur regard droit sur Dieu et apprennent en lui ce qu’est la véritable humanité. Nous avons besoin d’hommes dont l’intelligence soit éclairée par la lumière de Dieu et à qui Dieu ouvre le cœur de manière que leur intelligence puisse parler à l’intelligence des autres et que leur cœur puisse ouvrir le cœur des autres ». Sans le savoir, le pape traçait ainsi son propre portrait, ajoutant même : « c’est seulement des saints, c’est seulement de Dieu que vient la véritable révolution, le changement décisif du monde. »

    Benoît XVI aura-t-il été la dernière lueur de la civilisation chrétienne ? Le crépuscule d’une époque révolue ? Certains voudraient le croire. Il est vrai que, sans lui, nous nous sentons orphelins, privés de cette étoile qui nous guidait. Mais désormais, sa lumière est en nous. Benoît XVI, par son enseignement et son exemple, est le Père de l’Église du troisième millénaire. La lumière joyeuse et paisible de sa foi nous éclairera longtemps.

    Cardinal Robert Sarah »

     Ref. Benoît XVI : le descendant de saint Augustin

  • "Le Christ est devenu une figure pratiquement inconnue pour la plupart des Néerlandais d'aujourd'hui" (cardinal Eijk)

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    De Solène Tadié sur le National Catholic Register :

    Le 'Conseil Pastoral' et l'effondrement de la foi catholique aux Pays-Bas

    Un événement national qui s'est déroulé de manière autonome au lendemain de Vatican II et qui est comparé par les commentateurs au chemin synodal allemand est considéré comme un catalyseur de la déchristianisation massive du pays au cours des dernières décennies.

    Cardinal Willem Eijk, shown speaking at a press conference at Friezenkerk, the Dutch Church near St. Peter's Square, on Oct. 23, 2015, told the Register this mont, ‘Christ has become a virtually unknown figure to most Dutch people today.’
    Le cardinal Willem Eijk, que l'on voit s'exprimer lors d'une conférence de presse à Friezenkerk, l'église néerlandaise située près de la place Saint-Pierre, le 23 octobre 2015, a déclaré au Register ce mois-ci : " Le Christ est devenu une figure pratiquement inconnue pour la plupart des Néerlandais aujourd'hui. (photo : Bohumil Petrik / CNA)

    1er février 2023

    Les derniers rapports et statistiques des Pays-Bas concernant la pratique religieuse laissent peu de place à l'optimisme.

    En effet, les données publiées avant la visite ad limina des évêques néerlandais en novembre ont estimé le nombre de catholiques pratiquants dans le pays à seulement 2,7% pour 2022. 

    Et, selon les données du "World Values Survey" analysées en janvier par le Center for Applied Research in the Apostolate, la participation à la messe aux Pays-Bas est la plus faible parmi les 36 pays à forte population catholique, avec seulement 7 % des catholiques qui s'identifient comme tels participant à la messe chaque semaine. 

    Si cette tendance s'inscrit dans un contexte européen de déchristianisation généralisée, le pays semble souffrir d'une désaffection plus profonde de la foi catholique que dans les pays voisins. Certains experts voient dans cette chute libre de la foi une conséquence directe du "Conseil pastoral" national qui s'est tenu dans les années 1960 à la suite du Concile Vatican II, dirigé par des clercs et des théologiens qui visaient à moderniser l'Église en modifiant sa doctrine.

    Selon le dernier rapport des évêques néerlandais, bien que les catholiques romains constituent désormais le plus grand groupe de croyants chrétiens (20,8 %) dans ce pays à forte tradition calviniste, le nombre de catholiques pratiquants a chuté de plus d'un tiers (36 %) pendant la crise sanitaire entre 2019 et 2022. La baisse annuelle était auparavant d'environ 6 %.

    Parmi les autres chiffres alarmants, le nombre de baptêmes a chuté de 19 680 en 2012 à 6 310 en 2021, et le nombre de mariages catholiques est passé de 2 915 à 660 pour la même période. 

    Quelques mois plus tôt, le diocèse d'Amsterdam annonçait que plus de 60% de ses églises fermeraient dans les cinq années à venir en raison de la baisse de fréquentation des fidèles, du manque de congrégations et de dons. 

    Les racines d'une hémorragie

    Commentant ce que l'on pourrait qualifier d'hémorragie dans une interview accordée au Register, le cardinal Willem Eijk, primat des Pays-Bas et président de la Conférence épiscopale néerlandaise, a déclaré que tous les diocèses du pays étaient touchés par les fermetures et que ce n'était qu'une question de temps avant que le déclin ne se manifeste. 

    Selon le cardinal néerlandais, le déclin de l'Église aux Pays-Bas remonte aux événements survenus au milieu des années 1960, avec pour effet immédiat qu'en l'espace d'une décennie seulement, entre 1965 et 1975, la fréquentation des églises a diminué de moitié. Cette tendance dramatique s'est poursuivie de manière constante jusqu'à aujourd'hui, bien que de manière moins radicale que durant la première décennie. Ces presque 60 ans d'érosion constante de la foi ont conduit le cardinal Eijk à l'amère conclusion que "le Christ est devenu une figure pratiquement inconnue pour la plupart des Néerlandais d'aujourd'hui."

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  • L'Arche publie un rapport de 900 pages divulguant les pratiques déviantes de Jean Vanier

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    De Jean-Marie Guénois sur le site du Figaro :

    Un rapport d'experts révèle l'ampleur d'un scandale sexuel impliquant Jean Vanier

     

    « Aucune personne handicapée » n'aurait été victime de Jean Vanier ni du père Thomas Philippe, veut rassurer L'Arche, œuvre fondée par ces deux personnalités en 1964 pour accueillir des personnes en situation de handicap. Un argument qui ne saurait éclipser le scandale : cette célèbre association a publié lundi un rapport d'experts de 900 pages (disponible sur arche-france.org) accablant quant aux comportements sexuels de ces deux hommes.

    L'un, Jean Vanier (1928- 2019), était un laïque célibataire canadien, jugé comme un « saint vivant » à la fin de sa vie. L'autre, le père Thomas Philippe (1905-1993), était un religieux dominicain français, très connu et controversé.

    Jean Vanier ? « Vingt-cinq ­femmes majeures, célibataires, mariées ou consacrées, non handicapées, ont ainsi été identifiées pour avoir vécu, à un moment de leur relation avec Jean Vanier, une situation impliquant un acte sexuel ou un geste intime entre 1952 et 2019 », écrit le rapport. Avec cette « hypothèse » : « Ce nombre de vingt-cinq est inférieur au nombre réel de femmes concernées. » Quant au mentor de Jean Vanier, le père dominicain Thomas Philippe, « l'exploration du matériau d'enquête a permis d'identifier vingt-trois personnes, hommes et femmes, abusées sexuellement (par le religieux, NDLR), dont un petit nombre recoupe le chiffre de 33 victimes déjà identifiées à Rome par le Saint- Office dans les années 1950 (il avait subi alors une sanction canonique, NDLR). Les nombres ici cités sont nettement en deçà du nombre de personnes abusées sexuellement par Thomas Philippe. »

    En réalité, cette affaire avait ­explosé en février 2020, avec la publication de plusieurs témoignages accusateurs mais qui éma­naient seulement de victimes. L'Arche internationale avait alors commissionné six spécialistes, dont l'historien Florian Michel, et ouvert ses archives ainsi que ­celles de l'ordre dominicain, pour établir la vérité.

    Quelle vérité ? Le rapport écrit : « Les situations, les gestes et les actes sont hétérogènes. Certains actes d'agression ou d'abus sexuels ont eu lieu dans le cadre d'une relation d'emprise, d'autres non, mais ils s'inscrivent dans un continuum de violences sexuelles marqué par l'expérience de l'emprise, de l'abus d'autorité et, plus généralement, par la confusion des sphères spirituelles, affectives et sexuelles. »

    Et le document détaille les ­actes : « La posture régulièrement décrite est celle de Jean Vanier - c'est le cas aussi avec Thomas Philippe et Marie-Dominique ­Philippe (son frère, également ­prêtre) -, à genoux, tête posée sur la poitrine nue de la personne » qu'il suit en entretien spirituel. « Les gestes tactiles s'intensifient pendant la prière et l'accompagnement (ils se tiennent les mains, têtes rapprochées, les fronts se touchent, ils se prennent dans les bras l'un l'autre). Les différents récits évoquent une gamme similaire d'attouchements, recouvrant en particulier des “baisers sur la bouche chaque fois plus appuyés, passionnels”, “voluptueux, passionnés”, et des caresses sur les zones érogènes de chacun, particulièrement la poitrine féminine. Dans plusieurs cas, les attouchements ont progressé vers des actes d'agression sexuelle. La nudité partielle, l'absence de coït ainsi que la justification spirituelle de l'abus sexuel conduisent Jean Vanier à considérer qu'il s'agit là d'une pratique non sexuelle. »

    Les signataires du rapport ­expliquent encore : « Parce qu'il considère ces expériences comme de la “sexualité chaste”, Jean ­Vanier y a invité indifféremment des femmes célibataires, en couple, mariées ou ayant prononcé des vœux religieux de chasteté, des femmes ayant déjà une sexualité active ou des femmes n'ayant jamais eu d'expérience sexuelle avec un partenaire. »

    «Folie érotique»

    Mais comment Jean Vanier, un laïque canadien très connu et respecté dans le monde catholique pour son œuvre auprès des personnes handicapées, a-t-il pu se livrer à de telles pratiques ? Sur la base de courriers « intimes » entre Jean Vanier et Thomas Philippe, l'analyse des six experts met en lumière la dérive de leurs liens : ils sont passés d'une « filiation spirituelle » à une « initiation de Jean Vanier aux pratiques mystico-sexuelles de son père spirituel ». Ce dernier, rapporte la commission d'experts, « dit avoir vécu en 1938 à Rome une union mystico-sexuelle avec la Vierge Marie qui lui aurait révélé un “secret” : Jésus et Marie auraient eu des relations mystico-sexuelles dans le but de réhabiliter la chair et d'inaugurer les relations mystico-amoureuses qui se vivront dans le Royaume ».

    Le document ajoute : « Une religieuse abusée au début des années 1950 témoigne qu'il arguait que les caresses ont pour fonction de transsubstantier son corps de femme en celui de Marie, assimilant ainsi ces échanges sexuels à un sacrement. La même continue en indiquant qu'il cherchait à justifier ce modèle incestueux en affirmant qu'il n'y avait aucune ligne de démarcation entre amour maternel et amour conjugal, qu'il y avait l'amour tout court, qui exigeait une totale liberté ».

    Les experts pointent son ­« délire » et sa « folie érotique ». Jusqu'au sordide. Un commissaire du Saint-Office, l'ancêtre de la congrégation romaine de la Doctrine de la foi, note, en 1955, qu'il est « informé d'un avortement intervenu en 1947, auquel est donné un sens “mystique” avec une vénération du fœtus mort comme quelque chose de sacré, lié au “secret de la T. S. Vierge”. L'enfant avorté est le fruit des relations sexuelles entre Thomas Philippe et Anne de R. L'ancienne prieure du carmel de Nogent-sur-Marne, Mère Thérèse, confirme les faits et reconnaît son implication ». 

  • Les quatre défis du voyage du pape François en Afrique

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    (Jean-Marie Guénois, Le Figaro) ANALYSE :

     Le déplacement du Saint-Père sur le continent africain revêt une importance particulière. -- Le pape François entame ce mardi un périple africain qui doit d’abord le conduire en République démocratique du Congo, jusqu’à vendredi, puis au Soudan du Sud. Il doit rentrer à Rome dimanche soir. Ce voyage aurait dû avoir lieu en juillet 2022, mais il avait été annulé à la dernière minute suite, officiellement, aux problèmes de genou de François, mais les questions de sécurité avaient pesé. À 86 ans, toujours handicapé, François n’a donc pas voulu trahir sa promesse de venir au Soudan du Sud, notamment, pays pour lequel il s’est personnellement impliqué pour la paix. Un accord fut signé à Rome en 2020, mais peu respecté depuis. Ce dossier lui tient à cœur - et à celui de la communauté Sant Egidio qui agit en coulisses - au point que François, lors d’une réunion préparatoire à Rome, le 19 avril 2019, s’était prosterné devant le président Salva Kiir et le chef des rebelles, Riek Machar, du Soudan du Sud pour leur… embrasser les pieds. Un geste totalement inédit pour un pape, hors liturgie. François aime les actes marquants. Il en faudra pour répondre aux quatre défis de son quarantième voyage international.

    Premier défi: honorer le continent africain. François le visite pour la cinquième fois depuis son élection, il y a presque dix ans, le 13 mars 2013, mais l’Afrique n’a pas vraiment été sa priorité. Ses nominations romaines le démontrent: il n’a plus aucun cardinal africain à la tête des dicastères. Il en a remercié deux, les cardinaux Robert Sarah et Peter Turkson, sans les remplacer de ce point de vue. Ce que les Africains n’apprécient pas compte tenu de ce qu’ils représentent dans l’Église. Quant à ses voyages, l’Afrique est le continent que François aura le moins visité, alors qu’il est allé six fois, par exemple, en Asie centrale et Asie, sa priorité géo-ecclésiale, avec la Chine en ligne de mire.

    Deuxième défi: l’affermissement des catholiques pour contenir la montée des évangéliques. Si la République démocratique du Congo est encore le premier pays catholique francophone du monde, en termes de fidèles, la situation s’altère. Avec 52 millions de catholiques sur plus de 105 millions d’habitants, cette religion vient de passer sous la barre des 50 % de la population parce que la montée des protestants évangéliques est plus rapide que la progression des catholiques. 22 % des Congolais sont protestants, un sur cinq est évangélique. Comme partout, ces derniers font preuve d’un grand dynamisme. L’Église est puissante mais elle ne peut se reposer sur ses lauriers. Elle peut compter sur 77.000 «catéchistes», qui sont très importants en Afrique, ce sont eux les véritables vecteurs des communautés, et 6 162 prêtres, deux fois moins qu’en France pour des besoins bien supérieurs. Elle gère aussi 40 % des établissements de santé et 30 % des écoles publiques.(*)

    Un pontificat très bousculé ces derniers temps

    Troisième défi: le soutien de l’Église dans son rôle de stabilisateur politique. La réalité de la République démocratique du Congo (RDC) et celle du Soudan du Sud, où les catholiques sont majoritaires à 52,4 %, ne sont pas comparables, mais l’implication de l’Église dans la vie sociale et politique a des similitudes, applicables à d’autres pays du continent. En RDC l’Église jouit d’une autorité hors norme, parce qu’elle a toujours été l’une des figures de résistance aux régimes autoritaires depuis les années 1960. Seulement indépendant depuis 2011, le Soudan du Sud semble n’avoir connu que la guerre, l’instabilité, les morts par millions, agité qu’il est à présent par plusieurs ethnies rivales, les Dinka, les Nuer et aujourd’hui les Murle. Avec un sous-sol… d’une richesse extrême! Les accords de paix (Addis Abeba en 2018, Rome en 2020) soutenus par l’Église semblent caducs. Les élections, prévues en 2023, ont été reportées à 2025. Mais l’Église veut concourir au dialogue entre ennemis, envers et contre tout.

    Quatrième défi: la confirmation du leadership du pape François. La mort de Benoît XVI, la grogne de certains cardinaux, le scandale du jésuite Rupnik (où François nie toute responsabilité), la santé du pape, nourrissent un climat romain délétère. Sur la défensive, François vient de se justifier point par point dans une longue interview accordée à l’agence Associated Press, le 24 janvier. La chaleur des catholiques africains ne sera pas de trop pour redonner de l’élan à un pontificat très bousculé ces derniers temps.

    (Le Figaro) »

    (*) S’agissant des confessions religieuses, traitées au "deuxième défi": à défaut de recensions  rigoureuses postérieures au régime colonial (1960) la fiabilité des chiffres avancés de l’une à l’autre source varie considérablement: la remarque vaut tout spécialement pour les sectes protestantes volatiles du type « églises du réveil » et autres (NdBelgicatho).

  • Tolérance zéro pour l'homosexualité : le Soudan du Sud a déjà exprimé son refus au pape

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    Un article de Sandro Magister, vaticaniste à L’Espresso (traduction de Diakonos.be) :

    Tolérance zéro pour l’homosexualité. Le Soudan du Sud a déjà dit son non au Pape

    L’interview qu’il a accordée le 24 janvier à Associated Press va causer bien des soucis au Pape François quand il atterrira ce 3 février à Djouba, au Soudan du Sud, la seconde étape, après le Congo, de son prochain voyage en Afrique.

    Dans cette interview, le Pape a purement et simplement déclaré que « l’homosexualité n’est pas un crime » et qu’il est donc « injuste » que « plus de 50 pays » la condamnent et la punissent, parmi lesquels « dix ou douze, plus ou moins », carrément par la peine de mort.

    Et donc, a-t-il ajouté, les évêques de ces pays doivent réagir contre ces lois et la culture qui les produit.

    Ces paroles du Pape ont fait le tour du monde et sont parvenues jusqu’au Soudan du Sud où l’homosexualité constitue un délit punissable de jusqu’à 14 ans de prison. Et vendredi 27 janvier, lors d’une conférence de presse à l’issue d’une réunion de cabinet présidée par le président Salva Kiir, le ministre de l’information Michael Makuei Lueth a déclaré : « Si lui, le Pape, vient ici nous dire que le mariage entre personnes de même sexe, l’homosexualité est légale, nous dirons non ».

    « Dieu ne s’est pas trompé », a poursuivi le ministre. « Il a créé l’homme et la femme et leur a dit de se marier l’un à l’autre et de peupler la terre. Deux partenaires du même sexe peuvent-il faire naître quoi que ce soit ? Notre constitution est très claire et dit que le mariage est pour les personnes de sexes différents et que chaque mariage homosexuel est un crime, c’est un crime constitutionnel ».

    M. Makuei a cependant ajouté que « ce n’est pas pour cela que le Pape viendra au Soudan du Sud », parce que son objectif principal est de prêcher la paix. Et il le fera avec le primat de l’Église anglicane Justin Welby et le modérateur de l’Église presbytérienne d’Écosse Iain Greeshields : « un événement historique », parce que « ces trois personnes étaient à Rome quand nos chefs s’y sont rendus et à présent ils viennent de nouveau ici ensemble, et cela signifie que c’est quelque chose de spécial pour le Soudan du Sud ».

    Il faisait ainsi référence à la visite du président Salva Kiir et du vice-président Riek Lachar au Vatican en avril 2019, pour participer à une retraite spirituelle que le Pape avait conclue en s’inclinant pour leur baiser les pieds à tous deux (voir photo).

    Ces deux représentants, appartenant à des tribus rivales, étaient en guerre et la guerre s’était poursuivi les années suivantes, faisant 400.000 morts et deux millions de déplacés.

    Mais pour en revenir à la question de l’homosexualité, il faut préciser que l’Église anglicane elle-même est fortement divisée sur la question.

    Au Royaume-Uni et en Amérique du Nord, ceux qui veulent faire tomber tous les tabous et bénir à l’église les mariages entre personnes de même sexe dominent. Cependant, en Afrique, où vivent trois quart des anglicans du monde entier, l’opposition est très forte et empêche qu’une décision partagée soit prise.

    Le 18 janvier à Londres, un compromis a été proposé : une simple prière facultative pour les unions civiles entre personnes de même sexe.
    Comme on peut le constater aisément, la division actuelle dans l’Église anglicane est très semblable à celle de l’Église catholique sur la même question. Le Dicastère pour la doctrine de la foi a interdit les bénédictions des unions homosexuelles, mais en Allemagne, en Belgique et dans d’autres pays elle est justifiée et pratiquée de la même manière, et le Pape François laisse faire, et même, quand il a rencontré les évêques Belges fin novembre, il leur a fait comprendre qu’il leur donnait son approbation.

    Le 5 février, lors de la conférence de presse prévue dans l’avion de retour à Rome, le Pape François aura à ses côtés Welby et Greenshields. Et il y a fort à parier que les questions sur l’homosexualité ne manqueront pas.

  • RD Congo : jusqu'où va l'influence de l'Église catholique dans le jeu politique ?

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    TV5 monde Afrique :

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    « En République démocratique du Congo, l'Église catholique est un médiateur. Elle n'hésite pas à troquer ce rôle contre celui d'acteur politique voir d'"activiste", lorsque la démocratie n'est pas respectée par la classe dirigeante. Cette implication politique fait de l'épiscopat une figure puissante dans le Congo d'aujourd'hui, où vivent 45 millions de catholiques.

    Si pendant la période coloniale, l’Église catholique était un partenaire du gouvernement colonial, elle est, depuis la fin des années 1950 jusqu’à aujourd’hui, un acteur clef de la vie publique en RDC. Cet « activisme », est un fait rarement vu dans d’autres pays, explique Trésor Kibangula, analyste politique à Ebuteli, Institut de recherche congolais sur la politique, la gouvernance et la violence.

    « L’Église catholique du Congo a toujours eu un rôle un peu central dans le jeu politique en République démocratique du Congo. Cela ne date pas d’aujourd’hui, elle avait déjà joué un rôle fondamental dans le système politique du Congo, avant la colonisation. Il y a une influence toujours maintenue depuis des décennies. »

    Un acteur politique ?

    L’année 2017 illustre bien l’implication et l’influence de l’Église catholique auprès de la population congolaise. Le 31 décembre 2016, l’Église parvient à faire signer à l’opposition et au gouvernement un accord politique. Il permet à Joseph Kabila (2001-2019), président de l’époque, de rester en fonction, à condition que des élections soient organisées avant la fin de l’année 2017.

    Cet accord dit de la Saint-Sylvestre n’est pas respecté par le gouvernement. Du rôle de médiateur, l’Église devient alors acteur politique. La CENCO, la Conférence épiscopale nationale du Congo, rassemblant tous les religieux occupant une fonction dans l'Église, appelle les Congolais à la contestation en publiant un communiqué le 23 juin 2017 : « Nous vous le demandons instamment : il ne faut céder ni à la peur ni au fatalisme. Une minorité de concitoyens a décidé de prendre en otage la vie de millions de Congolais. C'est inacceptable ! Nous devons prendre en main notre destin commun », rappelle un rapport paru fin 2022 du Groupe Étude sur le Gongo (le GEC), Ebuteli, intitulé « L’Église catholique en RDC, au milieu du village ou au coeur de la contestation ? ».

    Le 31 décembre 2017 puis le 21 janvier et le 25 février 2018, à l'initiative de l'Église, trois grandes marches sont organisées pour appeler à de nouvelles élections et demander la fin du mandat de Joseph Kabila.

    « Lors de chaque manifestation, des dizaines de milliers - peut-être des centaines de milliers lors de la deuxième marche - de personnes descendent dans les rues. On peut voir des images émouvantes de prêtres pieds nus marchant devant des milliers d'hommes et de femmes en habits du dimanche », raconte le rapport.

    « Ces manifestations, ainsi que d'autres organisées par des mouvements sociaux comme LUCHA, mettent la pression sur le gouvernement et contribuent très probablement à empêcher de nouveaux retards dans la tenue des élections.»

    En décembre 2018, des élections ont finalement lieu. Leur résultat est contesté par l’Église, qui finit tout de même par reconnaître Félix Tsishekedi vainqueur…

    Jusqu'à aujourd'hui, le rayonnement de l'Église sur la classe politique et sur les Congolais reste inchangé. 

    « La population comprend les soucis de l’Église, elle est consciente que quand l’Église prend position, c’est pour son bien-être, cela justifie son influence », explique Donatien N’shole, évêque, secrétaire général de la conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO).

    « Le souci de l’Église est le bien-être de la population. À partir du jour où l’on aura des gouvernants qui s’occuperont bien de la population, l’Église se manifestera de moins en moins sur les questions socio-politiques », souligne-t-il.

    Récemment, le 4 décembre 2022, l’épiscopat congolais invitait les fidèles à participer à une marche pacifique pour protester contre l’insécurité à l’est du pays, avec la résurgence du M23 et contre le morcellement de la RDC. L’appel aux fidèles, intitulé « L’heure est grave. Notre pays est en danger », rassemblera aussi bien des catholiques que des croyants d’autres confessions religieuses, ainsi que des autorités politiques et administratives.

    Une puissance économique et foncière

    L’influence de l’Église catholique s’est consolidée lorsque le roi Léopold II, propriétaire du Congo lorsqu’il n’était pas indépendant, cède en 1909 le territoire au royaume de Belgique. « La Belgique a accordé beaucoup de subventions à l’Église catholique pour faire des écoles et aménager le système de santé», continue Trésor Kibangula de l'institut de recherche congolais sur la politique, la gouvernance et la violence. 

    Aujourd’hui, l’Église catholique est l’un des plus grands propriétaires fonciers du pays. À elle seule, elle dispose de 45% des établissements de santé du pays et 30% des écoles.

    « Il y a des endroits en RDC où les services de santé ne sont proposés que par l’Église, confirme Donatien N’shole. Elle est vue comme une structure sanitaire pour la population. La qualité de l’enseignement y est généralement reconnue. Tout cela justifie une certaine ascendance morale de l’Église », continue Donatien N’shole.

    L’Église bénéficie d’importantes exonérations fiscales sur ses établissements et d’autres entreprises qu’elle possède à travers le pays, selon le rapport du Groupe d'étude sur le Congo et d'Ebuteli. Selon le témoignage d’un prêtre interrogé, ces possessions foncières et ces avantages fiscaux invitent l’Église à une certaine mesure ou prudence dans ses prises de positions. « Le fait que l'Église a des choses à protéger - des terres, des écoles - signifie qu'elle a une aversion au risque ».

    Un « activisme » réservé aux droits politiques et à la démocratie ?

    Trésor Kibangula observe que l’implication et la vigilance de l’Église en RDC n’est pas la même selon les dossiers. Là où l’Église semble être un garde fou sur les questions des droits politiques et de la démocratie, il n’en serait pas de même pour les questions de droits sociaux, de l’accès à l’eau, de la bonne gouvernance et de la corruption à la tête de l’État.

    « C’est dommage, car avec l’ancrage national et l’influence politique qu’elle a aujourd’hui,  l’Église peut faire bouger les lignes et mettre une pression suffisante aux pouvoirs publics pour qu’ils modifient leur gouvernance. Bien sûr, les évêques publient des communiqués pour demander la bonne gouvernance et la fin de la guerre à l’Est. Mais les communiqués ne suffisent pas. »

    Pour Donation N’shole, la mission de l’Église n’est pas « politique ».  Il affirme en outre qu'elle s'est investie. 

    « Les évêques apprécient chaque fois la teneur de la crise. Ils ont invité les gens dans la rue par rapport à la situation de l’Est qui est dramatique. Mais il ne faudra pas que les évêques invitent à chaque fois les Congolais à manifester, sinon ils ne seront plus écoutés », explique le secrétaire général de la CENCO. Il affirme que l’Église s’est investie dans de nombreux diocèses pour amener l’eau à la population et pour « compenser le travail que l’État devrait faire ».

    « L’Église ne s’est jamais empêchée d’interpeller l’État de façon générale. Des interpellations globales impliquent tous ces sujets (accès à l’eau, à l’électricité et aux soins de santé ndlr) », conclut-il.

    Une autre critique émane du rapport du GEC et Ebuteli, notamment un manque de transparence, concernant les affaires financières de l'Église.

    « (…) Le président Tshisekedi a agi comme son prédécesseur, offrant des 4x4 à de nombreux évêques - au moins dix évêques, dont le cardinal Ambongo, ont reçu ces véhicules directement de la présidence, parfois accompagnés de cadeaux en espèces. Ce type de patronage, bien que coutumier depuis l'époque de Mobutu au moins, soulève des doutes quant à l'indépendance politique des évêques et renforce les soupçons de corruption au sein de l’Église. »

    Le pape en visite en RDC

    Le 31 janvier, le pape arrivera en RDC pour une visite qui avait été reportée une première fois pour raisons de santé. Sa prise de parole est attendue par les Congolais, dans un contexte électoral tendu et avec le conflit rongeant l’est du pays, qui souffre de la résurgence du mouvement armé des rebelles du M23.

    Le pape prendra-t-il position sur le contentieux opposant la RDC au Rwanda, alors qu’en décembre 2022, l’ONU confirmait l’implication de Kigali aux cotés du M23 ?

    « L’Église catholique en RDC a déjà dénoncé quelques fois le soutien de Kigali aux rebelles. Peut-être le pape suivra-t-il ce point de vue, ou alors il restera plus diplomatique, pour ne pas froisser les esprits à Kigali… Nous verrons », commente Trésor Kibangula. 

    « Je ne sais pas jusqu’où il va aller au sujet de ce conflit-là, mais ça ne me surprendrait pas qu’il dise un mot pour interpeller les uns et les autres », note de son côté le secrétaire général de la conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO), Donatien N’shole.

    Reste que la visite papale fait l’objet d’une instrumentalisation par la classe politique en RDC.

    « On a senti tout de suite une politisation de cette visite. Beaucoup de cadres de la majorité présidentielle de Félix Tsishekedi, notamment le vice-président de l’Assemblée nationale, se sont avancés pour dire que cette venue confirmera le soutien de tous les catholiques au président de la République qui se présente en 2023 », observe le chercheur Trésor Kibangula.

    Preuve, s'il en est, que pour la classe dirigeante congolaise d’aujourd’hui, l’Église fait toujours autorité.

    Ref. D Congo : jusqu'où va l'influence de l'Église catholique dans le jeu politique ?

  • Respectons et promouvons toujours la vie ! Ne rejetons pas la vie ! (pape François)

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    De Courtney Mares sur Catholic News Agency :

    Le pape François dénonce une culture qui "rejette" les enfants à naître, les personnes âgées et les pauvres.

    Pope Francis greets the crowd at his Sunday Angelus address on Jan. 29, 2023.

    Le pape François salue la foule lors de son discours de l'Angélus dominical le 29 janvier 2023. | Médias du Vatican

    29 janvier 2023

    Dans son discours de l'Angélus de dimanche, le pape François a décrié une culture qui "jette" les enfants à naître, les personnes âgées et les pauvres s'ils ne sont pas utiles.

    "La culture du jetable dit : 'Je vous utilise autant que j'ai besoin de vous. Quand tu ne m'intéresses plus, ou que tu me gênes, je te jette'. Ce sont surtout les plus faibles qui sont traités de cette manière - les enfants à naître, les personnes âgées, les nécessiteux et les défavorisés", a déclaré le pape François le 29 janvier.

    "Mais les gens ne doivent jamais être jetés. Les personnes défavorisées ne peuvent pas être jetées. Chaque personne est un don sacré et unique, quel que soit son âge ou sa condition. Respectons et promouvons toujours la vie ! Ne rejetons pas la vie".

    S'exprimant depuis la fenêtre du Palais apostolique, le pape a noté que la "culture du jetable" est prédominante dans les sociétés plus riches.

    "C'est un fait qu'environ un tiers de la production alimentaire totale est gaspillée dans le monde chaque année, alors que tant de personnes meurent de faim", a-t-il déclaré.

    "Les ressources de la nature ne peuvent être utilisées de la sorte. Les biens doivent être pris en charge et partagés de manière à ce que personne ne manque du nécessaire. Plutôt que de gaspiller ce que nous avons, diffusons une écologie de la justice et de la charité, du partage."

    Le pape François a souligné que l'appel de Jésus dans les béatitudes à être "pauvre en esprit" inclut le "désir qu'aucun don ne soit gaspillé." Il a ajouté que cela inclut de ne pas gaspiller "le don que nous sommes".

    "Chacun de nous est un bien, indépendamment des dons qu'il possède. Chaque femme, chaque homme, est riche non seulement de talents mais aussi de dignité. Il ou elle est aimé(e) de Dieu, a de la valeur, est précieux(se)", a-t-il déclaré.

    "Jésus nous rappelle que nous sommes bénis non pas pour ce que nous avons, mais pour ce que nous sommes".

    Une petite scène a été installée sur la place Saint-Pierre avant le discours de l'Angélus du pape, où des jeunes se sont rassemblés avec des ballons et des bannières en chantant des hymnes dans le cadre de la "Caravane de la paix" de l'Action catholique.

    A la fin de l'Angélus, un jeune garçon et une jeune fille en sweat-shirt bleu ont rejoint le Pape François à la fenêtre du Palais Apostolique et ont lu à haute voix une lettre partageant leur engagement pour la paix.

    Le pape François a remercié l'Action catholique pour cette initiative, ajoutant qu'elle est particulièrement importante cette année avec la guerre en Ukraine.

    "En pensant à l'Ukraine tourmentée, notre engagement et notre prière pour la paix doivent être encore plus forts", a-t-il déclaré.

    Le pape a également lancé un appel à la paix en Terre Sainte, exprimant sa tristesse pour la mort de 10 Palestiniens tués en Cisjordanie lors d'un raid militaire israélien et pour une fusillade à l'extérieur d'une synagogue à Jérusalem-Est au cours de laquelle un Palestinien a tué sept Israéliens.

    "La spirale de la mort qui augmente jour après jour ne fait rien d'autre que de fermer les quelques lueurs de confiance qui existent entre les deux peuples", a déclaré le pape François.

    "Depuis le début de l'année, des dizaines de Palestiniens ont été tués dans des échanges de tirs avec l'armée israélienne. J'appelle les deux gouvernements et la communauté internationale à trouver, immédiatement et sans délai, d'autres voies, qui incluent le dialogue et la recherche sincère de la paix. Frères et sœurs, prions pour cela !"

    Notant qu'il se rendra bientôt en Afrique, le pape François a demandé aux gens de prier pour son voyage apostolique en République démocratique du Congo et au Sud-Soudan du 31 janvier au 5 février.

    "Ces terres, situées au centre du grand continent africain, ont beaucoup souffert de longs conflits. La République démocratique du Congo, surtout dans l'est du pays, souffre d'affrontements armés et d'exploitation. Le Sud-Soudan, déchiré par des années de guerre, aspire à la fin de la violence constante qui oblige de nombreuses personnes à être déplacées et à vivre dans des conditions très difficiles", a-t-il déclaré.

    "Au Sud-Soudan, j'arriverai avec l'archevêque de Canterbury et le modérateur de l'Assemblée générale de l'Église d'Écosse. Ensemble, comme des frères, nous ferons un pèlerinage œcuménique de paix, pour implorer Dieu et les hommes de mettre fin aux hostilités et pour la réconciliation. Je demande à tous, s'il vous plaît, d'accompagner ce voyage de leurs prières."

    Courtney Mares est correspondante à Rome pour la Catholic News Agency. Diplômée de l'Université de Harvard, elle a effectué des reportages dans des bureaux de presse sur trois continents et a reçu la bourse Gardner pour son travail avec les réfugiés nord-coréens.

  • Dans quel pays la fréquentation de la messe est-elle la plus élevée ?

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    De Jonah McKeown sur Catholic News Agency :

    Où la fréquentation des messes est-elle la plus élevée ? Un pays est le leader incontesté
     
    29 janvier 2023

    Nigeria Catholics

    Un groupe d'écolières recevant les sacrements du baptême et de la confirmation à Onitsha, Anambra, Nigeria, le 30 mai 2022. | Shutterstock

    Une compilation de nouvelles données par le Center for Applied Research in the Apostolate (CARA) de l'Université de Georgetown fait la lumière sur les pays du monde qui ont le plus grand nombre de participants à la messe. 

    Les chercheurs du CARA ont utilisé les données du World Values Survey (WVS), une importante étude internationale sur les croyances religieuses menée depuis des décennies, pour examiner 36 pays à forte population catholique. Ils ont classé ces pays en fonction du pourcentage de catholiques déclarant assister à la messe chaque semaine ou plus, à l'exclusion des mariages, des funérailles et des baptêmes. 

    Selon les données, le Nigeria et le Kenya ont la plus forte proportion de catholiques qui assistent à la messe chaque semaine ou plus, le Nigeria étant le leader incontesté. Quatre-vingt-quatorze pour cent des catholiques du Nigeria disent assister à la messe au moins une fois par semaine. Au Kenya, ce chiffre est de 73%, et au Liban, il est de 69%.

    Le niveau de fréquentation au Nigeria est particulièrement élevé compte tenu du nombre important d'attaques violentes contre les chrétiens dans le pays ces dernières années. Les incidents terroristes à l'intérieur des églises catholiques ne sont pas rares ; notamment, en juin de l'année dernière, des hommes armés soupçonnés d'être des extrémistes islamiques ont ouvert le feu sur des fidèles catholiques qui assistaient à la messe de Pentecôte à l'église catholique St. Francis Xavier dans le sud-ouest du Nigeria, tuant au moins 50 personnes. 

    2023_01_30_09_26_35_Greenshot.pngPlus de la moitié des catholiques pratiquent une messe hebdomadaire ou plus aux Philippines (56 %), en Colombie (54 %), en Pologne (52 %) et en Équateur (50 %). Mais dans 29 des 36 pays examinés, moins de la moitié des catholiques qui s'identifient comme tels assistent à la messe dominicale. Les chercheurs ont reconnu que l'utilisation de chiffres de participation à la messe déclarés par les intéressés pouvait gonfler légèrement les chiffres, ce qui signifie que les chiffres réels de participation pourraient être, en réalité, légèrement inférieurs dans tous les pays. 

    Les données de la WVS n'incluaient pas les États-Unis, mais les données de sondage de CARA indiquent que le pourcentage de catholiques aux États-Unis qui assistent à la messe chaque semaine ou plus est de 17%, même si plus des trois quarts des catholiques américains se considèrent comme une "personne religieuse".

    En continuant vers le bas, les niveaux les plus bas de participation hebdomadaire ont été observés en Lituanie (16%), en Allemagne (14%), au Canada (14%), en Lettonie (11%), en Suisse (11%), au Brésil (8%), en France (8%) et aux Pays-Bas (7%).

    "On pourrait supposer que plus les catholiques sont religieux dans un pays, plus ils sont susceptibles d'assister fréquemment à la messe", ont écrit les chercheurs de CARA. 

    "Pourtant, il n'y a pas de forte corrélation entre le nombre de personnes s'identifiant comme catholiques 'religieux' et la fréquentation fréquente de la messe."

    Les pays ayant un produit intérieur brut (PIB) par habitant plus élevé avaient des niveaux plus faibles de fréquentation de la messe et vice versa, ont-ils noté.

    "S'il semble y avoir une déconnexion entre le fait de s'identifier comme une personne religieuse et le fait d'assister à la messe chaque semaine, il existe un troisième facteur qui peut expliquer la distribution comparative de ces deux attributs. Si vous avez regardé de près les pays, vous avez peut-être remarqué un certain regroupement économique", ont écrit les chercheurs de CARA. 

    Dans ce petit échantillon de pays, nous pouvons supposer que le catholicisme est plus fort dans ce que l'on appelle souvent le monde en développement, où le PIB par habitant est plus faible, alors qu'il semble se contracter dans les pays "développés" plus riches", concluent les chercheurs. 

    "Les mécanismes précis associés au développement économique et à la richesse qui ont un impact sur la participation des catholiques à la foi et leur identification comme religieux ne sont pas clairs. Quels qu'ils soient, ils ont une importance significative."

    Jonah McKeown est rédacteur et producteur de podcasts pour la Catholic News Agency. Il est titulaire d'une maîtrise de l'école de journalisme de l'Université du Missouri et a travaillé comme écrivain, comme producteur pour la radio publique et comme vidéaste. Il est basé à St. Louis.

  • A l’Est de la RDC : la tension monte chaque jour d’un cran

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    RDC : le pape arrive...à Kinshasa, mais pour quoi faire précisément? Lu dans la « Libre afrique » :

    « Kinshasa et Kigali s’accusent mutuellement de provocation dans un climat de plus en plus exacerbé.

    Mardi 24 janvier, un des deux avions Sukhoï-25 de la République démocratique du Congo a essuyé des tirs de l’artillerie rwandaise alors qu’il volait à basse altitude sur la frontière entre les deux pays dans le Nord-Kivu. Pour Kigali, l’avion a violé son espace aérien et “le Rwanda demande à la RDC d’arrêter cette agression”, selon Yolande Makolo, la porte-parole du gouvernement rwandais. Kinshasa, de son côté, dément tout survol de l’espace aérien rwandais et condamne “l’attaque” de l’appareil par l’armée rwandaise, “une action délibérée d’agression qui équivaut à un acte de guerre”.

    Le Rwanda avait déjà accusé en novembre et en décembre des avions de chasse congolais d’avoir violé son espace aérien. L’un d’entre eux s’est même posé quelques instants sur un aéroport rwandais situé à moins de 5 kilomètres de la piste congolaise dans la ville de Goma.

    Com’ massive

    En dépit d’annonces de cessez-le-feu et de retrait des troupes, les combats persistent dans l’est de la RDC entre l’armée congolaise et les rebelles du M23. Une rébellion tutsie qui se présente comme un mouvement congolais, là où Kinshasa voit la “main noire” de son voisin.

    “Ils ne partiront pas car ils sont chez eux”, nous explique une Congolaise du Nord-Kivu qui indique, carte à l’appui, certaines avancées récentes du M23 dans le Nord-Kivu.

    Entre Kigali et Kinshasa, la guerre des mots s’envenime quotidiennement. Depuis plusieurs semaines, la force de frappe médiatique congolaise a marqué des points et enregistre un soutien populaire massif dans sa dénonciation d’une guerre menée par le Rwanda à travers le M23 sur son sol, stigmatisant au passage une communauté. Face à cette guerre médiatique, Kigali pourtant dépositaire d’une communication efficace et rodée, a paru pris de court par la virulence et la répétition des accusations congolaises qui peuvent s’appuyer sur des images onusiennes montrant des mouvements de troupes rwandaises sur la frontière congolaise ou sur des rapports écrits qui mettent en cause Kigali.

    “Si la communauté internationale a lancé au Rwanda des appels à la retenue, si certains gouvernements sont allés un pas plus loin, il n’y a pas eu jusqu’ici de sanctions, ce qui montre aussi un malaise certain. La RDC de Tshisekedi bénéficie aujourd’hui d’un climat économico-politique favorable. Tout le monde lui fait les yeux doux et ne veut prendre le risque de se priver de ses matières premières”, explique un universitaire congolais. Le récent sommet États-Unis-Afrique l’a démontré. Washington veut éviter que Pékin, qui a pris de l’avance dans les pays qui disposent de quantité de matières premières importantes, n’en prive les autres. Washington est prêt à se montrer conciliant vis-à-vis des prochaines échéances congolaises en échange d’une promesse de Kinshasa de ne plus laisser filer toute sa matière première brute vers Pékin. »

    La “compréhension” américaine vis-à-vis d’un éventuel léger retard dans le processus électoral congolais n’est pas un chèque en blanc pour escamoter ce passage par les urnes. Et les tensions à l’est vont faire peser une véritable hypothèque sur l’avenir de ce scrutin et du pays. L’enregistrement des électeurs de cette région, en février-mars, s’annonce compliqué. La Ceni ne peut pourtant rater ce rendez-vous sous peine d’envenimer la situation et de donner un nouveau prétexte au M23 et certains autres mouvements de reprendre l’offensive face à une armée congolaise exsangue et des bataillons des pays de l’East African Community incapables de s’interposer sur un terrain qu’ils ne maîtrisent pas. “La situation au sein de l’armée congolaise n’évolue pas”, explique Jean-Jacques Wondo, expert militaire de cette région qui détaille : “En 2022, ce fut la débandade dans les rangs de l’armée face au M23 et les troupes ne sont toujours pas restructurées aujourd’hui. Qui plus est, il y a eu beaucoup d’armes qui sont passées à l’ennemi et on ne comprend rien à la structure de commandement. Au Nord-Kivu, on ne sait pas qui est le directeur opérationnel”, poursuit M. Wondo qui pointe aussi les liaisons dangereuses de l’armée congolaise qui “s’allie avec des milices locales et les arme. Sans oublier le manque de moyens et son corollaire, le vol à tous les niveaux. À Goma, le stock de carburant pour les Soukhoï et les hélicoptères, prévu pour plusieurs jours, a été pompé en quelques heures”. Un chaos qui démontre que l’armée congolaise ne contrôle pas le territoire et que le pays entier reste dès lors à la merci d’un mouvement qui pourrait repartir à l’offensive s’il se sent exclu du processus électoral.

    Ref. L’est de la RDC : la tension monte chaque jour d’un cran

     

  • Les chrétiens pris à partie en Terre Sainte

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    De Vatican News :

    Jérusalem: les ordinaires de Terre sainte dénoncent les violences contre le quartier chrétien

    Dans un communiqué rendu public le 27 janvier, l’Assemblée des ordinaires catholiques de Terre sainte a exprimé sa préoccupation après les nouvelles violences à Jérusalem. Le 26 janvier, un groupe de jeunes Israéliens harcelant des touristes dans un restaurant, a également détruit magasins et restaurants dans le quartier chrétien.

    «Nous condamnons de telles attaques et exprimons notre préoccupation face à l’escalade de violences dans la Ville Sainte», déclare l’Assemblée des ordinaires catholiques de Terre sainte, dans un communiqué revenant sur l’épisode de ces récentes violences.

    Elle explique dans sa déclaration, qu’un groupe de «colons israéliens», portant des drapeaux, chantant et criant est entré dans la ville de Jérusalem par la Porte Neuve. Ces derniers se sont attaqués à un restaurant du quartier chrétien de Jérusalem dans la soirée du 26 janvier, dans lequel se trouvaient des touristes, qu’ils ont également harcelés.

    Les évêques catholiques de Terre sainte condamnent de telles attaques et expriment leur préoccupation face à l’escalade de violence dans la Ville trois fois sainte. Ils déplorent que ce dernier évènement s’est produit dans la rue qui mène au Saint-Sépulcre, le lieu chrétien le plus sacré au monde, et dans le quartier chrétien, qui abrite de nombreux monastères et églises.

    Dernier épisode d'une série

    Des magasins et restaurants ont été détruits, «cette violence non provoquée a fait naître la peur chez les commerçants et les résidents du quartier», affirment les Ordinaires catholiques de Terre sainte, soulignant qu’il ne s’agit que du «dernier épisode d’une série de violences religieuses, qui touche les symboles de la communauté chrétienne et au-delà».

    LIRE AUSSI

    23/01/2023

    Mgr Shomali: les chrétiens "fortifiés" par les attaques à leur encontre

    Ils invitent les autorités politiques et religieuses face à ces cas de violences, à tout «mettre en œuvre pour que la vie civile et religieuse de la ville retrouve une plus grande sérénité», et demandent également à la police de sanctionner les auteurs.

    Jérusalem, soulignent-t-ils, «doit rester la ville des croyants de toutes confessions et non l’otage de groupes radicaux».

    Ce samedi 28 janvier, une nouvelle attaque à Jérusalem-Est a fait deux blessés, selon les services de secours israéliens, au lendemain de la fusillade près d'une synagogue au cours de laquelle un Palestinien a tué sept personnes.

  • Le pape François clarifie ses commentaires sur l'homosexualité

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    De Outreach :

    Le pape François clarifie ses commentaires sur l'homosexualité : "Il faut considérer les circonstances".

    27 janvier 2023

    Image recadrée d'une lettre écrite par le pape François au rédacteur en chef de Outreach, James Martin, S.J., le 27 janvier 2023.

    Cette semaine, dans une interview accordée à l'Associated Press, le pape François est devenu le premier pape à appeler à la dépénalisation de l'homosexualité. Il s'agissait d'un pas historique vers la protection par l'Église catholique des personnes LGBTQ vulnérables dans le monde entier. 

    Au cours de son interview, le Saint-Père a imaginé une conversation hypothétique dans laquelle une personne pourrait objecter en disant : "Être homosexuel est un péché", et le pape a suggéré une réponse : "C'est aussi un péché de manquer de charité les uns envers les autres."

    Certains médias, cependant, ont attribué ces sentiments directement au pape, même si l'enseignement de l'Église ne stipule pas que l'orientation homosexuelle elle-même est un péché. Comme le pape l'a dit dans son interview, comme il l'a fait en d'autres occasions : "C'est une condition humaine".

    Pour aider à clarifier les choses, Outreach a posé trois questions au Saint-Père, en espagnol, et a reçu une réponse écrite de sa part. Nous avons formulé ces questions comme une interview, afin qu'il sache que ses réponses seraient rendues publiques. Nos trois questions étaient les suivantes :

    • Saint Père, merci pour votre appel fort à la dépénalisation de l'homosexualité. Pourquoi avez-vous décidé de le dire à ce moment-là ?
    • Il semble qu'il y ait eu une certaine confusion au sujet de votre commentaire, "Être gay est un péché", qui, bien sûr, ne fait pas partie de l'enseignement de l'Église. J'ai eu l'impression que vous ne faisiez que répéter ce que d'autres pourraient dire hypothétiquement. Donc, pensez-vous que le simple fait d'être gay est un péché ?
    • Que diriez-vous aux évêques catholiques qui soutiennent encore la criminalisation de l'homosexualité ?

    La réponse écrite du pape au rédacteur de Outreach, James Martin, S.J., figure ci-dessous, traduite de l'espagnol par J.D. Long-García et Ivan Briggeler.

    Cher frère,

    Je vous remercie pour votre lettre.

    Ce n'est pas la première fois que je parle de l'homosexualité et des personnes homosexuelles.

    Et je voulais préciser que ce n'est pas un crime, afin de souligner que la criminalisation n'est ni bonne ni juste.

    Quand j'ai dit que c'était un péché, je me référais simplement à l'enseignement moral catholique, qui dit que tout acte sexuel en dehors du mariage est un péché. Bien sûr, il faut aussi tenir compte des circonstances, qui peuvent diminuer ou éliminer la faute. Comme vous pouvez le constater, je répétais quelque chose de général. J'aurais dû dire "C'est un péché, comme tout acte sexuel en dehors du mariage". C'est parler de "la matière" du péché, mais nous savons bien que la morale catholique ne prend pas seulement en considération la matière, mais évalue aussi la liberté et l'intention ; et ce, pour chaque type de péché.

    Et je dirais à ceux qui veulent criminaliser l'homosexualité qu'ils ont tort.

    Dans une interview télévisée, où nous avons échangé avec un langage naturel et conversationnel, il est compréhensible qu'il n'y ait pas de définitions aussi précises.

    Je prie pour vous et pour votre travail. Je vous prie de faire de même pour moi.

    Que Jésus vous bénisse et que la Sainte Vierge vous protège.

    Fraternellement,

    Francisco

  • Vieillissement global : bye bye les pensions ?

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    De Luca Volontè sur le site de la Nuova Bussola Quotidiana :

    Le vieillissement global, est-ce à dire : bye bye les pensions

    28-01-2023

    Un rapport des Nations unies souligne que la baisse du taux de natalité, associée à l'allongement de la durée de vie, fait augmenter la proportion de personnes âgées. Parmi les politiques suggérées figurent l'allongement de la vie professionnelle et le relèvement de l'âge de la retraite. Mais en Occident, de plus en plus de pays pensent à "économiser de l'argent" avec la culture de la mort en promouvant l'euthanasie.

    Rapport de l'ONU

    En 2050, selon un récent rapport des Nations unies, le nombre de personnes âgées de 65 ans et plus dans le monde doublera par rapport à 2021 (761 millions), pour atteindre 1,6 milliard, soit environ 16 % de la population de la planète prévue au milieu du siècle.

    La baisse de la fécondité et de la mortalité accélère le vieillissement général de la population dans presque tous les pays du monde. D'ici le milieu du siècle, la plupart des pays bénéficiant encore d'un dividende démographique positif (plus de jeunes que de vieux) se trouveront en Afrique subsaharienne, selon les données publiées dans le rapport des Nations unies intitulé "Leaving No One Behind In An Ageing World", présenté le 12 janvier. Sur d'autres continents, en Asie, en Europe et en Amérique latine, les gouvernements devront engager des dépenses importantes pour la prise en charge des citoyens âgés et vulnérables. Très peu de pays dans le monde ont commencé à procéder aux changements sociaux, politiques et structurels nécessaires. Pourtant, les données sur les taux de natalité et de vieillissement fournissent aux gouvernements et aux spécialistes des sciences sociales des décennies de tendances sur la manière dont la population pourrait évoluer, et donc une conception planifiée à long terme serait bien plus fructueuse que des interventions hypothétiques.

    Tous les pays ont besoin, selon le rapport des Nations unies, de nouvelles politiques sociales et économiques ; ils doivent investir non seulement dans les soins, mais aussi dans les personnes, dans leur capital humain, tout au long de leur vie. L'ONU a appelé tous les pays à prendre diverses mesures politiques pour réduire les impacts négatifs du vieillissement de la population, notamment : la réforme des systèmes de retraite, le relèvement de l'âge de la retraite et l'extension de la couverture des pensions à toutes les personnes âgées ; l'élimination des obstacles à la participation des personnes âgées à la vie active et le soutien à leur apprentissage tout au long de la vie et au développement de leurs compétences ; la création de possibilités d'emploi formel pour les femmes et d'autres groupes traditionnellement exclus du marché du travail formel, comme les personnes handicapées ; et l'élaboration de stratégies intégrées de soins de longue durée fondées sur une réglementation appropriée, la formation et le soutien des professionnels de la santé, ainsi que sur des mécanismes tels que l'accréditation et le contrôle pour garantir la qualité.

    À cela s'ajoutent les prescriptions du Fonds monétaire international, qui a récemment publié une étude suggérant, entre autres, d'investir dans le capital humain, de renforcer les programmes de formation et de qualification, y compris pour les mères et les personnes âgées, d'élargir le choix de l'âge de la retraite et d'encourager l'épargne individuelle en vue de la retraite, de promouvoir les secteurs économiques offrant des possibilités aux travailleurs âgés, de développer et de renforcer les systèmes de soins de longue durée et de promouvoir la prévention des maladies et le diagnostic précoce.

    N'oublions pas que l'Assemblée générale des Nations unies a déclaré la période 2021-2030 "Décennie des Nations unies pour le vieillissement en bonne santé" et a demandé à l'OMS de diriger sa mise en œuvre. Le plan des Nations unies pour la "Décennie" appelle à une collaboration mondiale entre les gouvernements, la société civile, les agences internationales, les professionnels, les universités, les médias et le secteur privé afin de promouvoir une vie plus longue et plus saine pour tous, de réduire les inégalités en matière de santé et d'améliorer la vie des personnes âgées, de leurs familles et de leurs communautés en agissant dans quatre domaines : "Changer la façon dont nous pensons, ressentons et agissons à propos de l'âge et de l'âgisme [calqué sur l'anglais, pour signifier les préjugés à l'encontre des personnes âgées, ndlr] ; développer les communautés de manière à favoriser les capacités des personnes âgées ; fournir des soins intégrés centrés sur la personne et des services de santé primaires aux personnes âgées ; et fournir aux personnes âgées un accès à des soins de longue durée de qualité." Jusqu'à présent, c'est ce que l'ONU suggère.

    Mais attention : aujourd'hui, surtout en Occident, le nombre décroissant de jeunes travailleurs ne peut financièrement maintenir en équilibre un système où le nombre de retraités âgés augmente. Ainsi, de plus en plus de pays occidentaux, au lieu d'adopter des politiques ambitieuses et respectueuses de l'être humain, légitiment l'euthanasie. La "solution" consistant à promouvoir l'euthanasie comme antidote aux "coûts du vieillissement" de notre société se répand donc en Occident et surtout, comme l'a récemment dénoncé le Français Michel Houellebecq, en Europe (ici aussi un aperçu par Euronews). Au Canada, grâce à l'euthanasie et au suicide assisté, l'État aurait économisé 87 millions de dollars en soins médicaux en 2021. Pendant ce temps, au Royaume-Uni et en Écosse, où le débat sur la légalisation de la fausse "mort douce" se poursuit, les économies réalisées par le système de santé publique sont discutées.

    En 1922, le poème de T. S. Eliot, The Waste Land, a été publié : cent ans plus tard, nous pouvons dire que c'est une terre qui rejette l'humanité.

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