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Foi - Page 274

  • Dix années qui ont beaucoup détruit et presque rien créé

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    De Dan Hitchens sur First Things :

    DIX ANS DE PAPE FRANCOIS

    13 mars 2023

    Dix ans après le pontificat du pape François - il a salué pour la première fois depuis le balcon de Saint-Pierre le 13 mars 2013 - il a été analysé, loué, critiqué et interviewé ad nauseam. Il a commencé la décennie en étant adulé par les médias du monde entier et l'a terminée en étant dénoncé par Jordan Peterson. Des livres, des articles, des discussions sur Twitter ont jailli de cerveaux surchauffés. Pourtant - et je m'inclus dans le lot - personne, absolument personne, n'a réussi à le comprendre.

    Pendant un certain temps, dans ces premiers jours grisants, l'explication semblait assez simple : c'était un jésuite orthodoxe rude et prêt, un vétéran du travail pastoral réel dans les barrios de Buenos Aires, qui était prêt à prendre des risques et à faire des déclarations provocantes au service de l'Évangile. Il acceptait les doctrines les plus dures de l'Église sans poser de questions et les proclamait sans broncher, mais il voyait qu'elles risquaient de ne pas être entendues si elles n'étaient pas prêchées avec un véritable radicalisme : le radicalisme de Jésus-Christ, qui a dîné avec des collecteurs d'impôts et des prostituées, qui a choqué les religieux respectables de son époque par ses paroles scandaleuses, qui a vécu parmi les plus pauvres des pauvres et qui a fait de leur vie la sienne. 

    Cela aurait été bien. Mais c'est loin de décrire les dix dernières années. Au lieu de cela, la simplicité de l'enseignement de notre Seigneur a été presque enterrée sous une avalanche d'interviews non officielles, de documents semi-officiels, de notes de bas de page à moitié oubliées et d'apartés sibyllins, le tout au service d'une ambiguïté déconcertante. L'histoire a été racontée si souvent - par les cardinaux les plus haut placés (ici et ici), les théologiens et philosophes les plus sérieux (ici, ici, ici, ici, ici et ici), les observateurs journalistiques les plus perspicaces (ici, ici et ici) - qu'il n'est guère utile de la répéter. Il suffit de dire que le commentaire définitif sur l'époque a été donné par cette penseuse merveilleusement succincte qu'est Alice von Hildebrand lorsqu'elle a fait la remarque suivante : "Je prie Dieu de me prendre avant que je n'aie le temps de m'embrouiller".

    Le pape est-il donc, pour reprendre une deuxième théorie, un catholique libéral avec un plan astucieux ? En parlant de manière si ambiguë de doctrines telles que l'indissolubilité du mariage, la nécessité de l'Église pour le salut et l'immoralité de la contraception, a-t-il préparé le terrain pour l'abandon de ces enseignements en faveur d'une bouillie humanitaire édifiante ? En promouvant des personnalités aussi rebelles et dogmatiquement contestées que les cardinaux Hollerich et McElroy, a-t-il effectivement montré qu'il souhaitait refaire l'Église à leur image ?

    Encore une fois, la preuve ne va pas plus loin. En effet, le pape François a aussi, de temps à autre, brisé les espoirs des libéraux - refusant d'imposer des clercs mariés "viri probati" à l'Amazonie, approuvant la condamnation par la CDF des bénédictions homosexuelles, serrant le poing lors du synode allemand. De temps en temps, il fait appel avec une profonde émotion à des thèmes aussi peu libéraux que la réalité effrayante de l'activité démoniaque et la place centrale de la Sainte Vierge dans la vie chrétienne. Ce n'est pas ainsi que le pape James Martin - que Dieu nous préserve - se conduirait dans l'exercice de ses fonctions.

    Cette contradiction a conduit certains observateurs à suggérer une troisième théorie : que ce pontificat est mieux compris, non pas en termes de croyances qui l'animent, mais comme la poursuite et la conservation d'un pouvoir pur et simple. Il est amusant de constater que la sympathie pour cette théorie unit les critiques traditionalistes purs et durs du pape à un commentateur aussi sophistiqué que le romancier irlandais Colm Toíbín, qui écrit dans la London Review of Books que François s'inscrit dans la tradition argentine du péronisme. "Tout l'intérêt du péronisme réside dans le fait qu'il est impossible de l'épingler", écrit Toíbín. "Être péroniste ne signifie rien et tout à la fois. Cela signifie que l'on peut parfois être d'accord avec les choses mêmes que, dans d'autres circonstances, on n'approuve pas vraiment". 

    Les adeptes de la théorie péroniste soulignent le nombre curieux d'incompétents, d'énergumènes et d'agresseurs sexuels qui se sont attirés les faveurs du pape. Cela ne suggère-t-il pas qu'il aime avoir près de lui des personnes qui dépendent totalement de lui - une stratégie dictatoriale classique ? Une fois de plus, il y a la décadence de l'État de droit à Rome, qui a amené le cardinal George Pell, l'ancien tsar des finances du pape, à déclarer que le Vatican est "sans loi". On pourrait également noter que, à la manière d'une véritable tyrannie, des institutions fortes ont dû être déstabilisées ou dissoutes dans d'autres pays. L'Ordre de Malte, la communauté de la messe en latin, l'église souterraine de Chine, les maisons religieuses contemplatives, l'Académie pontificale pour la vie - partout où ce pontificat trouve quelque chose de solide, il le fait fondre dans l'air.

    Mais j'hésite sur la théorie du dictateur. En partie pour des raisons sentimentales : Il ne fait aucun doute que les catholiques peuvent critiquer le pape dans certaines circonstances inhabituelles, et il ne fait aucun doute que les circonstances actuelles sont bien plus qu'inhabituelles. Néanmoins, il reste le père de tous les catholiques, le descendant direct de saint Pierre à qui les clés du royaume des cieux ont été remises, et il mérite non seulement mon amour, mais aussi le bénéfice du doute aussi longtemps que je pourrai le lui accorder. Il est difficile de croire à un compte rendu aussi cynique d'un pontificat qui a parfois été le contraire du cynisme : surtout lorsque le pape est revenu à son grand thème de la "société du jetable", sa position solitaire contre un système mondial qui, des ateliers clandestins aux cliniques d'euthanasie, traite les personnes vulnérables non pas comme l'image du Christ, mais comme des déchets inutiles. Cette magnifique critique sera l'un de ses héritages les plus significatifs.  

    Y aura-t-il d'autres héritages positifs de ce pontificat ? Je pense que nous sommes obligés de prier pour qu'il y en ait. Quant à la première décennie, malgré le mystère qui l'entoure, son héritage peut se résumer simplement : dix années qui ont beaucoup détruit et presque rien créé.

  • Vatican II : La théologie par la liturgie (liturgie 35 avec Denis Crouan)

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    PARTIE III ‒ QUESTIONS THÉOLOGIQUES

    Liturgie 35 ‒ Vatican II : La théologie par la liturgie (43 mn) 

    https://youtu.be/Mk9_M26A38E  

    Le docteur Denis Crouan aborde la troisième partie du cours à savoir des aspects plus théologiques, toujours en lien avec ce que l’histoire nous apprend. En effet, la liturgie est un « lieu théologique » ou, pour reprendre une formule attribuée à saint Pie X, qu’elle est « une théologie qui s’apprend à genoux », de façon très progressive. Quatre composantes essentielles :  

    1. La liturgie a sa source dans les Écritures.
    2. La liturgie a une dimension ecclésiale.
    3. La liturgie doit revêtir une dimension cosmique.
    4. La liturgie doit exprimer l’eschatologie.

    L’ESPRIT DE LA LITURGIE : Dans la Constitution « Sacrosanctum Concilium » de Vatican II, les Pères conciliaires ont insisté sur le fait que le renouveau de la liturgie devrait impérativement s’accorder avec « l’esprit de la liturgie » qui repose sur sept piliers : son objectivité, sa structure héritée de la Tradition vivante de l’Église, son universalité, son symbolisme, son sens plénier, sa beauté (sa « noble simplicité », dira saint Paul VI) et sa logique.  

     

    COURS DE LITURGIE, PAR DENIS CROUAN, DOCTEUR EN THEOLOGIE, 2022-2023 

    Pour accéder à la totalité de la playlist :  

    https://www.youtube.com/playlist?list=PLuko328jWH_06CYFfUP8d6v_vzl9f4UbI 

    Institut Docteur Angélique 

    Cours donné par Denis Crouan, docteur en théologie, en entretien interactif avec Arnaud Dumouch. 

    Vidéo du site http://docteurangelique.free.fr/fichiers/InstitutDocteurAngelique.htm, les œuvres complètes en français de saint Thomas d'Aquin. 

    Denis Crouan, denis.crouan@wanadoo.fr; 2022-2023 

  • RDC : l’Eglise catholique et les églises protestantes réclament plus d’attention de la part de l’UE et spécialement de la Belgique

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    Lu sur le site web de « La Libre Afrique » :

    EVEQUE-1.jpgLes deux principales confessions religieuses congolaises, la catholique et les protestantes, ont demandé jeudi à l’Union européenne et à ses États membres – et en particulier à la Belgique – une « implication sincère » à l’égard de la République démocratique du Congo (RDC), un pays en proie à des décennies de violences et qui doit organiser des élections générales à la fin de l’année. Une délégation de la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO) et de l’Église du Christ au Congo (ECC), principale fédération protestante du pays, a mené durant quatre jours une « mission de plaidoyer » à Bruxelles, auprès de responsables belges et européens, rencontrant notamment l’archevêque de Malines-Bruxelles, cardinal Jozef De Kesel, et le nonce apostolique auprès de l’Union européenne, Mgr Noel Treanor.

    Les délégués des deux églises ont ensuite, lors d’une conférence de presse, dénoncé une « grave détérioration » de la situation sécuritaire dans l’est de la RDC et surtout dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri, avec une ‘multiplication » des groupes armés, locaux et étrangers.

    Avec de « graves conséquences », a souligné le secrétaire exécutif de la commission justice et paix de la Cenco, le père Clément Makiobo.

    Selon les deux églises, depuis 2021, au moins 10.100 personnes ont été massacrées et plus de quatre millions d’autres ont été déplacées, alors que de graves violations des droits humains ont été enregistrées.

    « À cause de cette insécurité, la Commission électorale nationale indépendante (Céni) ne peut organiser les opérations électorales en cours (l’enregistrement des électeurs qui se déroule dans l’ensemble du pays, ndlr) dans les territoires de Masisi, Rutshuru et Nyaragongo » dans le Nord-Kivu, ont souligné la Cenco et l’ECC dans une déclaration conjointe.

    Elles déplorent que la paix ne soit pas encore rétablie dans cette région en dépit des nombreuses initiatives militaires – comme le déploiement d’une force régionale de la communauté des États d’Afrique de l’Est (EAC) – et diplomatiques, comme des médiations menées par le Kenya et l’Angola entre les présidents congolais et rwandais, Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo et Paul Kagame.

    RDC : l’Eglise catholique et les églises protestantes réclament plus d’attention de la part de l’UE et spécialement de la Belgique

  • Synodalité en Allemagne : le précédent de Würzburg

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    « La cinquième et dernière session du chemin synodal allemand s’est achevée ce samedi 11 mars. Pour comprendre ce qui inquiète aujourd'hui Rome, il faut revenir à l'expérience originelle de la synodalité en Allemagne, le synode de Würzburg (1971-1975). Un épisode qui a aussi joué un rôle important dans la vie de Joseph Ratzinger-Benoît XVI.

     Publié par Camille Delmas sur le site web « aleteia » :

    « Se tient à Francfort jusqu’à ce samedi 11 mars la cinquième et dernière session du chemin synodal allemand, un processus qui dure depuis plus de trois ans et a pour but de trouver des solutions à la triple crise que traverse l’Église catholique en Allemagne – sécularisation, baisse des vocations, abus. Pour comprendre ce « Synodale Weg » qui inquiète aujourd’hui Rome, il faut revenir à l’expérience originelle de la synodalité en Allemagne, le synode de Würzburg (1971-1975). Un épisode qui a aussi joué un rôle important dans la vie de Joseph Ratzinger-Benoît XVI.

    L’après Concile Vatican II a été une période agitée en Allemagne. L’actualité de la communauté catholique du pays, à l’époque divisée entre République fédérale d’Allemagne et République démocratique d’Allemagne, est alors marquée par l’influence de la crise post-conciliaire des Pays-Bas, qui commence en 1966 avec la publication du « catéchisme hollandais » et se poursuit tout au long du « Concile pastoral » de l’Église des Pays-Bas entre 1966 et 1970. Ces initiatives visent à accélérer l’aggiornamento conciliaire et vont être le vecteur de nombreuses revendications réformistes – notamment sur le célibat des prêtres ou sur l’avortement, le noeud des tensions portant sur l’encyclique Humanae Vitae publiée par Paul VI en 1968.

    Une « germanisation » de Vatican II

    Le catéchisme hollandais, traduit en allemand en 1968, et la création d’un Conseil pastoral national aux Pays-Bas – supprimé en 1980 par Jean Paul II – rencontrent un grand succès en Allemagne. « Ce catéchisme a été reçu très positivement par le public, car les auteurs ont réussi à trouver un langage que les gens d’aujourd’hui pouvaient comprendre », affirmait le jésuite allemand Wolfgang Seibel dans un entretien publié dans la revue Stimmen der Zeit en 2011. Poussés par le Conseil central des catholiques allemands, organisme laïc structurant du catholicisme allemand depuis le XIXe siècle, les évêques de RFA, avec à leur tête le cardinal Julius Döpfner, archevêque de Munich et président de la Conférence épiscopale allemande, décident de mener à leur tour un processus de « germanisation » du Concile Vatican II.

    La voix choisie est celle d’un synode national, qui est convoqué à Würzburg, petite ville à proximité de Francfort. Il s’inspire du « Synode 72″ lancé par les évêques de Suisse. Comme ce dernier, le synode de Würzburg bénéficie d’une dispense du Saint-Siège, les synodes nationaux n’existant pas du point de vue du droit canonique. Approuvés par Rome, les statuts du synode de Würzburg permettent aux laïcs non seulement de participer mais aussi de voter les documents – contrairement au synode romain, dans lequel le vote est réservé aux évêques. Ces derniers bénéficient cependant d’un droit de véto qui sera utilisé deux fois.

    Rapidement surnommé le « Concile allemand », il rassemble les plus grands théologiens du moment : Karl Rahner, qui appelle à l’époque à poursuivre la réforme structurelle de l’Église, Johann Baptist Metz, qui s’illustre en lançant un débat sur le rapport de l’Église au national-socialisme, le futur cardinal Karl Lehmann – qui prend une dimension importante à cette occasion – ou encore Joseph Ratzinger. « Ce qui était particulièrement impressionnant, c’est la quantité d’expertise réunie », se souvient le père Seibel qui rappelle avec nostalgie « l’expérience de la liberté » qu’il a vécu à cette occasion.

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  • Qu'est-ce que la sagesse bénédictine aurait à dire à notre monde d'aujourd'hui?

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    De KTO Télévision :

    Qu'est-ce que la Sagesse Bénédictine aurait à dire à notre monde d'aujourd'hui?

    7 mars 2023

  • "Il ne faut pas que le pape soit seulement entouré de ses amis, qui approuvent tout" (cardinal Müller)

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    Des propos recueillis par Loup Besmond de Senneville sur le site du journal La Croix :

    Cardinal Müller : « Il ne faut pas que le pape soit seulement entouré de ses amis, qui approuvent tout »

    Entretien 

    Dans un entretien accordé à La Croix, le cardinal Gerhard Müller, ancien préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi et auteur d’In buona fede. La religione nel XXI secolo (1), estime que le pape François devrait souligner davantage la dimension transcendantale de l’existence humaine. Mais il se défend d’être un « adversaire » du pape.

    12/03/2023

    La Croix : Quel regard portez-vous sur ce pontificat, dix ans après ses débuts ?

    Cardinal Gerhard Müller : Je suis un théologien et mes catégories sont théologiques et ecclésiologiques. Je considère donc que le plus important pour l’Église est d’annoncer l’Évangile de la volonté universelle de Dieu de délivrer tous les hommes du péché et de la mort. En ces temps de sécularisation, ce qui me semble primordial est d’annoncer l’importance fondamentale de Jésus-Christ comme médiateur entre Dieu et tous les hommes.

    La mission d’un pape, comme principe et base visible de l’unité de l’Église dans la foi en Christ, la Parole de Dieu faite chair, comme on peut le lire dans la constitution Lumen gentium de Vatican II, relève donc du plan théologique, plus que du plan sociologique ou social.

    Jésus n’est ni un prophète, ni le fondateur d’une religion. Il est le fils de Dieu. Cela veut dire qu’il nous faut annoncer toutes les vérités de la foi chrétienne : la Trinité, le salut pour tous les fidèles. C’est cela qui constitue la mesure pour évaluer chaque pontificat.

    Le pape François est un prédicateur qui emploie des paroles simples, et a cette capacité de s’adresser aux gens simples, et pas seulement aux théologiens et aux intellectuels. Mais il serait aussi très nécessaire de pouvoir répondre à notre monde moderne, un monde post-chrétien et antichrétien dans lequel nous vivons, particulièrement en Occident, en annonçant Jésus-Christ. L’écologie est un thème important, de même que le climat et les migrations. Mais ces thématiques ne doivent pas faire oublier que l’amour pour le prochain trouve ses fondements dans l’amour pour Dieu. Cette dimension transcendantale, divine, doit être soulignée, plus élaborée.

    Dans votre livre, vous reprochez au pape François de manquer d’un fondement théologique. Pourquoi ?

    Card. G. M. : Le rôle du pape n’est pas forcément de faire de la théologie au sens académique du terme. Mais la dimension théologique et le rappel de la transcendance de l’existence humaine doivent être présents dans le discours. Nous vivons dans un monde marqué par le naturalisme et le sécularisme, qui a oublié la transcendance. Nous avons été créés avec un corps, dans une situation particulière, dans une époque donnée, avec une dimension sociologique.

    Mais nous ne nous arrêtons pas à ces aspects. La mission du pape, mais aussi des évêques et des prêtres, est de transcender cette immanence. C’est en ce sens que le concile Vatican II parle de l’orientation universelle transcendante de l’homme. Cela consiste à humaniser l’homme par la grâce surnaturelle. C’est la mission de l’Église aujourd’hui. L’originalité chrétienne consiste précisément dans l’alliance entre la nature et la grâce, la raison et la foi.

    L’Église a pour mission de donner des réponses concrètes sur tout ce qui concerne les grands défis de notre monde contemporain, comme le transhumanisme ou l’effacement de la différence fondamentale et structurante entre l’homme et la femme. Aujourd’hui, nous sommes face à un nouveau totalitarisme idéologique.

    Pourtant, le pape dénonce régulièrement la culture du déchet et parle de ces questions. Cela n’est-il pas suffisant ?

    Card. G. M. : Le pape parle, par exemple, contre l’avortement, mais il n’existe aucune initiative d’ampleur en la matière. Il faudrait que le Vatican coordonne une défense de l’anthropologie chrétienne. De l’autre côté, ceux qui promeuvent le transhumanisme et la réduction de l’homme à sa seule dimension économique sont très organisés. En dehors de toute dimension philosophique et anthropologique de l’homme.

    Aujourd’hui, nous aurions besoin d’une nouvelle grande encyclique, pour développer une vision morale forte, non pas pour contredire les évolutions modernes, mais pour les intégrer. Nous ne sommes pas contre la médecine et la communication, mais notre rôle est d’humaniser ces moyens techniques. Les techniques sont faites pour l’homme, et non l’homme pour la technique.

    Que répondez-vous à ceux qui disent que vous êtes l’adversaire du pape ?

    Card. G. M. : Un évêque ne peut pas être l’adversaire du pape. C’est contre sa mission. Il n’existe aucun théologien ou cardinal qui soit plus favorable à la papauté que moi. J’ai écrit des livres sur la structure sacramentelle de l’Église à la suite de Vatican II. Mais, dans l’histoire, il faut reconnaître que certains papes ont aussi commis des fautes. Cela a par exemple été le cas au Moyen Âge. Certains papes ont aussi passé plus de temps à faire de la politique, par exemple en défendant les États pontificaux, qu’à s’occuper de l’Église du Christ. En son temps, le cardinal Roberto Bellarmino a critiqué les papes, non pas pour déstabiliser la papauté mais pour éclairer sa mission.

    Il est très important que tous les papes disposent de bons conseillers. En effet, un pape est seulement un homme, avec toutes les possibilités et les limites qui sont les siennes, en tant que personne. C’est pourquoi il revient au Collège des cardinaux de préparer les décisions et de conseiller les papes. Et pour cela, il ne faut pas que le pape soit seulement entouré de ses amis, qui approuvent tout et attendent une récompense en retour.

    C’est le cas aujourd’hui ?

    Card. G. M. : Tous ont été nommés par François selon son opinion personnelle, et non en fonction de leurs compétences théologiques et pastorales. C’est un peu la critique entendue de toutes parts.

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    (1) Cardinal Gerhard Müller, In buona fede. La religione nel XXI secolo (« De bonne foi. La religion au XXIe siècle »), avec Franca Giansoldati, Éd. Solferino, 2023

  • Dix ans d'un pontificat contrasté, entre autoritarisme et volonté d'ouverture

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    De Jean-Marie Guénois sur le site du Figaro via Il Sismografo :

    Entre autoritarisme et volonté d’ouverture, dix ans d’un pontificat contrasté pour le pape François

    Après une décennie sur le siège de Pierre, François déconcerte nombre de catholiques par ses décisions. Alors que le pape rêve d’une Église plus «synodale», un vent de contestation venu d’Allemagne vient gâter cet anniversaire.

    Ce lundi, François passe le cap d’une décennie sur le siège de Pierre. C’est un jour férié au Vatican. À 8 heures, il célèbre une simple messe quotidienne, qu’il a voulue à l’abri des regards, dans la résidence Sainte-Marthe, en compagnie des cardinaux exceptionnellement invités. Discret liturgiquement, François s’est en revanche montré prolixe médiatiquement ces derniers jours. Il a accordé de multiples interviews à la presse: six en deux jours, du jamais vu. Il s’efforce de justifier son action car il sait l’Église catholique tourmentée, divisée sur son pontificat.

    À Rome, cet anniversaire révèle les flatteurs et déprime les aigris: «C’est le prophète vraiment adapté à notre temps», assure Mgr Vincenzo Paglia, un de ses prélats italiens de confiance. «Ce pontificat est une catastrophe», avait au contraire affirmé, sous anonymat, le cardinal australien George Pell. Des propos qui ont été authentifiés après sa mort, le 10 janvier dernier. Le cardinal brésilien Scherer, lui, reconnaît que l’actuelle situation est «antagoniste et polarisée» dans l’Église.

    Dix années… L’âge de la maturité pour un pontificat. Les contours de l’action du pape sont précis, les promesses cheminent, les fruits apparaissent, les échecs sont connus. Pourtant, le rayonnement et la postérité d’un pape sont tels qu’il est trop tôt pour établir un bilan. L’ampleur spirituelle échappe à la mesure des géomètres. Pour l’heure, seul un état des lieux est possible. En commençant par la genèse du pontificat: son élection, qui éclaire cette décennie.

    Les cardinaux les plus âgés, qui célèbrent la messe d’anniversaire autour du pape, ne manqueront pas de se souvenir du 13 mars 2013. Après cinq tours de scrutin, par 85 voix (20 pour le cardinal italien Scola, 8 pour le cardinal canadien Ouellet, 2 pour le cardinal italien Vallini), le cardinal Bergoglio, argentin, était élu 266e pape de l’histoire de l’Église catholique.

    La méthode est aussi importante que le but

    Mais au premier tour de scrutin, le soir du mardi 12 mars, l’archevêque de Milan, le cardinal Angelo Scola - favori, considéré comme le candidat de Benoît XVI - était arrivé en tête avec 30 voix, devant Bergoglio, 26 voix, Ouellet, 22 voix, O’Malley, archevêque de Boston, 10 voix, et Scherer, brésilien, 4 voix. Les données chiffrées de ce conclave sont extraites d’un livre de référence sur le sujet, rédigé par le journaliste anglais Gerard O’Connell, ami personnel du pape actuel, L’Élection du pape François, publié en 2019 en anglais, et un an plus tard en France (Artège). Des données fiables.

    On sait par d’autres sources jamais démenties que, en 2005, le cardinal Ratzinger avait été élu pape avec 84 voix et que son outsider, un certain Bergoglio, avait recueilli 26 voix. Il est capital de saisir que ces 26 cardinaux réformistes, déjà à la manœuvre en 2005 et représentant un quart des électeurs, ont maintenu le même bloc uni en 2013 pour soutenir leur candidat jésuite. Ils avaient alors bénéficié, pour renverser la vapeur, de la division et de la déroute des classiques et des conservateurs, encore sidérés par la renonciation inattendue de Benoît XVI.

    Le pontificat d’un pape d’une «Église pauvre pour les pauvres», comme il l’annonçait trois jours après son élection, en ayant choisi le nom de François en référence au «Poverello» d’Assise, pouvait alors s’annoncer comme foncièrement réformateur, même si la mise en œuvre allait s’avérer très prudente.

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  • Le Pape François, dix ans de tourmente et de perplexité

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    De Stefano Fontana sur la Nuova Bussola Quotidiana :

    Le Pape François, dix ans de tourmente et de perplexité

    13-03-2023

    Les dix années de pontificat de François, entre tactiques marquées par le mouvement, primat de la praxis, pastoralisme, relativisme moral : des processus qui auraient dû produire quelques vérités nouvelles, ont en réalité scandalisé, embrouillé les esprits et les cœurs et désarticulé l'unité ecclésiale. Et la synodalité, le nouveau dogme, est la synthèse d'un processus dans lequel le moyen compte plus que la fin.

    La décennie de pontificat de François qui s'achève ces jours-ci a suscité un vif mécontentement. C'est comme si quelqu'un était intervenu pour bouleverser toutes les cartes sur la table, laissant tout le monde sans voix tant pour la méthode utilisée que pour les nouveaux contenus concernant des points très sensibles de la foi catholique. Méthode et nouveaux contenus se répondent, au point que la méthode devient contenu et vice-versa.

    Ce fut dix ans de tactique marquées par le mouvement : dire et ne pas dire, affirmer et se rétracter, avancer en disant que l'on recule, faire dire aux autres ce que l'on voudrait dire soi-même, ouvrir et fermer, accepter et condamner, dire et contredire. Au moment où l'on croit avoir compris, François est passé à autre chose. Une de ses interviews venait d'être lue et il en avait déjà donné une autre d'une teneur différente. Dans les entretiens avec Scalfari, on ne sait jamais très bien ce que l'un a dit et ce que l'autre a dit. Les citations de la Bible et du Magistère, souvent partielles et inexactes, les notes de bas de page utilisées pour provoquer de grands changements sans les faire apparaître, les phrases aux mille nuances, l'amour pour ceux qui sont loin et le bourrage d'oreille pour ceux qui sont proches, les commissariats interminables, les interventions politiques, la protection de personnages douteux, la promotion des doutes de la foi faite sans cultiver aucun doute... voilà quelques exemples d'une méthode qui a suscité la perplexité.

    Il est illusoire d'attribuer cette façon de faire au seul tempérament personnel de Bergoglio ou à son jésuitisme. Les changements destinés à rattraper deux cents ans de retard par rapport au monde ont certes nécessité des actes officiels de modification du contenu, comme Amoris laetitia ou la déclaration d'Abu Dahbi, mais aussi des changements dans la praxis et les modes de pensée qu'ils induisent. La relation circulaire entre praxis et théorie, pastorale et doctrine, n'est en effet pas un chapitre particulier de ce pontificat, mais sa ligne directrice. C'est pourquoi le trouble s'est également produit par le biais de la communication et d'un changement de perspective sur le contenu.

    C'est précisément parce qu'il comprend la doctrine dans le cadre de la pastorale que François a été intolérant avec les dogmatiques, les doctrinaires, les rigides, et ouvert avec les aventuriers, les innovateurs, les intolérants. Pour cette même raison, son pontificat a été anti-métaphysique. La 'Fides et ratio' Wojtyla-Ratzinger a été efficacement réduite au silence. Dès son élection, François a déclaré que Kasper était "un grand théologien" et Kasper, à la veille des deux synodes sur la famille, a dit aux cardinaux qu'il n'y a pas de divorcés remariés mais tel ou tel couple de divorcés remariés. C'était la déclaration que la réalité et la morale ne se prêtent pas à une connaissance universelle, comme le font les connaissances fondées sur la métaphysique, et que la norme est toujours à l'intérieur d'une situation, de sorte que chaque situation individuelle devait être rencontrée de l'intérieur et non plus jugée. C'est le pastoralisme qui s'est débarrassé de la doctrine, c'est le postulat de la philosophie nominaliste : l'expérience est faite de situations absolument singulières qui ne peuvent donc pas être jugées. Mais le nominalisme, c'est la philosophie de la Réforme protestante. Après Amoris laetitia, en effet, c'est la conscience du sujet qui est au centre de la vie morale.

    Cela fait également taire 'Veritatis splendor'. Au cours de cette décennie, des changements substantiels ont eu lieu dans la théologie morale catholique, tous dans le sens du remplacement du jugement, qui part de la norme et de la réalité, par le discernement, qui part de la situation et de la conscience. Les commandements du Christ se transforment en idéaux, le péché par exclusion de la grâce devient une étape inadéquate de la vie, la nouvelle loi n'exige pas le respect de la loi naturelle, mais la réinterprète, l'Église doit écouter, intégrer, accompagner sur les chemins de l'existence, et rien d'autre. Dans cette praxis sans contenu, ce serait de la proclamation, la référence au contenu serait plutôt du prosélytisme ou de l'idéologie. Cette nouvelle vision de la théologie morale finit par négliger le naturalisme chrétien, déclarant même dépassée la Doctrine sociale de l'Église dans sa version traditionnelle.

    Le pastoralisme a provoqué divers processus qui n'étaient guère guidés par la doctrine, mais qui étaient souvent de nature expérimentale, pensant qu'en ayant une base populaire, ils pourraient intercepter et vivre les suggestions de l'Esprit dans leur cheminement existentiel. Même ces processus, comme le Synode allemand, pour rappeler le plus perturbateur, qui a commencé et s'est ensuite inévitablement compliqué, ont été très déconcertants. Ils n'ont pas été gouvernés à la lumière de la doctrine traditionnelle et au nom de la primauté de Pierre. Ils ont été provoqués et vécus comme des processus qui, à partir d'une confrontation dialectique, auraient dû produire de nouvelles vérités, au moins sur le plan pastoral. Mais au lieu de cela, ils ont scandalisé, confondu les esprits et les cœurs et désarticulé l'unité ecclésiale. Les répercussions négatives sur la conception même du rôle de la papauté sont inquiétantes.

    Tous ces éléments ont convergé dans la perspective de la synodalité, qui est peut-être le trait le plus expressif de la décennie qui vient de s'achever. D'une part, elle est proposée comme un nouveau dogme et une panacée, d'autre part, elle est comprise comme une nouvelle aventure dans laquelle l'essentiel est de savoir comment nous vivons ensemble plutôt que pourquoi et dans quel but. Nous revenons ainsi à la confusion entre théorie et praxis, à l'immanence de la doctrine dans la pastorale, à la coïncidence de la méthode et du contenu.

    Il ne fait aucun doute que l'Église se rétablira. Mais les bouleversements ont eu lieu et laissent derrière eux une grande perplexité.

  • Lève-toi, Seigneur (graduel du 3e dimanche du carême)

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    Graduale Graduel
    Ps. 9, 20 et 4.  
    R/. Exsúrge * Dómine, non praeváleat homo: iudicéntur gentes in conspéctu tuo. V/. In converténdo inimícum meum retrórsum, infirmabúntur, et períbunt a fácie tua. R/. Lève-Toi, Seigneur ; que l’homme ne triomphe pas ; que les nations soient jugées devant Ta face. V/. Parce que Tu as fait retourner mon ennemi en arrière, ils vont être épuisés, et ils périront devant Ta face.

    Messe du dimanche 15 mars 2020 - IIIème dimanche de Carême

  • Le pape François jette encore un peu plus de confusion sur la réception de la Sainte Communion dans une nouvelle interview

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    De Michael Haynes sur LifeSiteNews :

    Le pape François jette un peu plus de confusion sur la réception de la Sainte Communion dans une nouvelle interview

    Dans une nouvelle interview, le pape François a mis en doute l'enseignement catholique interdisant aux homosexuels pratiquants et aux personnes divorcées et remariées de recevoir la Sainte Communion.

    10 mars 2023

    Dans une interview accordée au média argentin infobae, le Pape François a émis de nouveaux commentaires déroutants sur l'homosexualité et les personnes divorcées et " remariées ", semblant déclarer que ces personnes peuvent recevoir la Sainte Communion sans clarification.

    Cette nouvelle interview a été publiée à l'occasion du dixième anniversaire de l'accession du souverain pontife au trône, et constitue l'une des nombreuses initiatives de ce type qui ont lieu actuellement pour marquer l'événement. 

    Homosexualité : Dieu veut "tout le monde à l'intérieur

    Compte tenu des commentaires réguliers du pape sur l'homosexualité, qui ont semé la confusion pendant un certain temps, infobae a interrogé le souverain pontife sur la réception de la Sainte Communion pour les homosexuels. "En laissant de côté le choix ou la préférence sexuelle, une personne qui s'est conformée au reste des prescriptions de l'Église pourrait-elle recevoir la communion ?

    François a rappelé ses prises de position les plus notables sur la question, depuis son fameux commentaire de 2013 "qui suis-je pour juger" jusqu'à ses récentes remarques dans une interview de janvier condamnant les lois anti-sodomie. Il a réitéré son opposition à ces lois, qualifiant les lois criminalisant l'homosexualité de "problème grave".

    S'arrêtant ensuite, avant de se recentrer apparemment sur la question de l'admission des personnes pratiquant l'homosexualité à la Sainte Communion, François a déclaré : "La grande réponse a été donnée par Jésus : tout le monde. Tout le monde. Tout le monde à l'intérieur". 

    "Quand les invités ne voulaient pas aller au banquet, il fallait aller au carrefour et appeler tout le monde", a-t-il dit, en s'inspirant de manière sélective du passage de l'Évangile. "Les bons, les mauvais, les vieux, les jeunes, les jeunes hommes, les jeunes garçons : tout le monde. Tout le monde. Et chacun résout ses positions devant le Seigneur avec la force qu'il a".

    François a réitéré ses commentaires de 2013 "qui suis-je pour juger", en développant sa suggestion apparente que la Sainte Communion devait être disponible pour tout le monde :

    C'est une Eglise de pécheurs. Je ne sais pas où se trouve l'église des saints, ici nous sommes tous pécheurs. Et qui suis-je pour juger une personne si elle a de la bonne volonté ? S'il appartient à la bande du diable, eh bien, défendons-le un peu.

    Il a dénoncé l'attention portée actuellement aux questions d'homosexualité, affirmant qu'au contraire, le Christ appelle "tout le monde". François a également décrit une situation dans laquelle l'individu ne semble pas disposer de son libre arbitre, affirmant que "parfois nous voulons [résoudre une relation avec Dieu] et parfois nous ne le pouvons pas".

    Je pense qu'il faut aller à l'essence même de l'Évangile : Jésus appelle tout le monde et chacun résout sa relation avec Dieu comme il le peut ou comme il le veut. Parfois nous le voulons, parfois nous ne le pouvons pas, mais le Seigneur attend toujours.

    En termes clairs, cependant, l'Église catholique enseigne que les actes homosexuels sont des "actes de grave dépravation", qualifiant ces actes d'"intrinsèquement désordonnés" et de "contraires à la loi naturelle" puisqu'ils "ferment l'acte sexuel au don de la vie". En outre, le droit canonique stipule qu'en aucun cas ceux qui persistent dans un péché grave et manifeste ne peuvent recevoir la Sainte Eucharistie.

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  • La présence de Satan dans le monde moderne (Club des "Hommes en noir")

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    Du site de l'Homme Nouveau :

    PRÉSENCE DE SATAN DANS LE MONDE MODERNE. L’ANALYSE DU CLUB DES HOMMES EN NOIR

    10 mars 2023
     

    Peut-on tuer sous l’emprise du diable ? Quelle est la part de Satan lorsque nous péchons ? Les réponses du Club des Hommes en noir avec cette semaine autour de Philippe Maxence, les abbés de Tanouärn et Célier, le père Danziec et Jeanne Smits.

  • Un juif et un chrétien face à l’euthanasie : «  la fin de vie n’est pas absurde  »

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    Propos recueillis par Fabrice Madouas ( site web de France Catholique, vendredi 10 mars 2023) :

    « Face au rouleau compresseur de la mort programmée, les opposants peinent à se faire entendre. Quels arguments utiliser pour réveiller la conscience [des Français] ? Débat entre Grégor Puppinck, juriste et catholique, et Elie Botbol, médecin et talmudiste.

    Les sondages et le vote intermédiaire de la Convention citoyenne sur la fin de vie laissent entendre que les Français seraient favorables à la légalisation de l’euthanasie. Qu’en pensez-vous ?

    Élie Botbol : Les sondages donnent un état de l’opinion à l’instant T, qui n’est pas forcément éclairé par une réflexion préalable. La Convention citoyenne me paraît un outil plus intéressant : elle est censée nourrir la réflexion de ses membres en leur fournissant des données objectives aussi bien que des avis. Elle permet la confrontation des arguments. Cela dit, ses premières conclusions me semblent refléter surtout l’esprit de transgression propre aux sociétés sécularisées. Les vents dominants peuvent influencer aussi le jugement…

    Grégor Puppinck : Il y a ce que l’on dit, et il y a ce que l’on vit. En matière de fin de vie, il est prudent de distinguer les idées de l’expérience. Une personne peut avoir une conviction quand elle est en bonne santé et changer d’avis à l’approche de la mort : on aurait tort de ne pas en tenir compte.

    Cela étant, la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l’homme en matière d’euthanasie et de suicide assisté me paraît refléter assez bien l’état de l’opinion publique occidentale : choisir les conditions de sa mort serait un droit reconnu à tous ceux qui voudraient, selon les juges européens, éviter une fin de vie indigne et pénible. Ce «  droit  » est donc justifié par la peur de la déchéance physique et morale. Comment expliquer cette peur sinon par l’absence, par la disparition de l’espérance ? J’y vois la conséquence de la sécularisation de la société, et de sa médicalisation. La sécularisation rend la vie absurde, la médicalisation la prolonge. Il n’est pas étonnant que la population, face à l’absurdité de la vie, et plus encore d’une fin de vie subie, veuille exprimer ce qui lui reste d’humanité en décidant de sa mort. D’un point de vue matérialiste, maîtriser sa mort, c’est exprimer sa volonté, c’est donc agir humainement en prenant le contrôle de sa vie dans ses ultimes instants. Subir sa mort serait inhumain et absurde, la décider serait humain et volontaire. À cette évolution, qui peut sembler inéluctable, j’oppose l’expérience de la fin de vie de nos proches, qui peut nous montrer que la fin de vie n’est pas absurde, malgré ce que l’on en dit.

    Les partisans du suicide assisté fondent leur revendication sur la liberté de l’homme ; ceux qui défendent l’euthanasie disent agir par compassion, pour abréger les souffrances. Ces arguments vous semblent-ils recevables ?

    B.Je crois qu’il faut revenir aux fondamentaux. Si l’on considère la vie pour ce qu’elle nous apporte de jouissances, il est logique qu’on soit prêt à y mettre un terme dès lors qu’elle procure plus de désagréments que de joies. Mais si l’on considère que la vie est un bien en soi, qu’elle a une valeur propre, alors les sacrifices qu’entraîne la fin de vie, les abandons auxquels oblige la vieillesse, sont plus facilement acceptés. Et cela nous renvoie à ce que dit la Bible – que l’homme est à l’image de Dieu. C’est fantastique ! Cela signifie que la vie de l’homme est indisponible, et que la vie du corps et celle de l’esprit sont indissociables. Si la vie participe du divin, si la vie ne se résume pas à nos humaines contingences, si elle est si grande qu’elle échappe à notre échelle de valeur, alors l’homme ne doit la «  manipuler  » qu’avec d’extrêmes précautions, à son début comme à sa fin. Si l’on considère la vie comme un bien inaltérable, inaliénable, incessible, alors nous sommes prêts à trouver les moyens de rendre sa fin acceptable en la sublimant, en y associant les valeurs de réparation ou de rédemption.

    Ref.  la fin de vie n’est pas absurde